Pour le défi #39, à paraître le 13 décembre, c'est Tiphaine qui s'y colle.
A la suite d'une de ses suggestions,
et de quelques échanges courriels
elle nous a fourni le texte qui suit.
Notre défi :
1/ Lui donner une suite. (quartier libre pour cela)
2/ Lui donner un titre.
3/ Toujours : samedidefi@hotmail.fr
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Elle
ferme la porte de son appartement à double tour. Derrière la porte, le
chat manifeste sa joie. Elle sourit en descendant l’escalier, elle
imagine son Chagall en train de sauter sur le lit qu’il a enfin pour
lui tout seul.
Elle
porte son gros cartable en bandoulière, à l’intérieur, des cours
qu’elle ne fera pas. Elle avance doucement, elle ne marche pas sur les
traits, jamais. Le boulanger monte le rideau de sa vitrine et lui
adresse un sourire qu’elle ne voit pas. Lila rêve, comme tous les
matins …
Il
referme le portail avec précaution, il ne s’agit pas de réveiller
Valérie et les enfants, le sommeil c’est sacré ! Il est heureux, la
semaine s’annonce bien, pas de grèves prévues, pas de réunions de
crise, une petite cérémonie officielle, quelques dossiers à faire, la
routine. Il aime bien la routine, ça rassure la routine. Il tourne deux
fois à gauche puis une fois à droite, deux feux rouges, cinq passages
piétons, le boulanger qui le salue et le chien de Madame Beltran qui
fait toujours ses besoins au même endroit et à la même heure. Antoine
constate et anticipe, comme tous les matins.
Elle
est dans sa classe, elle regarde ses élèves. Elle ne sait pas bien si
elle doit rester là ou prendre ses jambes à son cou et s’en aller très
loin. Très loin, le plus vite possible… Un surveillant vient relever
l’appel, elle ne le voit pas, elle ne l’entend pas. Devant elle, une
classe de 23 extraterrestres, des enfants paraît-il… Elle a inscrit son
nom sur le tableau, à la craie blanche : Madame Miel. Les élèves ont
éclaté de rire, très vite, des bruits d’abeilles ont sifflé un peu
partout. Lila a haussé la voix, les élèves ont éclaté de rire à
nouveau. En désespoir de cause, elle a ouvert son petit classeur et a
écrit « dictée » juste en dessous de son nom. Les élèves ne s’occupent
déjà plus d’elle, ils s’amusent à se lancer divers projectiles, ils
parlent à tue tête.
Lila n’est pas là. Elle est dehors, elle est au bord de la mer. Elle entend le bruit des vagues…
Une odeur de brûlé soudain, ils ont mis le feu à la poubelle.
Lila
menace, elle fait de grands gestes avec ses bras, les élèves rient de
plus belle. Le directeur arrive et les élèves deviennent soudain muets.
Lila a honte. Elle voudrait ne pas exister.
Il est assis sur son siège ergonomique. Sur son bureau, deux piles de
dossiers. L’objectif de sa journée consiste à faire passer ceux de sa
droite vers la gauche. Antoine se demande parfois s’il mérite vraiment
ce travail, ou plutôt, si ce travail le mérite vraiment. Il aurait pu
faire autre chose de sa vie, quand il était gosse, il voulait être
aviateur ou explorateur. Il ne s’imaginait pas dans un bureau, vraiment
pas… Antoine chasse cette idée, encore une idée parasite. Antoine est
un homme très occupé, il n’a pas le temps de s’auto psychanalyser. Il
laisse ça pour les faibles. Mademoiselle Corentin lui apporte les
journaux et le café. C’est une vieille fille, pour le fantasme de la
jolie secrétaire, Antoine attendra sa prochaine affectation. Seize
déménagements en onze ans, pas moyen de se fixer… Antoine rêve de
pouvoir s’arrêter juste un peu, de rencontrer des gens qui seraient des
amis et non des relations, de dîners simples et pas de repas de travail
ou de pinces fesses mondains. Encore une idée parasite ! Antoine n’a
pas le temps de refaire le monde, il a des fonctions importantes, il
représente l’état. L’état peut-il se permettre de douter ? Non.