"To biblion/Le Livre" (Pivoine)
A Scourmont
La messe est dite, le choeur des Trappistes s’est retiré. Main dans la main, les fiancés sortent de la chapelle. Il y a des massifs d’hortensias dans le jardin, le cloître s’ouvre par de larges baies vitrées sur le printemps. Les promeneurs s’égaillent par les chemins de campagne, les cloches sonnent à toute volée, et tandis que l’orgue fracasse la « Dorienne » de Bach, un couple, silencieux, poursuit la lumière qui le happe vers le cœur vivant du monastère.
Avril 1982.
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«Ecoute ô Israël. L’Eternel notre Dieu. L’Eternel est Un. »
C’est dans le Jardin des roses, où sèchent les larmes de mon Amour ; c’est au milieu des cris de joie des enfants de la Tribu ; c’est en m’endormant les nuits de pleine Lune et lorsque Jérusalem brillera de tous ses feux, que, pour la première et la dernière fois, je dirai au monde ma plus vibrante profession de foi, mon combat : « Chmâ, Israël, Ado-nay Elo-henou, Ado-naï Ehad ».
1999-2001.
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Dans l’escalier
Pour la première fois depuis treize ans, la petite fille blonde au cœur fragile se désole en pensant à « sa » cheminée. L’an prochain, plus de mignonnes chaussures débordant de jouets, plus de friandises tendrement préparées par le père, par les sœurs. Noël ne sera plus noël. Et comme elle est sensible, d’une sensibilité exacerbée, les larmes se pressent derrière ses paupières. Mais elle continue d’avancer. Et puis, là, un hiatus, une étincelle, une révolution. Une volonté de fer s’impose à elle, lui conférant une tranquille sûreté d’elle-même qui la métamorphose. Deux marches plus loin, elle n’est plus la même. Désormais, elle respire. En dépit d’elle-même, des siens, et de tous les obstacles qui ne manqueront pas de s’élever sur la voie, elle se le promet, à son tour, comme Marie et Pauline, elle entrera au Carmel.
Noël 1886.
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Le pain d’Alep
Les oliviers ont donné tous leurs fruits. L’huile est parfaite, pressée à froid, comme il se doit. Pendant plusieurs jours, le maître et ses fils la chaufferont doucement, avec l’eau et la soude naturelle que l’on conserve, bien à l’abri, dans les entrepôts. Puis viendra l’instant sacré, celui où l’on ajoutera l’odorante huile de baies de laurier. A genoux, sans se soucier d’avoir froid, ou mal, le père étalera le mélange bien saponifié sur le sol de la bâtisse, puis, ses fils et lui le découperont en pains de forme cubique. Il faut du temps pour fabriquer le plus vieux savon du monde, du temps à dérober aux snipers et aux bombes. Dans neuf mois, les blocs seront secs et durs, difficilement friables ; ils pourront alors servir au lavement des mains. Des pieds. Du corps. Soleil. Sable. Or. Pureté. Et paix. A l’Orient, et, qui sait, à l’horizon 2012.