Ciel de cendres (Jaqlin)

Et pour les yeux fatigués :
Nous rentrions d’une promenade en mer, promenade qui nous avait menés vers une île lointaine, sous des latitudes hospitalières.
Il avait fait, toute la journée, une chaleur épaisse et nous avions apprécié les quelques heures passées à lézarder sur la plage.
Il avait bien fallu, cependant, se résoudre à rentrer, d’autant plus que, brusquement, le vent s’était levé, les vagues étaient devenues un peu plus fortes et l’eau avait pris une teinte verdâtre peu rassurante.
Nous avions donc regagné le bateau, (ou devrais-je dire le rafiot au moteur assourdissant et nauséabond ?), qui nous avait déposés sur l’île le matin même.
A peine au large, les vagues avaient commencé à heurter bruyamment la coque et les premières gouttes de pluie– larges comme des flaques- nous fouettèrent le visage et les bras. Le ciel était couleur de cendre, le soleil s’était noyé à l’horizon comme un gros poussah malade. Des nuages sombres couraient au –dessus de nos têtes ; la bâche qui recouvrait le bateau s’avéra très vite bien inefficace et nous fûmes bientôt bien en peine de trouver un endroit sec où s’asseoir …
Je m’étais réfugiée dans une petite encoignure, tapie dans mon imper dans lequel je transpirais allègrement. Je regardais avec crainte, et en même temps une sorte d’ébahissement émerveillé, le déchaînement des éléments. J’observai au passage que notre pilote avait bien du mal à maintenir le cap. Je sentis alors une main chercher la mienne, s’y accrocher comme à une bouée, une main potelée et moite, moite de pluie et d’angoisse- je percevais un léger tremblement- une main qui enserra mes doigts et ne bougea plus…
Le ciel était couleur de cendres.