Participation de Venise
Il ressemble à un jeune soldat solitaire
Qui au lieu d’ouvrir une auberge s’était mis à peindre.
Il aimait ce retrait ce lent écoulement des jours
Comme si quelques miracles allaient le sortir de cette impasse.
Le bel oiseau noir sur la toile
C’est un corbeau Freux, de ceux qu’affectionnent
Grands arbres et jardins publics.
Pareil à une nonne emportée par l’émerveillement de sa passion
Il ne voit pas la neige tombée.
Mais peut être y- a-t-il mille manières de voir le monde.
Et qu’on peut enjamber une fenêtre sans en être prisonnier.
C’est en comprenant cela que je me suis laissé porter
Par des images floues, comme la corneille qui passe sur l’herbe envahissante
Les coquelicots de juin sur le seuil de ma feuille.
C’est alors que j’ai aperçu Magritte au cœur de mon récit.
Mon cœur s’est mis à battre.
Lui faisait semblant de ne pas me voir .en prenant un air détaché et fixant quelque chose au loin que j’étais incapable de voir.

L’avenir du futur (Cavalier)
Au fruit mûr l’oiseau s’envole. Le peintre ne sait plus qui a prédit l’avenir sur la nappe de la table. Et voilà enfin que les prophètes se sont assis sur des chaises cadenassées. Et le peintre recharge son pinceau à la palette des diseurs de futurs. (Qu’on leur donne la pulpe du fruit !) L’image s’étale sur la toile, bardée de fragment de coquilles
et de plumes autours…
Allez ! Qu’il est donc imprévisible cet avenir en devenir, à venir de la graine, jolie marguerite ! Il nous a souvent induits en erreur dans de telles peintures : Dictateurs en puissance, aux sombres sommets !
Il nous a fait souvent s’ouvrir la graine du petit d’homme. Babillant, souriant. Tel Hitler, qui était sur la
route, comme la source en son lit, comme la première parole qui survient, comme la plume qui perce et qui gerce sous la peau ; et le futur sera toujours bien plus vaste
qu’une toile peinte en blanc !
Et toujours bien plus beau, il ne sera pas…
Cavalier , le 29 avril 2013, pour Le Défi Du Samedi.
PS : N’y voyez ici dessein, trop (quoique… :), prenez-y seulement, simplement, quelques images…
Dessine-moi un oeuf (Prudence Petitpas)
Dessine-moi un mouton ? demanda le petit prince à l’aviateur qui venait de poser en urgence son avion dans le désert…Cet aviateur aurait pu être le frère de René Magritte qui, lorsqu’on lui demandait de dessiner un œuf, nous reportait sur la toile un oiseau… Après, à savoir si cet oiseau était bien celui qui allait sortir de l’œuf, il fallait évidemment le temps de le couver… quand au mouton du petit Prince, celui dont l’image représentait la caisse avec le mouton à l’intérieur, c’était exactement celui que voulait le petit prince !
Coup de chance ou pas, le dessinateur aviateur, qui peut-être avait pris un coup sur la tête, lors du crash, avait réussi un coup de maître ! Sauf qu’il ne s’appelait pas Magritte, il est vrai, mais qui dit qu’il n’avait pas en tête cette clairvoyance ?
D’autant que notre aviateur s’était moins compliqué la vie que notre René, une caisse étant plus facile à dessiner qu’un oiseau… Bon, peut-être s’étaient ils rencontrés lors d’un salon de la peinture, ou d’un diner mondain réunissant la noblesse lyonnaise et la bourgeoisie belge de l’époque… Un jour, où il y avait au menu des œufs mimosa en entrée, et un ragout de mouton en plat… pourquoi pas ? Ils se seraient trouvés assis l’un à côté de l’autre et auraient commencé à parler peinture…
- Et vous, si on vous demandait de dessiner un œuf, vous feriez quoi, aurait demandé Antoine,
- Heu, je crois que je ferais un oiseau bien sur, pourquoi cette question ?
- Heu, simplement, parce que si un jour un petit prince me demandait de lui dessiner un mouton et que je n’arrivais pas à le satisfaire, je finirais par lui dessiner la caisse où se trouve le mouton dont il rêve…
- Oui, bonne idée, ainsi il pourrait se l’imaginer, répondrait alors René
- Oui, et sur qu’il l’aimerait et qu’il pourrait l’emmener chez lui, sur sa petite planète et ce mouton là correspondrait tout à fait à celui qu’il attendait ! mais vous, votre œuf, êtes vous certain que l’oiseau que vous dessineriez, serait bien celui que l’on attendrait ?
- Oh, vous savez, personne ne s’en soucierait, la princesse qui me demanderait de dessiner cet œuf, n’aurait pas de planète et comme ce serait en plus d’une gourmande, une bonne cuisinière, je la soupçonnerais d’avoir pensé qu’il serait bon d’attendre que l’œuf éclos afin de se farcir l’oiseau !
Et sur ce, ils avaleraient tous les deux leur repas sans plus échanger de parole, ruminant chacun leur prochaine œuvre…
Hommage à l'ARTISTE (MAP)
Participation de KatyL

Un tableau avec une femme pensive qui regarde le tableau qu’elle vient de finir. Elle se dit : « ai-je réussi ce bouquet ? Car dans cette peinture se trouve la tendresse du monde, sa légèreté, sa beauté ». Elle désire dédier ce bouquet à la féminité et à la douceur, au rêve et à l’amour. Dans ce vase en porcelaine fine, posé sur un guéridon, cette fleur rose de confusion d’être ainsi le centre de l’intérêt exhale un parfum suave et entêtant.
L’artiste est pensive car elle a cueilli le matin même cet hibiscus encore ravi de se trouver avec toutes ses amies épanouies sur un arbre haut et fier, cette main de femme est venue la priver de sa vie sur la branche pour s’accaparer sa couleur, sa texture et sa beauté.
Demain, dans quelques jours elle ne sera plus que le reflet d’elle-même, déjà vieille ! Plus personne ne la regardera avec des yeux de désir. Ronsard avait raison ! C’est pour cela qu’elle a eu la chance de croiser le chemin de cette artiste peintre, car désormais elle est en vie pour longtemps, plus longtemps qu’elle n’aurait vécu sur sa branche.
Qui a cueilli l’autre ? Est-ce la fleur qui s’est penchée maline sachant qu’une main viendrait la cueillir pour l’immortaliser à tout jamais ? Qui a voulu cette éternité ? La fleur pardi !

Participation de Célestine
Cher Monsieur Magritte,
Aujourd’hui, la Maîtresse nous a montré un tableau de vous. La Claivoyance, ça s’appelle. Ouh ! C’est compliqué comme mot, ça, hein, la Clairvoyance…Quand elle a installé le tableau dans la classe, nous avons tous rigolé. Il faut dire qu’il y avait de quoi ! Il paraît que c’est vous en train de peindre…Vous avez une drôle de coiffure : vous ressemblez à tonton Eugène, le frère de papa.
La maîtresse a dit : « vous allez faire une rédaction sur ce que vous inspire ce tableau ». Ca a murmuré dans la classe. Et puis on s’est mis au boulot. Je parie que les filles vont vous trouver élégant, les filles, ça s’intéresse toujours aux fringues. Elles vont décrire votre costume et les reflets dans vos cheveux. Un vrai casque à huit reflets. Alceste, j’en suis sûr, va s’intéresser à l’œuf. Alceste, c’est un gros qui mange tout le temps. A coup sûr qu’il va vous décrire toutes les recettes possibles, au plat, en omelette, à la coque, mollets…
Agnan, c’est le premier de la classe, il a pris des airs inspirés de scientifique, derrière ses gros carreaux de myope, et il a levé le doigt pour demander « Comment ça s’écrit, ornithologue, maîtresse ? » tout ça pour nous en mettre plein la vue. Ce sale chouchou !
Clotaire s’est gratté la tignasse, comme d’habitude, il n’avait pas d’idée apparemment, c’est le dernier de la classe, il n’a jamais d’idées. Mais il a la télévision chez lui !
Rufus et Maixent se sont regardés en ricanant…C’est mes meilleurs potes, ils trouvent que vous ressemblez au Bouillon, notre surveillant. On l’appelle le Bouillon parce qu’il dit toujours « Regardez moi dans les yeux ! »
Eudes n’arrive pas à comprendre comment vous avez fait pour vous peindre en train de peindre…Il est très fort mais il n’a pas de cervelle.
Et moi…moi je trouve qu’il est merveilleux votre tableau, monsieur Magritte. Parce qu’il montre les choses comme je les vois. Et que tout le monde se moque de moi quand je le dis. Ma mère dit que je fais le malin. Il n’y a que la maîtresse qui me croit. Elle m’a dit que ça s’appelle un médium.
C’est comme ça que j’ai deviné que mon père est parti. Rien qu’en voyant la lettre posée sur la table.
Nicolas

Merci à messieurs Goscinny et Sempé










