Participation de Célestine
Il était sur le point de s'endormir quand, soudain,il vit briller dans la nuit la petite lucarne de sa radio qu'il avait oublié de fermer. Mais qu'importait ? Cela faisait des nuits qu'il ne dormait pas. Depuis qu'il L'avait rencontrée. Celle à laquelle il ne croyait plus. Elle l'emmenait dans un vertige absolu, elle l'ébouriffait, le transportait, le chiffonnait comme une boulette de papier, le faisait tanguer, l'envolait, le berçait, l'étourdissait, l'érigeait en château de cartes, et l'instant d'après soufflait sur lui comme sur une bougie...
Et ce soir, pour la première fois depuis le jour où elle était entrée dans sa vie comme un avion dans une tour jumelle, elle n'était pas à ses côtés. Le ciel avait eu un goût de terre et de cendre, toute la journée. Il se sentait comme un cormoran mazouté, privé d'ailes et d'oxygène.
Cela faisait des nuits qu'il ne dormait pas parce qu'elle était là, qu'il sentait son corps chaud et sucré se déployer comme une lyre, et l'emmener dans des contrées d'épices et de moiteur, aux confins du désir et de la passion.
Et ce soir, il ne dormait pas parce qu'elle n'était pas là.
Alors, la petite présence de cette radio, qui diffusait son insipide programme musical du cœur de la nuit, c'était comme une main tendue vers le néant. Il n'allait sûrement pas se relever pour l'éteindre, alors qu'il avait retrouvé l'exacte place où elle avait laissé dans les draps l'empreinte en creux de ses cambrures et son odeur de lait et de benjoin. Il serra son oreiller, le corps douloureux du manque d' elle, et dans le noir, avec seulement la petite lumière qui brillait comme un falot, il attendit le sommeil en espérant qu'il ne viendrait pas.