12 mai 2012

À fleur, le temps (tiniak)

Le temps, c'est du vent, mais la pierre ?...

J'étais là, pour ma promenade
- un jeu pas loin de la parade;
au front logé quelque mystère
accaparé par l'atmosphère

J'observais dans mon entourage
les bâtiments plus ou moins vieux
au mitoiement pas très heureux
mais dont je tirais avantage

Et puis, j'ai regardé mes pieds
A l'endroit où je m'arrêtai
je découvris cette insolence :
la nature et sa résistance !

D'entre les pavés jaillissait
une banale touffe d'herbe
(pas de quoi en faire une gerbe,
 mais assez pour m'interpeler)

Pour ajouter à ma surprise
le hasard jeta sur le sol
quelques vestiges de corolle
soufflés par l'automnale bise

Je révisais mon jugement :
le temps ne donne pas mesure
par nos œuvres d'investiture
mais son naturel évident

Je finis donc ma promenade
sans jamais plus lever le nez
mais à surveiller qu'à mes pieds
ne se trouvât quelque boutade

Depuis, je ne vois dans la pierre
qu'une cynique et vaine injure
à ce que peut faire nature
sans prétendre à quelque carrière

Demeure le temps, son passage
Y cherche quel est mon courage.

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28 avril 2012

Et l'effet m'aime (Tiniak)

Les gens d'ici vous le diront pas
Que c'est chose que l'on garde, à taire
La paupière alourdie de mystère
l'instant d'après, vous planteront là

Faut juste savoir comment ça vient
Qu'il y a qu'à être disposé pour
Comm' qui dirait un peu comm' l'amour
Suffit pour ça d'y mettre du sien

Mort ou vivant, c'est pas la question
Que ça c'est bien des trucs de la ville !
Qui n'a jamais tendu la sébile
peut pas distinguer le bien du bon

Magie se touche du bout du rêve
Que s'en est difficile à savoir
qui rêve l'autre dans le grimoire
d'où nous lisons sur les genoux d'Ève

Léi deds
Fu del
Mia
Magio

« - Les quoi ?!
« - Léi deds fu del mia, magio...  » Je répète.

Lo me dévisageait avec des yeux qui ne seraient jamais ronds comme des billes (et c'est tant mieux !), mais dont les paupières inclinées vers la tempe concentraient le regard qui me sondait maintenant avec intensité. Et puis, un nuage passa sur sa rétine (une mouche dans son champ de vision ?), comme souvent avec Lo, il fut déjà temps de passer à autre chose.
« - Alors, toi ! Je te laisse cinq minutes dans ma cambrousse et tu te fais promener par le premier cul-terreux qui croise ton chemin. Bravo, monsieur même-pas-peur-d’aller-me-promener-en-pleine-cambrousse-alors-que-pour-moi-une-pelouse-de-parc-est-un-champ-remembré !
« - Oui bon… mais tu ne sais pas ce que ça veut dire, alors, ce… truc en patois ?
« - Patois ? ben, c’est pas du patelin de chez nous; ça, je peux te l’assurer. Allez, viens ! J’ai des tas d’affaires à remballer dans le garage. Tu veux bien ? »
Les paupières inclinées vers la tempe, c’est fait pour ce genre de requête.

Plus tard, dans le silence crépitant d’une fin de partie de scrabble disputée près de la cheminée du salon, je m’aperçus que le borborygme, local ou non, avait élu domicile dans un recoin sensiblement actif de mon cerveau. De là, il me gênait. M’encombrait. M’embrouillait les anagrammes, et zut ! encore un triple qui me passait sous le nez. Je perdis (j’allais devoir me fendre d’un massage attentionné, c’était l’enjeu). Lo exultait avec retenue. Ça peut aussi avoir son utilité pour ce faire, son genre de paupières.
« Tu veux pas ranger le scrabble pendant que je vais nous faire une tisane ? clarinetta-t-elle, et après, fffuit ! au lit monsieur-mon-masseur-particulier. » J’acquiesçai, un rien distrait. Elle s’en inquiéta un peu, mis ça sur le compte de ma défaite et partit vers la cuisine.

Au lieu de ranger les lettres dans le sachet, je me mis à recomposer devant moi la transcription de l’étrange injonction, telle que je me la figurais possible. Je ne tardai pas à sentir se mobiliser en moi toutes
les ressources qui m’eussent été bien utiles naguère. Je sentais venir quelque chose. Quelque chose qui aurait une cohérence. Bientôt !
« Comment tu m’as dit que se nommait l’endroit où je suis allé promener, chou ? » demandais-je à la Reine de la Soirée qui reparut prendre une cigarette méritoire.
« Le Val Russe, pourquoi ? »
J’allais dire « pour rien », quand une autre question me vint à l’esprit :
« - Et le gars, là, qui m’a vendu ce gros bouquin ? C’est quoi son nom déjà ?
« - Eustache. Tu sais, je t’ai dit comment, chaque fois qu’il met des nœuds pap’…
« - I’ s’tache… oui, oui… »
Je l’avais sur le bout de la langue. C’était là devant moi, c’était sûr.
Lo était repartie dans la cuisine, en me disant de me « magner de ranger le scrabble, quand même; on n’a pas que ça à faire, ce soir; ne l’oublie pas ».
Puis, je ne sais pour quelle raison (mais avec Lo, ’faut pas trop en chercher), elle me demanda depuis la cuisine ;
« Chéri, on est quel jour demain ? »
Je lui répondis dans un cri de victoire : « samedi !!! ».

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24 mars 2012

Coutures (tiniak)

Files filiales, filiations !
Dites-moi, sans compromission
quel est de ma pensée le fil
qui la sauve de l'Imbécile
et renoue
avec l'essence les Rien z'et les Tout ?

Sur ma pelote hebdomadaire
se pourrait-il qu'un dromadaire
arguant du pagne d'Osiris
me refusât son oasis ?

Sur le parvis des cathédrales
offert au vide sidéral
tricottent des veuves sans faim
la laine de nos Lents Demains

Dois-je y comprendre
ce que les noeuds des Cieux Seuls cherchent à m'apprendre
de la vie
comme de fil en aiguille âme s'en soucie ?

Crochets, plaidez vos canevas
au tribunal des entrelacs
je n'en ai cure !
préférant tisser dans le vent mon aventure

Oui, au hasard
d'une aube bayadère
de l'air d'un ciel jacquard

De cette chaussette orpheline
qui me laisse perplexe devant la machine

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14 janvier 2012

Poussières à la moutonnière (tiniak)

 

Titanesques oublis fourmillant sous la terre
ou moutons gris tapis sous mon lit de misère
Poussières, poussières, poussières !

Comme votre sommaire, humble et sans prétention
rappelle à son destin la nôtre condition
de pas sages
quand vous marchons dessus sans prêter davantage
attention ! aux voltiges
que nos empressements (de mourir ?) vous infligent

Je deviens qui je suis à mieux considérer
dudit Bel Aujourd'hui la sade vanité
pour l'avoir
cependant clamé haut et fort à mon histoire
ainsi voulu, écrit, vomi, couru, venté
en omettant, chez moi, de passer le balai
la toile, le chiffon
préférant massacrer des nuées de moutons
qui dansaient
imitant les étoiles dans un soudain rais
de lumière
plongeant par la fenêtre encore bouche bée
sa ruée cavalière au galop printanier

Calcaire !
Calvaire des baignoires
écorche mes statuts
Éclabousse au miroir
mes carrières perdues
mes caprices
aux encéphalogrammes plats de tourne-vice
Que me revienne vite au sens, à l'oraison
pour ma belle amanite une tendre passion
granitique et sincère
que nous lapiderons à coups de pousse-hier

Poussières, poussières, poussières...

Puis, dans ce Lent Demain où nous ne serons plus
qu'éparpillés en grains, je logerai mon dû
dans un cul de bass'-fosse
le nez coulant d'un gosse
l'œil pleureux d'un sentimental
sur le carreau fendu d'une lunette sale
ou sous l'ongle crasseux
du dernier abandon d'un monde industrieux

Mais ferais-tu de même
toi qui de mon vivant me poudrais de "je t'aime" ?

Qu'importe !
taquine la poussière en passant sous ma porte

Il faut donc - ah, bourdon ! canaille, que je sorte
arborant à la boutonnière, en broche
un mouton de poussière
Qui trouverait ça moche
Moi, j’en suis plutôt fier

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13 août 2011

Manque de nez (tiniak)


Et puis, l'aube venant,
je ne sentis plus rien qui flottât dans le vent
ni tilleul, ni jasmin, ni marines senteurs
Le passage à demain s'était fait sans odeurs
pas même les voitures
n'encombraient l'air ambiant de leurs hydrocarbures

Je me fouillai le nez pour en être certain
Il était dégagé - pas moins que de coutume
et comme ne souffrais d'angine ni de rhume
je dus m'y résigner : rien n'avait de parfum !

Allant chez le voisin pour le solliciter
d'un avis tiers, serein, d'un mot d'explication
je trouvais porte ouverte et sur son paillasson
une lettre pliée
J'en lus le contenu, reculant, effaré
à chaque affirmation :

Demain, c'est le futur ! Pleurez, bande de nazes !
Vous vous découvrirez dépourvus de tout blase...
Ne pouvant me sentir, disiez-vous, et bien chiche !
Vous priverez de nez ! Mon billet ? Je t'en fiche !
 
Ah ouiche, et c'est pas tout : "blase" est dans tous les sens
qui se puissent partout entendre et reconnaître
Quand, demain, pointerez le votre à la fenêtre
paraîtrez inconnus, sans nom et sans essence
aux yeux de Nul Pardon

J'ajoute à ce désastre un dernier pied de nez
plus aucun carburant ne pourra davantage
alimenter le train où vous précipitez
- sans vous en alarmer ! vers son dernier naufrage
la civilisation

A la question "Qui suis-je ?" aurez-vous répondu
quand vous aurez fini de pleurer vos vestiges ?
Ai regagné mon siège au-delà de ces nues
où vous n'aurez cherché qu'à dompter le vertige...
Tout est dit, adieu donc !

Consolez-vous quand même...
Vous reste ce confort : à manquer d'odorat
aucun éternuement ne sent plus le colza

 

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04 juin 2011

tempi (tiniak)


Le temps... Le temps... mais qu'est-ce ?
Considérant celui d'une vague caresse
polissant la surface au dos d'un galet rond
celui du météore au flanc de l'horizon
passant inaperçu dans le jour qui paresse
où vivre ?
À ce moment près d'elle seule ? dans son livre ?

Temps passés ou futurs n'êtes à l'aujourd'hui
que reliquats obscurs, rêves inassouvis
- mêmes, imaginaires...
C'est d'ici, maintenant, que je prends le parti
d'en faire
un endroit familier où je vais prendre l'air
du temps
tel qu’il me plaît vraiment

Me voici dans Paris croisant un éléphant
connu de mes amis et de moi seulement
à cette heure
(où l'On craint le hulan cantonné à demeure)
et qui sera bientôt des plus problématiques
quand l'ère aura versé d'Empire à République

Trois Jules vont venir au devant de la scène
arracher les marmots à la mine et aux champs
pour les jeter sitôt brailler "Allons z'enfants !"
sur les chemins de gloareu...
Sans faire autant d'Histoire de France
moi, je n'en aime qu'un pour tout ce qu'il balance
et prône au Décadent sur les quais de la sienne
de Cène

L'à-présent me taillade et son vent libertaire
me prêtera sa main pour entrer en enfer
comme on va d'un bon coup achever la semaine
passant à la revue des deux mondes le seul
qui vaille
de souiller nos linceuls aux fruits de nos entrailles

Sorties des toits bourgeois dont les cheminées fument
grisant le ciel joufflu, des colonnes d'écume
plombent, empestent
l'âpre souper frugal des demeures sans restes
la voisine repue sous son mari trop gras
le paternel inceste
la poularde
qu'arrose de son jus la bonne - campagnarde !
la suée des dortoirs
et le vieux saucisson pourrissant sous les draps
qui finiront charpies paquetées aux armoires
sanitaires
et panseront les plaies de trop pauvres misères

Des fenêtres les pianos las
pleurent des doigtés réfractaires
à ces mélodies populaires
qui romancent les célibats

Dans cette vaste fourmilière
au quotidien
je bade un art à son affaire
aussi mon chien
relevant la piste tracée
par les humeurs
d’artistes battant le pavé
jusqu’à pas d’heure

C’en est fini du bon Parnasse
levons haut le vers libéré
sur le boulevard Montparnasse
les apaches vont défiler

Jusqu’à pas d’heure, alors c’est dit
tandis qu'auprès de moi tu lis
je rêve encore et reste ici

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14 mai 2011

Attentions fragiles (tiniak)

Vos sirupeuses verroteries
   langues habiles
   aux mots graciles
qu'au prix fort vous nous aurez servies
   battant faux-cils
   de sex-appeal
sous couvert d'une folie soudaine
   à l'organique
   dithyrambique
ne sont de nos comédies humaines
   que vains déclics
   et vilains tics

Car notre nature est si fragile
qu'elle cède aux sons des violons
va décoller comme papillon
qu'abuse l'araignée sur son fil

Tant qu'à aimer la chose futile
veillons à n'être pas trop idiots
la beauté ne suffit pas aux mots
plus que la chemise au mois d'avril

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23 avril 2011

Averto (tiniak)

J'écoutais dans son regard vert
la petite voix métronome
me remembrer tous les atomes
qui s'étaient égaillés dans l'air
   l'année passée

J'ai goûté de son regard bleu
le jus des pommes abyssales
qu'offrent au bout de leur caudale
des monstres moins calamiteux
   qu'il n'y paraît

J'écourtai de son regard noir
les reproches fort à propos
n'osant plus jeter mon mégot
dans le dernier bassin du square
   Ambroise Paré

J'ai compris de ses rondes billes
que le monde est là, devant elle
comme elle y déploierait ses ailes
ainsi font un matin les filles
   à leur papa

"Tu fais l'malin, mais tu l'aimes propre ton drap"
   bien vu poupée !

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25 décembre 2010

Ultime pirouette (tiniak)

Je me serais bien volontiers payé sa tête !
Et devant vous, foule charmante,
ma vieille dame sous le bras,
n'en eusse encore aucun remords.

C'est que la peine la précède
dans un grand chariot surchargé
d'articles de supermarché
la Vieille devant qui l'on plaide :

« Si j’avais voulu me trouver,
  levé plus tôt, en bout de file,
  chère madame, en quel péril
  m'eussiez-vous promptement mené ?
  Vous n’avez pour unique objet
  que de m'être en tout point hostile...
  Passez donc ! Souffrez que je colle
  aux préceptes de mon école
  qui me pousse à vous rétorquer
  par quelque raillerie puérile :
  non, je n'ai rien à déclarer »


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18 décembre 2010

EDOUARD 37 - Opéra (tiniak)

Tout dépensé
me voilà riche
d’une Autre Terre en friche

Dire le jeu que c’est que ce
rire à se dépenser le Je ;
s’émettre
(un cri de fleur à la fenêtre ?)
en jurant ses Grands Yeux
vent debout sous l’essieu
du lent chariot qui vient de naître
et passe, sans chevaux ni maître
au feu

Avoir pour seul enfer « j’ai mieux »
(ah, l’écritoire laborieux !)
et comme paradis sur terre
d’obtenir un Non-Lieu
d’en être le dépositaire
d’y former quelques vœux
si gourmands que goûteux
puis, chacun d’eux les satisfaire
en creux

Valeur ajoutée, ton regard
qui m’invente un nom tous les jours

Il connaît tous mes noms de foire
à les pendre au fond de la cour

Dans la signature, une fronde
envoie tournoyer dans les airs
vers les fronts géants de ce monde
au prix de l’âme et de la chair
une volée féconde :
les fruits de l’Autre Terre abondent !

« Touchez ma bosse, mon feigneur »
(Il est dehors… avec son chien)
« Nous l’allons montrer : tout haleur… »
(Il a dépensé fontainien)
« Ah, c’est pas tout ça ; ‘faut qu’ j’y aille »
(Kessila dans l’ nœil, une paille ?)

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