Défi 149 (32Octobre)

Fragile fragile ma toute petite maman avec tes yeux trop bleus délavés usés de toutes tes larmes de tes automnes de tous les émerveillements de tes trop nombreux printemps
Tes mains pétales de rose fanés oubliés
Tes petites mains d’eau de Cologne toutes racornies qui tremblent un peu en tournant ta cuillère de thé
Ta voix qui vacille, tes jambes qui flageolent tes souvenirs épars qui se font la malle parfois tes rires qui se perdent dans une quinte de toux comme une petite plainte de musaraigne à peine audible dans le soir qui descend
Pourtant tu étais la force pourtant tu étais la vie
Et la vie doucement te quitte par petits morceaux de mousse comme une peluche qui a un accroc…subrepticement sans qu’on s’en doute
Fragile toute fragile ma petite maman que je serre dans mes bras, pas trop fort sinon tu t’étoufferais
Tu m’as portée je te porte et nous bouclons ainsi le grand cycle de l’ouragan qui nous emporte
Fragile je suis si fragile soudain quand ma gorge se serre de te voir partir sans même agiter ton mouchoir quand je te vois quitter le quai dans un souffle oublier de respirer t’en aller me quitter pas à pas comme l’ombre de ce fusain qui s’allonge au soleil du soir pour embuer de nuit les carreaux de la vitre et de mes yeux
Fragiles de se retenir de pleurer…
L’instant présent » Photo de Raphaële Colombi
http://in-errances.blog.lemonde.fr/files/2007/10/instant1.1193592235.jpeg
Fragile, l’instant où tout bascule…
Cet instant décisif où tout peut arriver,
Quand personne ne sait encore ce qui va se passer.
Le souffle suspendu, on guette l’évènement,
Notre avenir se joue, notre cœur le ressent.
Nos moindres faits et gestes auront de l’importance,
Et les mots prononcés, de lourdes conséquences.
Et l’on se sent fragile, face à notre destin,
Et l’on se sent fort, il est entre nos mains.
Et puis l’instant s’envole… Voilà, il est passé…
Plus de retour possible, superflus les regrets.
Nos décisions, nos choix, il faut les assumer
Car dans cet instant fugace où tout a chaviré
Pour toujours et à jamais, notre sort s’est scellé.
Ce thème de la fragilité me remets en mémoire la brève vie de cette jeune poétesse
Sabine SICAUD.
Voici un court poème signé d' elle :
SOUFFRANCE, JE VOUS HAIS.
Je vous hais...
Vous êtes lâche, injuste, criminelle, prête
Aux pires trahisons ! Je sais
Que vous serez mon ennemie infatigable
Désormais... Désormais, puisqu'il ne se peut pas
Que le plus tendre parc embaumé de lilas,
Le plus secret chemin d'herbe folle ou de sable
Permette de vous fuir et de vous oublier.
(La photo de Sabine Sicaud est tirée du site de Guy Rancourt
Sabine Sicaud est née à Villeneuve-sur-Lot. Dès l'âge de neuf ans elle écrit son premier poème. Pendant six ans, six petites années, elle continuera de marquer de son écriture juvénile ses carnets de poèmes, jusqu'à l'âge de quinze ans où la maladie l'emportera. S'est éteinte cette voix d'enfant en 1928.)
www.sabinesicaud.com/
Les confidences du vent,me fatiguent déjà.
Les brindilles de tes pas se voient dans l’allée.
Alors que je taille avec des anges les rosiers qui soupirent en été .
Je suis une cantatrice en robe de velours qui a perdu sa voix dés l’enfance
La lumière aveuglante di ciel me met toujours en retard.
Je fais tout en soupirant ,même sortir dans la rue en courant
Je me laisse vite dévaliser si je me sens aimée ,c’est la grâce des gestes qui me fait suffoquer.
Alors que je tente de m’étirer vers l’autre de toute mes forces en lançant vers les cieux des confettis multicolores.
J’arrache à la jacinthe son odeur pour paraitre moins discréte moins fragile .
Mais l’air glacial du dehors ralentit mon élan et je suis vite prise par les glaces des mauvaises saisons .
Fragile ,je suis fragile comme les saintes qui cherchent à quitter le néant et aucune réponse à ma fragilité ne m’a apaisée sinon l’encre retenue par un buvard .
1er mouvement : allegro misterioso
2e mouvement : largo
Rien n'est fragile
Paraît-il
Comme un colosse aux pieds d'argile
Et même le maître étalon
A son talon
D'Achille
Etre solide comme un roc
Vous met à l'abri du médoc
Et, de taille et d'estoc,
On frappe les amibes
Sans souci du toubib ;
Tout juste, pour sa faim,
Prend-on du Mediator
vendu par l'aigrefin,
Ce en quoi on a tort.
Nul n'est à l'abri !
Ni l'homo de Brie,
Ni le vase du bris,
Ni l'homme de sa chute
En ébriété où bientôt il mute
Vieux débris.
L'avantage d'être
Un homme de lettres
Qui boit de l'alcool
Est cent fois plus grand
Car tu picoles
En travaillant.
Mais l'expérience ultime
Pour ta sérénité
C'est de subir le crime,
Vivre l'atrocité :
Là où se trouve la pointe
De la fragilité
C'est quand, ébaubi tu te pointes
Et que ta Katie t'a quitté !
3e mouvement : allegro vivace
- Il n'est pas là, Joe Krapov ?
- Non, devant le défi de cette semaine, il s'est senti si fragile
qu'il a préféré se casser !
« Frailty, thy name is woman ! »
Notre prof d’anglais nous faisait découvrir Hamlet et il tenait visiblement à nous réciter ce passage: il détachait nettement les syllabes en nous regardant droit dans les yeux, l’une après l’autre, un début de sourire sarcastique aux lèvres, attendant nos réactions.
Nous étions en Terminale et c’était la fin des années 70. A la différence de nos mères, nous voulions avoir un travail ET des bébés. Et voyager. Et faire nos propres choix.
Nous avions 17 ans et la hâte d’acquérir notre indépendance.
« Frailty, thy name is woman ! », répéta-t-il avec encore plus d’insistance. Mais nous gardions le nez dans nos livres. Non, nous ne réagirions pas à cette provocation de sa part : nous connaissions son point de vue, il connaissait le nôtre, tout avait déjà été dit :
« Hahaha ! vous croyez ça ? » s’était-il moqué de nous alors que nous évoquions nos rêves d’avenir… « Vous verrez, dans dix ans vous serez toutes de braves petites bourgeoises ! »
***
Dix ans plus tard, l’école était mixte et « Frailty, thy name is woman ! » pleurait derrière son bureau pour s’être fait ridiculiser devant tous par ses derniers élèves lors d’une fête scolaire.
(Jamais un vain désir ne trouble ici nos cœurs)
Karine s’amusait beaucoup à observer Dom souffler comme une locomotive en bas du sentier. Il lui faisait penser à un éolienne, avec ses grands bras qui brassaient l'air alors qu'il titubait dans la caillasse.
-Pfff ! On arrive bientôt ? J'en peux plus là !
Elle rit. Il avait quelque chose, un charme, et peut être même que...
-Je t'avais prévenu Dom, ça n'est pas une promenade de santé. Mais on est arrivé.
-Je vais enfin savoir pourquoi je trimbale une dizaine de saucissons dans mon sac à dos.
Il rampa presque jusqu'au sommet de la sente et ce qu'il découvrit dans la clairière qui s'ouvrait devant eux le laissa pantois. Cinq tipis plantés en demi cercle entouraient un foyer éteint. Quelques types en pantalon de cuir et veste à franges vaquaient au milieu du campement.
-J’hallucine ! C’est ici qu’on va trouver ta statuette ?
-Oui. Tu vois le vieux là bas ? C’est lui qui les sculpte.
-Il a l’air aussi indien que moi je suis pape. C’est quoi ici ? Une communauté hippie ? Retour à la nature et tout ça ?
Karine acquiesça :
-Dans le genre, ouais.
-Et il s’appelle comment ton chef indien ? Geronimo ?
-Non, c’est Marcel.
Dom qui n’était pas aussi rusé qu'un sioux se hasarda à une tentative de bisou qui s’acheva dans le vide. Karine avait peut être enterré la hache de guerre mais, pour le reste, il allait falloir patienter.
Il s’en allèrent à la rencontre du vieux.
Il n'avait vraiment pas le type indien. De petites lunettes rondes ornaient son visage rouge écrevisse. Il semblait contrarié, vaguement préoccupé. Il les apostropha immédiatement :
-Ah salut tous les deux ! Dites, vous n'auriez pas croisé un gars un peu louche armé d'un tomahawk ?
-Euuuh... non, répondit Karine. En fait je suis venu troquer quelques saucissons contre une de vos statuettes, vous en fabriquez toujours je suis sûre. J'aimerais une chouette si possible.
-Du sauce?son regard soudain s'illumina. C'est pas facile la vie d'indien vous savez. Manger des mûres et des châtaignes ça va bien cinq minutes. Et ces saloperies de lièvre ne se laissent pas facilement choper. Bon suivez moi jusqu'à ce tipi.
Ils entrèrent et découvrirent un incroyable bric à brac de poteries approximatives et de petites sculptures toutes aussi moches les unes que les autres. Mais, à la grande surprise de Dom, cela enchantait Karine qui se mit immédiatement à chiner.
En attendant, il engagea la conversation avec le vieil indien .
-Ça rapporte la sculpture ?
-Pas tellement répondit le vieux tout penaud. A vrai dire, notre petite communauté n'est pas très bien vue dans les environs. Surtout que Fredo recommence ses conneries.
-C'est le gars dont vous nous avez parlé tout à l'heure ?
Le vieux redevint préoccupé.
-Ouais, c'est lui. Oh je peux bien vous le dire. Il abuse franchement des calumets de la paix ces temps-ci. Il les charge un peu trop, si vous voyez ce que je veux dire. Et ça se termine toujours de la même façon. Il pète un câble et dans son délire, il va attaquer les vaches d'un paysan du coin à grand coup de tomahawk en pensant chasser le bison. Un de ces jours ça nous vaudra des emmerdes carabinées !
-J'ai trouvé, j'ai trouvé ! S'exclama Karine. Elle exhibait fièrement une petite statuette de chouette, souriante comme une gosse.
Et c'est à cet instant que retentit le son métallique d'un porte voix : « C'était la vache de trop les apaches ! Vous allez gentiment déposer vos arcs et vos flèches et venir jusqu'au panier à salade munis de vos papiers d'identité ! »
Dom n'aurait jamais pensé terminer sa ballade dominicale derrière les barreaux d'une petite gendarmerie de campagne. Personne ici n'avait ouvert la bouche depuis leur incarcération. Il bouillonnait de dire à Karine sa façon de penser. Mais il était fatigué de faire les cents pas dans cette cellule. Le visage fermé, il finit par s'asseoir à côté du vieux. Ce dernier voulu le rassurer :
-Je suis désolé de tout ça, murmura-t-il. Il ne faut pas vous en faire, les gendarmes comprendront vite que toi et ta petite amie n'étiez que de simples visiteurs.
-Elle n'est pas ma petite amie ! s’emporta Dom en haussant volontairement la voix.
-Sois pas si dur avec elle, elle n’y est pour rien.
Dom regarda de l’autre côté du couloir. Derrière les barreaux de la cellule des femmes, Karine sur son banc contemplait les débris de la statuette réunis dans ses mains, le visage contrit. L'interpellation n'avait pas été de tout repos et elle pleurait. Il en était chamboulé, il ne la savait pas fragile.
Vos sirupeuses verroteries
langues habiles
aux mots graciles
qu'au prix fort vous nous aurez servies
battant faux-cils
de sex-appeal
sous couvert d'une folie soudaine
à l'organique
dithyrambique
ne sont de nos comédies humaines
que vains déclics
et vilains tics
Car notre nature est si fragile
qu'elle cède aux sons des violons
va décoller comme papillon
qu'abuse l'araignée sur son fil
Tant qu'à aimer la chose futile
veillons à n'être pas trop idiots
la beauté ne suffit pas aux mots
plus que la chemise au mois d'avril
- Mais attention ! Môman est trrrrrrrrrrrrrès fragile ! me cria le monsieur dont nous accueillions la mère à Brix-les-Eaux, la maison de retraite où je travaillais depuis déjà trop longtemps.
Je regardais Fiston de travers. Fragile mon œil au beurre noir, sa Môman pesait au moins cent cinquante kilos ! Déjà mon lumbago me jouait du tambour aux reins en voyant cette prépondérance fourrée dans le siège à passagers. J’avais mal aux pieds, comme d’habitude, car depuis le début de mon service ce jour-là, je n’avais pas eu le temps de m’asseoir.
Je lui fis mon meilleur sourire de diplomate, et puis je l’effaçai. J’avais encore oublié que la dent - cassée la semaine dernière par un résident en délire - se voyait. Je fis donc vite pour cacher mon embarras.
- Mais bien sûr, Monsieur. Madame votre mère sera ici comme chez elle, un trésor chéri pour tout le monde.
Fiston me fit un air de hibou coupable, mais je hochai la tête pour le rassurer. Ma C-1 me faisait encore mal, je m’étais cogné la tête plus tôt ce matin-là après avoir glissé dans une flaque d’urine devant la porte d’un monsieur qui avait hardiment arrosé ses quatre-vingt-douze ans.
Je reconnus tout de suite Fiston, le genre est assez commun : petit homme frimant la cinquantaine, jamais marié, dévoué à sa Môman, qui fut pour lui une sainte. Mais leur martyre mutuelle s’approchait à sa fin. Peut-être la fiancée de Fiston était-elle fatiguée d’attendre ces derniers vingt ans, pour que Môman l’accepte, ou qu’elle crève.
C’était souvent ainsi. Et les femmes fragiles comme Môman vivaient parfois trrrrrrrrrrrrrrrès longtemps, voire trrrrrrrrrrrrrop longtemps pour les femmes comme Huguette qui attendaient tragiquement que leur future belle-môman les embrasse…
- Mais attention ! hululait le hibou dans mon oreille. Vous allez la laisser tomber !
Je ne répondis pas, il me fallait tout mon souffle pendant que je tirais sur les gros bras de Môman, gluée comme une sardine géante dans la Mégane. Et puis, pop ! elle se retrouva miraculeusement dans le fauteuil roulant.
Je vis déjà des reproches inquiets aux yeux ahuris de Fiston.
- Vous avez trop tiré sur ses bras, monsieur ! me reprit-il. Elle aura certainement des bleus ! Sa peau est délicate et…
- Fragile, oui, monsieur, je sais, je lui répondis, tout en me frottant mes propres bras qui brûlaient de l’effort nécessaire pour sortir Môman de son char. Je vis encore la vieille morsure au poignet gauche, faite par une résidente qui s’était souvenue pendant que je lui brossais les cheveux qu’elle avait encore deux ou trois dents…tout naturellement, elle avait voulu voir si ses quenottes d’autrefois marchaient encore…
Je me penchai vers le fauteuil.
- Mais je crois bien que Madame n’a rien eu. N’est-ce pas madame ?
En guise de réponse, Môman lâcha un gros pet spectaculairement dégueu. Même un ado en colonie n’aurait pas su mieux faire.
- Vous voyez, monsieur ? lui souris-je. Votre mère pète la santé !
Fiston resta muet. Pour me reprendre, il aurait été obligé de reconnaître que la flatulence de sa môman n’avait vraiment rien de fragile. Je revis pendant quelques instants dans ses yeux une vieille lutte entre le devoir et la liberté avant que Fiston ne la maîtrise.
Nous repartîmes vers la chambre qui attendait. Fiston grommelait consciencieusement derrière nous pendant que je me débattais contre le poids impossible du fauteuil.
Palme dort
Il revient du festival
Aidé de sa canne,
Les pieds palmés.
Et sur son passage,
Avec leurs sarbacanes
Les enfants pas sages
Visent ses maigres cannes.
Ca lui fait les pieds,
Ca lui cloue le bec,
Son corps est si frêle !
Le voilà qui bat de l'aile.
Le cou recourbé
Il a des regrets,
Et sa palme sur le dos
Lui frotte les magrets,
Il en a plein le dos !
Il retrouve enfin
son nid bien douillet
Va pour s'allonger
Sur le lit sous le duvet.
Il est tout déplumé
N'a plus un billet.
Il est fatigué
Usé d'être Actor,
Comme sur le fil.
Mais quand Palme dort,
Il a cet air fragile
D'un Taxi driver qui rêve
Quand le vent se lève...
Et c'est au pays des songes
Que Bob l'éponge...
L’amour est fragile.
L’amour est fragile, comme un bouquet de violettes, si facile à faner, il faut le cultiver, changer l’eau tous les jours, le nourrir de baisers, de caresses, d’attentions. Le prendre à bras le corps et le serrer plus fort.
L’amour est fragile, sauvage comme un coquelicot livré aux vents d’Est d’une terre rocailleuse du Lot, il a besoin de liberté, être là à côté pour partager, mais pas trop non plus, il a besoin d’air pour ne pas étouffer et mourir.
L’amour est fragile et c’est pour ça qu’il est beau. Il est là présent dans mon cœur comme un jardin extraordinaire où il fait bon se reposer pour aimer encore et encore.
En moi, il y a tant de choses qui peuvent me rendre fragile.
Il y a de doux souvenirs que je colore et des lendemains que j'espère.
Il y a ceux que j’aime et ceux que je n’oublie pas.
Il y a des voix qui m’entourent et celles qui me manquent.
Il y a de la musique qui m'accompagne et qui trouve le chemin de mon âme.
Il y a un arc en ciel qui m’éblouit et une palette de gris que je terre.
Il y a le vert des montagnes qui me retient et le jaune soleil de ce pays lointain qui m’appelle.
Il y a un peu de toute ça en moi et bien d'autres choses encore.
Tel paraît aux yeux fatigués du microscopiste averti le faciès de rupture fragile d'un matériau.
Ben oui, dans une autre vie je dirigeais aussi un labo de microscopie optique. Même que quand il m'avait été attribué, j'avais dit à ma hiérarchie la satisfaction que j'éprouvais à l'idée d'espérer enfin pouvoir détecter mes augmentations microscopiques.
Si avec ça, Zigmund ne m'accorde pas le grand prix du botter en touche, j'arrête définitivement les frais !
Fragile…
Oui, c’est ça.
Depuis que tu es parti, je me sens fragile.
Il me manque cette force tranquille que j’allais puiser auprès de mon grand chêne…
A la mémoire de Louis Daubier.
Ce pourrait être des choses infinies,
Une santé capricieuse
une humeur tressautante
Un amour à préserver
Un équilibre familial
Le bonheur
La fragilité et la solidité de la vie qui va
Mais si je devais t'enfermer
Fragilité
- Comme un écrin bleu pour une pierre précieuse -
Je parlerais de cette source qui jaillit limpide et vive en moi
Comme les plus beaux cours d'eau de mon pays
La Lys ruban vert et paresseux où je me mire
La Semois ardente et gaie comme l'enfance
La Lesse bondissante
La Gète campagnarde
Ma tendre Senne vulnérable
La Dendre en mai cadeau donné
La Lhomme aux feuilles mortes
L'Ourthe magique et dévotieuse
L'Amblève jeune et amoureuse
Le Nil, la Lasne, l'Argentine éclatante...
Je n'en finirais pas de murmurer
Cette chose sans nom
Tendre Enfouie en moi
Qui ne cesse de se mouvoir de bouillonner
De chercher son chemin
Par-delà le lit de la vie
Fragilité
Tout cet amour
Tout ce mouvement bleu silencieux
Au temps de ce que fut
La poésie
Vous me demandez si je suis fragile ?
Vous m’obligeriez, précisez un peu.
Je suis bien d’aplomb, pas trop malhabile
J’ai le regard franc, entre vert et bleu
Mais que dites-vous ? Quelle impertinence !
Vous voulez savoir, d’un air doucereux
Comment est mon cœur, s’il a l’impudence
De pleurer parfois ou d’être amoureux ?
Disons-le tout net ; quand les capucines
Chantent le printemps à tous les échos
Il rêve en silence et les cavatines
Lui tournent la tête en un doux sanglot
Mais fragile non. J’aime la cadence
Des mots murmuré dans le chemin creux
Puis du bout des doigts je quitte la danse
C’est légèrement que je dis adieu
Vous n’en croyez rien, je vous vois sourire
J’ai feint d’ignorer ma fragilité
Mon secret, allons, je vais vous le dire
Je tremble d’émoi : voulez-vous m’aimer ?..
Faille
Rature
Apreté
Glissade
Inertie
Larme
Incertitude
Tremblement
Et me voici funambule