Vous comptez en intro nous présenter votre thèse de doctorat sous cette forme ?
Le jury avait l’air sceptique sur ma proposition.
Je me décidai d’un ton assuré de présenter le cœur de ma thèse.
Zorro est la figure du héros qui cultive la désillusion pour mieux frapper la crapule.
Un anarchiste avant l’heure en somme dis-je d’un ton décontracté.
J’aperçus à cet instant le regard furieux du directeur de thèse.
Peu de situations sont aussi déconcertantes que la vôtre me dit l’un des membres du jury
On dirait que vous sortez d’une vilaine échauffourée.
Pour la fin de ma thèse, on ne m’accorda aucune attention, c’est ici que je fis alors ce que je n’aurai jamais dû faire.
Je déroulai mon lasso qui empoigna, ficela, l’une des membres du jury et fixa à l’encre rouge un Z sur son front.
C’est certain que quelque chose à foirer comme d’habitude dis-je à mon petit-fils ahuri par mon récit. Je parvins tout de même à dissuader celui-ci de faire sa thèse sur Tarzan.
Quand j’étais gamine, l’exercice que je préférais (après mon père qui me parlait de ses sauts), c’était le saut en hauteur mais sans perche.
Quand j’étais plus jeune encore, j’ai beaucoup sauté à la corde ou à l’élastique.
Aujourd’hui, ma discopathie sévère me déconseille fortement de monter et sauter à cheval mais je ne peux m’empêcher de sauter de bonheur lorsque j’entends certains rocks de mon adolescence comme Indochine.
Nuit noire nuit sans lune Sa besace de rêves Qui se mettent en marche Pour réveiller le jour Nuit d'étoiles nuit d'été Lève haut sa lanterne Le silence agité Des corps enlacés Nuit blanche Ô mes nuits blanches Errent en impossible Plus sûr que lendemains Je reconnais Pégase À l'assaut des obstacles Plantés au cœur battant De mes ciels d' insomnies D'un coup d'aile dénoue Les mots livrés en vrac Au détour d'une page Et défie les chimères Jusqu'au seuil de l'aurore
Le matin me ramène Au bord de son défi J'y chercherai patience Jusqu'à la nuit prochaine.
Lorsque Ronchonchon, Francis et Gill se sont faits sortir du Bureau du Maire à coup de pied dans le fion, ils n'ont pas compris.
Pourtant, leur projet était génial.
Francis répétait sans cesse : " Vous ne comprenez pas, c'est de l'ART"
C'était en juin, au Cannet des Maures.
Ronchonchon s'anisait le cerveau en regardant les badauds se dandiner sur des airs de Tzwing Tzwing, marquant le début de l'été.
2 gars étaient venus s'assoir à sa table, leur penchant pour la mauresque les avaient rapprochés.
Francis, c'était lui l'architecte, le spécialiste, il n'en était pas à son coup d'essai, le Portugal connaissait déjà ses oeuvres.
Il avait recruté Gill, l'idôle des Maures, pour avoir une personne connue dans la poche, il ne lui manquait plus qu'un ténieux pour mener à bien la négocation.
La commune cherchait un projet Eco Responsable dans lequel s'investir et Francis avait l'idée du siècle :
Des BARAKA-OS
Il s'agissait d'exhumer les cimetières et les remplacer par des habitations Eco Logique en matière naturelle, durable et non polluante : les os.
La seule difficulté technique était d'intégrer rapidement les nouveaux maures. Pour cela, il avait prévu des crochets pour les faire sécher et récupérer la matière première.
Par chance, on était dans le Var où le soleil lui apporterait son aide.
Tous ceux qui voulaient participer au projet directement en tant que matière première se verraient offrir un kit spécial dessèchement rapide au slogan accrocheur :
" Plus près des étoiles, quand t'es Maures, c'est mieux"
La musique battait son plein, Ronchonchon était plein comme un boudin et il accepta d'aller à la Mairie défendre ce projet.
L'épisode du coup de pied, lui fit ouvrir les yeux, des frissons de terreur lui glaçaient le sang.
Comment avait-il pu croire que ce projet d'Halloween ait une quelconque chance de voir le jour, même la nuit, personne n'en voudrait.
Ronchonchon réalisa que le marketing ne fait pas tout... il faut aussi que le packaging suive !
Au-delà de la Capella dos ossos d’ Evora, je tiens ici à parler de l’ossuaire de Douaumont à Verdun[1] que j’ai visité lorsque j’étais gamine avec mon école car ma ville de naissance n’est pas très loin de ce lieu. Je garde de cette visite, plus que des images très précises, une image globale gravée dans ma mémoire. Il faut y aller pour ressentir ce que j’ai pu ressentir.
Je pense qu’on devrait punir toute personne (ou enfant) qui se comporterait mal dans ce type de lieu car c’est une attente à la mémoire de tous ceux (qu’ils soient à Douaumont ou ailleurs) qui se sont battus pour que nous soyons libres.
Monsieur Arthur Rimbaud B.P. 01 au vieux cimetière 08000 Charleville-Mézières
Mon cher Arthur
"Quand j’aurai du vent dans mon crâne…" Boris Vian
La catacombe a été inventée pour rappeler aux humains qu’un jour la cata tombe. Aussi bien sur Taka Takata que sur Emile Combes.
Le cimetière est là pour leur dire leur misère : un jour où l’autre, mortel, tu tomberas du haut des cimes, tu gicleras par la portière, tu finiras au cimetière.
Qu’est-ce que t’incinères, Joe Krapov ? Qu’on devient feu ?
A côté d’Eros on pose Thanatos pour signifier à Emile qu’il ne fera pas de vieux os là ! Un jour ou l’autre on l’a dans l’os. La maladie vous fait la peau, arrive la mort, on s’évapore au dernier port et pour toi cela fut celui des Marseillais.
Mais pour moi mon cher Arthur, tout cela est tabou. Je m’abstiens de toute danse, y compris et surtout de la danse macabre : j’ai décidé une fois pour toutes que j’étais immortel. C’est plus facile de vivre ainsi. Et pour plus de sécurité, pour parfaire mon bonheur de touriste de 2018, je retourne de plus en plus souvent vivre dans les années 60 et 70.
Ainsi l’autre samedi ai-je acheté 34 numéros de Charlie mensuel, un journal de bandes dessinées dont le rédacteur en chef, Georges Wolinski, est décédé dans l’attentat contre Charlie-hebdo en janvier 2015.
Ainsi ai-je visionné « Living in the material world », un film de Martin Scorsese consacré à George Harrison, le guitariste le plus mystique d’un groupe appelé les Beatles qui connut un certain succès de 1963 à 1969, année érotique plus que thanatotique.
Ainsi, par association d’idées, suis-je retourné en pensée mettre vingt centimes de franc dans le juke-box d’un café de Carvin (Pas-de-Calais), chez Jean-Pierre, où nous allions, à une certaine époque, chaque samedi soir, au siècle dernier. Inlassablement j’y écoutais, du même Harrison le 45 tours « Is n’t it a pity ». Je ne comprenais rien aux paroles mais j’étais amoureux fou de cette musique lancinante. L’après-midi qui précédait nous avions joué de la musique électrique dans la cave parentale transformée en lieu de répétition underground. Les rockers aussi étaient un peu caves, ce qui me ramène aux catacombes.
Quand j’aurai du Vian dans mon crâne, à l’automne, comme tous les pékins, je ne danserai plus la java des chaussettes à clous ni le joyeux tango des bouchers de la Villette. Il faut évoluer : de nos jours les policiers utilisent le teaser, le flashball et la grenade et tout le monde devint plus ou moins vegan.
Je n’entamerai pas plus l’interminable tango des perceurs de coffres-forts : celui-là vous mène directement en prison sans passer par la case départ et, derrière les barreaux, avant de mettre un terme à cette écriture de lettres folles je pose et repose la question essentielle te concernant :
Arthur ? Où t’as mis le corps ?
Engagé dans l’armée hollandaise en 1876 tu suivis le mouvement jusqu’à l’île de Java (des bombes atomiques !). Là, tout dépité de n’y avoir pas rencontré la dénommée Riquita, tu as déserté, tu as fait quarante-huit kilomètres à pied et tu as réembarqué pour regagner Charleville-Mézières en décembre !
Arthur, où t’as mis le corps du délit ? Tu n’as répondu à rien, tu as brûlé les questions et tu restes à jamais de ce fait le déserteur ultime de l’année 1876 et de celles qui ont suivi.
T’es snob ou quoi, Rimbaud ? Cela fait un an que je t’écris et jamais personne ne me répond jamais ! Tout le monde doit être occupé à surfer sur l’écume des jours !
Comme j’ai finalement compris, moi aussi, ou plutôt déduit, que ce salaud d’Arthur était au paradis, je retourne dans le mien chanter comme une cigale au milieu des fourmis.
Reçois, avec mes remerciements pour nous avoir fait rire un peu depuis un an, mes très poétiques amitiés !