Escapade salvatrice (SklabeZ)
Tout au long de l’année, les semaines de travail s’enquillent inlassablement, toutes plus harassantes les unes que les autres. Quand la pression et le stress deviennent insupportables, je ressens alors un besoin urgent de me ressourcer, de couper avec l’implacable routine.
La dernière fois que ce besoin s’est manifesté, c’était en mai dernier.
Dans l’après-midi, n’en pouvant plus, je laisse tout en plan et saute dans mon véhicule. Un rapide passage au domicile pour me changer et revêtir ma tenue de randonneur, je commence déjà à respirer.
Direction les montagnes d’Arrée, à peine une heure de route. Elles n’ont de montagne que le nom et le point culminant, le Roc’h Ruz (rocher rouge) domine toute la Bretagne de ses 385 m à peine.
Je me dirige vers son petit frère, le Roc’h Trevezel (rocher de la Trève) déchu récemment de son titre de point culminant pour une toute petite dizaine de centimètres.
Malgré la faible altitude, ces monts d’Arrée offrent un véritable paysage de montagne avec de grandes étendues sauvages et désertiques rappelant par bien des points ceux de l'Écosse ou de l’Irlande.
Arrivé à destination, je laisse ma voiture dans une petite zone à l’herbe rase, délimitée par quelques pierres alignées et aménagée en lieu de stationnement.
L’air est vif et un léger vent frais de noroît balaye la zone en poussant les nuages. J’admire le panorama et je m’imprègne du caractère rude et sauvage de ces paysages. La vue est magnifique et on aperçoit au loin, Saint-Pol-de-Léon et ses trois célèbres clochers, celui solitaire du Kreisker, le plus grand et les jumeaux de la cathédrale Saint-Pol Aurélien. Ils se découpent sur le fond bleu de la mer, la Manche.
Je m’engage dans un petit sentier bordé de murets recouverts d’herbes. De-ci, de-là, la lande est parsemée de blocs de grès ou de granit qui semblent émerger du sol.
Je m’enfonce dans cette lande et je me sens de plus en plus seul dans cette immensité calme et sauvage. Au bout d’un moment, je repère un gros bloc de granit un peu à l’écart du chemin. Je me dirige vers lui et je m’y adosse. Ma position est agréable, à l’abri du vent, tout est calme et silencieux. Je ne bouge plus, j’observe. Petit à petit, l’animation revient.
Le premier à se manifester est le tarier pâtre, il y en a beaucoup dans la région. Il a pour habitude de se percher pour localiser d'éventuels prédateurs mais aussi pour chasser. À mon arrivée, ils s’étaient postés à bonne distance, sur des monticules ou des roches alentour pour me surveiller. M’étant fait oublier, je peux maintenant les observer. D’un vol rapide ils quittent leurs postes d'observation et viennent happer les insectes au sol, pour rejoindre aussitôt leur perchoir favori.
De mon point d’observation, je peux aussi observer longuement le vol des busards cendrés. En ce début de période de couvaison et d’élevage des jeunes, le mâle vient ravitailler en nourriture la femelle. Je regarde avec admiration leurs magnifiques acrobaties aériennes, leur ravitaillement se faisant dans les airs. Je ne perds rien du spectacle fantastique qui s’offre à mes yeux émerveillés, je savoure ! Mes tracas du boulot sont loin.
La soirée s’avance, il me reste à peine une petite heure avant la tombée de 1a nuit. Je me suis placé face au vent pour être encore plus discret et ne pas être repéré par les animaux qui ont l’odorat et l’ouïe très développés.
J’aperçois soudain un jeune renard, il ne bouge presque pas. Il a dû repérer un petit rongeur, campagnol ou musaraigne. Brusquement, d’une cabriole, il l’attrape, on dit qu’il mulotte, imparable ! Il ne m’a pas vu ni senti, il s’approche de moi. Je suis immobile et retiens ma respiration, mon cœur bat à tout rompre, c’est un grand moment ! Il est à cinq pas de moi. Je pourrais presque le toucher, je le sens presque, il est magnifique
Zut, j’ai bougé ! Il a disparu en moins d’une seconde.
C’en est fini pour aujourd’hui !
J’ai eu ma dose d’émerveillement et rechargé mes batteries de sérénité. Je suis calme et zen à nouveau.
Demain je serai plus léger en allant travailler.