27 février 2010

Le silence des chapeaux (Zigmund)

Olivier commençait à trouver le temps un peu long…

Il était tard ; dehors,  il faisait déjà nuit, et çà faisait  bien  deux heures qu’il marinait  dans  cette  salle d’attente  parfaitement  déserte de ce psychiatre renommé.

Pas l’ombre d’une revue féminine à se mettre sous les lunettes…Point de secrétaire accorte et court vêtue et surtout ce silence …

Dans un coin de la pièce  ce porte manteaux d’un autre âge  où le patient précédent avait  oublié  son chapeau.

Sur le mur blanc, faisant écho au porte manteaux, des chapeaux ronds, sur  ce tableau  lui rappelait Magritte, avec  cette main , ce corps ouvert,  à peine caché par un chapeau breton .

Il s’était approché du tableau pour y chercher  une explication. Il  crut y voir la signature minuscule du médecin . De l’arrière du tableau , se décolla un morceau de papier sur lequel  était griffonné  au milieu d’un cours manuscrit  de psychiatrie  cette seule phrase lisible soulignée « vous avez fait médecine pour toucher des corps nus ! »*

Et toujours ce silence et ces murs blancs.

Impossible de se concentrer sur son livre : la vie mode d’emploi de Perec.

La porte capitonnée du praticien ne laissait filtrer aucun bruit , mais ce silence devenait inquiétant.

Et s’il était mort ?  Et si  le bon  docteur  était en train de découper  le cadavre du  malade précédent   pour le faire disparaitre ?

Armé de son seul courage et de son parapluie,** il se décida à frapper à la porte du praticien et à entrer malgré l’absence de réponse.

Allongé sur son divan, le médecin s’offrait une sieste probablement réparatrice, et s’il ne ronflait pas malgré sa corpulence,  c’était parce  que, dans son sommeil, il suçait son pouce...

*citation authentique d'un  cours de psychiatrie

** pas pu resister au zeugma

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«le voleur de chapo n’a ca bien se tenir »! (rsylvie)

 Comme c'est un peu long, je vous propose la lecture en plusieurs chapitres, ainsi c'est à loisir.


«le voleur de chapo n’a ca bien se tenir »!

rs01Voici le billet, que monsieur Viscère vient de trouver par terre, après avoir ouvert la porte de sa classe puis les 2 fenêtres qui donnent sur la coure de récréation des filles.


                 Les élèves rangés en file indienne, étaient entrés silencieusement dans la grande pièce froide, de 2 jours sans chaleur. Certains se dirigeant rapidement vers le fond de la classe où attendait une enfilade de portes manteaux. Les autres, déposant en passant devant le vieux poêle toussotant, leur contribution au chauffage de la journée. Quelques uns étaient allés ranger la précieuse cantine contenant pour la majorité d’entre eux, un maigre repas fait d’un sandwich du poulet de la veille entre deux tranches de pain rassis, et une pomme flétrie. Mais surtout, une fois assis, aucun ne levait les yeux, afin de ne pas croiser le regard du maître, de peur de lui déplaire en attirant son attention par un tonitruant 
 

rs02

–« n’avez-vous pas mieux à faire » ?

Qui se terminait inévitablement par un

venez donc nous expliquer au tableau,

ce qui vous rend si fier » !

 


Et vlan, ça n’avait pas manqué.

rs03rs04Tiphaine le cancre, avait une nouvelle fois, essuyé les foudres de colère de monsieur Viscère. Cette fois-ci il n’avait pourtant rien fait de mal, trop attentionné qu’il était de se faire oublier. C’est donc très appliqué, qu’il écrivait de son mieux sur le tableau noir, prenant mille et une précautions pour ne pas casser la jolie craie blanche ou la faire crisser de douleur tant il était concentré…. Qu’il réfléchissait bien longtemps avant de risquer à répondre. Mais cela était trop long au gré du maître. Alors, c’est une fois de plus les bras derrière le dos, un bonnet d’âne sur la tête, qu’il allait passer le quart d’heure de récréation en punition dans la classe, au lieu de se joindre à la bande des rouges qui passeraient une tannée à ces guignols de CM1

rs05Accroupi depuis maintenant une bonne demi heure, Olivier, un des jeunes élèves de mademoiselle Lajoie, commençait à trouver le temps un peu long ! Pas signe de son ami Tiphaine élève en CM2 transition. Pourtant, c’était bien après la récréation du matin qu’il lui avait donné rendez-vous derrière les pissotières !

rs06Pour sur, on ne viendrait pas les chercher là ». Pendant ce temps, ils auraient tout loisir de mener leur enquête. Tiphaine ayant, parait-il, rédigé un tract pour effrayer le voleur.

Depuis qu’il avait entendu son père relater les exploits des « brigades du tigre », Olivier n’avait qu’une chose en tête, devenir l’un des leurs. Tout prétexte était bon pour mener l’enquête. Hors voilà, que l’autre après-midi, en suivant à la dérobée le groupe des jeunes hirondelles du Sacré Cœur de Marie, il avait entendu l’une d’elles raconter que l’intendant du collège se plaignait depuis quelques semaines de voir disparaître un à un ses précieux couvre-chef ! Il n’en fallait pas plus à Olivier pour se sentir l’âme d’un justicier. Seulement voilà, son ami n’arrivait pas.

2ème épisode

rs07

 

Il ne faut pas que l’affaire s’ébruite. Les mains dans les poches, Monsieur Viscèrefait les cents pas sous le préau. Il tourne et retourne le petit carton. Ce ne peut être qu’un de ces vauriens de redoublants qui en est l’auteur. Bien sur, il a sa petite idée pour confondre le coupable, mais reste interloqué par la férocité du contenu.
Quand la cloche sonne.

rs08–« c’est quand même terrifiant, cette photo d’un homme dépecé de la sorte ».
Pense-t-il en demandant à Tiphaine de regagner sa place

 

--« messieurs, ouvrez votre cahier de dictée… je vous préviens, cette note comptera double sur le bulletin trimestriel. Faites de votre mieux… bien que pour certains, ce soit pure utopie ! »

rs09Mademoiselle Lajoie, est un rayon de soleil pour qui la regarde.De taille moyenne, elle porte de jolies robes fleuries, qui donnent un air de fête à la classe qu’elle occupe. Mais surtout, il flotte dans son sillage un parfum de vanille qui éveille les sens déjà bien agités des jeunes élèves pré pubères ! Seulement, en fonction depuis 2 ans, elle n’est pas familière des filouteries des garnements du pensionnat. C’est ainsi que le cours suspendu par la sonnerie de la récréation, reprend sans qu’elle ne fasse attention à l’absence d’Olivier.

 

 

Point final. P0sez vos crayons, je relève les cahiers ».

rs10Les bras croisés sur son pupitre, Tiphaine n’en mène pas large.

Il a bien compris que le maître savait, et voulait le confondre.

Et puis, il y a son ami Olivier qui doit l’attendre.

Comment se tirer de ce mauvais piège ?

Quand soudain le beffroi se met à carillonner, couvrant les cris de détresse d’une voix lointaine qui crie ..Au feu, au feu…. Evacuez les salles de classe, tous dehors,,,, Au feu, au feu » Dans la panique et la précipitation tous quittent la classe au plus vite, sans s’apercevoir de la disparition de Monsieur Viscère. Ce n’est qu’en fin de matinée, que tous les élèves regroupés au centre de la coure de récréation, accompagnés de leurs enseignants, entendent la petite voix innocente d’Oliver s’écriait. -« Mais  est Monsieur Viscère » ?

 

 Suite et fin du 3ème épisode

Prostré devant l’amoncellement de grava et de cendres fumantes,

les pompiers intervenus au plus vite, se félicitent d’avoir maîtriser l’incendie qui aurait pu s’étendre aux étages supérieurs rs12rs11du prieuré. Mademoiselle Lajoie, entourée de tous ses élèves, pleure d’inquiétude la disparition tragique de son collègue. Quand le directeur, propose à chacun de se rendre dans les dortoirs afin d’y faire une sieste réparatrice.

Les élèves rangés en file indienne, montent silencieusement le grand escalier qui donne sur les combles, quand en passant à l’étage des enseignants, ils aperçoivent par une porte entre baillée, la silhouette de monsieur Viscère agenouillé parmi d’innombrables chapeaux à même le plancher, devant un coffre en osier.

Dans la malle reposent la cagoule de Poupoune, le couvre-chef de Papistache, la casquette de Walrus, le petit bonnet en laine de Maprs13, la chapka de bibi, le berret d’oncle Dan, le casque de Sebarjo, le turban de Tilu, la capuche en laine de Carors14, la coiffure en moumoute du cap’taine lilirs15, la cornette de Teb, le foulard de Tilleul, le képi de Sebrs16, le galure de Joyers17, le melon de Zigmund, le feutre de Joe Krapov, le canotier de Berthoisers18, et tous les p’tits tricotés main d’Adirs19, la dame aux camélias, Adrienne , Aignel , Akel, l’abbé Frapp0hasard, Alexandra, Alfred, Alice , Anthom, Armelle,  Aude, Aurélie, Borsolina, Brigou, Cacoune, Camille, sœur Dominique, Cartoonita, Popey, Cinderela, Citronnelle, Claire, Miss Marpel, Claudie, Enriquea, étincelle, Fabeli, le cap’taine Hadoc, Gilsoub, J. Valjan, Janeczka, Jaqlin, Jujube, Kloelle, Lorraine, Madame de Fontenay, Martine27, Miss-Ter, Babar, Ondine, Pandora, Don Camillo, PHIL, Pivoine, Plume Dame, Péponne, rsylvie, Sandrine, Al Capone, Stipe, Tiniak, Tiphaine, Val, Vanina, Vegas sur sarthe, Venise, Véron, violette7, Virgibri... 

Un coup d’œil devant,

rs20un coup d’œil derrière,

Olivier, rejoint par son ami Tiphaine,

presse le pas dans les ruelles de la vieille ville,

Indifférent au reste des élèves,

 sagement monter s’installer sur leurs lits bras croisés sur la poitrine,

chaussures retirées pour ne pas froisser les couvertures.


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Être vivant (Claudio)

Olivier commençait à trouver le temps un peu long.

A quel moment ces carabins ébahis allaient-ils se rendre compte qu’il était toujours vivant ?

C’est bien beau de jouer les équarisseurs de CHU, de faire mumuse avec les osselets des honnêtes gens, soi-disant pour apprendre et faire avancer la science. Olivier n’avait rien contre le progrès. Mais qu’on s’attaque aux morts et qu’on laisse les vivants tranquilles !


Disséquer le phénomène qui défrayait la chronique depuis des mois, c’était l’idée du Professeur Le Mézec, grand ponte de la Faculté de Médecine de Rennes. Pour ce faire, il lui fallait le capturer. Alors il le fit écraser. Tout simplement.

Il le déclara mort et se mit au travail.

Le breton, jaloux, commença par émasculer le supposé cadavre. Car si jusque là, la Bretagne aimait à faire rimer ses chapeaux ronds avec les couilles en plomb de ses indigènes, Olivier les avait détrônés.


C’est tout un service en or que possédait notre homme. Or pur, s’il en est.

Brillant dans tous les sens du terme, souple, agile, exceptionnel aux dires de la gente féminine. Cadeau congénital resté, à ses yeux, longtemps sans importance. Il pensait naïvement que chacun était outillé de la même façon.

La puberté lui ouvrit l’esprit. Un jour, il s’aperçut que sa main droite « s’auriférait » peu à peu.

Plus tard, il fut bien obligé de reconnaître qu’il n’était pas commun de posséder des organes génitaux et une main droite… en or. Il avait bien constaté qu’il faisait de très beaux enfants, même à de vilaines porteuses. Il ne s’y attarda pas, mettant cela sur le compte d’une fierté machiste qu’il repoussa. Il avait bien vu qu’il claudiquait plus que les autres, obligé qu’il était de compenser le poids de la prestigieuse main. Ce sont les autres qui boitent, se dit-il.

L’étalon-or était, naturellement, très sollicité et les prétendantes faisaient la queue devant sa porte. Pour sauver la morale, elles prétextaient que la main d’or guérissait miraculeusement tous les maux de la terre. Ce qui était vrai aussi.


Ces dons de la nature valurent donc à Olivier, la Une des magazines et le tour de France des plateaux télé.

Ce fut le début des ennuis. Chacun voulait récolter son huile… d’or. Celle qui faisait de beaux enfants. Celle qui guérissait les corps. Celle qui magnifiait les sens, exaltait les passions et sublimait les jupons.

Un industriel flaira la bonne affaire. huiledolivier.com était né, déposé, administré. Il fallait maintenant, produire.

Hors de question ! Olivier prit la fuite.

Paparazzi, apprentis sorciers, femmes délaissées et autres rhumatisés chroniques se  lancèrent à ses trousses.


C’est ainsi qu’il se retrouva entre les bistouris du bretonnant Professeur Le Mézec.

Castré sans ménagement, scié, ouvert, exploré, trituré, il n’avait rien senti. Mais, Olivier commençait à trouver le temps un peu long. A quel moment ces charcutiers celtes, Ambroise Paré à coiffes, allaient-ils se rendre compte qu’il était toujours vivant ?


Toujours vivant et rien senti ? L’huile d’Olivier ne fit qu’un tour.

Serai-je donc mort ? Et pourtant je vois tout, je sais tout.

Et si c’était cela « être mort ». Si c’était comme, « être vivant » ?

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Oncle Dan relève le défi #95

Bien chers Tiphaine, Janeczka, Valecrit, Walrus, Old Papistache, Mapnancy,
et à vous tous, amis du Défi du Samedi,

Vous connaissez tous ces petits ordinateurs pour enfants avec lesquels nos tendres chérubins font de la musique et s’instruisent en s’amusant.

Ces jouets modernes présentent la particularité de dialoguer avec nos informaticiens en herbe. Ils ont cet accent particulier aux androïdes enroués dans les films de science fiction : “ Choisis ton jeu. Appui sur la case rouge. Non, recommence. Non, recommence. Non, recommence ... ”.

Eh bien, figurez-vous, bande de sceptiques incrédules, que je me suis donc rendu, comme tous les cinq ans, à la visite médicale obligatoire du Ministère. Je répondais ainsi à la convocation d’un infirmier à l’inexactitude scrupuleuse. Comme tous ceux qui m’y ont précédé et tous ceux qui m’y suivront, j’attendais mon tour dans un étroit couloir encombré de cartons d’archives et de ramettes de papier pour photocopieur. Il y faisait une chaleur toïde, sans le moindre souffle d’air.

C’est alors que cette voix métallique et monocorde, si caractéristique de ces petits robots informatiques et reconnaissable entre toutes, traversa l’une des nombreuses portes qui bordaient le couloir.

J’étais outré, mais nullement étonné que ces tire-au-flanc des services sociaux s’amusent pour passer le temps avec les jouets de Noël destinés aux enfants du personnel. N’importe quelle mauvaise langue vous confirmera que les gens qui ont le bonheur de se faire affecter dans les services sociaux du Ministère accomplissent tous les actes de leur vie professionnelle dans une douce quiétude.

Il faut vous dire qu’à part deux ou trois voyages d’agrément organisés dans l’année, la principale occupation de ces gens là est d’acheter au prix le plus bas, dès le mois d’avril, les jouets de Noël qui seront distribués en fin d’année.

C’est avec une belle persévérance que notre amateur de jeux électroniques s’amusait car j’entendais sa machine lui parler à intervalles très réguliers. Toutefois, les portes étant fermées, cette conversation me parvenait de manière confuse et inintelligible. Il m’était impossible de discerner ni même d’interpréter le moindre mot que ce traître à l’administration laborieuse tirait de sa machine.

Je n’en avais cure, mais cela m’aurait aidé à tuer le temps que je commençais à trouver un peu long dans ce sinistre couloir surchauffé. Mes compagnons d’impatience l’avaient quitté un à un sur l’invitation d’une aimable doctoresse.

J’avais hâte de la rencontrer car je n’avais trouvé, pour m’occuper, que l’observation des imprévisibles déplacements d’une mouche cantharide sur une affiche représentant un individu écorché vif avec un chapeau breton dissimulant son appareil reproducteur. Une de ces affiches comme on en trouve souvent dans les salles d’attente du corps médical.

Enfin, je pense que c’était une mouche à merde, car le contre-jour et mes faibles connaissances en matière d’insectes ne me permettaient pas de distinguer s’il s’agissait d’une Fannia canicularis, d’une Poecilothus nobilitatus ou d’une vulgaire Musca domestica. Je vous sens passionné, toutefois je puis vous assurer que cette précision ne me paraît pas de nature à décupler l’intérêt de mon récit.

Mon tour fut long à venir, mais il arriva.

La doctoresse m’invita à m’asseoir dans un minuscule bureau qui avait du être repeint au XIX° siècle, environ. Elle consulta ma fiche dont les dernières annotations remontaient à une époque où le monde et moi étions beaucoup plus jeunes.

Après m’avoir posé quelques questions très indiscrètes mais fort heureusement peu nombreuses, telles que Combien pesez-vous ? et Prenez-vous des médicaments ? (A la réflexion, je crois que ce sont les deux seules questions qu’elle m’ait posées.), elle me proposa un examen de la vue.

Soit, voyons voir.

Je n’allais pas décliner une telle invitation après une si longue attente, et pour tout vous dire, j’attache la plus grande importance à la préservation de mes propres yeux, puisque c’est ceux-là que j’utilise pour vous admirer lorsque l’occasion m’en est donnée.

Alors que je m’attendais à ce qu’elle se lève, se saisisse d’une longue baguette en roseau ou en toute autre matière (peu m’importait), et me prenne pour un imbécile en me demandant si je pouvais lire l’énorme lettre Z qui se trouve habituellement en haut de leur traditionnel tableau de lecture
1, cette faignasse ne bougea pas de sa chaise et me montra un appareil bizarre, que je n’avais jamais vu, sauf peut-être dans le film Oranges mécaniques.

Elle me demanda de poser mon menton là, et d’appuyer mon front ici, afin d’avoir les yeux bien en face de l’énorme jumelle au fond de laquelle apparurent subitement des lettres, comme par magie.

Mince alors.

Je faillis sursauter lorsque cette machine, froide et inhumaine, se mit à me parler :


  J’énonce......les lettres.......qui apparaissent.

  En cas d’erreur......appuyez sur......le bouton......bleu.

Comment vous expliquer ? C’était si étrange... Cette machine me parlait avec cet accent particulier aux androïdes enroués que l’on voit dans les films de science fiction... Une voix métallique et monocorde, si caractéristique de ces petits robots informatiques avec lesquels jouent nos chères têtes blondes... Une voix reconnaissable entre toutes !

Bah ! Des erreurs, j’en ai fait ! Et comme le dit si bien Woody « D’abord, je suis né. Première erreur ! »

Olivier

1 Les derniers caractères, à l’autre extrémité, sont microscopiques et ne sont utilisés que pour la rédaction des contrats d’assurance.

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En rentrant de l’école (Papistache)

Tic-tac, tic-tac, tic-tac !
La pendule égrenait les secondes et les minutes.
Et Tonton,
Il avait
Déjà fait
Par deux fois
Le grand tour
Du cadran.

La maman d’Olivier lui avait répété (facile aussi pour la femme d’un porte-manteau perroquet) :
« Quand tu rentreras de l’école,
Olivier, lave-toi les mains !
et regarde Tonton —  ton Tonton, le tonton... Tic-Tac.
Tic-tac, tic-tac !
Tonton Tic-Tac aura la tête en haut,
Tête nue,
Tête en haut,
T’es tenu
T’es en haut.
Il fera bien,
Ses deux tours
Et encore
Un demi...
Quand ses pieds,
Tout en haut,
I’seront, 
Tu mettras ...»

Olivier avait oublié. Tonton tournait sur son axe : Tête en haut, tête en bas, et bing !  i’ savate un galure et bang ! i’ shoote dans un m’lon.

Tonton Tic-Tac
Sur son axe
I’ tournait.
Olivier
Se rongeait
Les ongles... Tic !
Toc ! Tic ! Toc...
Elle avait
dit, Maman :
« Quand Tonton
Aura la
Tête en bas
Tu mettras... »
Quoi, quoi, quoi ?
La pizza
dans le four ?
Tu mettras
ou tu f’ras ?

« Maman, Maman, ma Maman ! »
La tête d’Olivier tournait.
Son papa, porte-manteaux,
— Perroquet, son petit nom —
Donnait des cours, de diction,
En  Sorbonne, à de bonnes poires
Qui avaient l’espoir d’y voir,
Aux déboires, un’ échappatoire.
I’ se couche pas tôt, i’ rent’ tard
Tic-tac, tic-tac...

Sa maman y’a dit
Quand Tonton l’aura
— s’app’lait pas Laura,
I s’app’lait Tic-Tac—
l’aura fait trois tours
tu mettras au four
ta petite sœur...

Ah, ça y est ,
L’a trouvé
Olivier
C’est sa sœur
Qui sent l’beurre
Mais à c’t’heure
Où qu’elle est
La gamine
A croquer ?
Tic-tac, tic-tac...

     Olivier
     Commençait
     A trouver
     Le temps long.

Tic-tac, Tic-tac...
Tonton tournait
Sur son axe
Et maman
Dans la rue
Discutait et
Disséquait
Les galures
Les chapeaux
Les foulards
Les turbans
Les képis
Couvre-chefs
Et bonnets...

Et sa sœur
Au Moulin
de Paname
Panamé
Panamé
Pa-na-mé-
mé-ri-cain
Tchou-tchou i’
Va s’noyer
Le gamin
Dans l’ennui
Y’a sa mèr’
Qu’est pas là
Et son père
En retard
Et Tonton
Qui se traîn’
Tout autour
De son axe
Tic-tac, tic-
Tac, tic-tac.

Toc-toc ! Toc ?
Oui, entrez !
C’est papa
L’perroquet
Qu’est rentré.
Qu’est rentré
L’perroquet
C’est papa
Oui, entrez !
Toc ? Toc-toc !

Saluez,
C’est fini !
N. I. Ni !

Et Maman ?
Y’en a plus !
Elle a pris
La tangente
Arc-en-ciel !
Ah ! Non ! Ni !
N. I. Ni !
C’est fini !

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Participation de Flo

flo





Olivier commençait à trouver le temps un peu long…


Les secondes s’égrenaient comme une goûte de sérum s’écoulerait de la poche de sang placée au dessus de sa tête au rythme des cliquetis de sa montre. Il est 7h10. Il attend ce frisson, celui qui l’empêcherait d’être ce pantin si égal aux autres. Il souhaiterait ne plus être disséqué ni utilisé comme une marionnette mais être bel et bien vivant. Qu’ils soient melon ou régent, d’or ou d’argent, la plupart des couvre-chefs sont toujours là suspendus à un fil  à nous dominer et à nous diriger. Dans les mains de l’un, il serait tourné et retourné, dans les mains de l’autre il serait ausculté et scruté. Et si au lien de tisser des liens prédéterminés, il décidait tout seul de poser là son feutre et de partager sa vie avec celle qui constitue sa moitié pour se donner le courage de marcher et d’avancer ensemble. Prendra-t-il cette décision de donner la vie alors que toutes sont si facilement manipulables et vides? Osera-t-il s’essayer à pianoter un air  pour animer ces âmes invisibles,  et souffler à son tour entre ses mains les refrains, couplets et louanges pourtant déjà entremêlés dans le tourbillon de ses écrits pour consoler  sa propre œuvre ?
Il attend toujours, ses doigts se déraidissent…à la pensée de toucher  la peau de celle qui lui apporte chaleur, douceur et réconfort…Il reprend son chapeau, au moins celui-là, il l’habite et sors prendre l’air pour laisser son esprit vagabonder là où personne n’a de prise…

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Qui va piano (Didier)

Elle m’a montré son montage. Une sorte de collage, sur fond beige. Elle semblait en être satisfaite. Sur le coup, franchement, j’ai reculé. Puis j’ai regardé, et regardé encore. Ensuite, j’ai fermé les yeux. J’ai choisi de m’évader.

Je me suis mis virtuellement un morceau de Didier Squiban entre les oreilles, cela collait parfaitement avec ce que je ressentais. Je me suis retrouvé au milieu de prairies verdoyantes et de ruisseaux généreux. Ils voisinaient avec des vagues écumeuses et des pins parasols. Un piano à queue sur une plage. Des enfants qui jouent. Un ballon. Il faisait soleil. Il faisait bon.Je souris en me disant que l’artiste avait aussi cette capacité : nous aider à aller chercher parfois au-delà de nous ce que l'oeuvre fait jaillir de prime abord. Cela méritait quelques efforts de notre part. 

J’ai de nouveau ouvert les yeux. Elle n’avait pas bougé. Comme suspendue.

Elle me demanda finalement : Alors, tu en penses quoi ?

Je lui dis : Je ne sais pas encore.

Elle insista, un peu : oui, mais tu aimes ou tu n’aimes pas ?

Je secouai la tête. Fermai les yeux de nouveau. Tout était là, en place. Je les rouvris.

Tu sais, Laure, je crois en fait que je ne vais pas te répondre.

Elle blêmit. Je me sentais un peu vache. Je ne pensais pas qu’elle jouait l’ensemble de son existence dans les deux secondes qui venaient. Cela semblait exagéré. Ne l'était peut-être pas.

Je m’expliquai : Je ne vais pas te répondre parce que je crois que ce n’est pas la bonne question, aimer ou ne pas aimer. Je ne sais pas quoi dire à cela.

Elle tenta une dérivation, sautant sur l’occasion. C’est façon de parler, bien sûr.

Un bout de sourire était apparu sur les vestiges de la grimace précédente. Ca faisait un drôle de tableau.

Je poursuivis. Ce n’est pas la bonne question parce que je crois que la création, la tienne, la mienne, c’est d’abord quelque chose qu’on a en soi, quelque chose qu’on a envie de sortir de soi. C’est un message, un langage, qu’elle chose qu’on exprime. C’est le plus important. Après, on montre ou ne montre pas ce qu’on a créé, mais c’est déjà autre chose. Faut pas mélanger les regards. Les artistes devraient essayer de dire ce qu’ils ont voulu faire. Ca ne serait pas pour nous aider à comprendre. Mais pour nous aider à savoir si nous allons ou pas dans une direction.

Je la regardai. J’observai de nouveau son montage. Je lui dis : C’est ma réponse, et crois-moi, elle n'est pas si évidente que cela. Parce que… comment dire... parce que Je me dis, si ça se trouve, elle a mis des heures et des heures à créer cela, elle a un espoir immense, elle va peut-être pleurer en partant de cet hôpital. Je pourrais dire autre chose, bien sûr. Mais ce serait te mentir. Et ça je ne le veux pas. Non, je ne le veux pas.

Elle pianotait des doigts sur le radiateur pendant que je parlais. Je souris en mon for intérieur de la coïncidence, elle et son radiateur, moi et mon pianiste.

Allons boire un verre, si tu veux bien.

Il était temps de prendre un peu l’air. L'air du temps qui passe. Du temps suspendu.

Au fait, c’est qui Olivier ? je lui demandai.

Elle rougit.

Ambiance musicale

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Olivier commençait à trouver le temps un peu long… (Adrienne)

Olivier commençait à trouver le temps un peu long.
Il était arrivé en début d’après-midi dans la petite ville de R***. Tout y paraissait endormi, un peu figé, d’un autre siècle, en quelque sorte.
Il avait rendez-vous avec Yann qui devait l’aider à se trouver un chapeau. Un chapeau ! Lui qui ne portait même pas de bonnet au plus fort de l’hiver allait devoir s’exhiber en chapeau haut-de-forme au mariage de sa sœur. Il s’était fait piéger.

Et pourquoi ce rendez-vous dans cette petite ville de nulle part ? N’y avait-il donc plus de chapeliers à Bruxelles ? Gillis, rue du Lombard ?
- Non, gros bêta, il ne fait que les dames !
- Christophe Coppens ?
- Tu rigoles ! Je veux du classique, un bel et authentique haut-de-forme, avait dit Sarah.
Une petite sœur qui se marie, peut-on lui refuser ses quatre volontés ? D’ailleurs, personne ne résistait à Sarah.
- Alors Lemesre, rue de l’Ecuyer ? fit-il dans une dernière tentative de s’éviter ce voyage à R***
Mais non, elle avait arrangé ce rendez-vous pour lui avec Yann, fin connaisseur (parce que Breton ? ils ont des chapeaux ronds ? ha ha ha, ne me faites pas rire !) mais qui n’arrivait pas.

Olivier en avait assez de poireauter devant le numéro 17 de la rue au Vin. Une chapellerie, en effet. Trois grandes baies vitrées un peu désuètes et une rue où personne ne passait. Où étaient donc les habitants de cette ville ?
Des chapeaux, des casquettes, exposés sobrement, certains accrochés au plafond, d’autres à une sorte de porte-manteaux ou sur des présentoirs.
Il entra seul. Tant pis pour les avis experts de Yann, il s’en passerait.

A l’intérieur, le magasin se composait d’une vaste salle avec deux longs comptoirs. Au fond et sur toute la longueur à droite, des rayonnages avec des cartons à chapeaux. A côté de l’entrée, un grand miroir où on pouvait se voir en pied.
La porte de l’arrière-boutique s’ouvrit sur un homme petit, rond, chauve. Affable et souriant.

L’affaire fut vite conclue. Le chapelier avait tout de suite déterminé d’un œil averti qu’Olivier avait une taille 56 et qu’il était pressé d’en finir.
- Le mieux, dit le brave homme, ce serait qu’on assouplisse un peu le tour de tête. Ce sera plus confortable, surtout si vous n’avez jamais porté de chapeau. Si vous le désirez, je vous montrerai comment nous autres artisans procédons pour détendre un peu le feutre à la vapeur. C’est tout simple et ça ne durera pas longtemps, j’ai la bouilloire toute prête sur le feu. Si vous voulez bien me suivre…

C’est seulement alors qu’Olivier aperçut Yann, sa moustache à la Maupassant et son chapeau rond. Piégé, lui aussi. Dans la main de l’affable chapelier brillait un scalpel.

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Mon sacre à la tronçonneuse (Sebarjo)

J'aimerais écrire un truc qui vous mette l'arme à la tronche et les larmes aux yeux. J'aimerais que les maux sous votre langue se transforment en mots, que les pleurs sous vos rétines se métamorphosent en peurs irisées. J'aimerais que vos feuilles, au lieu de bourdonner, fleurissent et captent le pollen du silence, que les pétochers deviennent pétales. J'aimerais que vos narines respirent l'iode marine, que vos envolées nasales partent plus profondément que les vols programmés de la Nasa. Que vos sinus s'insinuent dans votre gueule d'atmosphère.

J'aimerais que vos joues rougissent et jouent avec le feu, que vos focettes soient vraisemblables,  que votre menton s'incline enfin et dise vrai. Que chacun de nos lobes passent au-dessus de nos têtes et que nous nous retrouvons avec le cerveau au fond des chaussettes. Enfin le pied.

J'aimerais tant que l'on me dise après cela – même si l'on me classe dans la famille nombreuse des porte-mentaux - cinq fois chapeau !

Ah... Je vous promets, jamais je n'aurais le melon. Je reste un planeur sur vos cieux nuageux, vos esprits torturés et ombrageux. Cet aéroglisseur qui file droit et insouciant sur les bleus océans au céans outremer. Oui, je demeure un bob qui ne se dérobe ni au zéphyr ni aux airs vifs...

Mais hélas, maintenant que vous vient l'eau à la bouche, voici la perfide douche, au fil d'une réminiscence psychotique cinéphile... car la file du temps n'est ni élastique ni excentrique, ni caoutchouteuse ni carambarolesque. Dans notre réalité. Il nous sangle que demain n'en sera qu'une... main. Même si la mousse tâche, est-ce humain ???

Car, malgré sa physionomie, le récit s'achève et tel un petit beurre nantais, rancit. J'ai bien senti sous l'huile de ma peinture - et vous l'avez LU avec moi - que le vernis s'écorçait et que l'olivier commençait à trouver le temps un peu long...

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