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Le défi du samedi
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6 juillet 2013

Façon Benjamin Franklin* (Stella No.)

Il avait rendez-vous en ville pour régler les derniers détails du divorce, mais son fils de 4 ans avait eu la bonne idée de le tartiner de chocolat juste au moment de partir. Il s’était changé précipitamment et s’était garé aussi proche que possible du cabinet d’avocat. En sortant de la voiture, il avait aperçu sa future ex-épouse arriver avant lui alors il s’était dépêché de la rejoindre. De la poche de sa veste, il ne vit pas tomber le galet en forme de cœur que son fils lui avait offert après une journée à la plage le week-end précédent.

Elle faisait tranquillement les boutiques pendant sa pause-déjeuner lorsqu’elle trébucha sur un caillou. Se penchant pour observer sa cheville endolorie, elle s’aperçut que la lanière de sa sandale était arrachée. Elle entortilla le lien de cuir autour de sa cheville et claudiqua jusqu’au magasin d’à-côté.  Après avoir essayé quelques paires de chaussure, elle finit par porter son dévolu sur des spartiates très confortables. Non soldées, évidemment.

Il sortit de son rendez-vous passablement énervé. Cette fois encore,  le partage des meubles avait donné lieu à des débats houleux. La tête plongée dans de sombres fantasmes agressifs, il n’aperçut pas cette femme qui sortait en sautillant joyeusement du magasin de chaussures.

Elle descendait les marches du magasin en observant gaiement ses pieds sertis de ses nouvelles spartiates lorsqu’elle entra en collision avec un obstacle chaud et musclé. Dans un entremêlement de membres, l’homme marcha sur ses jolies chaussures et spontanément, elle le gifla de toutes ses forces.

Il resta abasourdie de la réaction de cette furie et l’observa s’éloigner en pestant et vociférant. Il secoua la tête pour chasser l’évènement : il avait déjà bien assez de soucis comme ça. Puis il retourna à sa voiture. C’est là qu’il aperçut le galet de son fils sur le sol et qu’il le récupéra.

Elle retourna à son bureau, n’ayant plus goût à faire les boutiques et ayant la cheville douloureuse. Il lui restait à peine une heure avant son prochain client et il fallait absolument qu’elle parvienne à se calmer.

Il passa prendre son fils à la maison afin de l’emmener chez le psychologue. Son épouse y tenait depuis que son fils avait commencé à poser des questions au sujet de leur divorce.

Elle prit une grande inspiration et ouvrit la porte de la salle d’attente. Un garçonnet et son père patientaient en jouant avec un caillou qui lui sembla affreusement familier.

Il sut que quelque chose n’allait pas au moment même où il leva les yeux vers elle. Elle avait les lèvres entre-ouvertes, les narines pincées et les joues rouges.

Elle s’admonesta intérieurement avant de parvenir à sourire à les inviter à entrer.

Il remit le galet dans sa poche et prit son fils par la main. En saluant la jeune femme, il fut attiré par une lueur brillante sur le sol. Il reconnut les chaussures.

Elle sut qu’il avait fait le lien au moment même où il baissa les yeux vers ses chaussures. Il eut un petit hoquet et ses joues rougirent.

S’installant sur le canapé, face à la jeune femme, il osa dire : « Jolies chaussures ».

Elle répondit : « Joli caillou ».

 

 

Il prit la jolie boite rouge et la glissa dans la poche de sa veste. Il avait décidé de l’emmener au restaurant et de lui faire sa demande là-bas.

Elle avait très bien compris ce qui l’attendait ce soir-là, alors elle avait mis ses plus jolis dessous et s’était entraînée fébrilement  à dire « oui ».

Il attendit le moment du dessert, ayant tout à fait conscience de l’impatience de sa compagne. En lui tendant la jolie boite rouge, il lui posa la question fatidique.

Elle accepta avec un grand sourire le présent et dit « oui » avant même d’ouvrir la boite.

Il l’embrassa tendrement et insista pour qu’elle découvre le trésor caché.

Elle ouvrit la boite un peu maladroitement puisque ses yeux étaient embués de larmes et que ses doigts refusaient de coopérer. Dans la jolie boite rouge, elle découvrit un galet en forme de cœur, offert par un petit garçon de 4 ans à son papa. Un caillou responsable d’une cheville tordue, d’une chaussure cassée, d’un budget entamé, d’une collision brutale, d’une gifle spontanée, et d’une rencontre  démarrant sous de mauvais auspices. Saisissant le précieux objet, elle murmura : « Tout cela pour un simple caillou ».

 

Notes:

*  «  À cause du clou, le fer fut perdu.
À cause du fer, le cheval fut perdu.
À cause du cheval, le cavalier fut perdu.
À cause du cavalier, le message fut perdu.
À cause du message, la bataille fut perdue.
À cause de la bataille, la guerre fut perdue.
À cause de la guerre, la liberté fut perdue.
Tout cela pour un simple clou. »
Benjamin Franklin.

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Commentaires
A
Euh... j'ai un caillou en forme de coeur. Le laisserais-je traîner quelque part? <br /> <br /> J'ai bien aimé ta version soft de Benjamin Franklin, pour qui l'enchaînement se termine hélas beaucoup moins bien.
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J
C'est fou tout ce qu'on peut bâtir sur une pierre ! Ici c'est carrément une église avec une foi magistrale dans "All you need is love...and a pretty psychologist" !
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M
Et voilà un scénario tout trouvé pour une rencontre à marquer d'un caillou blanc !<br /> <br /> Le simple caillou qui rejoint le simple clou de Benjamin Franklin : excellente idée !
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K
en effet quelle histoire , romantique et assez bonne pour une scène de film<br /> <br /> le caillou est devenu un porte-bonheur<br /> <br /> bisousssssssssssssssssssss
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V
éblouissante rencontre ,qui commence par de sacrés malentendus,mais le hasard insiste !! et là on lui cède
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E
Romantique à souhait cette rencontre !! Heu...Comme bague, je préfèrerais de ces beaux cailloux très brillants que vendent les bijoutiers de la place Vendôme, enfin je dis ça au hasard... :):):)
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V
Quel scénario... on voit ça dans les films mais dans la vie?
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C
Excellent ce(s) rendez-vous !<br /> <br /> J'aime les fins heureuses <br /> <br /> Sourire<br /> <br /> Vanina
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S
De petit rien qui changent tout, c'est tout de même plus poétique qu'une évidence courue d'avance ;)
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W
Je reviens dans un instant, j'ai un caillou dans ma chaussure !
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J
Everybody, let's rock! - Elvis Presley
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