"Les descriptions de femme ressemblent à des vitrines de bijoutier.
On y voit des cheveux d'or, des yeux émeraude, des dents de perles, des lèvres
de corail. Qu'est-ce, si l'on va plus loin dans l'intimité ! "
Elle est assise derrière la fenêtre.
Ses doigts fragiles frôlent les rideaux.
Elle cherche la lumière.
Quand elle est seule, elle redevient la femme qu’elle a toujours été. Elle
baisse la garde enfin.
Ses petits pieds se balancent du haut de la chaise tandis que sa tête s’incline
doucement…
Elle rêve.
Elle a dix ans et elle tourne dans sa jolie robe de fête.
Elle a vingt ans, elle ouvre le bal de son mariage au bras d’un époux à la
moustache fière.
Elle a trente ans, elle rit dans les bras d’un amant qui lui fait croire que la
vie est ailleurs.
Elle a quarante ans, elle regarde son reflet dans la glace et elle se trouve
belle.
Elle a cinquante ans, elle remonte l’Amazone.
Elle a soixante ans, elle s’invente à nouveau.
Elle a soixante-dix ans, elle picore des morceaux de jouissance au cou d’un
nouvel amant.
Elle rêve…
Elle baisse la garde enfin.
Elle redevient celle qu’elle a toujours été.
Une jeune fille.
Mais le flacon, l’ivresse
et le désir qui grimpe… !
Le costume est d’hier
et la chair d’aujourd’hui.
Sur la nuque, mes
doigts voudraient bien s’égarer :
D’ici part un empire
identique à celui
Qui s’est, par sa
muraille, au pire préparé.
Qui dira les trésors
des cités interdites,
Les perles de
frissons qui parcourent l’échine,
L’emballement des
sens et les fièvres maudites
Qui tuent la
bravitude au seuil de cette Chine ?
Ici passent des
fleuves au débit insondable,
Des torrents
d’émotion, de la passion limpide,
Le sang qui bat sur
un tempo indéfendable
Et dicte son audace à
la lèvre intrépide
Peut-être son regard
est-il bleu d’améthyste ?
En saurez-vous jamais
quelque chose, ô, humains ?
Tous les bijoux
secrets que possède l’artiste
D’ici quelques
instants seront entre mes mains.
Elle a bien plus pour
moi de prix que le diamant !
Quel poinçon a marqué
cette joaillerie ?
Et pourquoi donc
ressens-je aussi soudainement
L’instinct qui me
revient d’ancienne Roumanie ?
Oui, je succomberai à
ce charme troublant.
Je ne froisserai pas
cet habit d’apparat.
Deux perles de rubis
sortiront du cou blanc
Et la vie, de ce
corps, se carapathera.
Poème apocryphe attribué à
Vlad Krapovulescu, vampire moldo-breton du 15e siècle. Le doute
subsiste aussi quant à la photographie qui accompagne le manuscrit : elle
ne daterait pas de la même époque.
— Grand-Père, Grand-Père, tu verrais resplendir ses cheveux d’or !
— Pyrite, mon petit, pyrite. L’or des fous. Tu vas te bruler les yeux, la fausse richesse de sa chevelure va te détruire. — Grand-père, Grand-Père, ses yeux émeraude d’une eau sans pareille, tu verrais comme elle dirige ses regards sur moi. — Cabochons de verroterie oxydée. Ses yeux te transpercent pour mieux voir, au-delà de toi, la ronde des mâles excités. — Grand-Père, Grand-Père, ses dents de perles fines. Mon cœur jaillit hors de ma poitrine quand elle me sourit. — Sacrifice barbare, elle veut t’immoler et ses crocs de silex tranchant déchireront et ton cœur et ta chair. — Grand-père, Grand-père, ses lèvres de corail qu’encadrent deux fossettes qui s’épanouissent à mon approche. — C’est pour mieux te leurrer mon enfant. Stratégies que tout cela. Ce que tu nommes beauté n’est qu’adaptation. Cette femelle n’échappe pas à la loi des espèces. Objectif numéro 1 : fertilisation. C’est à ta sève qu’elle aspire. — Mais Grand-Père, justement, plus bas, ses seins d’albâtre que je vois palpiter quand je lui prends le bras. — Tromperie, pour dures qu’elles paraissent ses mamelles ne sont pas de pierre, ce sont des phares éphémères érigés-là pour appâter les phalènes dont tu es, mon petit. — Grand-Père, ses hanches qui ondulent comme une mécanique helvète ... — Hypnotique machine à étourdir les jouvenceaux, résiste, crois-tu que le mécanisme ne s’enclenche que pour toi. C’est réflexe en cette espèce. — Grand-Père, Grand-Père, ce mystère enfin qui se cache au bas de son ventre, ces parfums capiteux que les ersatz du commerce ne parviennent pas à masquer quand je me laisse aller à marcher dans son sillage. — Phérormones primaires, inventivité de la féminine engeance qui tisse sa toile pour empêtrer les nigauds de ton espèce. — Grand-Père, Grand-Père, ce puits qu’on dit tapissé d’hydromel au fond duquel se cache la pierre philosophale. — Obscur tunnel gardé par de sombres mygales, labyrinthe infini d’où tu ne ressors qu’hagard, perdu, vidé de ta substance... — Grand-Père, Grand-Père... alors Grand-Mère... — Ah ! Grand-Mère ! Sa peau de miel ! Tout un long mois, je ne me suis nourri que du sel qui perlait au creux de ses membres. Ni la faim ni la soif n’avaient plus prise sur moi. Nous nous sommes aimés sans discontinuer trente jours et trente nuits sans reprendre haleine. — Mais Grand-Père, phalène... — Ses seins, mon petit, taillés tout exprès pour tenir au creux de ma main. Joyaux d’une couronne que, mille fois, je fis écrin pour mon sceptre souverain. — Alors Grand-Père, cette mécanique de précision... — Merveille de technologie intime, rubis enchâssés sur engrenages de platine, secrète exactitude, jamais prise en défaut. Un tremblement de ses hanches et la colonne de feu s’érigeait gourmande et dominatrice, faisant de l’ombre jusqu’au fond de la vallée que, depuis le promontoire rocheux que nous avions élu pour notre union, nous surplombions. — Me diras-tu, Grand-Père, comment tu revins du combat contre ces araignées velues et leur appétit féroce ? — Mon petit, mon petit, mirage... mirage... quand je croyais trouver une bouche carnassière qui m’aurait englouti pour me rejeter exsangue et désarticulé, j’ai entendu, entendu, te dis-je la voix que mes rêves pourchassaient depuis toujours. Point de tunnel, mais une avenue de lumière écrasante, encadrée des âmes de mes ancêtres qui me guidaient vers l’incandescence que je devinais à ma portée. — Grand-Père, tu t’es donc brûlé à cette flamme ? — Pas brulé, mon petit, pas brulé... au creux de son ventre Grand-Mère cachait une matrice nucléaire où sein de laquelle une fusion s’opéra. De deux, à partir de ce jour, nous ne fîmes plus qu’un. — Grand-Père... — Va, mon petit... va...
Elle parait bien banale en
somme, à l’extérieur c’est calme plat. Qu’y a-t-il donc à l’intérieur ?
Dans sa tête, un flou
artistique, des idées qui toujours s’agitent, des tas de rêves insolites, bien
loin de sa vie tracée.
Mais qui pourrait le soupçonner ?
On entrevoit parfois, par
bribe, par la fenêtre de ses yeux, l’eau qui traduit l’émotion vive qui la fait
vibrer tout le temps mais qu’elle prend soin de contenir pour ne pas froisser
l’entourage.
Au-dessous de son enveloppe,
il n’y a rien de très palpable.
Une tête pleine d’air, me direz-vous ?
Oui, mais de cet air dont on
fait des chansons, de celui qui souffle sur les collines un air de liberté et
nettoie les poumons, de celui qui pousse à faire et à partager avec qui arrive
à comprendre et à être touché.
Et puis au fond, tout au fond d’elle, si vous arrivez à l’attraper, il y
a un petit cœur de pain d’épices… tout petit, mais chaud brûlant…
Messire
le Comte s'est longuement entraîné dans sa chambre. Le troubadour le
lui a affirmé, pour obtenir monts et merveilles de la Comtesse, que
Messire le Comte vient juste de retrouver après 10 ans à guerroyer
de-ci de-là, il lui faut la flatter.
Il
faut dire que Madame la Comtesse, depuis si longtemps délaissée, est un
peu de mauvaise humeur et pas trop portée sur la bagatelle, il faut
bien le reconnaître.
Bref,
avant de rejoindre sa douce moitié dans sa chambre, il a répété encore
et encore le texte que le troubadour a écrit pour lui (et donc pour elle).
Ma chère votre beauté m'éblouit (tu
parles avec 10 ans de plus ma chère épouse vous n'êtes plus guère une
galinette de l'année, mais bon si pour en arriver à mes fils, il me
faut en passer par là, courage allons-y).
Bon donc, ma chère votre beauté m'éblouit, elle resplendit telle la cassette du joaillier (dans laquelle vous fîtes disparaître une partie de ma fortune pendant la courte absence).
Vos cheveux d'oryx, palsembleu non, d'onyx (quoi que soit ce truc, et encore le troubadour proposait obsidienne encore plus difficile ça) ruissellent sur vos épaules de nacre (l'une d'ailleurs un tantinet plus haute que l'autre).
Vos yeux d'ambre rehaussent votre teint d'ivoire (jauni l'ivoire, mais passons).
Vos lèvres tels des rubis mettent le feu à mon cœur (bon
très franchement un peu plus bas, mais le troubadour affirme que ces
compliments de soudard s'ils conviennent aux filles d'auberge ne sont
pas pour les dames bien nées).
Vos doux seins (qui commencent hélas ma mie à pendouiller) sont deux merveilleuses perles (baroques quant à la forme pas de doute) embellis par deux délicats tétons de… de… (pas rubis déjà utilisé, il a dit quoi ce maraud de troubadour) de… de…, ah oui, semblables à des grenats (que je vais arracher à coups de dents je le sens bien si ça dure trop longtemps cette ineptie).
Votre taille d'albâtre ondoie comme un roseau (ah ben oui, le troubadour n'a pas trouvé de pierre précieuse qui ondoie).
Bon, allez, que diantre j'y vais, je verrais bien sur place pour la suite.
Et
voilà Messire le Comte qui, tout sourire et idées libidineuses, se rend
chez Madame la Comtesse pas plus heureuse que ça de récupérer un époux
quelque peu défraîchi il faut bien le dire.
Or
donc, Messire le Comte, très concentré, régurgite le laïus du
troubadour tout en se demandant in petto si celui-ci n'en saurait pas
un peu trop sur son épouse.
Il risque quelques caresses, fait glisser strate après strate les étoffes qui couvrent son épouse.
Et enfin, il touche au but (si je puis m'exprimer ainsi). Le dernier jupon tombe et Madame la Comtesse, un sourire narquois sur les lèvres de rubis (voir plus haut) se laisse contempler par son époux proche de la syncope.
Un
gémissement monte aux lèvres de celui-ci. Il se revoit faire du tri
dans son escarcelle et jeter une clé dont il ne voyait plus l'usage.
Horreur,
il s'agissait de celle qui ouvrait la splendide ceinture de chasteté
ruisselante d'émeraudes, de rubis, de saphirs, de diamants, qui ceint
et protège la délicate intimité de sa Dame.
Hélas
pour lui, il ne pourra poursuivre ses comparaisons bijoutières plus
loin, tout au moins pas avant d'avoir fait venir un forgeron !
Si l’on va plus loin dans l’intimité, les descriptions de femme ressemblent à des arrière-boutiques de bijoutier. On y découvre la froideur du métal et la lourdeur des portes de l’inviolable coffre dans lequel sont jalousement gardés les joyaux les plus rares. Qu’est-ce, si l’on en a la clef ?
Les descriptions de femmes ressemblent à une vitrine de bijoutier.
On y voit des cheveux d’or… Ca y est, ça recommence, il n’y en a que pour les blondes ! Et les brunes alors ? Des cheveux en crotte de bique ? Et pourquoi ne pas citer les autres ? Des cheveux en ébène, des cheveux d’argent, des cheveux de cuivre… N’est-ce pas aussi beau que l’or ?
Je continue… des yeux émeraude… Encore raté ! Les miens sont œil de tigre…
Des dents de perle…euh, non ! Là, je ne vous dirai pas en quoi sont les miennes !… (La porcelaine et la résine, c’est bien aussi ?)
Des lèvres de corail… ouf ! Voilà enfin quelque chose (avec un rouge adapté) qui pourrait me convenir !
Poursuivons les pensées qui auraient pu être de Jules Renard… " Sa tête reposant sur un doux val surplombé par deux collines chapeautées d’un rubis "… Hem, ici, il vaut mieux ne pas être " morne plaine " ou au contraire " sommets des Alpes "… (quoique… Il en faut pour tous les gouts, non ?)… " La main glissant doucement sur sa peau lisse "… lisse ? Ben tiens ! Je ne vous le dirai pas !… " Il caresse doucement son ventre plat comme un paquet de chocolats "… Qu’est-ce que tu dis ? Ce n’est pas poétique ? Dis ! Un paquet de chocolats, pour moi, c’est mieux qu’une pierre précieuse…
" Retenant son souffle, il effleure le … " euh… " il arrive à son "… euh… triangle magique ? Non !…il arrive… Ben oui !… " il découvre la boite à bijoux ! "… puisqu’on est dans une bijouterie !…
Qu’est-ce si l’on va plus loin dans l’intimité ?… Comment voulez-vous que je le sache ?
Alors! Jules! Tu viens? J'ai envie de connaitre tous mes minéraux, moi...
Le défi double est bouclé. Je l'ai trouvé particulièrement intéressant.
Je tenais à vous rappeler combien vos commentaires font vivre le blog. Ce qui fait, me semble-t-il, la convivialité des lieux, c'est les commentaires déposés sous chacune des participations. Aussi, prendre le temps de lire et de laisser un petit mot sous chaque texte permet de conserver cet esprit convivial. Pensez-y! Les autres participants prennent la peine de s'arrêter sur votre texte? Faites le en retour... Je trouvais important de le préciser une fois encore.
Bon! Bon! La consigne! J'y viens!
Cette consigne est une idée de Véron. Elle lui a été soufflée par Jules Renard.
La voici:
"Les descriptions de femme ressemblent à des vitrines de bijoutier. On
y voit des cheveux d'or, des yeux émeraude, des dents de perles, des
lèvres de corail. Qu'est-ce, si l'on va plus loin dans l'intimité ! "
Citation (de Jules Renard) trop... osée pour en faire le défi d'un samedi ?
Avant de me mettre à commenter nos participations, je voudrais adresser à Val un grand bravo pour tout le temps qu'elle a passé à mettre en page ces défis.
C'est elle qui y a consacré le plus de temps et sa tâche n'a pas toujours été facile. Certains textes se rebellent et n'admettent pas qu'on les plie à notre volonté. La faute à diverses versions de Word, à des logiciels de traitement de textes variés, ou à des perturbations informatiques de l'ordre de l'irrationnel.
Il faut dire qu'on s'est également compliqué la tâche en voulant colorer de gris les défis initiaux.
Je me demande si pour les prochaines consignes on ne devrait pas tenter de mettre nos textes dans le corps du courriel et non en pièce jointe afin de simplifier les manipulations. Reste le souci d'insérer des images. Aligner à gauche, à droite, centrer, détourer, habiller... c'est amusant à faire chez soi, mais pas toujours aisé à exécuter sur un texte dont on n'est pas l'auteur. Et ça prend du temps !
Si l'un de nous avait une solution pour rendre cette mise en page plus rapide et moins stressante...