16 janvier 2016

Disparue (Laura)

 

Les nuits à lire sous les draps
Les leçons de danse  avec ma grand-mère
Le catéchisme, la messe, les alléluias
Sont devenus des souvenirs amers
 
J’ai aimé être sage et bien travailler à l’école
Je désirais même devenir une sainte
Où est passée mon auréole ?
Tout ça s’est mué en contraintes.

J’ai voulu toujours me tenir droite, 
Et sourire quand j’étais blessée.
Une posture de timide maladroite
Qu’on se plaisait à harceler.
Je suis tombée de haut
Et j’en ai gardé des traces  
Quand j’ai vu tous les défauts 
Cachés sous la surface. 

Disparue, tu as disparue. 
Disparue, tu as disparue 

Au coin de ta rue. 
Je t´ai jamais revue. 
 
On me disait coupable
Et j’ai cru que c’était de ma faute
J’étais vraiment trop influençable
Leur amour était de la camelote.
 
Comme une victime consentante
J’ai cherché à leur plaire
Puis je suis devenue méchante
Tout pour leur déplaire

J’ai perdu mon innocence
N’était-elle en fait que péchés ?
J’ai perdu mon enfance
A-t-elle jamais existé ?

Disparue, tu as disparue, 
Disparue, au coin de ta rue. 
Disparue, tu as disparue, 
Disparue, au coin de ta rue. 
Je t´ai jamais revue.

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Mes amis disparus (Marco Québec)

Ferré a chanté
Que sont mes amis devenus
D’après un texte de Rutebeuf

À mon tour de parler
Des gens de ma vie disparus
Avec des mots qui ne sont pas neufs

Où es-tu toi, sœur Sainte-Élizabeth
Souriante sous ta cornette
Tu m’as fait la première année
Tu as surtout su me rassurer
Pour apprendre à lire
À compter, à écrire

Où es-tu toi, le grand Mathieu
Tu étais toujours sérieux
Mon seul ami du secondaire
Ta présence me fut salutaire
Dommage qu’on se soit brouillé
Pour des motifs que j’ai oubliés

Où es-tu toi, monsieur Garneau
Tu avais quitté l’Église
Pour rejoindre ton Éloïse
Tu étais mon prof de philo
Tu avais percé ma carapace
M’avais dit à mon tour capable d’audace

Où es-tu toi, ma belle amie
Sache que tu manques à ma vie
Tu m’avais un jour déclaré
Souhaiter plus que l’amitié
Tu as épousé un Jéhovah
Et depuis l’on ne se voit pas

Où es-tu, toi mon premier amour
Notre voyage fut bien court
Je descendis à la première station
En raison de ta mère qui bouchait l’horizon

Où es-tu, toi qui m’as fait rêver
Pendant tant d’années
Je ne t’ai jamais raconté
Le désert que j’ai traversé

Nos chemins se sont croisés
Puis se sont éloignés
Toutes et tous, vous avez disparu
Et appartenez à un passé révolu

 

Pour votre plaisir : La chanson de Léo Ferré chantée par Claude Dubois, artiste québécois
https://www.youtube.com/watch?v=Epdrf2zXXGE

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99 dragons : exercices de style. 32, Genre "Après la bataille" mais sur les traces de Pérec (Joe Krapov)

REMY SANZEAU, BIENFAITEUR DE L’HUMANITE SAUF SI ELLE EST VEGETARIENNE

La bête était gigantesque, effrayante, dangereuse mais le petit gars, Rémy Sanzeau, avait réussi à l’exterminer. Sa lance avait transpercé la carapace, sa Durandal à lui, épée bénie des dieux, ancêtre d’autres Excalibur à venir avait tailladé dans le gras, les pustules, le ventre et les membres du bestiau, avait fait jaillir le sang sur le tablier blanc du dépeceur. Et c’est bien ce que Rémy était en train de faire, se payer sur la bête, tel que cela avait été établi préalablement avec le chef des tribus libyennes, Hafez Keujdi Ibn Paskeujfez qui avait fait appel à lui et à d’autres, plus pleutres, qui s’étaient esbignés devant la rude tâche. Lui n’avait pas fui et avait vaincu.

- Si je te débarrasse de cette enflure-là qui sème la terreur et la calamité dans tes terres, avale sans leur enlever la laine les brebis de tes paysans, réclame en guise de cerise sur le gâteau la chair de ta chair, la main et le reste de ta fille chérie, autant dire le beurre et l’argent du beurre de la crémière ; si je te libère de cet empêcheur de vivre libre et heureux, je ne te demanderai qu’un seul avantage en échange de ce service. Je désire m’établir marchand de viande en tes terres. J’ai les crédits nécessaires qui me viennent d’un héritage familial, les certificats vétérinaires du cheptel et les diplômes nécessaires que j’ai acquis après cinq années d’études à l’Université de Rennes 3.
- Kèkséksa, Rennes 3 ? avait tiqué Hafez Keujdi.
- C’est une université étrangère dans un pays qui s’appelle la Gaule et s’appellera plus tard la France mais avant ça il y aura en icelle le duché de Bretagne. C’est là qu’est-Rennes.

Epaté par tant de science, d’aisance et aussi par le peu de salaire qui lui était demandé, le chef de tribu un peu pingre avait accepté le deal. C’était, avait-il dit au grand vizir Itiz Verybad, du gagnant-gagnant à 100%.

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***

Et maintenant le magasin, que dis-je, la chaîne de magasins RSC, « Rémy Sanzeau Charcutaille » était installée dans chaque village de Libye, fréquentée par les ménagères avec leur petit panier et appréciée de leurs maris avec leurs grands appétits. Plus aucune nécessité d’aller chasser et tuer les animaux en vue d’assurer la subsistance de la famille. Rémy Sanzeau et ses équipes assuraient l’emplissage rapide des caddies ® et ensuite celui des ventres, travaillant ainsi au bien-être suprême de chacun. Ses chasseurs tuaient les bêtes sauvages, ses éleveurs abattaient les animaux dans les fermes, ses vendeurs débitaient la marchandise et des salamalecs du genre « il y en a un peu plus je le laisse ? » aux clientes béates.

« Maintenant, est-il écrit dans le dernier bulletin mensuel de la start-up, le secteur tertiaire peut prendre de l’ampleur et la Libye devenir une puissance de premier plan en marchant à pas de géant (« walk like a giant » in the british language) vers un futur aussi bien garni qu’un filet gagné à la kermesse miraculeuse de Dargif-Al-Sur-Yvette. Car derrière chacune des vitrines d’RSC, à l’arrière de chaque tête de veau garnie de persil dans les narines, c’est carrément Byzance ».

Et cela est bien vrai. Dès que la cliente a pénétré dans l’établissement elle peut admirer des quartiers entiers d’une viande luisante, dégraissée, apprêtée, appétissante, suspendue à des esses rutilantes : des chapelets de saucisses, du salami venu du Danemark, de la hampe, de l’araignée, de l’échine, du jarret, du gîte, de la perdrix, de la caille, du faisan, de la biche, du chevreuil ; et, parce que RSC est aussi très vite devenu traiteur et vend des plats préparés, de l’aiguillette de sanglier, de la vraie daube qui n’est pas « de la daube », du pâté de marcassin, du filet de rumsteck au vinaigre de cidre, des paupiette de la reine Paulette, du magret de canard, des travers, des pieds panés, de la queue aux herbes, du petit salé aux lentilles, du speck à l’Appensell, du civet de lièvre, des grives au genièvre, des gésiers, du saupiquet nivernais, du ris de veau à l’ancienne, de l’aillade, du fricandeau, des tripes, de la pissaladière au lard et aux graine de carvi…

Et dans les chaumières, les cuisines et les salles à manger, quelle activité ! C’est sûr, ça y va de la fricassée, de la quiche, du pâté de tête, du parfait au Muscat de Rivesaltes, de la caillette, de la langue, de la crépinette de pieds, du cake charcutier, de la terrine au piment d’Espelette, de la palette fraîche au lait, du carré au cidre, de la ventrêche, des petits farcis, de l’échine à la bière de garde, du curry d’agneau, de la blanquette arrière, du cabri au lait…

Et vas-y que je te barbecute au crépuscule d’été ! Que je te pause sandwich aux rillettes dûment préparées, que je te fais le lit de verdure au carré d’agneau, que je te me repaye une tranche, que je te tartine à l’envi, que je te tajine de pintade aux mirabelles, que je te sers la pastilla aux épices, que je te gave de hamburgers…

Seuls les végétariens crachent sur cette réussite parce qu’elle ne va pas dans leur sens. « C’est cinq fruits et légumes, pas cinq cent grammes de steak haché par tête de pipe et par repas, bande d’adipeux et de gras du bide ! ». Sachant que le grincheux traverse les siècles, le fait qu’ils étaient déjà là en ces temps anciens n’a rien de surprenant.

Ce qui reste inexplicable cependant et d’une injustice flagrante, c’est que Rémy Sanzeau a disparu des tablettes. Aucun livre, aucune revue, aucun article, aucun universitaire ne fait état dans ses travaux de l’existence, grâce à lui, d’une ère bénie de la Libye débarrassée d’un tyran aussi légendaire qu’animal par un petit apprenti en chemise bleue à petits carreaux, tablier blanc et petit chapeau carré, blanc lui aussi, sur le chef.

Il faudra attendre les années 1940 et 1950 et même plus si affinités. Le célèbre dessinateur Hergé, auteur des « Aventures de Tintin » a repris vraiment très brièvement dans les cases de sa bande dessinée ce que je viens de narrer en détail à mes lecteurs et lectrices chéri(e)s. Il en a fait un gag très récurrent dans lequel un marin barbu en retraite qui habite un ersatz du château de Cheverny est sans cesse dérangé par des appels mal dirigés par la dame du « Fil qui chante » (j’ai aussi lu Lucky Luke et dans le même genre, il y avait également le gag du 22 à Asnières de Fernand Raynaud).

Qui plus est, Hergé s’est quelque peu planté dans la graphie en transcrivant « Sanzeau ». Ce malentendu vaudevillesque est parfaitement injuste, gars Rémy, mais c’est la vie. Heureusement que je suis là et que je peux, si ça aide, rétablir la vérité des faits !

DDS 385 Boucherie Sanzot

 P.S. Ami lecteur, amie lectrice, tu l’auras peut-être remarqué ? Dans ce texte à la Pérec n’apparaît jamais la quinzième lettre de l’alphabet, ce qui, en un sens, ne manque pas de sel !

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La disparition de Rêves de plume

 

L'avis de la voisine, curieuse de la vie

Un gentil monsieur ! Mais depuis que sa femme était partie dans le sud, il était un peu à l'ouest.
Et rencontrer une fille de l'est lui avait fait plutôt perdre le nord.
Il était déboussolé, un peu dépressif quoi !


L'avis du père  Sévère, peintre de lavis

Un brave gars mais pas du coin !
Je le voyais passer faire son jogging, courant ventre à terre comme s'il avait eu le feu au derrière, suant sang et eau.
Ah il avait souvent un drôle d'air, plutôt fait pour la ville ...
Pas dans son élément quoi !

L'avis du garde champêtre, avis à la population

Ah ça !! Venu se mettre au vert, on ne peut pas dire que le pays lui ait porté chance.
Un vrai chat noir ! Collectionneur de bleus malencontreux qui lui faisaient voir rouge ou rire jaune !
Il en aura vu de toutes les couleurs, il en a eu assez et il est parti !

Mais tout en haut de la colline, dans la cabane perchée qu'il a aménagée, il regarde les petites fourmis s'agiter.
Va-t-il les écraser, les ignorer ?
Il attend l'avis de cette folledingue de Rêves de plume !

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Une disparition inquiétante par bongopinot

 

bo01

 

Sur une route toute droite et bordée d'arbres

Un vendredi calme, bien agréable et doux

Il roulait depuis le matin il se rendait en Anjou

Où tout le monde l'attendait en ce jour de décembre

 

Toutes les deux ou trois heures il donnait des nouvelles

Il riait nous disant qu'enfin bientôt il serait parmi nous

Qu'il était pressé de nous embrasser sous le houx

Et de nous raconter toutes ses aventures providentielles

 

Toutes ces années passées loin des siens l'avaient changé

Mais maintenant il avait un besoin viscéral de tous nous revoir

Bien de l'eau avait coulé sous les ponts depuis son départ

Il avait envie de se détendre et d'enfin se poser

 

Son dernier appel fût bref car, disait-il, il captait mal

Et voilà deux jours que nous sommes sans nouvelles

Il est depuis introuvable il s'est volatilisé en ce jour de noël

tout cela est vraiment trop bizarre voire anormal

 

Il s'est évanoui ne laissant aucune trace

Sur cette route toute droite bordées d'arbres

Un vendredi de décembre

Il s'est envolé et depuis personne ne le remplace

 

Et, nous on attend un signe et les années passent

Reviendra-t-il un vendredi de décembre

Disparition volontaire ou autre

Et, nous on attend un signe et les années passent

 

 Le monde regorge d’histoires de disparitions

Ces affaires sont troublantes car rarement élucidées

Elles continueront encore à hanter et à intriguer.

Ne trouvant comme solution qu'hypothèses et spéculations.

 

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Participation de Fairywen

Le canyon

 

— Je vous jure qu’elle était là, monsieur, je vous le jure… insistait le malheureux agent. Et puis tout d’un coup, hop, elle a disparu !

— On la tenait presque, monsieur… Regardez, il n’y a que le ravin derrière ! Ce n’est pas possible qu’elle se soit échappée !

— Elle doit encore être là, ce n’est pas possible autrement… gémit un troisième policier en regardant frénétiquement autour de lui.

Le Chasseur ne répondit pas. Seul le tic nerveux qui agitait un muscle de sa mâchoire trahissait son agacement et sa frustration. Elle s’était échappée encore une fois, chacune des cellules de son corps le savait aussi clairement que s’il avait assisté à la scène. Pourtant, à priori, c’était du tout cuit… Pour une fois, elle n’avait pas eu de chance. Les forces de l’ordre l’avaient repéré, et s’étaient lancées à sa poursuite alors qu’elle sortait de la taverne où elle venait de dîner. Elle était rapide, mais le chemin qu’elle avait choisi menait vers les falaises, où elle allait inévitablement se retrouver face au large et profond canyon qui les coupait. Même elle ne pouvait espérer franchir une telle distance en sautant.

Et pourtant, alors qu’elle s’était retrouvée acculée au vide, elle avait disparu. Comme ça. D’un seul coup, sans que les agents lancés à sa poursuite ne comprennent comment.

Mais lui, lui, il savait. Oh oui, il savait…

 

Indifférent aux excuses que continuaient à lui bredouiller ses subordonnés terrifiés – il était connu pour son intransigeance et ses colères dévastatrices, le Chasseur s’avança au bord du vide et plongea ses yeux dans les profondeurs obscures du canyon.

Et il la vit qui sautait souplement d’un rocher à l’autre, descendant par bonds réguliers vers le fond du ravin. Les coussinets feutrés de ses pattes ne faisaient aucun bruit et ne dérangeaient pas le moindre petit caillou tandis qu’elle leur échappait une fois de plus. Comme si elle était consciente de sa présence, elle se retourna brièvement pour plonger son regard félin dans le sien, et il fut presque sûr de la voir rire. Puis la panthère noire se détourna à nouveau et sa silhouette devenue ombre parmi les ombres s’évanouit dans l’obscurité du canyon.

Bien sûr, il aurait pu parler, mais à quoi bon ? Bien qu’il soit le Chasseur, personne ne l’aurait cru s’il avait dit que l’Ombre était à la fois femme et panthère…

Illustration ici

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Abracadabra…. (Clémence)

La veille, ils avaient tout vérifié et introduit leur destination dans le GPS de leur voiture. Quelques minutes après minuit, ils fermèrent la porte de l'appartement, casèrent leurs valises dans le coffre et un panier pique-nique sur le siège arrière. La nuit et la route étaient à eux.

Première pause à trois heures.

Le silence régnait dans le véhicule, lui perdu dans les méandres de la conduite responsable, elle dans les ruelles des petits villages escarpés.

Deuxième pause aux petites heures.

Après avoir avalé un café et un croissant, ils étaient dans une forme éblouissante. Ravis de ce qui les attendait. Ils avaient tant espéré ces jours d'évasion !

 

Le bleu nuit avait cédé sa place à l'heure bleue et la lumière dorée ne tarderait plus à illuminer leur route.

 

Tout à coup, elle fronça les sourcils. Il pinça les lèvres.

- On dirait que quelque chose d'étrange se passe, dit-elle doucement.

- Mmm, il me semble aussi.

- Une idée ?

- Pas vraiment….

- J'ai l'impression d'avoir déjà vécu cet instant, dit-elle en croisant ses bras.

- Pas possible, tu le sais bien.

 

Les minutes s'étiraient en développant une impression de torsion. Elle frissonna et jeta un pull sur ses épaules et lui demanda s'il voulait le sien aussi. Il refusa.

 

- Il manque quelque chose, s'écria-t-il brusquement.

- La moitié de la route ?

- Mais non, c'est autre chose. Quelle heure est-il ?

- Huit heures trente , du matin.

- Et alors ? Nous sommes en été, et le soleil se lève à….

- Vers les six heures, dit-elle en terminant sa phrase en point d'interrogation.

- Zut… il est huit heures trente et une, le ciel est d'un bleu d'azur et le soleil n'est nulle part….

- Nulle part, c'est exact, ponctua-t-elle en se retournant. Mince alors. T'as une explication ?

- …..

- T'as une explication, toi ? répéta-t-elle.

- C'est à cause de tous leurs exercices, gronda-t-il en frappant le volant.

- Ah, de qui ? Des scientifiques ?

- Non… les autres ! Bien plus dangereux, bien plus subversifs !

- Tu me fais peur… explique….

- Les intellectuels…

- Mais ils ne s'en prennent pas au soleil, les intellectuels. Ils n'ont que des mots au bout de leurs doigts, dit-elle en souriant.

- Les intellectuels, je confirme. Avec leurs idées. Regarde bien, dit-il en tendant son index vers le pare-brise.

- Je ne vois rien….

- Regarde bien, là, devant toi. Ils ont placé un point d'interrogation. Et comme par hasard, le point du point d'interrogation cache le soleil. Voilà pourquoi il a disparu…

- Ça se peut, cela pourrait être l'explication, mais… Mais pourquoi ils feraient cela ?

- Les intellectuels du samedi sont terribles, je peux te l'affirmer. Ils ont des défis déboussolants…

- Tu veux rire ? Par exemple, imaginer pourquoi le soleil a disparu! Et tu vas leur répondre quoi ?

Il tourna légèrement la tête vers elle, caressa sa joue et continua, très sérieux:

 

- Je vais faire simple ! Je vais leur répondre que le soleil s'est barré car il en avait marre d'entendre :

- Quand est-ce qu'on arrive à la mer ? Je veux faire des châteaux de sable…

- Quand est-ce qu'on arrive à la plage ? Je veux bronzer couleur caramel…

- Quand est-ce qu'on arrive à la montagne ? J'ai hâte de faire du ski…

- Quand est-ce que la pluie va s'arrêter de tomber ? Je voudrais faire sécher le linge au vent...

- Quand est-ce que le soleil va faire blondir les blés ? J'ai besoin d'une bonne récolte...

- Quand est-ce que le soleil a rendez-vous avec la lune ?

- Pourquoi il est jaune, le soleil. Quand est-ce que le soleil sera noir, vert ou rouge ?

 

Alors, je crois que le bonhomme, de temps à autres, il a envie de voir la neige fondre au soleil . Il a envie d'enfiler un bain de soleil, de s'allonger sous un soleil de plomb, quitte à prendre des coups de soleil.

Puis, un cocktail aux fruits exotiques entre ses rayons, admirer enfin son coucher en guettant le rayon vert !

 

 

 

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À MON ENNEMIE INTIME QUI A DISPARU (Alain André)

 

À lire vos mots, vos phrases,  votre verve,

Je me trouvais bien vain de vouloir m’y frotter !

Ma timidité, mon humilité foncières inhibaient mon verbe !

Frappé de mon insignifiance et de mes phrases empotées.

 

Je donnais libre cours à ma timidité, à ma paresse crasse.

Il est aisé parfois, de se réfugier dans sa timidité,

Se cacher dans un brouillon, en attendant que ça passe ;

Posant  en étendard devant Son nez la page inhabitée.

 

Faut-il  décrire  cette ennemie intime et incongrue ?

Cette petite peur de ne pas savoir, de ne pas pouvoir ;

Qui nous fait reculer devant l’avenir inconnu,

Cette  facile excuse à ne pas vouloir ?

 

Cette petite peur a disparu, grâce à vos avis avisés que je vous remercie bien humblement de m’avoir adressés.

 

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Participation de Venise


Ma mère ne m’aimait point alors quand elle disparut  mystérieusement au bout du chemin ,
J’ai d’abord cherché la présence consolante de ma grand-mère .

Quelquefois je croyais la voir à mes côtés alors je mettais une chaise entre moi et elle pour qu’elle ne m'entraîne pas dans son abîme.

Jamais je ne l’ai vue lever nonchalamment  une mèche de cheveux sur mon front endormi.

J’ai donc attendu en toute confiance d’être adoptée.

J’ai appris plus tard qu’elle avait la maladie d’Alzheimer  et que ses disparitions successives l’avaient un jour conduite au bord de la rivière où elle s’était noyée.

J’ai retrouvé sa bague en or  dans le tiroir de la commode de nuit. Assise sur le bord de son lit je regarde cette bague que j’ai sous les yeux comme un cadeau radieux qu’elle m’a fait sans le savoir.

Mes yeux  capturent  les milles reflets de la bague et quelquefois j’y retrouve son sourire.

La main du temps a poussé ma mère vers le ciel et depuis des anges  viennent vers moi avec des robes à la glace à la vanille.
Ma rêverie m’a longtemps protégée  de la brutalité jalouse du monde, sans souci du lendemain.

Dans l’éblouissement de la robe blanche de ma mère flottant à la surface de la rivière, aucun ange maussade n’est venu me prendre la main.

Je suis allée dans la vie  un pied bloquant la porte du grand jardin.

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Sur son 31 (Vegas sur sarthe)


Ce jour-là Monsieur Grivois se sentait étrangement léger, comme libéré d'un poids.
Jamais il ne s'était senti si relâché et si bien dans son corps jusqu'à ce qu'il en découvre la raison devant la grande glace du salon... il manquait quelque chose à son gilet.
Son embonpoint assidûment entretenu par maints banquets et repas d'affaires s'en trouvait plus qu'à son aise, et pourtant une sensation de malaise oppressant lui comprimait la poitrine alors même que son ventre s'alanguissait.
D'un doigt tremblant il titilla la triste boutonnière – comme un second nombril – dans le fol espoir d'y faire ressurgir un bouton facétieux mais rien, pas le moindre bout de fil ni fragment de nacre qui puisse le renseigner sur les causes de la catastrophe.
Un bouton avait disparu.
Dans sa vie bien réglée de clerc de notaire à l'étude de Maître Finaud, jamais Monsieur Grivois n'avait imaginé qu'une boutonnière puisse être privée de son bouton comme une mortaise de son tenon ou un gousset de sa montre.

Asphyxié, frisant l'apoplexie, Monsieur Grivois tentait de se remémorer son coucher de la veille, le retour de la soirée qu'il avait passée au...
au Sphinx chez Marthe Marguerite, ça ne pouvait être que ça !
Il aurait perdu ce bouton chez «Martoune», la tenancière de l'établissement qu'il fréquentait chaque mercredi.
Il ne faisait aucun doute que parmi les soixante-cinq pensionnaires du 31 boulevard Edgar-Quinet, l'une d'entre elles aurait dans leurs ébats dérangé son costume, mais laquelle et dans quelle alcôve, quel boudoir ou quelle chambre égyptienne ?
Quelle “courtisane” l'avait déboutonné hier soir?
Etait-ce Aphrodite, grande bouche et cervelle d'oiseau, si gourmande mais si étourdie?
Etait-ce Samantha, pulpeuse et expéditive, charnue mais trop pressée?
Ou était-ce encore les deux sœurs Esther et Myriam, chamailleuses et brouillonnes?
Le Sphinx ouvrait à quinze heures et en marchant d'un bon pas, il y serait à l'ouverture pour retrouver son précieux bouton.
A l'idée de devoir encore se délester d'un pourboire pour passer la porte rien que pour retrouver son bien, il faillit se raviser mais une boutonnière ne pouvait par principe souffrir de solitude plus longtemps.
Mademoiselle Boisseau – la cousette du cinquième étage – aurait tôt fait ce soir de recoudre le bouton volage et tout rentrerait dans la normalité.
Comme il croisait Madame Mangin et sa fille au pied de l'immeuble, il les salua en prenant bien soin de tenir son chapeau à hauteur de la forfaiture.

A mesure qu'il marchait une terrible idée le taraudait. Et si l'on ne retrouvait pas ce bouton ? Si quelque employée de ménage l'avait jeté ou emporté pour elle-même ?
Ne disait-on pas que l'établissement possédait un tunnel secret qui menait aux catacombes ?
A partir de là, le bouton pouvait même avoir quitté la capitale, été monnayé dans quelque lointain souk pour finir au plastron d'un marchand d'esclaves...
Combien de gens mal intentionnés privent un honnête propriétaire de son bien – même le plus maigre – pour l'abandonner lâchement dans quelque fond de tiroir ?
Combien de bijoux, de chapeaux, de postiches et de cannes pouvaient bien avoir été définitivement perdus dans cet endroit qui à l'instant présent portait si bien son nom : un lieu de perdition.
Un Prévert, un Sartre ou un Dali n'y avaient-ils pas dans un moment d'extase ou d'égarement oublié quelque objet qui aujourd'hui s'arracherait à prix d'or aux enchères autant qu'un manuscrit ou qu'un tableau ?
On allait bien se moquer de lui lorsqu'il allait réclamer son petit bitoniau de nacre qui pourtant manquait tant à sa mise.
Il lui fallait trouver un prétexte, une idée de génie pour grossir l'évènement, amplifier le désastre et mobiliser tout le personnel afin de ratisser l'établissement ! Une battue, c'est cela, on devait organiser une battue au bouton de nacre, sonder chaque sommier, retourner chaque tapis, battre chaque tenture et même questionner chaque pensionnaire...
Ce bouton ne lui venait-il pas de cet ancêtre et capitaine des Dragons qui l'avait arraché en 1683 sous les murs de Vienne au costume d'apparat du grand vizir Kara Mustapha en personne, juste avant sa décapitation par le sultan Mehmed IV?
L'histoire serait crédible, l'affaire était d'importance et ne souffrait aucun retard! Il pressa le pas d'autant plus facilement que son gilet débraillé le lui permettait.
S'il arrivait avant quinze heures, il tambourinerait à la porte, se ferait ouvrir afin qu'on répare l'offense sans plus attendre.
On démasquerait la voleuse et on la jugerait dans l'instant pour la conduire à la guillotine!
Cette catin allait tâter de la «veuve» pour avoir spolié un bien aussi précieux, certes un morceau de coquillage percé de quatre trous mais un trésor de guerre qui illuminait l'arbre généalogique des Grivois depuis des siècles.


Sur la porte fermée du Sphinx, quelqu'un avait placardé une affichette que Monsieur Grivois – descendant d'un valeureux capitaine des Dragons – déchiffra, la mort dans l'âme :
«A compter de ce jour et jusqu'à nouvel ordre, l'établissement Le Sphinx est réquisitionné à titre de logement destiné aux couples d'étudiants convalescents de la Fondation de France».

Ainsi un bouton de nacre du gilet de Monsieur Grivois – descendant d'un courageux capitaine des Dragons – allait-il finir au fond de la poche désargentée d'un étudiant hirsute, braillard et dévergondé pour ne pas dire drogué, par la seule décision d'un organisme philanthrope et au mépris de la mémoire d'un sauveur de la France...


Trois jours plus tard on retrouva Monsieur Grivois, un pistolet à la main et baignant dans son sang; une large boutonnière à hauteur du cœur témoignait d'un irréparable acte de désespoir.

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