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Le défi du samedi
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13 février 2010

Le bruit de l’acier est glacé sur ma peau. (Caro_Carito)

Sans doute le champagne. Je n’ai rien entendu ; pas même un bruit de pas. J’avais cette gueule de bois d’après les mots de trop. Cela me prenait de plus en plus souvent, ce mal de crâne quand je le voyais. Paul. Il fallait que cela cesse ; seulement après, il me faisait le coup des yeux de chien battu. Je n’ai jamais sur résister à la peine d’un homme. Je revenais, il me demandait pardon et puis…

Pas ce soir. Mes tempes étaient brûlantes et les nuages d’orage avaient, dans leur maraude, avalé lune et étoiles. J’aurais voulu qu’il garde sa jalousie dans sa poche, qu’il ne me suive pas comme si il était le gardien de mon corps. A défaut de régner sur mon âme.

Sans doute le champagne. J’avais trop ri avec les cousins de la mariée. Et son frère dont je gardais encore le souvenir violent d’une peau d’épice. Fine. Paul, en me voyant si gaie, si lointaine, avait eu ce mouvement violent malgré le costume et la cravate de soie. J’oubliais le rire de ce Guillaume qui voulait me raccompagner, et la légèreté de la fête. J’avais lu sur le visage de mon amie, la plus belle ce soir en ivoire et roses pleines, sa peine et sa colère quand il m’avait presque arraché à eex. J’étais lasse. J’avais tourné les talons. Le DJ venait de mettre Nirvana. Je voulais glisser et tourner sur moi-même. Sur la piste, il y avait juste une fille qui dansait.

Après son coup d’éclat et les invectives, il avait disparu dans la nuit. Grand mal lui fasse.

Quelqu’un me tendit une coupe. Je la bus d’un trait et cela me rappela… elle. Isabelle. Nous avions sifflé quelques bières, c’étaient la dernière fois avant que je ne parte pour Londres. Nous avions passé un été de parlottes et de secrets idiots de filles, d’interrogations sans retour. Soudain, elle me montra sa peau blanche ; je ne voyais plus que ses yeux roux, ses boucles cuivrées, ses taches délicates sur son teint clair, cette marque rouge, tailladée : I / L. 

J’aurais voulu toucher sa peau, la serrer contre moi. Ma renarde… Je lui ai souhaité bonne chance. Je n’ai pas voulu me souvenir de son visage.

Sans doute le champagne. Je ne l’ai pas entendue et je l’ai laissée s’accoudée à la barrière juste à côté de moi. J’ai soudain senti sa main sur la mienne. Une main fine, légère. Nue. Je n’ai tourné la tête qu’en sentant le froid du métal de sa montre. J’ai frissonné aussi. C’était elle, la fille mince qui tourbillonnait. Je l‘ai laissée prendre mes lèvres.

L’ivresse, peut-être. J’ai oublié l’homme jaloux. J’ai cru voir un instant ma Renarde, celle d’avant les initiales, le sang séché et les faux-fuyants. Je rêvais d’éclat chaud et velouté sous les paupières. Sauf que le regard était gris acier. Il a soudain pris une teinte liquide quand elle s’est à nouveau approcher de ma bouche ; mes mains ont trouvé sous sa tunique mince la rondeur des mamelons. J’ai senti ses doigts frêles glisser sur moi, le froid des anneaux de métal contre ma hanche. La vieille balancelle de nos jeux d’enfants grinçait non loin de là.

Je ne crois pas au verre de trop. Vers minuit, un rayon de lune s’est échappé et j’ai ouvert les yeux. Le tic tac de sa montre avait ce mordant d’acier qui m’avait fait gémir. J’ai alors saisi que cette vie s’était choisi un autre tempo. Que mon cœur n’avait jamais cessé de battre.

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Commentaires
V
Santé...
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C
tiniak<br /> j'avoue que je ne suis pas sûre de savoir bien décrire les va-et-vients de la balancelle... Les vivre oui, les faire vivre...
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R
oups ! c'est certainement le champagne,<br /> j'avoue ne pas avoir tout compris...<br /> même pas grave,,, je me suis délecté de la lecture justqu'au bout!<br /> <br /> oui, ça ne peut-être que le champagne !
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T
ce qu'il y a de commun à ton texte et une coupe de champagne, c'est une chaleur contenue dans une enveloppe froide quoique pétillante.<br /> un cocktail explosif que transcendent, pop! les mots jaillissant de leur gangue.<br /> j'en garde sur la langue, un plaisir... mesuré... dont la mesure est à la hauteur de ta pudeur.
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V
Splendide! <br /> Une petite coupe?
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C
I c'est isabelle. L c'est la narratrice mais vous lui choisirez personnelement un nom.<br /> <br /> Ma première cuite fut au chmpagne, à 7 ans. Pas sûre que je m'en sois remise. Lol
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Z
le champagne ouvre bien des portes...étonnante histoire avec de belles images
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P
on a l'impression de tout ressentir, de tout comprendre, en même temps qu'on sait que quelque chose nous échappe... oui, j'ai l'impression de l'avoir bu aussi, ce champagne.
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M
Confusion, musique, danses,bulles de champagne ...<br /> et de superbes images ! Je retiens entre autres :<br /> " les nuages d’orage avaient, dans leur maraude, avalé lune et étoiles."
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P
J'aime tout, la maraude des nuages, la couleur liquide du regard, le tempo de l'histoire et du coeur qui bat.
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K
Nuit d'ivresse..ou nuit de Chine.
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V
Encore un texte ciselé qui décortique les âmes et les corps... je dois avoir du champagne au frais, moi
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P
Vous peignez bien la confusion, Caro. La tête me tourne et je n'ai rien bu.
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W
Le Champagne, c'est surfait, je me demande ce qui se passerait avec du Prosecco...
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J
Youps : j'aurais bien VOULU, oeuf corse.
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J
Oh zut, j'aurais bien que tu dises ce que représentaient les I.L. ? Ou est-ce quelque chose que tout le monde reconnaîtrait sauf moi ? Ses initiales, par hasard ?
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