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Le défi du samedi
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3 octobre 2015

Participation de Fairywen

Crac...

Le silence règne. Un silence total, absolu. Le silence qui précède les grandes catastrophes. Dans un ciel exempt de tout nuage, le soleil brille, indifférent à ce qui peut se passer sur cette minuscule boule d’eau et de roches qui tourne autour de lui, en troisième place. Que lui importe le silence ? Il n’y a pas de toute façon pas de bruit dans l’infini de l’espace qui l’entoure.

Sur la petite planète bleue, dans cette région où règne le silence, on entend soudain un craquement. Il n’est pas très fort, mais dans ce silence de mort, il ressemble à un coup de tonnerre. Ce n’est pourtant rien, juste quelques cristaux qui se heurtent, se chevauchent, se cassent, se séparent. Soudain l’équilibre de la délicate masse blanche est en péril. Les cristaux s’éloignent inexorablement les uns des autres. Le départ est donné.

Dans un bruit de tonnerre, l’avalanche se lance sur la pente, telle un rouleau compresseur qui écrase tout sur son passage. La neige si belle il y a quelques instants est devenue un piège mortel dont on ne s’échappe pas. Elle dévale la pente, pressée, affamée. Les grands sapins s’inclinent, cassent et se couchent sur son passage, vaincus par la force de l’avalanche. Elle continue sa route, royale, puissante, charriant avec elle les débris qu’elle a créés.

Enfin, le monstre s’arrête, apaisé et repu, abandonnant derrière lui un versant de montagne inconnu, dont toute la physionomie a changé. Un épais manteau blanc et uniforme recouvre les traces cruelles et sanglantes de son passage, la preuve que jamais la montagne ne se laissera apprivoiser par ces ridicules petits êtres à deux pattes qui croient pouvoir tout régenter sur la troisième planète après le soleil.

 

Une fois encore, la montagne a tué.

 

Là-haut dans le ciel, le soleil continue de briller, toujours aussi indifférent au sort de la petite boule d’eau et de roches qui lui tourne autour depuis des milliards d’années…

Défi 370 du samedi 26 septembre 2015

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3 octobre 2015

IL SE LANCA … (Lorraine)

A un an, il lâcha soudainement le bord du fauteuil où il s’accrochait et se lança, tel un danseur de corde, vers le bout du salon. Où il arriva sans encombre. A 5 ans, il se lança dans l’aventure. Amoureuse, cela va de soi.  c’était un tombeur mais il l’ignorait encore  et recevait avec la même indifférence souriante les cœurs dessinés par ces demoiselles et subrepticement glissées dans son petit cartable. Il préférait Marion, mais  laissait Emmanuelle nouer son écharpe et acceptait le chocolat que, rougissante,  lui glissait Amandine.

Vers 8 ans, probablement lassé des succès faciles, il se lança brusquement vers les sports de garçon ; fan de foot, il se mesura avec les meilleurs (de sa classe), rentra écorché, repartit combatif, dans la bousculade  étendit  sur le terrain un Donovan furieux qui lui asséna le coup de poing de sa vie. Il décida que le sport c’était  pour  les autres, porta le bras en écharpe deux semaines et attendit calmement la fin de l’année scolaire.

Ou plutôt, des années scolaires. Il s’était bien lancé à vingt ans dans l’art moderne, alignant bâtonnets, ronds soufflés, pointillés égarés, lignes brutalement interrompues….mais d’autres l’avaient fait avant lui et il ne récolta qu’un pâle succès. Autant dire rien. Il reprit donc le chemin de l’unif Sans envie particulière, il terminait son droit quand à la fin du trimestre une violente diatribe l’opposa inopinément à un professeur réputé sadique.

La passion l’aveugla. Emporté par l’élan, il outrepassa sa riposte, passa de la vindicte à l’ironie, asséna  vérités, contre-vérités et vrais mensonges, soudain sûr de lui, grisé de certitude et conscient qu’ enfin il avait trouvé sa voie.

Il entra donc  en politique.

 

3 octobre 2015

Quelle pétulance ! (Joe Krapov)

- Il va bien falloir qu’en silence ou pas un jour je me lance, dit la scie.
- Ne te casse pas le tronc ! répond l’arbre. Il y a déjà le nageur qui fait la planche ».

 

Hiawatha

- Il va bien falloir qu’un jour je me lance, dit Tom à Hawks (Howard).
- Dans le commerce de haches à destination des bedeaux ? C’est encore illégal, répond Hiawatha.



- Il va bien falloir qu’un jour je me lance, dit le boomerang.

- Ca ne sert à rien, tu t’appelles Reviens, répond l’aborigène.



- Il va bien falloir qu’un jour je me lance, dit l’accessoire de l’athlète.

- T’es pas un peu marteau, non ? répond le spectateur des J.O. qui se l’est pris sur la tête.



- Il va bien falloir qu’un jour je me lance, dit le « Pouah ! ».

- 3 mètres trente-six ! J’suis dégoûté ! répond l'athlète. Et de dépit, il en lance un autre.



- Il va bien falloir que je m’arme strong, dit Lance.

- T’as qu’à dire que c’était à l’insu de ton plein gré ! répond Richard.



- Il va bien falloir qu’un jour je me Lens, dit le musée du Louvre.

Et le mineur-campeur le pousse dans le dos. Le musée glisse le long de la pente et atterrit sur le carreau de la fosse 9.

- Euch’ terril, ch’est à mi ! J’étos là avint ti ! T’es très ben là d’ù qu’tes quéu. Si té m’cros pas, acoute eum quinchon !

 

130809 096

 

- Il va bien falloir qu’un jour je me lance, dit le diaporama.
- Ah non ! A tous les coups, c’est encore Joe Krapov qui chante, dessus ! 

Une traduction en français de ces paroles en Ch'ti est consultable ici.

3 octobre 2015

Et même l’Univers (Pascal)


Allez, je me lance !... Et pourquoi, moi aussi, je n’aurais pas droit aux éloges pompeux qu’on attribue naturellement aux grands auteurs ?... C’est décidé ! Mon précieux manuscrit ira se nicher dans toutes les boîtes aux lettres des grandes Maisons d’Editions parisiennes ! Enfin, je serai reconnu pour ce que je suis ! On dira de moi que je suis un grand écrivain ! Que dis-je : un poète ! Un dramaturge ! Un versificateur ! On dira que mes tournures de phrases d’épître sont des soleils brillants à chaque fin de chapitre !...

Mais oui, j’ai usé de métaphores, d’adjectifs multicolores et d’épithètes tout en or. Ils sont comme des fleurs épanouies dans les sillons de mon vocabulaire. Je n’ai pas écrit un seul mot difficile, de ces mots abscons, de ces mots hermétiques, qu’on ne trouve que dans des bouquins indigestes ou scientifiques, qui font croire à ceux qui les lisent qu’ils sont instruits et à ceux qui les écrivent qu’ils sont l’élite de l’écriture.

Déroulez le tapis rouge, faites sonner les trompettes de la Renommée ! On me lira dans toutes les grandes bibliothèques ! Je serai une référence, comme on consulte les oracles, je serai compulsé, on demandera mon avis ! De moi, on fera des sujets de dissertation, des compositions de philosophie, d’épiques discussions dans les Grandes Ecoles !
Allez, faites de la place sur les étagères de vos bibliothèques !... Avant, il y avait Platon, La Bruyère, Victor Hugo et maintenant, il y aura moi ! Poussez la Fontaine, Diderot, Pascal et ses Pensées ! Lisez les miennes ! Au zénith de vos rayonnages, je serai comme un guide, une illusion réelle, un soleil de bienfaits ; vous bronzerez pendant votre évasion de littérature…

Je serai adulé ; à chaque coin de rue, je signerai des autographes ! Je ferai des télés ! On me demandera sur tous les plateaux ! La Grande Librairie me réclamera ! Magnanime, je m’assoirai entre Amélie Nothomb et Jean d’Ormesson ! On demandera mon avis ! A l’antenne, les grands de ce monde m’écouteront et quand je me tairai, mes silences rapporteront encore mes aventures d’Armageddon ! Ce sera mon heure de gloire ; avec mon meilleur profil, je sourirai aux caméras et mes frissons seront mes plus belles décorations !...  

Je leur raconterai les arcs-en-ciel tendus, la façon de danser dessus ; je leur raconterai les étoiles filantes et comment accrocher ses vœux contre ; je leur raconterai les abysses profonds, les sirènes qui s’y baignent et comment écouter leurs chansons sans réellement se noyer. Avec des mots de tous les jours, je leur parlerai d’Ivresse, d’Amour, de Solitude et de Rencontre. Sur la palette infinie d’impressions verbales, je leur dirai comment j’ai côtoyé des grands peintres et leur déluge d’émotions picturales ; dans des paragraphes bleutés, un instant d’apothéose, comment j’ai capturé les ressacs de la mer, la musique de leurs chuchotements, la couleur de leurs dentelles d’écume et le parfum de leurs friselis salins.
J’ai tout compris de la perversité de l’enivrement, des fourbes étincelles de l’ivresse et de la noirceur du fond du puits. J’ai brisé tant d’anathèmes, consolidé tant de châteaux de sable, tué tant de cauchemars. J’ai traduit les échos des cavernes, les sourires des statues, les courses d’étoiles filantes. J’ai décrypté les danses amusées des flammes des bougies, les ricochets des pierres de lac, les murmures de la source ! J’ai déchiffré les chimères lointaines, les éblouissements des flaques de pluie sur des vérandas pudibondes et les enchantements des grands vitraux enluminés ; contre ces vitres de tintamarre aveuglant, dans mes livres éperdus, j’ai effeuillé tant de marguerites, j’ai volé sur tant d’ailes d’oiseaux…

C’est certain, avec mes livres, j’inonderai toutes les librairies, tous les tourniquets des gares, toutes les bibliothèques municipales de toutes les villes ! Je serai traduit dans le monde entier et même l’Univers ! Des monuments porteront mon nom ! Des rues ! Non ! Des grands boulevards ! Mieux ! Des écoles ! Sous les platanes des cours de récré, on récitera mes poèmes ; devant l’âtre des cheminées, entre les flammes de l’exaltation souveraine, on lira mes pléiades de mots crépitant d’intense Félicité…  

Quand on ouvrira un de mes livres, on ressentira aussitôt une grande poussée de bien-être ! Je serai le pansement des afflictions de ce terrible monde moderne, la bouffée de Liberté qu’il nous manque tant ; je serai le Rêve qu’on a tous perdu. Ici, vous lirez des confidences d’une lettre au père Noël ; là, vous suivrez la trace d’une goutte de pluie effarouchée. Ici, vous écouterez une troublante sonate avec ses dièses, ses bémols et ses soupirs ; là, vous supposerez l’écroulement tumultueux d’une vague d’équinoxe sur des récifs énamourés. Ici et là, on ne parlera que d’Amour, de tous ses pouvoirs, de tous ses beaux dégâts, de la Séduction et de tous ses mécanismes aveuglants de poudre aux yeux…  

Chez moi, les causes perdues sont encore secourables, les naufragés retrouvent toujours une plage ; les désespérés, une main tendue ; les damnés, le Pardon ; les moribonds, une bouffée d’oxygène. Chez moi, il n’y a pas de Paradis parce qu’il n’y a pas d’Enfer ; les démons sont tous des anges repentants. Chez moi, les faits divers sont des éclosions de printemps. Je suis le sucre des réalités amères, mes accents ne sont jamais graves, mes majuscules sont des révérences de début de phrase et mes points de suspension sont d’intimes branches d’envol à votre imagination. Allez, je me lance !...

Ces éditeurs parisiens, blasés de toutes les turpitudes humaines, ils verront bien comment j’ai apprivoisé les nuages, comment j’ai traduit les mirages, comment j’ai peint les visages ! Avec mille palpitations, on me lira en fermant les yeux ; on ne voit bien qu’avec le cœur…   

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