Marre des phéromones (Vegas sur sarthe)
Le printemps est bien là – je sens que ça bourgeonne – et avec le printemps les chenilles urticantes descendent des arbres pour aller s’enterrer. Certaines sont très urticantes et même dangereuses.
Un article scientifique avait attiré mon attention et surtout le chapitre édifiant sur les pièges à phéromones, ces guet-apens sournois, retors qui émettent des hormones sexuelles femelles afin d’attirer les mâles et de les capturer …
Au même moment tombait sur notre ordinateur le thème du samedi avec ce mot que Germaine s'empressa de me jeter à la figure comme un poison histaminique : »Misogyne ! C'est un thème pour toi mon chéri»
Pour le coup Mon chéri était de trop ; elle avait failli dire Mon salopard.
Misogyne, moi ? hurlai-je en mon for intérieur tandis qu'une poussée d'urticaire m'obligeait à me gratter frénétiquement les bras.
A l'époque de ma rencontre avec Germaine ses phéromones avaient la forme d'une choucroute blonde à la Bardot et d'une robe vichy au décolleté XXL auxquelles je n'avais su résister malgré ma carapace de célibataire trentenaire.
Les milliers de micro-poils urticants étaient apparus bien après que je me sois installé dans son douillet petit cocon, au propre comme au figuré.
Germaine était devenue dangereuse avant même de devenir papillon !
Ça n'était pas tant les poils de cette chenille qui me dérangeaient que les milliers de petits crochets dont ils sont pourvus et qui s'agrippaient à moi au moindre souffle de ses envies … envie de voyage à Majorque, envie d'une cuisine Mobalpa, envie d'une thalasso entre copines, envie de shopping chez H&M.
Tenez, à propos de shopping c'est Berlusconi qui a dit que le point G chez les femmes est surtout la dernière lettre du mot shopping et il faut être un vrai misogyne pour dire ça.
Il faut être le roi des misogynes pour quitter sa femme de 34 ans pour en prendre une plus jeune quand on en a 83 … mais moi ?
J'avais toujours cherché à lui faire plaisir, lui achetant des dessous affriolants et même un petit canard vibrant pour les soirs où je m'absentais ...
J'ai poursuivi Germaine – il y a des lustres que ça ne m'était pas arrivé – m'aventurant jusque dans SA cuisine où elle faisait mine de s'affairer : »Moi, je suis misogyne ? Comment peux-tu dire ça ?»
Au milieu de tous ces ustensiles insolites où elle seule y voyait quelque utilité, Germaine soupira : »Si t'es pas misogyne, t'es sexiste et c'est guère mieux »
Sexiste, moi ? rehurlai-je intérieurement, en me regrattant frénétiquement les bras.
Pour couper court à cette polémique je lui lançai mon meilleur argument : »Arrête avec ces conneries ! Dis-moi plutôt ce qu'on mange à midi ».
Une poêle traversa la cuisine en décrivant une ellipse au dessus de ma tête.
Même au lancer de poêle, ma chenille était nulle.