20 mars 2010

Twitt-heure (Joe Krapov)

DDS98_bandeau_Twitter

DDS98R_Aragon

Louis_Aragon
Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard !




 

DDS98R_JK

Joe_Krapov Ben justement ! Vivons ! On apprendra plus tard ! Qu’Elsa crie « Olé ! » et grimpe aux rideaux !


 

DDS98R_caro

Caro_Carito Un cadran solaire, c’est parfois quadrangulaire. Tandis qu’un cadre en goguette est toujours bien rond chez  Caro.


 

DDS98R_Otto_EkolOtto_Ekol

- Passe en première !

- Une seconde !

 

DDS98R_Noeud

Nœud_gordien35
 Il y a peu de papillons qui lisent Minute !

 


DDS98_PAL

Pal_Sarkozy
Tu vas pas nous chier une pendule parce que t’as perdu ta montre ?

 


DDS98R_Godnat

Tatie_Godnat
Il y a plus d’horloges franc-comtoises que d’hors-loge Francs-maçons

 


DDS98R_woody

Woody_Spinoza
Est-ce que la vie c’est court ? Est-ce que la vie c’est long ? Est- ce que la vie c’est lourd ? Est-ce que la vie c’est con ?

 


dds98R_einstein

Einstein_MC2
Est-ce que le temps s’écoule plus vite quand on est cool ? Est-ce qu’il trépide quand on est speed ?


 

DDS98R_marquise_pliz

Marquise Bombeplizz
Chez nous on ne nettoie le lustre que tous les cinq ans

 



DDS98R_BNF
BNF
75 On a conservé les riches heures du duc de Berry mais pas les laborieuses journées du pauvre Martin, serf.

 



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Saint-Pierre_Saint-Simon
Qu’as-tu fait de ton temps sur cette terre ? » demanda Dieu à Dostoïevsky.

- L’Idiot…



DDS98R_st_pierre
Saint-Pierre_Saint-Simon
Mais avant que le Russe n’ait pu ajouter un autre titre, Dieu se tourna vers moi et demanda : - Et toi, Joe Krapov ?




DDS98R_JK

Joe_Krapov
 Pareil ! J’ai fait l’idiot !

 


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Jean_Dulent
Aller voir au cinéma « Le jour le plus long », « La vingt-cinquième heure », « Un été 42 » ou « L’année des méduses », ça prend du temps !

 

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Jean Dulent
Le plus long film que j’ai vu, c’est « Sept ans de réflexion ». C’est bien simple, quand je suis sorti de la salle, Marilyn était morte !

 



DDS98R_JK

Joe_Krapov
Saturne pas rond dans ma p’tite tête !

 



DDS98R_JK
Joe_Krapov
Le temps peut bien manger ses enfants s’il le veut. Mais qu’a-t-il fait des miens que j’avais tant aimés ?

 



DDS98R_Joan
Joan_Krapovna_la_mère @Joe Krapov
Ils ont grandi mon fils, par la grâce de Dieu ou par loi de nature et se sont envolés hors du nid familial.

 



DDS98R_JK
Joe_Krapov @Joan_Krapovna_la_mère
Maman… ne me dis pas qu’ils sont devenus vieux ? Moi j’ai juste vingt ans ! Et toi… quelle santé !

 



DDS98R_Joan

Joan_Krapovna_la_mère @Joe Krapov
Mais toi, sombre crétin toujours piqué au jeu, vois donc que tu n’es plus ce que tu as été ! Ouvriras-tu les yeux ?

DDS98R_JK

Joe
_Krapov Le temps peut bien manger ses enfants s’il le veut. Moi je rêve éveillé et je m’en trouve bien !

 


DDS98R_JK

Joe_Krapov
Bon vent à mes enfants ! Qu’ils soient aussi heureux que nous sommes parfois. Et… à dimanch’ prochain !

 


DDS98R_JK

Joe_Krapov @mademoiselle_Zell
Oui, ma fille, je sais ! C’est un peu énervant. Je n’aurai pas changé Tout aussi fou qu’avant !




DDS98R_JK

Joe_Krapov @monsieur_jibhaine
Enfoiré ! Bravissimo ! http://tinyurl.com/yautevo

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Le Temps (Adrienne)

Samedi soir.

Il est dans un lit d’hôpital. Il sait que ses heures sont comptées. Mais il ne veut pas le savoir. Il se crispe, il se bat, il refuse. Il est fâché contre la terre entière. Contre ceux qui viennent de l’amener ici alors qu’il suppliait qu’on le laisse chez lui, dans son lit aux odeurs familières. Contre celle qui a laissé faire. Contre le médecin qui l’a ordonné. Contre les infirmières, qui vont, qui viennent, qui ne peuvent pas le soulager. Personne ne peut rien pour lui.

« Mais Madame, a dit l’oncologue, savez-vous bien quelle est l’espérance de vie d’un homme, dans notre pays ?
- … ?
- 78 ans ! Et lui, quel âge a-t-il ? 80 ! Ce qui veut dire que vous avez déjà eu deux ans de bonus ! Alors de quoi vous plaignez-vous ! »

***

Samedi matin.

Elle est à la piscine. Elle compte les longueurs et elle compte les minutes, sur la grande horloge accrochée au mur du fond. Ça lui occupe l’esprit et ça l’empêche de penser à autre chose. Pourtant elle y pense quand même. Que fait-il en ce moment? Il doit être arrivé à Amsterdam hier soir. Ce matin ils auront fait la grasse matinée. Peut-être sont-ils en train de prendre un bon petit déjeuner. Puis ils iront faire une balade, main dans la main. Elle essaie de ne pas voir la scène et ferme les yeux, se remet à calculer sa moyenne. Trente longueurs en vingt minutes, c’est bien, pour quelqu’un qui n’a plus nagé depuis vingt-cinq ans.

« Je n’y peux rien, lui a-t-il dit. Dès que je l’ai vue j’ai eu le coup de foudre.
- …
- Et je serai de retour lundi soir. »

***

Dimanche midi.

La petite fille s’impatiente. Encore tant de jours à attendre que ce soit la kermesse ! Elle recompte les richesses de son petit porte-monnaie. Combien de tours de manège pourra-t-elle s’offrir ? Et pourvu qu’on aille tous ensemble manger des frites ! Oh ! comme on s’amusera !

- Je voudrais tant qu’on soit déjà dimanche prochain ! dit-elle à sa grand-mère.
- Tu es donc bien pressée de vieillir ? répond grand-mère.

***

Il y a d’éminents médecins qui vous considèrent comme un yaourt périmé.
Il y a des quinquagénaires qui refont une crise de puberté.
Il y a des grands-mères qui vous apprennent la valeur du temps qui passe.

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Le temps (Stipe)

Ils firent sortir l'homme en le traînant au sol, poignets menottés dans le dos. On lui planta encore une énorme seringue dans la nuque et sa tête pendit définitivement entre ses épaules.
Une femme trouva la force surhumaine d'ouvrir les yeux et d'exprimer un regard haineux, elle proféra des insultes qui restèrent bloquées dans sa bouche mais chacun de nous les entendit. Là, un homme ne chercha même pas à retenir les larmes qui jaillissaient de ses yeux. Ses joues restaient désespérément sèches, même si aucun de nous ne douta de les voir bel et bien détrempées par les larmes. Les autres demeuraient allongés par terre mais exprimaient tous des sentiments aussi extrêmes, invisibles pour le profane mais perceptibles de nous seuls.
Et moi ? J'en sais trop rien, je suppose que je jubilais de constater que j'étais toujours capable d'éprouver des sentiments. Peut-être qu'un jour je découvrirai qu'à ce moment là je sautais partout. Ou que j'avais martelé les flics de coups de poing. Ou que j'avais vomi. Je le saurai peut-être un jour… Mais y aura-t-il un jour ?

Nous nous étions retrouvés dans cette pièces immense, blanche, sans aménagement aucun, sinon sept paillasses éloignées et une pendule incongrue et bruyante. Tour à tour, en ouvrant les yeux, nous nous sommes aperçu de la présence de l'autre. Et rapidement, nous avons constaté que nous étions tous dans le même état comateux. Incapables du moindre mouvement, branchés à des tuyaux et des électrodes, prostrés dans une position allongée qu'aucune force physique ne permettait de quitter. J'ai pris conscience que j'étais comme drogué, que les autres l'étaient aussi et chacun a du en conclure de même sur son voisin. Une drogue si puissante que nous étions comme anesthésiés, elle nous paralysait, nous empêchait de parler, de pleurer, rangeait au rang d'épreuve physique le simple fait d'ouvrir les yeux. Nous étions là, cloués au sol, asséchés de l'intérieur et alimentés par l'extérieur.
Et il y avait cette drôle de pendule sur le mur du fond. Elle était pourtant énorme, mais il m'a fallu une bonne dose de concentration pour comprendre en quoi elle était si différente de toutes les autres pendules. Elle ne possédait qu'une aiguille, la grande, qui était invariablement pointée vers le haut, sur le "12" imaginaire puisqu'aucun chiffre n'était représenté. Nous entendions le tic-tac des secondes qui s'égrènent, mais l'aiguille ne se décalait jamais sur sa droite pour autant. Non, au bout de soixante secondes, c'est le cadran qui tournait sur sa gauche, d'un soixantième de tour, venant positionner une graduation en face de la grande aiguille, toujours aussi verticale. Et il m'a fallu plusieurs jours (peut-être ?) pour comprendre que cette pendule n'était pas là pour nous donner l'heure, mais seulement pour nous donner la notion du temps qui passe, bien qu'il se soit arrêté…
Régulièrement (peut-être ?), des types venaient nous administrer notre dose d'incapacitant, changeaient nos cathéters, rebranchaient nos électrodes. Nous étions branchés de partout, des sondes étaient reliées aux voies naturelles, d'autres tuyaux servaient à nous alimenter et à nous ravitailler en toutes sortes de médicaments, ou de drogues ou de sang ou de qu'est-ce que j'en sais ? Ce que je sais, c'est que nous étions sous assistance, toutes nos fonctions vitales étaient contrôlées à distance et la seule chose que l'on maîtrisait encore étaient nos pensées. Notre cerveau ne souffrait d'aucune entrave. Chimique, du moins. Car pour le reste, tout semblait avoir été pensé pour qu'il finisse par se suicider…
La pièce était constamment éclairée, d'une lumière crue. La pendule serinait invariablement le tic-tac des secondes, les heures (peut-être ?) défilaient à tâtons, sans se préoccuper de la suivante, ne conservant que sa notion de division du temps et perdant celle d'indication. Les heures, qu'en sais-je… En fait, la seule chose qui défilait, c'était cette éternelle minute qui faisait du sur place. La minute se suit et se ressemble…

Nous ne savions rien de tout ça, de toute cette merde dans laquelle nous avions été plongés. Ni pourquoi, ni comment, et surtout pas quand. Dans l'incapacité totale de communiquer, d'exprimer le moindre sentiment, plus rien ne nous différenciait désormais. Nous étions devenus des clones, glissés dans sept enveloppes corporelles différentes. On ne vit que dans le regard de l'autre, dans l'image qu'il nous renvoie, et dans la perception de ce qui nous entoure. On nous avait retiré ces réponses, tous les signaux qui font que l'on se sent physiquement exister. Et puis surtout, on nous avait confisqué la notion du temps. Voués à ne vivre qu'avec nous-mêmes, à l'intérieur de nos propres pensées qui sont exacerbées par le fait que le cerveau n'a plus à assumer son rôle de centre névralgique des fonctions vitales et de survie, nous sommes condamnés à vivre dans un désert de sensations. Et l'éternelle minute, qui avance lorsqu'elle recule, finit par nous perdre dans les méandres de nos propres réflexions. L'instant n'existe plus, impossible de savoir si l'on envisage le passé ou si l'on a la nostalgie du futur.
L'emmerdement maximum n'existe pas, aujourd'hui je peux vous assurer que seul le pire existe…

Et puis tout à l'heure (peut-être ?), nos oreilles ont ouvert nos yeux et on a vu ce type réussir à se lever. Mon cerveau a aussitôt pétillé, ravi d'avoir du nouveau à se mettre sous la dent… La pensée, c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas. Je ne savais pas encore pourquoi je l'étais, mais je semblais être heureux. J'allais devoir réapprendre ce que ce mot même signifiait, mais là le type avançait, péniblement, ses muscles semblaient aussi surpris que son cerveau d'être encore "capables". Les trucs qu'ils nous balançaient dans le corps nous avaient maintenus en bonne santé physique, nos muscles étaient stimulés par les électrodes, ils avaient l'air de tenir à ce que l'on reste en vie, à ce que l'on ne s'atrophie surtout pas. Et il semblerait qu'ils y soient parvenus. Et erreur humaine, subterfuge ou défaillance du matériel, le fait est qu'un de leurs cobayes était désormais sur pied. Le type avançait de moins en moins difficilement, tout semblait lui revenir comme pour le vélo. Il se précipita sur le mur du fond et balança un violent coup de poing sur la pendule. Un énorme fracas se fit entendre - le cadran ou les os de sa main ? – la minute vola en éclat et tiqua sur le tic, rendant sa liberté à l'instant, faisant revivre le moment.
Un larsen de silence me déchira le cerveau, et cette soudaine profusion d'émotions ressuscitées me brula le corps. Je perçus l'agitation, je les vis intervenir avec force détermination et moult démonstration de… d'émotions. Qui se succédaient sous mes yeux mi-clos: la colère, la haine, la déception, l'interrogation… Mon cerveau crépitait sous la fulgurance des sentiments redécouverts, je ne saurais vous dire si je revivais ou si je mourais…
En revanche, il y a une chose que je sais, c'est que cet homme avait fini par accomplir ce que l'on recherchait tous à faire depuis notre enfermement : tuer le temps.

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Le temps‏ (Flo)

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Il est 12h35. Plus de cinq heures viennent de s’écouler. Pour certaines cela pourrait sembler des semaines, mais pour lui, cela fait déjà et seulement cinq heures…

Le temps de cheminer, de sortir et se balader pour oublier son quotidien, souffler et prendre enfin une décision qui allait bouleverser sa vie- en tous cas le pensait-il-.

 

Maintenant c’est fait. En effet, jusqu’à présent il reportait et ce, sans arrêt et constamment cette pause pourtant nécessaire à contempler cette réalité car il était trop souvent absorbé par ce rythme effréné d’une vie active au point de s’oublier.

Ainsi il constatait, sur ce temps de vie déjà écoulé, pendant et durant ce temps, qu’il n’existait qu’au travers de ce qui lui était demandé et ne se dirigeait que là où on le lui suggérait.

Maintenant cela allait changer- en tous cas le pensait-il-.

 

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Le temps (Sol-eille)

On dit : Le temps appartient à ceux qui se lèvent tôt.

Pourtant, regarder l’heure, entendre les enfants descendre presque silencieusement à 10 heures…

Se dire que c’est dimanche, que rien, RIEN, ne nous oblige à nous lever, et tout doucement refermer les paupières… Elles sont encore lourdes, la tête aussi, et tout le corps est engourdi de sommeil, calme, au repos.

Ouvrir un œil, peut-être, sur le soleil qui pointe à travers les rideaux. Entendre le silence qui enveloppe doucement toute la chambre. Rester encore indifférent à tout problème domestique.

Sourire de bien être

Sourire à son Amour, là tout chaud à côté.

Se laisser porter par le temps, qui n’existe plus d’ailleurs, se lover dans la chaleur du cocon.

Laisser l’esprit se guider par une main qui caresse soudain en somnambule.

Abandon total de soi et plus si affinités rigole

 

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Mensualités (Virgibri)

Depuis quelque temps, j’égraine les secondes, j’acrobate les minutes, je mordore les heures, j’arrose les jours pour qu’y poussent des fleurs.

Depuis quelque temps, je combats le temps. Il s’étire en longueur devant mon écran, à tel point que je ne vois aucun de ses bouts.

Depuis quelque temps, je fais pousser devant chez moi l’espoir d’heures volées au quotidien. Les bulbes tardent à monter au balcon de mes espérances.

Depuis quelque temps, mes nuits sont plus courtes que les battements de mes journées.

Depuis quelque temps, je regarde mon corps s’écouler, partir vers un autre fleuve, plus au sud, et mes yeux pétiller au champagne de mes envolées.

Depuis quelque temps, il me suffit d’entendre un rire éclater au bout d’un fil pour arrêter le temps.

Depuis quelque temps, j’ai mis le passé de côté, pas très loin, mais de côté, pour marcher sur un sentier de traverse qui avance.

Depuis quelque temps, je souris bêtement à mon fond d’écran, lisse mais profond, qui me rassure lumineusement.

Depuis quelque temps, je gangrène l’attente, je pourchasse les dates, je projette les semaines, je mensualise l’amour.

Depuis quelque temps, je dévide la bobine du rêve ; aucun nœud à y faire pour l’arrêter mais beaucoup à recoudre.

Depuis quelque temps, je suis la maîtresse de l’âge d’or, je suis la trentenaire éternelle, je suis le tourment temporel qui s’allège.

Depuis quelque temps, je suis gérante du bonheur au compte-goutte, comptable des mots doux, répertoire des abonnées présentes.

Depuis quelque temps, je me dis que j’attendais depuis si longtemps, que j’en ai oublié le goût âcre des jours sans rien ni personne à attendre.
Depuis quelque temps, je prie pour que l’on me laisse le temps d’en profiter, pour voir pousser les fleurs et les cueillir à quatre mains, parce que le Temps, le Temps file si vite, parce que le Temps, le Temps est si court, parce que le tant, le tant peut être si long…

 

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Terminus (Old_Papistache)

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Le temps pour répondre… (trainmusical)‏

Mon très cher, j’ai juste un peu de temps pour répondre à ta question. Et je sens que ma réponse te passionne, puisque tu insistes tant depuis une dizaine de minutes. Oui je sais que le temps paraît long pour toi, moi pas, il passe trop vite.

 

Alors ci-joint ma réponse : ce matin, il faisait nuageux, quelques pluies, environ trois millimètres. Mon thermomètre marquait plus trois degrés Celsius. Pas très chaud, il fallait s’habiller, ce qui prend du temps.

A midi, les nuages se retiraient gentiment, juste quelques cumulus qui semblaient tourner en rond comme les aiguilles d’une montre. La température est montée à huit degrés Celsius.

Dans l’après-midi, le soleil brillait. Il brillait si fort, que j’ai du baisser les stores dans mon bureau, sinon j’étais ébloui, ce qui m’aurait fait perdre du temps dans mon travail. Car le sais-tu ? Mon temps qui passe est très précieux. Je continue à te narrer la journée concernant la météorologie. J’espère que tu apprécies le temps que je prends pour te répondre. En fin d’après-midi, le temps se rafraichissait, le vent se levait, vingt kilomètres à l’heure. Le soleil a disparu, car la nuit tombait. J’ai tout de même pris mon temps pour rentrer à la maison, afin de profiter de l’air.

 

Un instant, je me tire vite un café avant de te raconter le temps de la soirée.

Pardon ?

Ça ne t’intéresse pas ? Et tout ce temps que j’ai perdu pour te raconter tout ça ? J’aurai pu boire plusieurs cafés pendant ce temps. Pourtant tu as insisté dans ta question pour avoir une réponse rapidement.

 

Non ? Pas ça ?

Ah bon, tu veux savoir le temps que l’on vit maintenant, c’est à dire l’heure !

Et bien il est l’heure d’aller te coucher ! Et la prochaine fois, prends ton temps quand tu poses une question afin que ce soit plus clair. On aurait gagné du temps.

 

Du coup, ce n’est plus un café qu’il me faut, mais une grande bière. Et je vais déguster cette boisson en y prenant mon temps !

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Les pendules à l'heure (Didier)

La vie de Jean avait basculé ce samedi-là. 10 heures, 23 minutes, 52 secondes. 74ème jour de l'année. Salle 97.  Il était encore un petit garçon. Yeux d'or pour la parole des grands. Yeux verts en songeant aux demains et en stockant des hiers. Il était en cours à l'école, ce samedi-là et il apprit que l'heure était en fait une convention. Une invention. Un rythme que l'homme avait calculé un jour et qui, ensuite, fut instauré. Il apprit qu'on s'arrangeait et qu'on jouait du fuseau, que parfois on enlevait une seconde pour équilibrer tout ça, qu'on pouvait aussi changer une heure si le temps venait à passer en mode hiver, ou en mode d'été. Le professeur avait eu un sourire en expliquant tout cela, Jean n'aima pas ce sourire, comme si le prof jouait un bon tour aux certitudes les plus absolues.

Jean ne riait pas. Il tremblait en quittant le bahut. Ebranlé. Retourné comme une crèpe. Il regardait sa montre d'un air furieux. Il l'avait mise dans sa poche.

Sa mère poussa des grands cris quand elle découvrit quelques jours plus tard qu'il avait jetée au panier sa seiko.

- Jean, ta montre ! Qu'est-ce qu'elle fait dans la poubelle ? Qu'est-ce qu'elle va penser, Tata, quand elle saura ? Hein ? Elle te l'a offerte pour ta communion, quand même. C'est de l'argent !

- Elle était foutue, bougonna Jean. Qui pensa autant à Tata qu'à la montre. Il l'avait tant désirée. Rêvée. La montre. Un sourire immense s'était dessiné sur son visage quand il l'avait reçue. Il posait sur elle des yeux velours. L'affichait fièrement. La donnait facilement, l'heure. Même sans qu'on la lui demande. Maintenant, elle ne valait plus rien. Il s'imprégnait de cette étrange certitude. Il avait envie d'aller démonter la pendule de l'église du village, de faire taire les cloches, d'aller tuer la voix de l'horloge parlante. Il l'appelait encore, mais pensait menteuse au lieu de noter les cinq ou six chiffres qu'elle égrenait.

- Mais non, elle est à la bonne heure, lui dit sa mère.

- Qu'est-ce que tu en sais ? bougonna en lui-même Jean. Tout devint relatif, pour lui.

A l'époque, ça lui trottait dans la tête : il voulait devenir horloger. A la place, il devint voleur. Voleur de temps, ce serait son métier. Il avait retenu la leçon. Oui, il serait voleur d'argent, tout le monde n'arrêtait pas de le lui dire. Le temps c'est de l'argent.

Au fils des années, ses poignets libres narguaient les polices du monde entier. On l'appelait l'homme rolex. Il s'en amusait. Fiché partout. Arrêté nulle part. La terreur des magasins et des chambres fortes. Rôdé comme une pendule. Précis comme une trotteuse. Mécanique infernale. C'était toujours en douceur. Réglé comme du papier à musique.

Il avait un jour expliqué à l'un de ses adeptes que son secret, c'était le temps. Tout simplement. Les années avaient passé. C'est comme si le temps n'avait pas de prise sur lui.

- Tu vois, petit, avait-il expliqué à l'air hagard qui le suivait des yeux. Le temps, il est là, il est à toi. Alors tu le prends. Et tu observes, tout. Tu notes, tout. Tu calcules, tout. Tu réfléchis, à tout. Et tu verras. A un moment, c'est le moment.

- Mais comment on sait Monsieur Jean ? Que c'est le moment ?

- On le sait, c'est tout.

Jean ne gardait pas beaucoup de centimes pour lui. Il offrait l'essentiel de ses prises à des orphelinats. De tous les continents. Il avait toujours cette curieuse exigence : que l'on supprime les montres et les pendules, que l'on se fie au soleil et à la lune, que l'on dorme quand on a sommeil, que l'on mange quand on a faim, que l'on boive quand on a soif.

Il précisait toujours qu'il viendrait vérifier si ses consignes étaient respectées. Et que si elles ne l'étaient pas, les établissements devraient lui rembourser les sommes.

Tout était écrit. Personne ne pipait mot.

Après les orphelinats, Jean étendit son action aux écoles, intervint dans la formation des enseignants, s'adressa aux parents, se paya des publicités dans les médias. Mille et une rumeurs circulaient sur cet étrange Robin des bois. L'homme rolex. On fit des films. On anima des débats. On sortit des bouquins.

Jean ne voulait plus se fier au temps des hommes. Invention ! Foutaise ! Il voulait montrer que les montres mentaient, depuis la nuit des temps, et que la vie n'était pas la vie, que la dictature du temps, c'était bien assez. Les pendules n'étaient que des arrangements tacites entre quelques uns.

Peu à peu, le monde changeait.

Un jour, Jean fut avertit de l'imminence du décès de sa mère. On lui demandait de venir. De veiller sur son dernier souffle. Il avait 74 ans, elle en avait 97.

Il promit qu'il serait à l'heure. Et il le fut. La porte grinça doucement quand il entra et elle eut un sourire chaud comme un oranger généreux lorsqu'elle le vit arriver.

- C'est toi, enfin, j'ai crains que tu ne viennes pas, murmura-t-elle. Tu en mis, du temps !

- Je suis là, maman, j'ai toujours été là, confia-t-il.

Dans sa poche, il massait la montre au verre brisé qu'il était allé rechercher en maugréant dans la poubelle, qu'il avait ensuite piétinée de rage. Se faisant promesse. Elle était tout le temps dans sa poche. Sans arrêt. Il ne la regardait jamais.

- Quel heure est-il ? demanda-t-elle, comme si elle avait un train à prendre, comme si cela avait de l'importance.

- Il est temps, ne t'inquiète pas, répondit-il, à peine étonné par la question. C'était son heure.

Sortant pour la première fois depuis 62 ans la montre de se poche, il se rendit compte qu'elle était en effet pile à l'heure, la même que celle indiquée sur l'un des écrans qui entourait sa mère. Il en fut assez stupéfait, quand même. Alors il lui donna l'heure. Elle l'accepta.

- C'est bien, dit-elle.

- Je t'aime, maman.

- Je t'aime, mon fils.

Leurs mains se serrèrent, la montre passa de l'une à l'autre. Des doigts usés en firent le tour. Elle sourit.

- Tata serait contente, estima-t-elle. Mais elle est cassée ?

- Quelle importance, Il demanda. Ce n'était pas une question.

Elle ferma les yeux.

- J'ai tout mon temps, dit Jean quand on les retrouva au petit matin main dans la main unis par une montre antique. Il demanda encore quelques minutes, qu'on le laisse avec elle, s'il vous plaît.

Cela faisait des années qu'il n'avait pas demandé de temps. Il s'en fit la remarque. On le lui accorda. C'était inutile. Il l'aurait pris. C'était son temps, après tout.

Il quitta la chambe 97 à 10 heures, 23 minutes, 53 secondes.

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"El Tiempo" n'a pas de temps à perdre (Claudio)

 

 

Olivier commençait à trouver le temps long.
Depuis qu'il avait accepté ce poste de reporter d'El Tiempo, son rédacteur en chef ne l'envoyait que sur du futile. La dernière fois, c'était le pompon ! Un reportage sur des bourses mal léchées par des fonctionnaires de police ! Non, mais j'vous jure !

 

Mais ce matin, tout est différent.
On lui fait enfin confiance pour du solide, du sérieux.
- Écoute, Olive, je n'ai que toi sous la main. Tu pars tout de suite pour l'Aragon et tu feras le maximum pour expliquer ça à nos lecteurs.
Le boss lui tend une dépêche. Il lit :  "Le temps d'apprendre à vivre, il est déjà trop tard".

 

La route est longue et ça chauffe dans la cabeza. Par quel bout prendre l'affaire ? Il sait déjà que le temps ne fait rien à celle-ci, qu'avec lui, tout finit par s'en aller et que toujours il se monnaie. Cela reste banal et ne suffit pas. Avec celui qui chante pour passer le temps et celui qui ne chante pas pour passer le temps, Olivier ne sait plus que penser.
C'est à l'instant même où le train rentre en gare de Madrid que le reporter a trouvé son angle. Mais la Castille ce n'est pas l'Aragon Léon et le temps de se rendre compte de son erreur, l'angle fuyait. Trop tard.

 

Olivier ne voit pas le temps passer et commence à le trouver court. Il voudrait suspendre son vol.
Mais oui, c'est ça, on n'arrête pas le temps, c'est le même pour chacun. Le temps est équitable et égalitaire.
Le temps est communiste !... Ne nous emballons pas !
Le communisme, c'est comme Dieu et le football. Des garde-fous et des illusions.
Et le temps ? Serait-ce une illusion ? C'est vrai, peut-être que le temps n'existe pas... Peut-être.
Mais vivre, ça existe. Pas sûr. Qui dit que nous vivons. Peut-être rêvons-nous que nous vivons. Si nous rêvons c'est que nous vivons. Qui dit qu'un mort ne rêve pas ? ...

 

Le patron commençait à trouver le temps long et l'Olivier tortueux.
Alors, il fit précéder la signature de la lettre de licenciement d'un joli "Le temps d'aller à Madrid, il est déjà trop tard"


       

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