La petite sirène (Pascal)
« Capitaine !... Capitaine !... Il y a une petite sirène devant notre étrave !... »
« Monsieur ?... Tu es vrai ?... »
« Capitaine !... Capitaine !... Elle me questionne !... »
« Avec ton habit de corsaire, tu viens des grands bateaux à voile ?... »
« Capitaine !... Capitaine !... Elle a un bonnet blanc, avec un ruban rouge, une jolie robe à fleurs et des petites sandales !... »
« Comment tu as fait pour monter sur la jardinière ?... Moi, si je montais dessus, je salirais ma belle toilette… »
« Capitaine !... Capitaine !... Quatre ans, cinq ans, pas plus !... »
« Tu as perdu ton navire ?... »
« Capitaine !... Capitaine !... Que dois-je faire ?... »
« Tu veux que je te ramène à ton bateau ?... Je sais où ils sont… »
« Capitaine !... Capitaine !... Elle se rapproche !... »
« Un jour, moi, j’ai perdu ma maman ; papa dit que c’est un coup de vent qui l’a emportée jusqu’au ciel… »
« Capitaine !... Capitaine !... Indiquez-moi la manœuvre !... »
« On dirait que tu t’es frotté à toutes les étoiles filantes ; toi, tu sais où sont les mamans dans le ciel ?... »
« Capitaine !... Capitaine !... Là, je suis complètement désemparé !... »
« La nuit, je la cherche parce que mon papa dit qu’elle brille plus que les autres… »
Alors, la statue de pierre tendit une fleur à la petite sirène ; une fleur magnifique, une fleur magique… Quand elle s’approcha pour prendre la fleur, elle entendit une voix attendrie qui disait :
« Les mamans sont dans toutes les fleurs ; c’est pour cela qu’on les respire en fermant les yeux ; c’est pour mieux les voir. Un instant, elles apparaissent dans nos pensées les plus émues ; elles nous sourient, elles nous câlinent, elles nous chantent des chansons, pendant nos grands soupirs… »
La fleur au coin du nez, la petite fille s’en fut… Au bout de la rue, quand elle se retourna, la statue avait disparu. Il a retrouvé son bateau, pensa t-elle…