Son grand manteau noir…. (Flamm Du)
J’ai peur, j’ai froid et je suis trempée comme une soupe.
Depuis tout à l’heure, il m’oblige à le suivre, il ne lâche pas ma main, qu’il serre fermement.
Baombadaboom baoumbaoum !
Mon dieu, je ne sais pas de quoi j’ai le plus peur.
De lui, ou de l’orage. J’aime pas l’orage mais lui, je ne sais pas qui c’est. Je ne sais même pas, si je le connais. En tout cas je ne l’ai pas reconnu. Avec la pluie qui tombe en trombe, je ne l’ai même pas entendu, ni vu arriver.
Depuis le début de l’après-midi, il fait gris, et il pleut. Puis d’un coup, les nuages sont arrivés. De gros, noirs qui viennent des montagnes. Il faisait presque nuit, en plein jour. Avec ce qui dégringolait, je n’y voyais rien du tout. Impossible de rentrer à la maison. Je me suis abritée comme j’ai pu.
D’un coup, j’ai vu devant moi, son grand manteau noir. Juste son manteau, rien d’autre. Une masse noire, c’est tout. J’ai pas eu le temps de voir sa tête. Il m’a pris la main et m’a tirée d’un coup, pour me lever. Et m’a emmenée sous la pluie
J’ai essayé de lui dire non, de me dégager, rien à faire, il a beaucoup plus de force que moi. J’ai du suivre.
Baombadaboom baoumbaoum !
Et voilà l’éclair.
A chaque fois, je sursaute et il resserre un peu plus sa main sur la mienne.
Je ne sais pas où il m’emmène
On ne voit pas à dix pas.
Baombadaboom baoumbaoum !
Et ce tonnerre qui n’en finit pas.
L’éclair. Encore un. C’est au moins le dixième depuis tout à l’heure.
Il me fait courir plus vite, j’en peux plus.
Baombadaboom baoumbaoum !
Et ça devient presque continuel.
L’éclair ! Tout près, celui-là.
J’ai peur !
Je ne sais pas où on est, je ne peux plus rien voir.
Mes cheveux se plaquent sur mon visage et dégoulinent, ma capuche est partie.
Il ne veut pas s’arrêter, j’arrive plus à suivre.
Je tooombe !
Mais qu’est-ce… ?
Nooon !
Il m’a attrapée comme un paquet sous son bras.
Il court encore plus vite.
Je crie et je me débats. Il ne s’en aperçoit même pas.
Je veux descendre.
Baombadaboom baoumbaoum !
Vlan ! Vlan !
Qu’est-ce qu’il fait ?
Deux grands coups de sabots dans la porte pour l’ouvrir.
Vlan !
Un autre pour la refermer.
Il me pose là par terre.
Il fait noir. Je grelotte.
De froid. De peur.
Baombadaboom baoumbaoum ! Scraaaitchh !
Tonnerre et éclair, les deux presque en même temps
Là , il a fait plus clair qu’en plein jour.
Je vois où on est, dans le casoun de l’Émile
Craaaaacccccck !
Qu’est-ce que c’est ?
Une espèce de lueur orange envahit la fenêtre
« —Eh ben ! Sacridiou, la pitchoune ! On l’a échappé belle !
Viens voir ! »
Il m’attire à la fenêtre.
Des flammes !
Là-bas, le grand pin sous le quel je m’étais abritée n’est plus qu’une immense torche géante.
Je me remets à trembler de plus belle.
S’il ne m’avait pas obligée à le suivre….
« — Maintenant, reste plus qu’à attendre la fin.
Et c’est pas pour tout de suite ! »
Il ne lui faut que peu de temps pour allumer un feu.
A la lueur des flammes, je reconnais enfin Jean le plus jeune frère de ma mère.
Il n’a pas compris pourquoi, d’un coup je me suis mise à parler, parler sans pouvoir m’arrêter, à lui donner des nouvelles de tout le village.
J’étais tellement contente que ce soit lui, j’avais eu tellement peur !
Ils nous a fallu attendre jusqu’au matin pour rentrer à la maison.
Et là, c’est moi qui lui ai donné la main.