Le théorème de l’éventail (Venise)
Il a laissé s’égrener les heures
Le temps est devenu fragile, il se cassait en morceau de lumière.
Et de petits grains filtraient sous la porte entrouverte.
Sa volatile présence voisine de l’absence vibrait dans la chaude lumière de cet été finissant .
Dans cette transparence de l’air ,il laisse un sourire éphémère qu’il a dessiné sous la plume.
La turbulence infime de son encre bleue de sienne donne de l’équilibre à son adieu.
Au bas de la lettre ,froissée presque jetée, il murmure son impossible amour ;
Le vent lui arrache quelques larmes pour dire son départ
Il ne reviendra pas.
Léonard de Vinci a posé cette lettre sur son buffet de hêtre.
Sa tendre patience pour le jouvenceau précède son amertume
Son double son miroir n’est plus .
Il porte soudain le ciel sur ses épaules.
Désormais comme l’ancêtre du forgeron il restera dans son atelier
Peu à peu il esquisse la belle silhouette.
Il redoute déjà les écueils du projet.
Ce portrait ,alliance parfaite d’hermaphrodite :
Sa coiffure sage, favorite passive, sa maitresse, sa mère , sa sœur..
Elle, elle pointe son index vers la fenêtre et prise entre le rire et les larmes ne cesse de s’éclipser.
Qui manipule qui ?
Qui s’adapte à qui ?
Mona la belle la ravissante servante née sous la place des doges, la redoutable, la coléreuse
Se penche et regarde les enfants jouer au ballon
Léonard tente de suivre la trajectoire de son sourire.
Notre mémoire dort dans les bibliothèques de Venise l’ancienne
Au loin , on peut entendre s’échapper les vocalises des chœurs de la chapelle, petite bâtisse discrète
.et rayonnante où léonard n’a jamais mis les pieds.
Le bruissement des feuilles des châtaigners réveille ses souvenirs et vient consoler les sanglots des cuivres et des hautbois.
Les grandes orgues filles du grands Mozart ouvrent l’espace en trompe œil.
Comme l’intelligence se partage pense léonard pris par cette partition mélodieuse et grave.
Les couleurs s’étirent sur la toile.
Léonard travaille activement pour nous ; hier encore il s’échinait sur un lopin de terre. Léonard s’enfonce lentement dans sa rêverie .Il accouche d’un nouveau monde. Tout murmure autour de lui ,dehors les étoiles scintillent .A l’autre bout de la ville ,dans une sombre gargote ,refuge des exclus et des misérables se cache Esméralda. Elle dissimule mal derrière son peu de subsistance son sourire ;
Elle se fraye un chemine entre le sordide et l’obscurité du monde agonisant .
Ici tous manquent de chaussures, les misérables se soulèvent de terre.
Esméralda comprend que cet homme va mourir.
Les vitraux cachent bien la lumière et habillent souvent les fois incertaines.
Les consciences plient au même moment et se rompent comme on brise la glace.
Mona Esméralda, l’énigme d’un sourire a traversé le temps, la force de l’autre a dissimulé le sien à bouleverser nos rapports amoureux.
Les hommes durement éconduits, ont-ils survécu à une impatience attente ?
Un éventail suffit il à rejouer un ordre en trompe œil .
Amusez vous de tout. La gravité dans ce monde n’a pas sa place n’en déplaise en Newton !!
Le flâneur curieux piochera dans ce texte sa propre balade fragile et comme un voleur de poules il viendra s’asseoir à coté de léonard.
Le peintre ne soupçonne pas un instant le piège que lui tend le tableau
Il ignore du même coup le voleur de poules invité par l’auteur.
Il n’a toujours pas vue le flâneur curieux tout prés de Mona.
L’ensemble cache maintenant un piège pour le lecteur.
Celui de notre suprême indifférence à ce que vise le tableau.
Léonard échoue et sa seule astuce c’est d’arriver à gommer le temps qui fait que le tableau vient jusqu’à nous.
Mona lisa est là comme un miroir que le peintre nous tend.
Elle vous dit qui vous êtes quel bouleversant acte de vie
Sourire et se taire à la fois devant le monde d’aujourd’hui
Qui préfigure la grimace que léonard peindra demain .