Il était une fois ma tête, mon crâne – ou plus exactement ma boîte crânienne, ma « boite à souvenir ».
Rappelons pour le lecteur non éclairé, le lecteur profane dirais-je, que dans un crâne il y a un cerveau et que celui-ci enregistre beaucoup d’informations. Est-il nécessaire de préciser à nouveau que ces informations constituent dès l’instant présent passé, des souvenirs ?
Ces informations s’entremêlent, certaines sont aussitôt effacées (quoique ?), certaines s’atténuent avec le temps, mais d’autres restent là. Bien ancrées. Mortes mais vivantes.
Elles se réveillent sans qu’on le veuille, surtout quand on ne s’y attend pas. Elle nous transporte dans un passé plus au moins lointain. Quelles sont elles ?
Une odeur, celle d’un poulet qui cuit, et aussitôt me voilà dans la cuisine de ma grand-mère. Elle tourne le poulet sans faire attention au fait qu’elle pourrait se bruler.
Une chanson, Sleeping Sun de Nightwish, et me voilà dans les bras de celui que j’aime.
Un dessin animé, Princesse Sarah, et me revoilà fillette avec les autres enfants que gardaient ma nounou, devant la télé, insouciante.
Une image montrant un événement sportif retransmis sur la place de l’hôtel de Ville, et me revoilà 10 ans plutôt, avec mes amis sur cette même place à soutenir l’équipe de France pour la coupe du monde.
Un gratin de courgettes, et me voilà dans la cuisine avec ma maman, en train de parler de tout et de rien en préparant le plat.
Un mot, cancer, et me revoilà un an auparavant, au téléphone avec ma mère, nous deux en larmes.
Les informations que nous appelons souvenirs ne sont pas toujours satisfaisantes, et peuvent parfois être futiles, en tous les cas pour les autres.