21 décembre 2013

Exercices de style (Célestine)

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Jaloux

Je me demande pourquoi elle a tant insisté pour que j’aille promener le mioche. Comme s’il avait encore l’âge de s’exhiber dans cet accoutrement ridicule !

 Elle avait l’air bizarre. De toute façon, elle a tout le temps l'air bizarre en ce moment. Je suis sûr qu’elle me trompe avec le bellâtre du bal de l'autre soir et qu’elle m’a envoyé ses copines Jeannette et Simone pour me surveiller.Elles croient que je les ai pas vues, du coin de l’œil... Vous allez voir  que dès que j’aurai le dos tourné, elle le fera pénétrer dans notre maison…et me voler ma soupe…et dormir dans mon lit...mais je ne vais pas le laisser faire, ce moule-à-gaufre ! Il va tâter de ma botte secrète, ce Cyrano à quatre pattes !

 

Surdoué

Mes parents ont cru me faire plaisir en m’offrant ce jouet mais un avion qui ne vole pas, c’est ridicule…Réfléchissons cependant…En équilibrant la masse de l’avion et la portance issue de la vitesse augmentée du carré de l’hypoténuse de la force d’attraction de la terre, l’on pourrait obtenir un maintien en vol correct de cet aéronef. Hélas, mon géniteur n’a aucune notion des lois simples de l’équilibre relatif et de l’aéronautique, je crains qu’il ne soit intéressé que par les deux créatures de sexe féminin qui nous ont emboité le pas…

 

Proust

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce bruit, c’était celui du délicieux petit grincement subtil et délicat des roues de l’avion miniature que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour là nous n’allions pas à la messe) mon père poussait du bout de sa canne cependant que je prenais place aux commandes, m’installant tel un vrai pilote dans ce petit cockpit tout orné de fleurs que ma tante Léonie avaient cueillies pour moi dans le jardin où ma cousine Berthe m’avait délicatement embrassé du bout de ses lèvres rosées, cependant que je rougissais comme une pivoine sous la caresse de sa langue douce comme une madeleine trempée dans une gorgée de thé.

 

Interrogatif

Mais qu’est ce que c’est que cet avion ? Ça ne sortirait pas d’un film de série B, un engin pareil ? Et ce costume ? Non mais vous avez vu l’allure qu’il a ? Il s’est regardé dans une glace, le gonze ? Et le mouflet ? On lui a dit qu’il pourrait faire un procès à son père pour sévices ? A-t-on idée d’affubler un môme d’un tel couvre-chef ? Un béret de marin, c’est un truc de notre époque, ça ? Et qui nous dit que ce n’est pas un avion volé ? Quant au deux greluches, elles ont pris le type en filature, vous ne croyez pas ? Ce sont peut-être deux fliquettes ? Ou deux assistantes sociales, plutôt, non ? Ça ne vous parait pas louche, toute cette histoire ?

 

Charlélie Couture

 

Comme un avion sans aile,
j'ai chanté toute la nuit,
j'ai chanté pour celle,
qui m'a pas cru toute la nuit

Oh libellule,
toi, t'as les ailes fragiles,
moi, moi j'ai les ailes fragiles,
moi, moi j'ai la carlingue froissée
mais j'ai chanté toute la nuit.

 

Haïku

Marronniers en fleurs

Une grosse libellule

Va sur le chemin

Pagnol

Une grosse libellule ? Rhôô, Monsieur Brun, vous avez abusé du pastis, qué ? Ce serait pas plutôt maistre Panisse que vous avez vu sur la Canebière, avé le chapeau melon, qui poussait le petit de Fanny dans son avion à pédale ?

-Non , non, je vous assure, c’était comme un gros insecte…

-Allons, allons, Monsieur Brun ! quand je pense qu’on dit que les Marseillais exagèrent ! Allez, zou, galinette, jouez c’est votre tour ! ô Bonne Mère ! une libellule ! pourquoi pas un cornet à piston, tant que vous y êtes…Té, vous me fendez le cœur ! Quand vous sortirez naturellement, mettez le chapeau, hé, monsieur Brun, on n'est pas à Lyon, ici, le soleil risque de vous escagasser la calebasse ! Une libellule...

 

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Ah ! Que j'aime les militaires ! (Joe Krapov)

 

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Comment ? Parce que papa qui a le melon emmène Toto en costume de marin faire un tour en avion ce dimanche à Orly, vous osez m’imposer d’écrire 23 lignes au sujet de ces militaires qui encombrent ma mémoire et les plaques de nos rues ? Alors ça c’est le pompon, a(d)mira(b)l(e) MAP !

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23 lignes ? Sans parler de la ligne Maginot, de la ligne bleue des Vosges et de la ligne Holworth ? Je préviens dès le départ que je n’atteindrai pas l’objectif, Sir ! Il y a tant de troufions, d’adjupètes, de margis, de juteux, de sergots, de matafs, de zouaves, de biffins, de Saint-Cyriens, de colons, de lansquenets et de bachi-bouzouks de toutes sortes qui défilent en rangs serrés en chantant « Tire ailleurs, c’est mes galets » ou qui se sont transformés en moustache du (grand-)père qui regarde son troupeau bouffer la soupe froide dans l’arrière-cuisine de mon Alzheimer que je serais même tenté de mettre, dès le début, un terme au farfouillis dans mon hypermnésie. Car à part pour les Tuniques bleues et le 20e de cavalerie
« Je n’ai pas pour les militaires
De sympathie particulière ».

 

Je n’ai aucune envie d’aller sauver le soldat Ryan, de construire un pont sur la rivière Kwaï les jours où à Eylau le soleil brille, brille, brille et je préfère les canons de la beauté à ceux de Navarone. Alors vas-y sans moi, petit mousse, au carnaval des confettis – cons fétides aurait dit Desproges qui n’aimait pas plus voir là Pinochet que parader le Videla -. Va pourfendre l’ennemi dans ton aéroplane blindé, combats l’égorgeur de fils et de compagnes du moment. Après la guerre, on vous dira « Embrassez-vous » comme le chante Guy Béart dans sa chanson « Qui suis-je ?».

 

DDS 227 Taka Takata

Ou plutôt, non, je vais t’accompagner, la fleur de crépon au fusil en savon ! J’emmène avec nous le sergent Poivre et sa fanfare du club des cœurs solitaires, notre oncle Walrus qui s’y entend comme personne pour piloter un sous-marin jaune, Hannibal Syd et ses barrettes sur son éléphant effervescent, Taka Takata, Beetle Bailey, la septième compagnie, le général Castagnetas des Frères Jacques, le général qui dort debout de Ray Ventura, le général à vendre de Francis Blanche, le sergent Garcia qui lança le premier la mode des pantalons déchirés, l’ami Bidasse natif d’Arras, Snoopy dans son Sopwith Camel, le Captain Cap, celui de Pim Pam Poum, le général Alcazar, le lieutenant Blueberry, ce « dourak » de Dourakine et le sergent Major qui a un beau brin de plume.

 

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Dans les airs, par- dessus nous, on verra s’envoler ceux que mon aérodromphobie galopante m’empêche d’habitude de mentionner : ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines, héros de la voltige pas encore tombés du ciel Higelinesque de l’enfance, Bob Mallard et Puchon, Tanguy et Laverdure les chevaliers du ciel, Dan Cooper, Buck Danny, Martin Milan, Laurel et Hardy conscrits, Saint-Exupéry, Hélène Boucher, Jean Mermoz, Guynemer, Lindbergh, Nungesser et Coli, Blériot, les frères Wright. Et les drôles de machines ont nom Latécoère, Stuka, Spirit of Saint-Louis, Antonov, Tupolev, Concorde, Caravelle, Boeing, Airbus, Rafale, Mirage, biplan, triplan et même Rantanplan, le chien qui plane à 15000 ou déconne à Mach 2, c’est selon. Excusez-moi d’avoir comme lui loupé bien des loopings et des manœuvres à Mailly près de Mourmelon-le-Grand mais raconter mon sé(r)vice militaire n’aurait fait qu’allonger inutilement ce texte par trop énumératif et déjà bien tiré par les cheveux hors du cockpit du raisonnable.

 

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Tous ensemble nous irons nous mettre sous les ordres ou sous les orgues de Captaine Lili et elle en jouera magnifiquement comme Ken Hensley sur l’album Salisbury d’Uriah Heep. Ayant choisi la poésie plutôt que la guerre, Prévert plutôt que la connerie, serons-nous fusillés alors par les tenants du sabre et du goupillon pour avoir constitué le premier « sin tank » antimilitariste ?

Peu importe ! Avant d’atteindre les 23 lignes ou sûrement bien après les avoir sacrément dépassées, réjouissons-nous d’échapper aux foudres de la Frigide Barjot et de Christine Boutin : en matière de repos du guerrier, c’est toujours sur le chemin des dames que j’agite ma fourragère. Mais bon, toi, tu fais comme tu veux, moussaillon !

P .S J’ai envoyé valser les maréchaux d’empire que nous avons dans le Ney depuis qu’ils squattent les boulevards et que les arbres y font ceinture ainsi que tous les généraux hommes de pouvoir. A l’idée seule d’écrire leur nom trop souvent accolé à celui de dictature ou de massacre, je jaunis, comme disait le roi des Belges. Ah que !

 

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la photo des souvenirs (Prudence Petitpas)

L'aéroplane-de-Papa-1934

Bon sang, cette maison, je la reconnais, c’est la maison de mon enfance, lorsque nous habitions la Chartonnière avec mes parents et mes frères et sœur… Que de souvenirs qui remontent à la surface, que de courses dans le jardin, de jeux dans le cerisier, de cris d’enfants que j’entends encore… surtout quand la jeune fille qui s’occupait de nous le soir, une certaine Simone que nous n’aimions pas du tout, s’évertuait à essayer de nous faire rentrer prendre notre douche. Nous nous cachions mes frères et moi, dans la cabane derrière la maison et ne respirions plus jusqu’à ce qu’elle nous découvre et nous emmène à grand coup de menaces et de quelques claques qui volaient sur nos oreilles. Maman s’occupait de notre plus jeune frère et ne se souciait pas des plus grands et de leurs jérémiades lorsque nous nous plaignons de cette mégère. Elle était étudiante dans une école d’infirmière et je souhaite pour ses patients, qu’elle fut plus douce avec eux qu’avec nous.

C’est encore dans cette maison que notre papa, entassait dans une remise des tonnes de jouets qui nous faisaient rêver quand nous avions le droit de passer la porte. Encore aujourd’hui, je ne comprends toujours pas pourquoi nous ne pouvions pas profiter de ces jouets et même l’explication que m’a donnée mon père plus tard, ne me convainc pas de l’utilité de cette frustration. Il m’affirma que ces jouets avaient été récupérés dans un magasin qu’il avait en vente et qu’il n’en était pas complètement propriétaire. Je penche plus, connaissant mon père, pour la version probable, d’une crainte de sa part de nous voir tout casser, et sa façon d’aimer collectionner à peu près tout ce qu’il trouvait, l’empêchait de nous distribuer ces trésors. Du coup, nous rêvions au beau garage rouge et aux poupées encore emballées qui trônait sur les étagères qui, un jour, nous disait notre père, seraient à nous.

Par contre je ne savais pas que le célèbre photographe, Monsieur Doisneau était passé par là et avait gravé pour l’éternité sur la pellicule, mon frère, le rare jour où notre père avait accepté de le promener dans ce bolide extraordinaire sorti tout droit de la fameuse remise. Voilà une belle façon de s’envoler au pays des souvenirs d’enfance et de saluer au passage, un maitre de la photo !

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Reportage en direct (Walrus)

Au seizième Salon de l'Aéronautique qui se déroule durant les mois de novembre et décembre 1938 au Grand Palais, le clou de l'exposition est très certainement cette toute dernière réalisation du génie français : le simulateur de vol.

Le petit Guy, qui rêve d'entrer à l'aéronavale comme le révèle son bonnet à pompon, est drivé par son père-instructeur Monsieur Nemer. Nous approchons discrètement notre micro pour suivre la phase actuelle de son entraînement :

- Mais bon dieu d'bon sang, sombre fils d'andouille, donne du pied à gauche en tirant sur le manche ! Ah, ils ont raison les autres, quand les cons voleront tu seras chef d'escadrille !

- Mais...  j'ai pas d'espadrilles, pa !

 

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Comme un pape (Électre)

On lui a mis un chapeau de marin, parce que ça porte bonheur, et même s'il est censé se trouver en avion ; on a décoré son aéroplane de fleurs et de lierre, et il regarde devant lui aussi attentif que s'il conduisait un vrai avion. Ça pourrait être un Quatorze Juillet, ou un dimanche après-midi. Il voit comme s'il y était la ville sous ses pieds, il conduit son avion dans des figures risquées mais brillamment exécutées, avec la foule qui applaudit en-dessous. Ou bien il survole des déserts inconnus et affronte mille dangers pour sauver sa fiancée des griffes d'affreux personnages. Ce sont toujours des histoires qui finissent bien, parfois il reçoit une médaille ou une décoration. Dans ces moments-là, il est fier comme un pape.

Il n'y a pas grand monde dans la rue, seulement deux jeunes filles qui les regardent passer, le petit gars poussé par son père dans son aéroplane, entre les pavillons entourés de leurs jardinets. Pour être plus commodes ils se sont mis sur le goudron tout neuf, ils ont toute la route pour eux. Il aurait bien envie de se mettre à courir pour donner de la vitesse à l'avion, mais il ne sait pas si ce serait très digne - et puis il y a ce photographe qui les regarde, qui est-il ? Il le comprend, cela dit : ce n'est pas tous les jours qu'on voit un si bel aéroplane, et bien décoré en plus ! Avec les fleurs du jardin. En habit de dimanche, lui aussi. Il est un peu ennuyé tout de même d'être ainsi surpris dans ses pensées, mais fier aussi ; fier comme un papa qui promène son fils dans un jouet qu'il aurait voulu avoir enfant...

 

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L'avion de Doisneau (Sebarjo)

 

 

Avion de doisneau

 

Robert Doisneau était un grand photographe, car en plus de jeter instantanément un regard sur son époque, il avait l'oeil.

Cette photographie, l'avion de papa – qui n'est pas l'une de ses plus illustres réalisations mais ce qui n'empêche pas son excellence – nous montre un enfant assis dans un avion qui fait office de voiturette, poussé par son père. Cette scène sent à plein nez l'après-midi endimanché des beaux quartiers.

Ce qui m'a immédiatement frappé dans ce cliché, ce sont les moues du père et du fils. Le père regarde le photographe en biais et n'a pas l'air très motivé pour faire pousser des ailes à son fils. Pour lui, cette sortie dominicale ressemble plutôt à une corvée. Et c'est surtout la bouille de l'enfant qui est marquante et révélatrice. Il ne se soucie guère de l'objectif, il en a d'autres qui crépitent dans ses yeux. Ses lèvres pincées révèle son désir d'embrasser le ciel, comme Jimi Hendrix quelques décennies plus tard dans Purple haze. Mais voilà, les adultes sont bien trop terre à terre et son paternel n'échappe pas à la règle, alors ce n'est pas demain la veille qu'il sera sur son petit nuage !

Car cet enfant n'a qu'une envie, que son avion décolle. Oui, il semble dire muettement à son père, mais de façon si intense intérieurement, Allez pousse-moi, vas-y plus vite ! Plus vite ! Allez vas-y papa ! Envole-moi !!!

En ce lyrisme précurseur, j'ai donc pensé, de manière plus ironique que cynique, à ce tube immémorable des années 80, Envole-moi, qui a bercé mon adolescence, bien que la génération Trenet n'ait rien à envier à la génération Goldman.

 

Désormais donc, à vous de voir,

si vous allez décoller, planer ou plutôt atterrir brutalement

en écoutant ma version ci-dessous !

 

 

Bonnes fêtes de fin d'année à tous !

 

 

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Jour de Corso (Mamido)

Mami
Robert Doisneau

Dans les années cinquante, le corso fleuri avait lieu tous les ans le dernier dimanche de Mai, jour de la fête des mères. La vogue s’installait sur la grand’place pour une semaine entière avec ses manèges et ses attractions qui faisaient le bonheur des plus grands aux plus petits.

Le défilé des chars fleuris était le clou des festivités Il était organisé par les associations de la ville qui unissaient leurs efforts pour présenter le plus beau des spectacle, chacune préparant dans le plus grand secret un char destiné à rivaliser d’inventivité et de beauté avec les autres.

Mon père, comme son père avant lui, était trombone dans la fanfare du centre culturel laïc. Cette année les militants avaient choisi l’aviation comme thème de leur char.

La benne du camion de Léon le limonadier avait été transformée en bombardier croulant sous les fleurs de papier crépon. Les passagers étant les garçons de l’école publique tous déguisés en aviateurs.

Tout autour, au sol, devait défiler une escadrille de petits avions construits avec des matériaux de récupération durant l’hiver dans le secret de l’entrepôt de Juste, le garagiste. Le mien, imaginé par papa à partir de deux caisses de bois et de trois des roues du landau de ma sœur avait une hélice et des ailes en carton et arborait de tapageuses fleurs de crépon confectionnées par ma mère et ma grand-mère. Une grande tige de métal servait à diriger l’engin.

Papa étant requis à la fanfare, c’est mon oncle Charles qui avait été désigné pour mener notre équipage.

« - Tu es sapé comme un milord » s’était exclamé mon père en le voyant débarquer dans la minuscule cuisine de notre appartement de la cité des verriers.

En effet, chapeau mou, chemise blanche, cravate, costume trois pièce et gants « beurre frais » à la main, mon jeune oncle avait fière allure. C’est qu’il comptait aller faire sa cour à la belle Henriette dès le défilé terminé.

« - Dans cette tenue, tu vas en faire chavirer des cœurs ! » s’était extasié ma mère qui rêvait de voir son frère, célibataire endurci, enfin établi.

Charles s’était pavané un moment autour de notre table en formica, tout en caressant avec feinte modestie, sa moustache soigneusement entretenue.

Avant de se précipiter sur les berges du fleuve afin de nous voir passer, au cœur du défilé et au son de la fanfare, toute la famille avait tenu assister à notre départ du balcon de la cité.

Nous avancions, protégés des premières chaleurs de la saison par les platanes de l’avenue. Moi, fier comme Artaban, dans ma drôle de machine, menée par l’élégant oncle Charles.

Mais aujourd’hui encore, je me demande quelle idée avait eu ma mère de me confectionner ce costume marin dont le béret à pompon était pour le moins incongru dans le monde de l’aviation auquel j’étais censé appartenir durant ce défilé.

 

Rive de Gier, le 17 Décembre 2013

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Participation de Droufn

Non! ce cheval n'est pas réel, je ne mesurais pas trois mètres à deux ans. D'ailleurs, Je n'ai pas fait de cheval par la suite, mon ours non plus.. Je me demande si le gamin sur la photo du défi a passé son brevet de pilote, lui.
 
 AdadaFrédo61

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Mon grand-père Gilbert L cet aviateur de 14-18 (KatyL)

Il a tout fait dans son « coucou » de la 1ere guerre mondiale, le chemin des dames et  Verdun ../….

 Il a combattu avec bravoure et il est rentré au bercail avec maintes décorations et quelques cicatrices. Mais il a fait 7 enfants à ma grand-mère (dont mon père) il a travaillé à Boulogne-Billancourt avec Louis Renault sur l’ile ST Louis, il a été chef de département un très haut grade…. Et il a fini comme  « inventeur » aux nombreux brevets qui lui ont couté cher,  sur le moteur à 4 temps qui polluait moins et ne devait pas consommer autant d’essence (j’en avais déjà parlé) , trop en avance sur son temps !!

k2Il a survolé le temps, pendant la deuxième guerre, Il était chargé d’âmes….

Ensuite, Il a connu la gloire dans la Mayenne avec ses inventions et les articles de journaux.

k3

Et puis un jour, longtemps après tout cela il était bien âgé, je l’ai emmené à Boos en Normandie sans rien lui dire et je lui ai fait la surprise (à son anniversaire) de lui payer un autre baptême de l’air avec l’aviation actuelle  …..Il était tout ému, il a beaucoup parlé avec le pilote de la guerre, des avions, et dans ses yeux j’ai vu des étincelles d’amour pour moi que je n’ai jamais oublié.

Depuis je ne peux voir des vieux avions sans penser avec fierté à lui, je sens bien qu’il continue de survoler le ciel pour qu’aucun gros nuage ne vienne obscurcir ma vie.

Salut mon cher grand-père Gilbert L

Ta petite-fille KatyL

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L’avion (Pascal)

Mon fils courait dans le couloir de l’avion…  

Il avait cette curiosité insatiable qu’ont tous les enfants éveillés qui cherchent absolument à démontrer les vérités qu’on veut bien leur accorder à cet âge. Il organisait toujours ses questions surprenantes qui tombaient évidemment fort à propos dans les circonstances du moment…

Dans son entendement innocent, il enregistrait toutes les explications qu’il ingurgitait avec une grande attention mais il lui fallait toujours plus de preuves tangibles pour comparer  ses rêves à la réalité pragmatique. En catimini, il fabriquait ses recoupements personnels toujours remis à la question par un nouveau détail, une autre réflexion, une intelligente interrogation, une vérification concrète…  

Mon fils courait dans le couloir de l’avion et il surveillait avec une grande attention tous les hublots, les uns après les autres. Il poussait les rideaux et il montait sur la pointe des pieds pour admirer les paysages.

Les passagers se distrayaient en regardant cette insolite application d’intérêt pour l’espace traversé et il était devenu la petite vedette de notre compartiment.  

Ses yeux brillaient, brillaient d’une intensité incroyable. C’est comme s’il accumulait tous ses regards captivés pour en élucider l’amalgame inapaisable. Inlassablement, il scrutait l’horizon jaunissant puis l’azur bleuissant puis les nuages évanescents que l’avion traversait en vrombissant dans une monotonie de voyage ordinaire. Parfois, un rayon de soleil éblouissait brusquement son visage mais il était encore plus entreprenant dans sa recherche de la compréhension des choses. L’avion brillait de milliers d’étincelles furtives qui couraient, frissonnantes, sur le fuselage et il traversait encore un nuage gigantesque avec ses réacteurs ronronnantune torpeur d’interlude nonchalante.

Mais mon gamin faisait à lui seul le spectacle. Il sautait sur les sièges vides, il enjambait des genoux endormis, il se penchait et collait son petit nez contre les vitres épaisses puis il repartait dans la travée conquise en cherchant un meilleur angle de vue pour ses intimes observations. Même les hôtesses amusées lui laissaient le passage quand il fonçait vers un autre point d’investigation !...

J’aimais bien le regarder avec son allure effrontéede jeune moineau plus curieux qu’intimidé, par le manège extraordinaire de son allant de jeune spectateur, inconditionnel de l’espace.

Je voyais bien que mille questions voyageaient avec lui comme un bagage trop important dans sa petite tête. Une maman voit tout…

Mais seul, il tentait de résoudre ses problèmes en les rationalisant avec ses expériences vivantes du moment. C’est la première fois que nous prenions l’avion. Quel meilleur poste d’observation pour admirer le Monde et son envergure !...

Mon fils courait dans le couloir de l’avion à la recherche d’utopiques réponses à toutes les questions qui l’assaillaient dans ses réflexions. Il s’était aventuré plus avant dans l’avion de ligne. Visiblement, il cherchait d’autres hublots plus révélateurs, plus conciliants, plus novateurs pour effectuer ses ultimes vérifications d’altitude. Rien ne pouvait l’empêcher de poursuivre sa démarche volontaire et grandissante mais je lisais une sorte d’agitation intérieure qui perturbait sa logique d’enfant…  

Souriants et affables, les passagers l’avaient admis sur leurs sièges et quelques-uns avaient d’obscures discussions avec lui, des messes basses… Mais il repartait à l’assaut spontané d’une autre banquette, d’un autre fauteuil, d’un autre panorama et il consultait le Ciel avec son jeune engouement intact, toujours plus exacerbé… Même le commandant de bord l’avait croisé en ébouriffant affectueusement ses bouclettes d’aventurier juvénile !...

Mon fils courait dans le couloir de l’avion et il restait, le nez collé aux hublots de droite puis à ceux de gauche, avec la même inquiétude d’appréciation itinérante. Ses regards inquisiteurs s’accrochaient prestement dans tous les nuages. Il dévisageait les ombres, il cherchait quelque chose…

Hier, nous avons enterré son papy.

Mon vieux père s’en est allé avec sa maladie incurable jusqu’au cimetière et mon gamin, entre sa logique et l’évidence, entre ses prières et le présent, tout ce qu’on a pu lui expliquer pour calmer son imagination, s’occupait ailleurs pour meubler l’aventure de notre voyage du retour. Mais il était sensdessus dessous. Je suis sûre qu’il était troublé bien au-delà de sa compréhension. En plein Ciel, il cherchait les bonnes réponses qui, seules, pourraient l’apaiser…

Mon fils courait dans le couloir de l’avion et j’avais l’impression de voir mon papa, avec son visage rempli d’interrogations muettes… Et il repartait inlassablement vers une autre de ses missions secrètes…

Puis, comme un jeune pierrot fatigué, il s’est installé quelques secondes sur le perchoir des genoux avenants d’une grand-mère dans le secret et ils restèrent un long moment en plein conciliabule. Tous les deux, connivents, regardaient les nuages avec la même attention soutenue. Je pensais qu’elle avait la bonne réponse à tous ses questionnements mais il s’enfuit, encore et toujours, vers d’autres investigations plus anxieuses. Il n’était jamais rassasié de ses vaines recherches. Et je le voyais, encore plus attentif, dans les brumes irisées d’un beau nuage incandescent traversé. Ses yeux pétillaient de toute cette prospection, cette application forcenée de découverte en interrogations étincelantes…  

Mon fils courait dans le couloir de l’avion et, enfin, il est venu vers moi avec des grosses larmes bien trop lourdes à porter au bord de ses paupières. Les yeux tout remplis d’incompréhension enfantine, dans ce malheureux désespoir de cause, il m’a suppliée en criant à toute la travée émue :

« Mais maman, maman… mais, mais… ils sont où, les morts ?!... »

 

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