Crayoni (Pivoine)
Commune de Rixensart, ville de Genval, au Mahiermont.
C’est un soir comme un autre. Un soir comme un autre ? Voire ! Ce soir, nous allons au théâtre de la ville, pour un souper-spectacle. Nous allons d’abord nous caler l’estomac avec une lasagne du tonnerre de Brest, 8 cm de haut et 15 cm carrés de savoir-faire, arrosée d’un château Lalande fort prisé du public, pour expirer, enfin, devant la salade de fruits, jolie, jolie, jolie...
Nous allons pirouetter dans les escaliers, les couloirs, les caves, les échelles de cordes et les souterrains de la place. Après la traversée des décors, nous arriverons à nos fauteuils, nous attendrons que retentissent les trois coups, que se lèvent les rideaux de velours, et, non, non, nous n’assisterons pas à un « spectacle »
En vérité, nous allons remonter le temps, dévider la Genèse du Cirque Crayoni, en faire notre miel, et renouer avec l’innocence de notre enfance…
Car Tiero, le dernier héritier des Crayoni, est là. Il est blond, blond comme les champs de blé que l’on traverse en été. Tiero est un enfant du chariot de Thespis, des ornières, des routes malencontreuses, des gîtes de hasard et des soirs de folie jongleuse, à la rampe incendiée. Pourpre, vert, bleu, fluo, étoiles de cirque, son théâtre se meurt, ressuscite, vit, bouge, s’éclaire. Et Tiero, le héros, le clown au chapeau tendre et doux, nous raconte son père –pfffuit ! Dans un crissement de décor escamoté ; les paillettes mirobolantes de sa mère ; la grande sœur, ses boas et ses plumes de paon. A son commandement, l’ours se prend à gambader, une, deux, trois ; toute une ménagerie jaillit des usines de carton ; les chaînes déroulent leurs anneaux de feu, et le canard pékinois, tout comme le sucré du plaisir ou les bulles du champagne, s’évapore sous nos yeux. Tiero a hérité des ombrelles du Soleil Levant ; des œufs et des lapins de ses compères magiciens, d’une pyramide de chaises où faire jongler des cerceaux ; de la balle au bond ; des malles aux fonds diaboliques, des concerts de cloches, tintinnabulements légers, du lancer du lasso et du tir au pistolet à hameçon.
La voilà, toute l’histoire de Tiero, le maestro amoureux de son Cirque, qui, à son commandement, prend vie devant nos yeux, puis, tournant, boulant, tout ébaubi de sa splendeur retrouvée, s’envole dans un emballement de cuivres et de tambours… Puis s’en retourne, docile et sage, se ranger dans les bagages pour l’éternel Voyage Comique
Ce voyage-là, rouge comme le bois baroque, rouge comme le Soleil couchant.
Ce voyage ardent que j’aimais tellement.