06 mars 2010

Chêne miroir (Sol-eille)

soleil


Chêne majestueux tu veilles,

là.

Attendant le retour du printemps

Tu te mires dans l’eau de

là.

L’eau calme et paisible

T’offre un immense miroir déployé pour toi,

là.

Et tes racines imaginaires

Semblent prendre leurs sources

là.

Mais qui est le miroir de l’autre ?

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Les fauves (Caro_carito)

J’ai quatre minutes. Même pas la peine de scruter les aiguilles de ma montre. Quatre fois soixante précieuses secondes pour effacer le rouge au ton de fraise écrasée qui déborde. Je fais la moue, je hais mes lèvres renflées, pulpeuses. Elle me donne un petit air déplacé pour un directeur des Ressources Humaines. J’ai quatre minutes, pour encaisser la présentation imminente aux forces vives de la boîte, c’est-à-dire le comité de direction, de ma future ombre professionnelle. Eh oui ! Big One Mégaloman m’a affublée d’un adjoint, jeune, bardé de diplômes et d’un papa éminent. Thierry Stocal…. Il me faut retenir ce nom qui, en temps normal, m’aurait fait éclater de rire. Mais l’idée d’avoir un toutou savant dans mes basques, que ce morveux ait pu, de surcroît, être installé dans mon bureau, avoir une place de parking à côté de la mienne. Et de l’apprendre par mail en même temps que les urgences et les ratés d’hier… j’ai failli avaler mon café de travers. Ça ne passe toujours pas. En gros, avant même qu’il ait mis un pied dans la boîte, la seule chose que nous n’avons pas en double se résume à l’imprimante et Jessica, promue secrétaire partagée, et le salaire ; le mien aligne encore quelques stock options et crans supérieurs côté barème. La prime annuelle, j’espérais désormais qu’ils ne la diviseraient pas en deux.

J'ai réagi dans la minute suivant l’arrivée du mail. J'ai lâché mes chiens, la fidèle Jess, les deux stagiaires qui ne rêvaient que de voir leurs six mois en tant que grouillot de service transformés en sésame à durée indéterminée, pour savoir qui était ce Thierry S. Toujours connaître son ennemi, son ami, son collègue, son amant, son mari, failles, points forts, potentiel, relations. Se fier à l’instinct. Le rapport du trio de limiers m’a été remis, il y a à peine cinq minutes. Et j’ai mal au bide à en crever. Ce petit c… a réussi à transformer la filiale vendéenne percluse d’impayés et de litiges en réussite à deux chiffres en terme de croissance et à liquider sans faillir tout une charrette de bons et loyaux serviteurs. Papa a bien l’expérience anglo-saxonne du tailler à vif dans la chair des masses salariales. Quant à son pedigree, le jeunot frôle la perfection, centrale, master franco-américain, souplesse dans l’exercice des langues. Même le mariage est profilé avec les deux rejetons aux noms de vieille noblesse décomplexée siégeant à deux encablures des Buttes Chaumont. J’en ai des palpitations. Trois minutes pour évacuer la tension. Les abdos serrés à bloc et l’expiration biseautée, je pénètre dans la salle de réunion.

Surprise, j’ai beau regardé à deux fois, pas de Thierry Trucmuche. Ou alors il est devenu brun, avait des lentilles de contact et des talonnettes. L’autre option étant la nécessité rapide d’un contrôle technique chez mon ophtalmo. A l’allure embarrassée de Big One, je comprends illico qu’il y a un bug. Mon ombre à venir est passée à la concurrence. Exit Thierry. Welcome Alexandre.

Je profite d’une diversion avec l’entrée d’un plateau d’expresso et d’une Cyrielle ou Marjorie, juchée sur escarpins griffés pour observer l’animal. En l’absence de cv et d’investigation, il me faut me rabattre sur des méthodes plus primales, l’observation in vivo, l’attitude du sujet en milieu naturel ou hostile, la bonne vieille méthode expérimentale qui, je l’avoue malgré mes ronflants diplômes en psy me paraît souvent la plus judicieuse. Je note en vrac : bonne diction. Tenue de travail sobre, mais sans excès. Remerciements à la pulpeuse créature préposée au ravitaillement sans ce quart de minute fatal qui transforme le plus doux collaborateur en homme comme les autres, capable d’évaluer une taille de bonnet et des mensurations en trois coups d’œil et qui le range aussitôt dans les « on-travaille-ensemble-depuis-longtemps- ça te dirait…» potentiels quand l’occasion arrosée d’un ou deux verres se présente. Alexandre, sur une invite de big boss, se lève et se présente sans ostentation, commet à la louche trois erreurs qu’il efface d’une excuse désolée et .. sincère.

Bigre, l’adversaire est de taille, je ripe sur sa haute stature décontractée ; d’habitude, il suffit de passer à la moulinette les phrases toutes faites, de déterrer une minuscule ambition mal dissimulée, des habitudes taiseuses qui dépassent. Là, rien. Nothing. Le gaillard affiche des défauts humains, une beauté que quelques aspérités adoucissent, une bouche irrégulière, une mèche rebelle, un anglais audible, mais qui se pare d’un reste scolaire parfait pour rassurer la moitié des cadres autour de la table (ils n’alignent pas plus de trois mots dans la langue de Keats ! ). Un peu de culture, mais point trop faut. Même la gestuelle, sa posture coulent de source ! Il énonce quelques vérités avec la facilité de celui qui les a faites siennes. Pas de faux semblants. Juste une idée qui a été travaillée au corps. Il n’y a rien de pire qu’un collègue qui affiche une opinion que l’on devine n’être là que pour la parade. Au moins, le jeune Alex ne fera pas partie du clan des faux derches qui se reproduisent dans ces locaux aussi vite qu’une tribu de rats parisienne. Ou de cafards ; oui cafards collent mieux à ces pauvres minables.

Diantre, le nouveau venu s’avère soit très fort soit… Mon nom fut prononcé, Jasmine. Je relève la tête, chasse l’envie brûlante de jouer au directeur policé et finalement je fais, comme d’habitude, dans la clarté et la sincérité sans exagération. Du cousu main. Je bute sur un concept, me rattrape avec simplicité. Du coin de l’œil, je remarque qu’il me jauge, de la tête au pied, attentif à chacune de mes paroles.

Nous nous levons tous de concert, les pontes filent dans leurs tanières, pour répandre à tous les étages, leurs impressions sur le petit nouveau. Accompagné de M. Darpuit, l’autre cadre du service, je fais le tour de l’étage, flanquée de ma nouvelle ombre adjointe pour une rapide présentation et le traditionnel repérage des lieux.. Un étrange ballet s’énonce entre la jeune recrue et moi. Nos corps se frôlent, se cherchent et esquivent sans qu’il nous soit loisible d’interférer dans les déplacements. Une sorte d’attraction primitive. Une ou deux fois, le rouge me monte aux joues. Lui bafouille quelques excuses. Il est midi. Jess a quitté les lieux, pause oblige. J’argue d’une course à faire pour ne pas déjeuner avec mes deux collègues. Ce n’est pas très glorieux de laisser Alexandre dans les mains du soporifique Darpuit, mais j’ai besoin de rassembler mes pensées dépareillées et mises à mal par tant d’impromptu.

Je m’arrête au petit bistrot dans l’angle de la rue de la Roquette. Une habitude pour me dévêtir du stress du bureau. Si ce gars-là n’est pas le mec, le plus cynique, le plus rusé, le plus diabolique que j’ai croisé dans cette fosse aux requins, qui est-il ? Je dois me rendre à l’évidence, j’ai peut être affaire à… Je lève mes yeux. Un sourire amusé, « vous êtes vin rouge, n’est-ce pas ? Je me suis permis ». Il est là devant moi, et pose deux verres sur la table. Je fais un vague geste vers la chaise.

Je dois me rendre à l’évidence, j’ai peut-être affaire à mon alter ego…

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Miroir (par JF)


miroirJe suis seul quand arrive le soir.
Je suis seul, face à mon grand miroir
Qui ne réfléchit par habitude,
Qu'un triste tableau de solitude.

Avant, j'espérais à chaque fois
T'y contempler blottie près de moi
Dans un abandon plein de tendresse,
Vision douce comme une caresse.

Aujourd'hui, je reste face à moi.
Les espoirs que je portais en moi
Sont morts, fracassés par ce refus
Qui lentement, sûrement me tue.

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TROMPE-L'OEIL (Joye)

Finalement, cela n’avait pas été très difficile.

Odette se félicitait pendant qu’elle remuait les tisons dans la cheminée. Il n’y restait que quelques morceaux du capuchon qui refusaient, étrangement, de brûler. Pas bien grave, elle pourrait les enterrer au bout des bois demain matin avant l’aube. Mais en ce moment, elle ne voulait que boire un bol de soupe pour fêter la réussite de son jeu.

Elle sourit en se rappelant le regard surpris de cette stupide Estelle avant que la meute ne l’emmène. Et cette lueur dans ses yeux, le hochement de sa tête infortunée, cette bouche qui formait la syllabe Toi ! avant de disparaître sous la cagoule imposée. Jouissif !

Odette se refusa la joie ultime d’écouter ses pleurs sous le vieil arbre qui servait de justice au village quand il en fallait. Non, elle savait qu’elle n’aurait pas pu cacher sa joie à témoigner la mort de sa rivale détestée, de voir son corps fluet pendouillant dans le crépuscule. Oui, elle se priva de la vue de cette immonde tête penchée vers les rondeurs hautes de sa jeune poitrine. On n’est pas trop si fière une fois le cou tordu, hein, ma belle Estelle ?

Jamais plus les yeux des villageois ne suivraient ses pas dansants, jamais plus l’un ou l’autre ne parlerait éperdument des charmes de cette fille. Non. Pas très convenable de tomber amoureuse d’une tueuse d’enfants, ah non.

Et finalement, cela n’avait pas été très difficile…

D’abord s’insinuer auprès de l’idiote. Facile ! Cette nigaude aimait tout le monde ! Après, voler le capuchon connu par tous ; ensuite, élire la petite victime - une des favorites de cette garce blonde - et imiter sa voix, sa manière, son pas dansant ; amener la petite à un lieu où l’on retrouverait assez tôt son petit cadavre brisé et ensanglanté ; y laisser quelques cheveux blonds et un ou deux petits objets qui identifieraient immanquablement l’assassine ; semer des graines de doute parmi les bonnes gens du hameau ; et, finalement, attendre.

Attendre que la meute ne vienne chercher ce monstre qui se cachait derrière ces yeux bleus, ce visage d’ange qui endiablait chaque gars qui le voyait…

Oui, l’attente, pas très longue du tout, quelques petites heures. Odette avait compté sur la jalousie des autres femmes, de la perfidie des prétendants échoués, mais même elle ne pouvait pas croire la force de ces émotions dangereuses qui bouillonnent toujours juste au-dessous des apparences.

La soupe bue, sa soif de vengeance désaltérée, la vieille commença à réviser plus calmement ses démarches, s’assurer qu’elle n’avait rien oublié.

Non, rien.

Il n’y avait que les restes du capuchon volé. Odette se levait lourdement pour s’occuper de ce dernier détail lorsqu’elle vit un reflet au vieux miroir cassé à côté qui se trouvait à côté de la petite fenêtre par laquelle elle vit une étrange lumière. Au même moment, Odette entendit les hurlements indignés de la deuxième meute.

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Elle ne connaît pas encore Alice (Adrienne)

Elle est debout devant le grand miroir en pied du magasin de son grand-père. Elle s’observe, se rapproche doucement, s’éloigne à reculons sans quitter son image des yeux.

Tiens ! Elle pensait qu’elle portait sa raie à gauche ? Comment se fait-il que l’image ait une raie à droite ? Peut-être que grand-mère s’est trompée ce matin en la coiffant ? Elle bouge le bras droit, pose la main sur ses cheveux, mais en face c’est le côté gauche qu’elle voit se mouvoir.

Elle ferme un œil. L’image ferme l’œil d’en face. C’est un phénomène qu’elle ne s’explique pas. Elle soupire. Elle voudrait comprendre, elle voudrait tout savoir. Lire et écrire, par exemple. Comme ça elle pourrait impressionner grand-père. Pas comme avec cette tentative malheureuse de tout à l’heure, quand elle avait recopié les lettres du pot de confiture du goûter pour lui faire croire qu’elle savait écrire, et que grand-père s’était un peu moqué d’elle en lisant Fraises De Betuwe. Elle en a encore honte.

La vie n’est pas simple, quand on a cinq ans. Elle voudrait vraiment savoir les pourquoi et les comment des choses. Pourquoi elle porte le prénom de cette petite fille morte qui lui ressemble tant. Pourquoi les gens meurent.
Et ce qu’il y a derrière le miroir. Qui sait quel monde étrange et merveilleux se cache là ? Ou tout simplement l’autre moitié du magasin ?

Elle se rapproche de nouveau, doucement, essaie de former un tout avec son image. Le froid de la glace la saisit, un peu de buée se forme au niveau de son nez.

Pourvu que ça ne laisse pas de traces, se dit-elle, grand-mère me gronderait.

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Doubles vues en presque-haïkus (Captaine Lili)

Lili


Taches blanches et roses entre les herbes
Conversation poétique en miroir

Mais qui est quoi ?

Sur le dos des flamands
Peinture nature

De flammes en eaux

Reflets flous entre les herbes
Oiseaux blancs en équilibre

Équivoque de l’alter ego

Micmac d’impressions
Verlaine et Monet ?

Clic-clac pour doubles vues !


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Miroir seul (PIERRELINE)

« Où l’on constate que trop de réflexion nuit à la qualité du reflet. »

 

Personne, non, personne n’y faisait jamais attention à ce  miroir. C’était un banal miroir dans une banale salle de bain, dans une maison toute ordinaire

Oh, bien sûr que tout le monde y jetait un coup d’œil, mais ce n’était pas LUI qu’on venait voir, mais soi-même. (Enfin, soi-même, l’inverse de soi-même, on devrait plutôt dire … Mais c’est une autre histoire, ce paradoxe d’un monde qui ne se reconnaît qu’à l’inverse).

Bon, il faut dire que déjà enfant il était pénible ce miroir là, à toujours se poser des questions sur tout, à toujours chercher à savoir, à comprendre… Est-ce qu’on leur demande de comprendre, aux miroirs ? Non, juste de réfléchir. Mais de réfléchir dans un certain sens seulement. Et CE miroir là, justement, il réfléchissait trop, deux fois trop, dans les deux sens du terme.

A force de se poser sans cesse des questions, il avait le moral dans les chaussures, le miroir, il ne croyait plus en lui, de jour en jour, il ne reflétait plus rien de bien.

Au début, il y avait eu juste comme un flou, un genre d’incertitude du reflet. En se regardant les gens se tiraient la peau, se trouvant le teint brouillé, ils réorientaient l’éclairage, se disant : « Mais pourquoi il y a toujours une lumière aussi blafarde dans les salles de bains ! Faudra penser à changer les spots ! Tiens j’irai samedi chez Bricotruc, j’en ai vu des sympas, ça changera un peu de cet éclairage d’hôpital ! ».

Ensuite, il s’était couvert comme d’un léger voile de brume, alors les gens le frottaient. Ils le frottaient avec n’importe quoi : le bord d’une manche, un coton humide, une feuille d’essuie tout ; les plus vaillants allaient chercher le produit à vitre, pour les récompenser, le miroir acceptait alors pour quelques instants de retrouver sa brillance d’antan.

Puis il se permit de déformer les reflets, allongeant (peu de gens s’en  aperçurent alors) ou élargissant les reflets, (il constata un net raccourcissement du temps de pose devant sa glace à cette période, et les chamailleries autour du temps d’occupation de la salle de bains en furent d’autant réduites).

Mais ce n’était pas suffisant, on ne lui prêtait toujours pas d’attention, alors il choisit d’aller plus loin, de déroger aux lois universelles de la déontologie de l’optique et de la miroiterie réunies. Il se mit à créer des reflets, à tricher sur les images, à inventer ses réponses au monde réel. Il commença par « oublier » des détails, une boucle d’oreille par ci, une mèche par là… Puis il en rajouta : des boutons sur des nez (quel vent de panique ne provoqua t-il pas !), du rouge à lèvre sur des bouches qui n’en avaient jamais vu , (Ah l’air inquiet du père de famille un lendemain de bamboche quand il avait frotté et refrotté ses lèvres trop roses à son goût, ou l’air ravi de la petite dernière qui se croyait à carnaval…).

Cependant, le plus souvent les gens ne s’apercevaient pas des changements opérés dans leur reflet. Ils étaient trop pressés, ne se regardaient pas vraiment,  utilisant le miroir juste pour vérifier un détail ou l’aspect général de leur tenue…

Alors c’est là que le miroir se mit à « décompenser » sérieusement, il échangea les reflets. Monsieur se pointait dans la salle de bain ? C’est Madame qu’il apercevait en face de lui, et il se retournait : « Ah, Tu es là chérie ? » ; mais personne derrière lui… Si c’était le jeune homme, qui arrivait pour se coiffer en vitesse avant de filer attraper son bus le matin, le miroir lui renvoyait l’image de son père. Le plus souvent l’ado n’y faisait pas attention, pas bien réveillé… Lorsque Madame arrivait devant la glace, le miroir prenait un malin plaisir à lui renvoyer l’image de sa mère venue dîner la veille et qui s’était « refait une beauté » devant lui pendant la soirée. La plaisanterie était cruelle, certes, mais assez jouissive.

Mais la jouissance n’était que de courte durée.

Le miroir décida de devenir aveugle.

Etre aveugle, pour un miroir, c’est être exactement le contraire d’une glace sans tain. Non seulement on ne se voit pas dedans, mais on ne voit pas non plus à travers.

Alors arriva ce qui devait arriver : il fut mis au rebut. On le dévissa de son support, on récupéra le meuble dans lequel il était inséré, on le remplaça par un autre miroir moins versé dans l’introspection et on l’amena à la déchetterie. Comme il n’était même pas recyclable, ni dans le verre ni dans la miroiterie, il fut mis au pilon, c’est tout ce qu’il avait mérité pour avoir refusé de refléter correctement la réalité.

On ne plaisante pas avec les lois de la déontologie de l’optique et de la miroiterie réunies.

 

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Second Life (Joe Krapov)

Non exempt de duplicité, le barman m’avait fort servi en triples secs. Maintenant, je voyais double. Pour sortir, j’empruntai l’escalier en trompe-l’œil et partis dans les vignes du Seigneur. Grâce aux paradis artificiels, j’avais traversé le miroir.

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Au réveil je dus me rendre à l’évidence : un double de moi-même était bien tombé amoureux de MAP et m’offrait son reflet de fan dans la glace. Le revers de la médaille, c’est que j’étais retourné vivre dans le Nord. Voilà qui m’apprendrait à briser le cœur des jeunes filles d’Iowa avec des photos de crocus printaniers.

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Question (MAP)

Est-ce un trompe l'oeil ou bien ai-je doublé de volume

depuis la dernière fois où j'ai consulté mon miroir ?

En tout cas je ferais bien de  raser mes poils blancs,

ça me donnera l'air plus jeune !

DSCF0871

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Et si c'était vrai... (Papistache)

— Docteur Zigmund ? Docteur Zigmund... docteur Zigmund !
La vieille chaîne Hi-Fi du bar souffle. Serge Reggiani ressasse le temps qui s’en va. Piano, violon, voix grave. Le docteur Zigmund Delescal frotte ses lèvres contre le bord de son verre. Mauvais whisky, bouche pâteuse, tête lourde. De l’épaule droite à l’oreille, la crampe qu’il a senti monter depuis la fin de la matinée, comme autant de petites mains brûlantes, lui vrille les nerfs. Verre contre les lèvres, cœur en-dessous, le docteur en ophtalmologie lève une paupière. La douleur lui cisaille la nuque. A l’autre bout du zinc, un plus soul que lui l’apostrophe :
— Docteur Zigmund ?
Il comprend, le docteur,  encore un quidam qui ambitionne une consultation gratuite. Il sait. Est-ce qu’à Louis Ferdinand Auguste Destouches les poivrots noctambules demandaient qu’il leur touchât  les écrouelles ?
—Docteur... doc... je peux vous appeler Zig, doc  ?
Serge Reggiani s’est tu. Un type à voix aigüe le remplace ; il pleure sa Marilou. Le whisky est tiède, la douleur tentacule et la langue colle au palais.

C’est un grand type, propre sur lui, fossette au menton. Deux heures du matin, des joues lisses comme un bébé. Le docteur lève une paupière ; le miroir au-dessus du bar lui renvoie l’image de son père. Tu es fatigué, Papa... Maman va s’inquiéter... Le tramway est... non ! c’est fini à cette heure... on va rentrer à pied... on suit l’Erdre... la fraîcheur nous fera du bien...
—Alors, tu vois, Doc... le soir, dans mon lit, je me cale avec un oreiller... tous les soirs, tu vois, depuis... pfff... je prends un bouquin... j’ai lu le tien... Marc Lévy puissance trois, ils ont écrit à Télérama... mais c’est pas ça... au mur, j’ai un grand miroir... c’est un meublé... j’ai touché à rien... un grand miroir... marocain, m’a dit la femme de ménage... elle est de Carquefou... alors, voilà...

Le docteur-écrivain frotte le bord de son verre contre sa lèvre. Ses poils crissent. Son père l‘imite. Concerto pour deux barbes dures et whisky tiède. Le grand type au visage poupin  poursuit son discours.
— Alors ? T’en dis quoi ? Hein ? Zig ?
— Suis pas... pas en con... sultation...  sais pas.
Dans le miroir, l'image du vieil homme grimace. Il lève un doigt :
— La même chose, patron... trois...
— Alors ?  T’en dis quoi ? Moi dans mon lit... je me vois dans le miroir... j’ai les yeux fermés... t’imagines... je me vois, je bouge un bras, mon reflet bouge un bras... je me vois... mais je vois que mes yeux sont fermés... je me lève, je m’approche du miroir... mes yeux sont ouverts... je retourne au lit... je te jure, mes yeux sont fermés et je me vois... comment t’expliques ça, Zig ? Zig ? Comment je peux me voir avec les yeux fermés ?

« Avec mon âme qui n’a plus la moindre chance de salut pour éviter le purgatoire...» C’est pas du Reggiani ! Comment il s’appelle, le pâtre Grec ? «Toute une éternité d’amour... » Milord ? Ferrat ? Mouloudji ? Papa, tu sais, toi ? Moustaki  ! Mais oui, Georges Moustaki ! Quel con ! Allez, on rentre ! Tu pars de ton côté, Papa ? C’est comme tu veux. Sois prudent, j’y vais !
— Alors, Zig ? T’es fier comme toubib, toi. Moi, ton bouquin, je l’ai lu. « Tape à l’œil » Marc Lévy puissance trois qu'ils ont écrit à Télérama. Eh bien, tu sais, doc, ton bouquin... eh bien, il est écrit flou... mais je l’ai lu quand même, ton bouquin.

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