humeurs salines - tiniak
Saôulée par un ciel tricolore et indécis
non par la molle houle au port marron-aigri
une flottille éparse, au mouillage recluse
tente de faire écho au blanc, au bleu, aux gris
- dessus le goëland ricane, s'en amuse...
Âme qui t'en dédit, sifflant ton bol de coulpe
n'as-tu d'autre levier que du coude au poignet
n'as-tu d'autre fierté que vouloir en découdre
avec l'autre - voisin ! et son sourire niais
quand vous auriez, tous deux, bien d'autres grains à moudre ?
Le grain qui contraignit votre retour à terre
pourquoi l'y rapporter sur vos échines torses
quitté, chacun le sien, le petit quai désert
à travers l'assemblée, godillant d'un œil torve
vous tirez au bistrot votre atavique morve
Il n'est jamais trop tôt pour jouer les fiers-à-bras
surtout le casier vide et l'haleine chargée
qu'importe le matin qui peine à se montrer
sous le ciel imbécile en son grand tralala
d'aube gonflée de pluies, d'orgues inhabitées
Ne va pas te fâcher, marin ! C'est tout pareil
que tu sois né mâtin, scocofish ou foldingue
quand l'amer à fini de noyer le soleil
on préfère au logis passer d'abord au zinc
"Parol' de bistroquet : faisons plutôt la bringue !"
Elle est tombée à pic, sa boutade, au patron...
L'un l'autre, on se regarde, se gratte le menton
Ravalant un soupir, un sourire se forme
d'abord timide, un rire enfle, se fait énorme
"Ouais, on en verra d'autres; allez, sers-nous Garçon !"
Sauvée d'un vilain fiel à l'issue trop certaine
la crique portuaire allège ses embruns
Elle n'est pas finie, après tout, la semaine
et les vents capricieux sauront porter plus loin
le grain striant les fronts de son aveugle haine