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Le défi du samedi
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9 janvier 2010

VERS, PÂTURES, ÂGES (Tiniak)

1379419356.JPGEt, d'aussi loin que souhaitable
me rengaine un soupir
les mains bien à plat sur la table
je m'entends dire

Enfant, ce terrain gras souillait
du talon au genou - crottés
souliers, pantalons, manches !
les habits guindés du dimanche

Bonne Mère ! Tout ce vert !
Qué faire ! ...comment le ravoir ?
peste peste et bave au lavoir
gorge, battoir et vaste hanche
Fantine à sa lessive blanche

A bout de sente, fatigue
la prairie se fait garrigue

Garrigue, garrigou, garriguette
Chênes verts, genêts et bluettes
Jeunesse en génèse, amours fous
Garrigue, garriguette, garrigou

Fatchede, la mignonne
au cheveu court garçonne
un giron doux

A bout de souffle, castagne
la combe se fait montagne

Verts pâturages dominant
la vallée verte et rouge et or
qu'embrasse un fleuve à bras le corps
en lui promettant l'océan

Foutaises !
ironise un soleil de braise
enrubanné dans le ponant

A bout de rêve, un ciel
où frétille un battement d'ailes

En exil dans les Mascareignes
où j'aime autant que mon coeur saigne
L'oracle et l'Oiseau Vert se gardent
de connaître qui les regardent

La nuit qui vient m'est grand ouverte
Lève donc ton verre à ma perte

 

tiniak © 2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK
pour un défi du samedi
[#88]

val_pix0.jpg

illustré d'après une photographie de Val Tilu

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9 janvier 2010

Monsieur Gring (Oncle Dan)

Monsieur Gring est mort durant son transport à l’hôpital malgré une intervention particulièrement rapide du SAMU. Le cercle des joailliers lui offrira certainement un enterrement de première classe.

 

Le choc au carrefour avait été d’une violence inouïe.

 

Au point qu’il avait fallu désincarcérer les voleurs de la fourgonnette dans laquelle ils s’enfuyaient, pour les placer dans celle de la police et les incarcérer à nouveau. Pas de doute possible, le gang des braqueurs de bijouteries avait été appréhendé et démantelé, grâce à Monsieur Gring.

 

Pourtant, Monsieur Gring était dans son tort. Il n’avait pas respecté le feu rouge alors que les malfrats s’étaient montrés très respectueux du code de la route.

 

L’inspecteur Colombo qui avait du temps libre, sa femme étant en vacances, s’est demandé pourquoi Monsieur Gring, qui ignorait le casse de la place Vendôme, s’était jeté sur les fuyards pour stopper leur fuite.

 

L’enquête qu’il mena dans l’entourage de la victime lui fit découvrir un personnage au comportement assez bizarre.

 

Monsieur Gring avait la décontraction de quelqu’un qui est toujours en vacances. Généralement hilare, il était amateur de blagues assez crues et était toujours en forme.

 

Il se disait jardinier en prétendant avoir la main verte mais ne récoltait jamais les fruits et les légumes au bon moment.

 

D’une manière générale, Monsieur Gring était totalement insensible aux sentiments de ses congénères qu’il traitait tous d’extraterrestres et de martiens, et pour lui, Hulk était un homme comme les autres.

 

Enfin, il ne respectait jamais les feux rouges et il avait toujours pris sa carte verte pour un permis de conduire.

 

Oui, vraiment, Monsieur Gring était un drôle de personnage.

 

Constatant que depuis ses plus vertes années Monsieur Gring était resté un homme vert, toujours au vert, amateur d’histoires vertes et considérant tous ses congénères comme des petits hommes verts, Colombo demanda une autopsie qui permit de découvrir qu’il était atteint d’une maladie sans père ni mère.

 

Monsieur Gring voyait tout en vert.

 

 

9 janvier 2010

Le Vert galant (Joe Krapov)


060725_157

Le dôme de la gare de Limoges
Est aussi vert que le galant
Qui culbuta sur l’herbe tendre
Plus d’une sauterelle du pays.




090824_223
Le roi Henri sortait Flamberge

- Ce n’était pas le nom de son épée, mordiou,
Mais celui de sa verge -
Plus souvent qu’à son tour.



090508_118

Pas de blues sur la pelouse !

Des branles de Bourgogne
Et la feuille à l’envers, avec ou sans la blouse,
Pour que le sire se pavane sans vergogne.



060723_09Comme il ôtait le pull-over  de dame Arlette !
Comme il troussait la Véronique !

Comme il bousculait Bécassine !
Un vrai chaudron de Saint-Etienne !
Un printemps verdoyant, quasi perpétuel !


090711F_009
Jamais ne fit chou blanc

Pour planter son poireau
Et jamais vermoulu
Ni vérolé, l’oiseau !



060725_227Pas une auberge en Limousin,
Pas un pont qu’on ne lui dédie :
Ce verni a son nom partout
Mais la morale est sauve :
La justice des maris a rendu son verdict !



090824_234Car l’un de ceux qu’il fit cornards
Lui flanqua en 1610
Un fabuleux coup de poignard
Dans sa véranda à saucisses !


Il faut pas être versatile
Ni laisser traîner ses couteaux
Car ce dangereux ustensile
Peut servir à vous faire la peau !

(Les photos ont été prises à Limoges, Chateauponsac, Rennes et La Flèche. Si cette note vous semble écrite en vert et que partout ou j'ai écrit "ver" vous voyez rouge, croyez en ce bon vieux Joe : vous êtes daltonien(ne) !)

9 janvier 2010

Céladon (Virgibri)

Céladon

Disait d’Urfé

C’est la vie

Disait ma grand-mère

C’est l’hiver

Dit-on

Je vous donne le feu

Et peu de vers

Mais l’espérance qui va avec

9 janvier 2010

Un vert Prévert (Caro_carito)


 

Ils marchent le long de la digue. Quelques joggers s’essoufflent, les joues rougies par le vent. Olivier sent ses mèches qui flottent le long de sa joue. Sa main froide s’évade. « Continue sans moi.» Il la laisse à quelques mètres de l’hôtel des acacias. Marée haute, les embruns s’accrocheront à ses lèvres. Il regarde le chemin gris sur lequel quelques mouettes luttent contre des rafales éparses. Ou peut-être des goélands. Les mains enfoncées dans les poches de son vieux caban, il accélère le pas. Il aime marcher comme d’autres s’accrochent à un mot, un cierge, un battement de cils. La peine, toute sa peine, se ratatine comme une vieille peau à mesure que le muret s’efface au bas des remparts. Il croise un autre jogger, des façades crème et la verrière des thermes, des ombres, proches et polies. Diffuses. Il s’arrêtera en bout de course, là où la baie s’écrase.

Il revient sur ses pas. Derrière le banc vert, l’hôtel des acacias. Elle n’est plus là. Le fracas des rouleaux, trop proche, le fait sursauter. Où l’illusion d’une tachycardie qui le surprend depuis l’enfance. Il la retrouve, à même le mur de pierres, les jambes plongeant dans le vide, au dessus d’une bande de sable mouillé. L’heure a repoussé les vagues vers l’exil, vers le large. Il se pose à côté d’elle, sent sur son paletot l’odeur écœurante de la mer et des algues. Les cheveux plaqués contre ses joues, elle fixe un horizon absent.

Il se surprend à penser qu’elle se perd dans les flots comme elle se noie dans les livres. Il l’avait surprise, dans un square, le roi des aulnes à la main. Au bout de quelques minutes, elle s’était retournée et lui avait demandé s’il aimait les contes. Elle avait essuyé les larmes qui lui maculaient le visage - après tout ne naissaient-elles pas des océans, avec leur goût salé - et lui avait tendu le Folio usé. La première fois où ils avaient pris la voiture et roulé toute la nuit, elle lui avait confié qu’elle rêvait parfois d’Ys, de la furie des flots et des cloches mêlés. Elle avait glissé son bras sous le sien et ils avaient parcouru les dunes douces. Le ressac avait mis à nu deux coquillages ; pas d’éclat de bronze, pas le moindre tocsin.

Il pleut un peu. Une bruine légère. Elle a posé sa tête contre sa veste. Il respire avec précaution son parfum de sel. Elle s’absorbe, scrute la surface martelée et liquide pour finalement relever la tête. Le vent en écartant quelque nuage ou un courant inespéré... le gris ourlé de jaune sale s’éclaire. Translucide, il dévoile toute la palette d’un orfèvre, Véronèse ou malachite, émeraude, avec parfois une pointe de cyan, de beige opalin, sculptée à même la masse liquide. La mer se retire, hésitante, emportant ses éclats.

Il n’ose la regarder, de peur de trouver dans son regard pâle, deux petites vagues assassines.*

 

*extrait de Démons et merveilles de J. Prévert


Démons et merveilles
Vents et marées
Deux petites vagues pour me noyer.

 

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9 janvier 2010

Diners d'enfance (Papistache)

Maman n’entrait pas dans la cuisine : elle vivait dans la cuisine. Son tablier écossais noué dans le dos, elle présidait à la composition des repas. Certains soirs, elle sortait la poêle du placard sous l’évier.

Culottée, la poêle, comme chaudron du diable ! Une poêle en fer, pas en inox, en fer noirci à la flamme. Maman y laissait tomber, de son couteau, un fort copeau de margarine. La margarine Astra, conditionnée en cubes de 10 cm sur 10 cm. La flamme bleue du gaz sautait ; la margarine grésillait. Maman jetait les restes du repas de midi dans la graisse liquide ; parfois c’étaient des pâtes, des pommes de terre ou des carottes,  mais aussi, parfois, c’étaient des haricots. Ces haricots mis en conserve ou en saumure qui revenaient régulièrement sur la table.

Les haricots rissolaient. Sûrement Papa devait aimer les haricots saisis, ou Maman, ou mes sœurs, enfin quelqu’un, certainement. Cinq enfants ! Maman devait avoir vingt bras ! Il ne devait manquer que le vingt-et-unième pour touiller les haricots ou alors la poêle était-elle en cause. La tambouille attachait. Autant le petit Papistache se régalait des haricots cuits à l’eau et servis au déjeuner, autant sa langue et son palais se contractaient au contact des légumes desséchés, les bons soirs, charbonneux plus souvent.

Assez vite, il envisagea de terminer le plat à midi pour éviter qu’il en restât pour le dîner :
— Ils sont bien bons, tes haricots, Maman, je peux en avoir encore un peu ?
Regard dans la casserole :
— Non, mon grand, il en reste juste assez pour ce soir. Mange donc un morceau de pain si tu as encore faim.

De même qu’il était inconcevable de quitter la table en laissant un morceau de pain à côté de son assiette, chez nous, il était inenvisageable de vider le contenu de son assiette ailleurs que dans son estomac.

9 janvier 2010

Un carnet vert (PHIL)

Il aurait pu arborer une autre couleur. Mais il était vert.

Ce carnet, je l’ai rangé dans un des alvéoles de mon sac photo. En compagnie d’un stylo bille orné de marguerites qu’une de mes filles m’avait offert. Ainsi serais-je en mesure de prendre des notes lors de mes déambulations. Ou de noter les idées qui me passeraient par la tête à la suite de telle ou telle impression, et qui voudraient bien s’organiser sous forme de textes. Je noterais seulement l’idée, quitte à rédiger le texte ultérieurement. Ou je rédigerais une note brève ou un poème directement sur le carnet. Tout était possible. Avec un carnet en poche, je me sentais en sécurité. Je me sentais habillé.

Un jour, plus tard, on m’a fait présent d’un sac photo plus pratique. Le carnet vert y a trouvé sa place, ainsi que le stylo aux marguerites.

La couverture verte du carnet vert a légèrement terni avec le temps. C’est un carnet qui a voyagé. Pas très loin, mais il a voyagé.

Le carnet vert est vierge. Je peux compter les pages. Elles sont toutes là. Vierges.

Le carnet vierge serait-il inutile ? Non. Il est une sorte d’assurance. Ou de vêtement. Il m’habille.

J’exagère, mais à peine. Toutes les pages du carnet sont vierges. Mais il en manque deux.

Ces deux pages, je les ai déchirées le même jour.

A Cognac.

Cela aurait pu être ailleurs. Mais c’était à Cognac. Je m’appropriais la ville tandis que ma fille passait un examen. Au lieu d’attendre bêtement. A un moment je me suis assis sur un banc, dans un jardin public, et j’ai voulu écrire sur la part des anges. Ça n’a pas réussi. J’ai déchiré la page.

Et puis j’ai voulu gloser sur une idiotie que j’avais lue sur un panneau d’affichage, devant la maison de la presse. Ça n’a pas réussi. J’ai déchiré la page.

Quelle était l’idiotie en question ? Hum. C’est quelque chose que j’aurais volontiers intitulé « poids et mesures ». Le panneau d’affichage disposé devant la maison de la presse vantait une feuille de chou que j’imaginais destinée à des lecteurs plus qu’à des lectrices, puisqu’on devait y découvrir le classement des 100 stars féminines les plus sexys, c’était le gros titre de la chose. Cela laissait augurer d’un contenu d’une grande richesse, voire d’une qualité rédactionnelle exceptionnelle. Il était d’ailleurs précisé en plus petit, à côté de la photo d’une pin-up quelconque, que la pin-up en question, une certaine Paris Hilton (je ne sais pas où les américains vont chercher leurs prénoms, mais quelle idée…), que je ne connaissais ni des lèvres ni des dents, comme disait Bérurier, s’y trouvait nue à 99,3%. Dans la revue. Dont je n’ai pas mémorisé le titre, ce qui est peut-être dommage. N’empêche que ça me plongeait dans un abîme de perplexité. Comment pouvait-elle être nue à 99,3% ? Comment avaient-ils mesuré ? En quoi pouvaient bien consister les 0,7% restant ?

Je me suis dit, tandis que j’arpentais les rues de Cognac, que ce serait idiot de noircir les pages de mon carnet avec de telles inepties. Comme je l’ai dit, j’ai donc déchiré la page et j’ai décidé de n’utiliser le carnet qu’à bon escient.

Je ne sais pas si l’escient était bon lorsque j’ai photographié le carnet vert.

Oui, je l’ai photographié.

J’aurais pu tout aussi bien photographier le stylo aux marguerites ou la sacoche photo elle-même. Mais non. J’ai préféré immortaliser le carnet vert.

Que pouvais-je donc faire d’une telle image ? S’étonnera-t-on. Et bien la réponse, la voici : je l’ai postée en conclusion d’un blogue défunt. Il suffisait au visiteur de cliquer sur l’image du carnet vert pour accéder au blogue naissant. Le titre de ce nouveau blogue ? Le carnet vert, évidemment.

2 janvier 2010

Consigne 88

Pour cette nouvelle consigne

N°88

Je vous propose d'écrire

dans la forme qui vous plaira

ce que vous évoque une couleur.

Et ce sera

le VERT !

Vos envois colorés sont à envoyer à notre célèbre adresse :

samedifefi@hotmail.fr

A vos pinceaux !!!

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