13 février 2010

La main chaude (Tiniak)

La main chaude

La peau de l'air collante et la mienne
imploraient l'orage et sa virulence,
à la nuit tombée d’un jour en peine
d'obtenir jamais sa délivrance

L'obscurité plus dense à chaque heure
transformait chaque chose en son fantôme;
les arbres contenaient la rumeur
d'une terre apeurée sous le grand dôme

Dans ce calme lourd et douloureux
ma poitrine enviait le buste en plomb,
sur la cheminée au manteau bleu
orné d'impossibles compromissions

La clarté fragile des bougeoirs
orchestrait des ombres le lent ballet;
ma silhouette dans le miroir
n'osait tourner la tête et regarder

par dessus l'épaule, droite et morte
un mouvement perçu depuis la porte

Dans ce calme lourd et douloureux
arrimant chaque chose à son fantôme,
je devenais sourd, fermai les yeux
quand une main s'installa dans ma paume

L'orage rompit à l'instant même
je n'en perçus que la ruée du vent;
je me faisais l'effet d'être blême
et serrais la main de mes doigts tremblants

Une chaleur douce et parfumée
caressa d'un souffle ma nuque nue,
livrant à mon oreille apaisée
la voix de la mère aimante et venue

par-dessus l'épaule, droite et ronde
remettre en ordre la marche du monde.

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La reine blanche (Kloelle)

La neige qui tombe, entre opacité confuse et blancheur aveuglante. La sans couleur lumineuse qui absorbe les ombres et altère notre perception des courbes du monde. Ninon aimerait tirer le rideau bleu et se pelotonner sous la lourde couverture de laine. Un jour sans clarté est un jour sans espoir, se dit-elle en préparant son cartable. La marque du froid sur les vitres du salon. Elle se dirige vers l’entrée et dans le tiroir le plus bas du semainier elle soulève et retourne, ses mains perdent patience. Une broche en émail sur cuivre dont elle ne se souvenait plus, le bric et le brac de sa vie désordonnée, des souvenirs à la dérive en attente d’une berge pour accoster, mais de gants de laine point. Plus le temps. Se détourner de l’odeur du thé au jasmin pour affronter la tourmente blanche.

 

Un pied devant l’autre, car espérer porter son regard plus loin serait tomber dans une autre nuit. Les traces de ceux, levés plus tôt, comme autant de signes rassurants. La morsure du vent tremblant. Ninon se recroqueville sous sa capeline. La voilà de glace et de silence, plus tout à fait certaine que ces pas sur le sol l’emmènent bien au centre du village et tout aussi incapable de dire depuis combien de temps elle marche. Elle n’a jamais aimé ces montagnes, ces chemins, le bruit oppressant que fait le vent dans les grands sapins.

 

Son visage est maintenant tout à fait insensible, le froid assiège les chairs. Elle pense à ce conte enfantin d’une fillette et de ses allumettes qu’elle a lu l’autre jour à ses élèves. La petite musique de la peur s’installe doucement en elle. Elle songe à retourner sur ses pas mais son corps lui échappe. Les murmures de la neige contre sa poitrine, le blanc qui mange et s’engouffre, se glisse sous les plis de sa cape. Elle pense à son père, il est debout, souriant au milieu de la plage. Elle n’est pas sur la photo mais se souvient du jour, des murs blancs écrasés de lumière, du sable qui glisse sur ses mains. Elle pourrait ouvrir une à une les fenêtres de son enfance, sentir la brise qui vient de la mer, laisser trainer ses pieds sur les galets brulants de la jetée du port. Elle pourrait… Le bout de ses doigts agrippe le sol glacé. Le cirque blanc, sans trêve. Ninon se relève et ferme les yeux. Mettre de l’ordre dans ses sensations et avancer vers l’ombre brune qui se détache plus haut, sur la droite.

 

Au village, la boulangerie doit déjà être ouverte. Elle ouvre avant l’école. Ninon grelotte. Le bourdonnement incessant de ces ouvrières blanches qui criblent ses joues, la musique étouffante de ses pas qui s’enfoncent et son manteau givré qui lui donne des airs de Reine des neiges.  Elle a rejoint le reflet sombre. C’est un mur. Un mur de pierre contre lequel elle s’appuie, prête à pleurer. Que sont les larmes sans une main pour les essuyer ? Celle qui serre la sienne depuis quelques minutes déjà est chaude, si petite qu’elle niche en creux, cachée sous les doigts bleutés.

 

- «  Tu viens maitresse ? »

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Guy Léclair dans "L'apoeucalyptusse est pour demain" (Joe Krapov)

- Dans ce mano à la mano, je sens que je perds pied !
- Eh bien, mets les pouces !
- Je ne peux pas. C’est interdit par le règlement.
- T’es pas obligé de lui obéir au doigt et à l’œil, au règlement.
- Bien sûr que si ! Je ne tiens pas à être mis à l'index de la guilde des astro-internautes !
- Tu joues petit bras, je trouve.
- Sans doute mais il faut voir en compagnie de qui je suis : ce sont des géants et des géantes. Et puis ça n’est pas la première fois que je l’annonce, que je vais passer la main.
- Dans le dos ?
- Non, non, je vais le leur dire bien en face, les yeux dans les yeux.
- Ca va prendre quelle forme, ton "paume paume paume paume"à la Ludwig Van ?
- Une question aussi majeure doit faire l’objet d’une contribution, comme il se doigt.
- Houla ! T’as peur de rien, toi ! Pas même des contradictions !


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La suite se déroule à l’hôtel de Rennes-Métropole, un bâtiment si esthétisant que Joe Krapov lui-même n’en possède aucune photographie. Voici l’église du vieux Saint-Etienne à la place.


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- Mesdames et messieurs, annonce le Président, l’intervention suivante, je préfère vous en avertir tout de suite en y mettant les formes, sera celle de monsieur Guy Léclair.
- Ah non ! Pas encore lui ! soupirent en chœur les conseillers de l’opposition et de la majorité.

Et ce qui doit arriver arrive : au moment ou Guy Léclair s’empare du micro le temps jusque-là clément au-dehors se gâte. A travers les grandes baies vitrées, on voit le ciel s’obscurcir comme si la nuit était tombée tout à coup. Un orage violent frappe le bâtiment flambant neuf d’éclairs, de grêlons, de coups de tonnerre et de rafales de vent.

- Mesdames, Messieurs, mes chers collègues, je serai bref. Après un an et demie d’explorations tous azimuts de la strato-littérature potentielle, après de nombreux voyages dans les galaxies du monde inté-rieur et maints récits d’anti-dissipation des brumes matinales, le temps est venu pour moi de couper le cordon, de lâcher prise. L’effort de 21st century schizoïd-manie que tout cela demande est surhumain et, contrairement à monsieur Hajtyla, je n’ai pas trois cerveaux. L’Enquête Sidérale sur le Grand Barouf Universel que je viens de remplir, ces rapports de réunions que je dois retranscrire afin qu’ils soient archivés aussitôt rendus, tous ces comptes, contes, comptages, recomptages et racontars qui vont emplir des tas de cartons à l’Etat Major Comique ont eu raison de ma santé mentale et de ma vieille carcasse. Je peux vous l’avouer désormais, je suis né en 1933. Je vous prie donc de bien vouloir accepter ma démission.
- Ho ? Enfin ? Euh… je veux dire ? C’est pas vrai ? Vous n’allez pas nous faire ça ? » proteste mollement le Président.

Le président interroge l’astro-internaute avec une grosse lueur d’espoir qui fait trembloter sa voix tandis que des yeux étincelants, scrutateurs et dubitatifs dans toute l’assemblée sont fixés sur l’aventurier de la Marche de Bretagne perdue.

- Surtout, reprend l’apprenti flying-saucier, deux des missions récentes que vous m’avez confiées se sont avérées trop épuisantes pour moi. Il s’agit de la quête du lipogramme en « a » sur la planète Catalpa du centaure : je sortais justement d’une tentative de description de la boucherie Sanzot à base de lipogramme en « O ».
- Sanzeau, je crois, monsieur Léclair !
- Sanzeau, oui, si vous voulez. Comme le whisky du capitaine.
- Et.. l’autre mission ?
- Fabriquer une rue en forme de suppose-histoire afin d’y garer ma fusée à l’horizontale.
- Mais, vous l’avez réussie, celle-là, si j’en crois ce document ?


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- Oui, bien sûr. Je l’ai tellement réussie que mon véhicule interplane-éther s’est mis à empester l’eucalyptus !
- Où est le problème ? Il existe d’efficaces déodoeuphorisants, non, de nos jours  ?
- Certes, mais avec ce suppose-histoire à l’eucalyptus, je suis devenu la risée de toutes nos collègues femmes dans cette docte assemblée.
- Non ? C’est vraiment pas de bol. Vous manquez de cul. Je veux dire, vous n’avez pas de pot !
- Si, un pot d’échappement. Je ne vois plus que la présentation de ma démission pour m’en sortir honorablement.
- Eh bien soit, vous nous mettez vraiment le couteau sous la gorge… Je l’accepte !

Là-dessus, Guy Léclair va se rasseoir. Du coup, l’orage cesse avec un dernier coup de flash*, comme pour immortaliser l’instant, et le professeur Zarkov-Krapov pose son stylo.


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* La marque du flash ? Gordon, bien sûr !


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Effleurements (Virgibri)

Tu m’as tendu la main

Dans un silence

Je l’ai prise

Sans la toucher

Depuis

Nous marchons ensemble

Comme deux oiseaux

Que le vent a portés

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Le rouge qui tache (Stipe)

Je le savais que j'aurais du prendre un taxi. Y'a le vent qui commence à se lever et je sens déjà l'inodore de la pluie. On regrette souvent de prendre un taxi, mais on regrette toujours de ne pas l'avoir pris. A la lueur d'un réverbère, je trouve ma casquette dans mon sac, au milieu des restes de mon quatre heures. Avec elle sur la tête, je me sens aussi armé face aux intempéries qu'un dresseur de fauves avec un cure-dents face aux lions. La nuit, à pied dans le vent et la pluie, on a toujours l'air d'un con.

Plus loin, un type arrive à ma rencontre. Je crâne pas trop, même avec une casquette au pépito je ne crâne jamais trop. J'ai toujours eu la frousse de mon ombre mais j'ai encore plus peur de celle des autres, surtout la nuit. Surtout quand il s'agit de l'ombre d'un putain de clochard. Je déteste les clochards. Faut toujours qu'ils viennent vous parler, vous raconter leur vie et vous faire culpabiliser d'avoir un toit et un frigo rempli. Je regarde droit devant moi, à travers lui, loin, le plus loin possible. Lui en revanche, il semble me voir…

Il s'arrête devant moi, me barrant franchement le passage, et me salue. Je continue à feindre d'ignorer sa minable existence mais déjà il me tend sa main et me souris. Merde, il joue le gentil vagabond, je suis piégé. Je lui tends la mienne, comme un compromis, déjà une négociation. Il la saisit avec l'empressement d'un pirate qui découvre le trésor; je le vois déjà partir en courant dans un rire sardonique, ma main sous le bras, satisfait de son larcin.

La sienne est molle et sale, un frisson de dégoût me parcourt l'échine à l'instant du contact. Il sent le chien mouillé. Le chien galleux et pourri et mouillé. Je tâche de ne pas penser à toutes les saloperies qui habitent sa paume, dieu seul sait ce que ça tripote de dégueulasse, un clochard. Il me l'agite longuement et me dit s'appeler Dédé mais qu'en vrai c'est Denis. Je lui réponds qu'enchanté Dédé et que moi je m'appelle Sébastien alors que je ne m'appelle pas Sébastien. Mais j'imagine qu'il ne va pas me demander mes papiers. Il commence à me dire qu'il habite dehors mais que c'est la belle vie, je sais ? Nan je sais pas, je lui réponds qu'il en a de la chance, que moi j'ai un toit. Et il se marre, ce con. Je tente un subtil retrait de ma main mais me rends compte qu'il me la bloque en appuyant dessus avec son pouce. Je joue la décontraction et nous restons dans cette position ridicule, et déjà quelques gouttes de pluie viennent ajouter au grotesque de la situation.

Son odeur pestilentielle me squatte les narines, je me demande si la pluie va le laver un peu ou au contraire vivifier ses relents nauséabonds. J'opte pour la seconde solution, un clodo ça schlingue en toutes saisons.

 

Si j'habite dans le coin ? Ca dépend. Disons plutôt non. Pas que je craigne qu'il me trace jusqu'à chez moi, mais j'ai pas envie de lui servir un sujet de discussion tout cuit et de philosopher avec lui sur l'urbanisme du treizième arrondissement…

Non, j'ai pas de cigarette Monsieur, j'ai arrêté de fumer il y a trente secondes. Oui on dirait qu'on va se prendre l'orage et oui c'est de saison remarquez. Maintenant retire ta main qui pue. Lâchez-moi, toi et tes odeurs. En effet Dédé il va falloir trouver un endroit à l'abri pour la nuit, mais c'est quand même pas de ma faute s'il pleut et si t'es SDF.

Je n'en peux plus de sa crasse, de son sourire niais, de sa main qui me souille et de sa vie miséreuse. Alors quand il me demande ce que je fais comme boulot, je retire ma main d'un coup sec et la lui colle dans la tronche. Je suis employé de banque. Avant qu'il ne me demande mon âge, je lui fous mon poing sur le nez. Il s'affale sur le trottoir, y crache du sang ou du vin, que sais-je, mais du rouge qui tache. J'ai 38 ans. Je lui balance un coup de pied dans son foie de poivrot. Je suis divorcé depuis plus de 3 ans. Je lui écrase la mâchoire avec mon talon. J'ai un chat. Encore un coup de talon. Je suis verseau. Un autre. J'ai une carte de fidélité Ikea. Je suis O négatif. J'ai un frère et deux sœurs. Je suis allergique aux graminées. J'ai. Je suis.

Je m'arrête quand ses os ne craquent plus et que mon CV est terminé. Et je cours. Vite, loin. Je cours sans m'arrêter. Je cours des heures. Sans me retourner. Je cours des jours. Sans dormir, sans respirer.

Je cours depuis des semaines.

 

Ca fait trois mois que je vis sous les ponts. J'ai un toit, avec des voitures à crédit qui roulent dessus. Le temps tourne à l'orage, les saisons ne connaissent pas la crise.

Un homme s'approche, il ne me voit pas. Je vais à sa rencontre. Je m'arrête devant lui. Il n'a rien à craindre, je suis un gentil, moi. Je lui tends la main.

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Ciel de cendres (Jaqlin)

jaklin

Et pour les yeux fatigués :

Nous rentrions d’une promenade en mer, promenade qui nous avait menés vers une île lointaine, sous des latitudes hospitalières.

Il avait fait, toute la journée, une chaleur épaisse et nous avions apprécié les quelques heures passées à lézarder sur la plage.

Il avait bien fallu, cependant, se résoudre à rentrer, d’autant plus que, brusquement, le vent s’était levé, les vagues étaient devenues un peu plus fortes et l’eau avait pris une teinte verdâtre peu rassurante.

Nous avions donc regagné le bateau, (ou devrais-je dire le rafiot au moteur assourdissant et nauséabond ?), qui nous avait déposés sur l’île le matin même.

A peine au large, les vagues avaient commencé à heurter bruyamment la coque et les premières gouttes de pluie– larges comme des flaques- nous fouettèrent le visage et les bras. Le ciel était couleur de cendre, le soleil s’était noyé à l’horizon comme un gros poussah malade. Des nuages sombres couraient au –dessus de nos têtes ; la bâche qui recouvrait le bateau s’avéra très vite bien inefficace et nous fûmes bientôt bien en peine de trouver un endroit sec où s’asseoir …

Je m’étais réfugiée dans une petite encoignure, tapie dans mon imper dans lequel je transpirais allègrement. Je regardais avec crainte, et en même temps une sorte d’ébahissement émerveillé, le déchaînement des éléments. J’observai au passage que notre pilote avait bien du mal à maintenir le cap. Je sentis alors une main chercher la mienne, s’y accrocher comme à une bouée, une main potelée et moite, moite de pluie et d’angoisse- je percevais un léger tremblement- une main qui enserra mes doigts et ne bougea plus…

Le ciel était couleur de cendres.

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Nuit blanche (Zigmund)

Ce jeune homme blond, aux cheveux coupés courts, entièrement vêtu de blanc, m'apparait depuis l'enfance. Il est ma statue du Commandeur perso.Peut être n'est il que le jeune interne qui décidera de mon devenir.

J'ai toujours trouvé étonnant que la plupart des occidentaux décrivent un squelette ou une vielle femme vêtue de noir tenant une faux.
Plusieurs fois, j'ai senti sa main sur mon épaule et supposé qu'il allait dire un truc du style :"je te suis depuis toujours, et maintenant, ton heure est venue... suis moi parce que là, c'est ton tour"

Et je m'imagine,un jour, une nuit, seul,quand  il me tendra sa main glacée, et je n'aurai pas d'autre choix que l'accepter.

Voilà, je m'imagine comme le Don Juan de Molière, ou comme le Don Giovanni de Mozart, voulant faire le fier et(peut être) mourant (déjà) de trouille...

plomb

Bon maintenant que je vous ai bien plombé l'ambiance, je vous propose de regarder ce superbe final de Don Giovanni

ps  : comme je séchais lamentablement sur la consigne un escalator a proposé que je vous raconte une consultation de proctologie...idée que j'ai refusé de creuser

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Étreinte glacée (Anthom)

Le ciel, ce soir,
Est d'un noir d'encre

La nuit est tombée
Sur la lande givrée

La bise hurle ce soir
Sur la lande battue par le noroît

Est-ce un hibou
Dont l'aile, doucement,  m'a frôlée?

Et cette forme plus noire que l'ombre
Sur le sentier soudain dressée,
Est-ce moi qu'elle semble guetter?

Dans l'obscurité glacée
Quelle est cette main
Qui sur mon bras s'est posée?

Mais voilà qu'elle m'étreint
Et soudain m'entraîne
Le vent hurle sur la plaine,
On entend à nouveau la plainte du hibou,
Sur la lande est passé  l'Ankou!

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Ce qui s'appelle en voir de toutes les couleurs au Nain jaune (Sebarjo)

La nuit était tombée et il faisait un sale temps. Une averse de grêle succédait à une pluie neigeuse, rarement rencontrées dans ces contrées armoricaines. Comme abandonné, dans cette chaumière échouée au milieu des champs de maïs, je frissonnais soudain. Non, pas à cause de cette ambiance lugubre mais plutôt au contact de cette main épaisse et énorme.

 

M'ayant défait au nain jaune, le géant vert me serrait la main, scellant ainsi sa victoire. J'étais aussi vert que lui, d'être marron.

Penaud, j'allais m'asseoir au coin de l'âtre, ravalant ainsi ma colère noire. Il faut dire que j'avais tout de suite été dans le rouge et plus d'une fois, je m'étais laissé rouler comme un bleu.

Je ruminais tout en remettant une bûche dans le feu pour me réchauffer alors que le géant vert me chauffait déjà sérieusement ! Il fanfaronnait. Ce grand dadais hulkesque fêtait sa victoire en dansant et en fumant avec deux gitanes (-maïs, évidemment), l'une collée à son bec et l'autre suspendue à son cou et jouant des castagnettes... Et pis zut ! J'eusse tout de même  préféré me faire battre par un éléphant rose ! Cet espèce de concombre masqué ne m'amusait pas du tout .

Ma seule consolation était que j'allais pouvoir tout de même me vanter auprès de mes amis avant qu'ils ne me mettent en boîte...

Sans mentir, je pourrai toujours leur dire que, face au Géant vert, je n'ai pas eu beaucoup les jetons...

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chocolat amer (Poupoune)

Le temps a changé brusquement. Le ciel s’est couvert, on se serait subitement cru en pleine nuit et les premières grosses gouttes ont commencé à tomber.

Les rires des enfants se sont changés en pleurs inquiets et mêlés aux cris des mamans. Le parc s’est vidé en un rien de temps. A l’abri du feuillage dense de l’arbre sous lequel j’avais trouvé refuge, j’observais l’aire de jeu désormais vide et sombre, la balançoire qui grinçait au rythme du vent et le bac à sable qui devenait gadoueux.

J’ai mécaniquement serré la main qui s’est glissée dans la mienne, sans détourner mon attention du spectacle de quasi-désolation qui s’offrait à moi. Au premier coup de tonnerre j’ai resserré ma prise et je ne saurais dire combien de temps s’est écoulé ainsi, cette main dans la mienne sous un ciel noir et déchaîné. J’ai pris conscience de l’incongruité de la situation quand une petite voix que je ne connaissais pas a dit dans mon dos : « J’ai faim maintenant. »

Je me suis retournée pour découvrir, au bout du bras qui prolongeait la main que je serrais depuis un temps incertain, une toute jeune enfant suçotant un doudou.

Pas d’autre adulte en vue, du moins pas dans le mince rayon que le lourd rideau de pluie permettait de voir. La petite ne semblait pas perturbée, mais elle avait faim et me le fit savoir une nouvelle fois. Je lui ai cédé ma barre de chocolat et, n’écoutant que mon courage et les gargouillis de mon ventre, j’ai couvert sa petite tête de mon blouson, l’ai prise dans mes bras et, bravant la tempête, me suis lancée à la recherche du ou des parents qui l’avaient perdue. Il n’a pas fallu cinq minutes avant que je sois trempée jusqu’à l’os. Il m’a fallu en revanche près de deux heures et un paquet de biscuits au chocolat pour me débarrasser enfin de l’enfant affamée et la remettre à une maman déconfite et reconnaissante. Une demi-heure de plus pour assurer que non, vraiment, ce n’était rien, que ça arrivait à tout le monde et que tout allait bien. Un quart d’heure encore pour enfin regagner mon appartement, me débarrasser de mes fringues détrempées et me préparer un chocolat chaud pour me réchauffer.

C’est en sortant les deux bols pour y verser le breuvage que ça m’est venu d’un coup : qu’est-ce que j’avais bien pu faire de la mienne, de môme ?

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