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Le défi du samedi
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2 août 2008

Le gardien de phare (Tiphaine)

Il n’avait encore jamais osé monter tout là-haut, il croyait qu’il n’en serait pas capable.

Peut-être bien qu’il aurait le vertige

Peut-être bien qu’il n’aurait pas la force

Peut-être bien que le voyage était trop long

Peut-être bien que tout est automatisé et que…

Entre le ciel et l’océan,

Le phare apparaît soudain.

Il descend du bateau et pose le pied sur le rocher.

Surtout, ne pas tomber.

Il s’agrippe au parapet.

Il se retourne, le bateau s’éloigne.

Tout petit point à l’horizon.

Puis plus rien.

Il ouvre la porte en fer.

C’est sombre.

C’est humide.

Peut-être bien que les vagues peuvent l’atteindre

Peut-être bien que le vent se lève

Peut-être bien que la tempête arrive…

Il monte l’escalier de pierres

Marche après marche

Le jour là haut l’attire

Il ne pense plus qu’à ça

Arriver tout en haut

Voir le ciel

Il monte l’escalier d’os

Os après Os

Il remonte la colonne vertébrale

Là haut, enfin, le sommet…

Il sort à l’air libre

Serait-ce déjà la nuit ?

L’obscurité partout…

Il allume le faisceau dans la lanterne

Et la lumière est

Et la lumière se fait dans son crâne

Il voit.

Devant lui, loin devant, une terre peuplée de chiffres et d’habitudes

Des hommes en costume, des immeubles géants et des arbres sans feuilles.

Qu’est ce que c’est que…

Soudain, le mouvement de rotation s’enclenche

La petite fée jaillit

Et le flux lumineux danse autour de lui

La nuit s’éclaire, elle prend vie

Un monde inconnu apparaît soudain

Les enfants qui rient, le bruit d’une cascade, le bleu du ciel, les nuages, la brise de l'aube, les mouettes, une femme rêveuse, le chant des grillons et des cigales, des moustiques insolents, l'eau des torrents, le calme des lacs, le silence des églises, les ours, les baleines et les ptérodactyles…

Il pleure…

Il est là-haut, là où il n’avait jamais osé monter, là où il pensait que tout était automatisé…

Il pleure enfin.

Dans le ciel, les étoiles chantent

Il les écoute avec bonheur

Il sait que sa place est désormais là

Dans son monde plein d’essence

Dans son monde sans essence.

Le gardien de phare embrasse la petite fée

En un baiser lucide.

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Commentaires
M
C'est étonnant et plein de poésie
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T
Pandora : c'est beau, n'est-ce pas?<br /> Val : Merci. Souvent, ce sont des solitaires, pas toujours. Je me suis renseignée figure-toi (je sais, ce n'est pas particulièrement réaliste comme texte mais j'aime bien chercher des infos!) et j'ai appris beaucoup sur la vie de ces hommes. Par exemple qu'ils sont toujours deux ou, plus rarement, trois. En même temps, ils font des quarts, ils se croisent donc!<br /> En fait, je ne sais pas bien répondre à ta question, mais a priori je dirais que tu as raison, ils doivent aimer la solitude.
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V
Moi aussi j'aime beaucoup. Et puis la construction, le rythme, également. <br /> <br /> J'ai pensé à la même chose que Papistache: les gardiens de phare sont de grands solitaires, non?
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P
J'ai beaucoup aimé ce texte, et moi aussi j'ai goûté le chant des étoiles ;-)
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T
MAP : Il reste à espérer que l'imagination est la mémoire du futur!<br /> Papistache :Vous avez raison, c'est une prémonition (je croise les doigts pour qu'elle se réalise).<br /> C'est tout le paradoxe du phare (c'est à dire, vous l'aurez compris, de la conscience ou du cerveau je ne sais pas trop comment dire ça, ce qui est dans la tête?) : à la fois symbole d'extériorisation ET d'intériorisation. <br /> Joe Krapov et Joye : Merci Beaucoup !<br /> Janeczka : C'est vrai, on n'est jamais seul avec une fée, encore faut-il savoir "l'allumer" ! ;-)
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J
Un texte tout en finesse et en poesie.<br /> Le repli sur soi, Papistache? on est jamais seul avec une fee...
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J
J'aime beaucoup, bravo !
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J
Un superbe moment de poésie, en effet
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P
Moi je le vois comme une prémonition.<br /> Mais le symbole du phare, même si l'objet éclaire le monde, ne reste-t-il pas synonyme d'isolement et de repli sur soi ?<br /> <br /> On ne se serait pas privés, Tiphaine, de votre participation, même si postée tard.
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M
Très poétique ce monde où l'on retrouve son essence ...
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