21 novembre 2009

Se regarder (Captaine Lili)

Eté 1993.*

J’ai peur. Je ne savais pas….

Un autre visage est dans la glace. Le mien ?

Non.

Pourtant si, c’est le même.

Différent, blessé, faux, incompris.

Eté 2004.*

Mon visage est marqué

Comme au fer blanc

D’un passé

Vieux de onze ans

Mon visage est sans trace

Si je reste impassible

Devant la glace.

Sans vie, il est visible.

Chaque mouvement fait naitre

Une question,

Une colère,

Une émotion.

J’ai peur de disparaître

Posant le pied sur cette terre

Mobile

Mon visage est une île,

Yeux bleus de l’océan,

Mon visage est mouvant.

Eté 2007.

Sur mes lèvres des chuchotis de rêve,

Dans mes yeux une lueur d'or,

La lune et le soleil sans trêve

Et le déséquilibre se fait décor.

Sur mes lèvres des brins de poésie,

Des flammes au fond de mon œil bleu,

Un sourire mutin dans mes envies,

Des éclats de ciel en mes yeux aventureux.

Sur mes lèvres un mystère

A lire dans le secret de mes yeux verts

Une danse orientale sous mes paupières,

Mon visage d'à présent et d'hier.

Sur mes lèvres des pavots à cueillir,

Des frissons dans mes yeux gris,

Dans l'ombre de mes cernes la vie et ses cris,

A croquer sur mes joues, des bouchées de rire.

Sur mes lèvres vibre malhabile

Le trésor de mon île.

*textes extraits de « Ma bouche tordue » (éditions Le Manuscrit, 2006). Pardon, mille fois pardon, pour cette fausse publicité qui n’a rien à faire sur ce site amical… mais je ne peux plus utiliser ces mots sans dire d’où ils viennent… et surtout, surtout, rien d’autre ne me vient lorsque l’on me dit « miroir »...

 

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Miroir (Martine27)

"Bonjour. Tu sais que tu as une sale tête ce matin ? Mal dormi ou c'est juste une question d'âge ?"

Et ça y est c'est reparti pour un tour !

"Bonjour. Tu es trop aimable de me faire des compliments comme ça de si bonne heure, je n'ai pas l'habitude !"

"Mais je t'en prie, c'est la moindre des choses entre partenaires !"

Et ça continue comme ça toute la journée.

Au bureau "T'as encore une mine fatiguée, tu ne vas pas me dire que c'est parce que tu travailles trop ?"

Au restaurant "T'as trop mangé, bientôt tu vas déborder de tes fringues".

Dans la voiture "Tu pourrais faire un peu plus gaffe, t'as pensé à regarder dans le rétro ?"

Même dans la rue "Pas la peine de regarder ce pantalon, c'est pas dans tes moyens !"

Bref, à nouveau je me demande ce qui m'a pris d'entrer dans cette sacrée boutique. C'est vrai que vu de l'extérieur son petit côté mystérieux m'avait séduite, une vitrine au verre fumé qui empêchait de bien voir les objets exposés, et l'enseigne qui ne renseignait pas plus sur le contenu du magasin "Incroyable !" disait-elle.

Etant d'un naturel raisonnablement curieux, je n'ai pas pu m'empêcher de pousser la porte.

C'était un sacré bric à brac là-dedans. L'œil avait du mal à distinguer les marchandises.

Un mouvement attira mon attention, je m'avançai dans sa direction et je me retrouvai alors face à moi-même. J'avais devant moi un superbe miroir, une psyché en réalité.

Je m'approchai et souris à mon reflet. Puis bien sûr, je commençai à faire le singe devant, des grimaces, des mouvements saccadés, bref je retombai en enfance.

Et c'est là que j'aurais dû me méfier. Un détail, et pas des moindres, échappa à ce moment là à mon attention.

Le propriétaire de la boutique se matérialisa brusquement près de moi. Je sursautai en avisant ce drôle de petit bonhomme au sourire figé sur les lèvres.

Sans trop comprendre comment je me retrouvai l'heureuse détentrice de cette magnifique psyché et pour un prix défiant vraiment toute concurrence.

Je l'installai dans un coin de ma chambre et ne pus m'empêcher de recommencer à gesticuler. Et là ! Je remarquai enfin le détail qui "tuait" ! Pas d'effet miroir ! Je m'explique, en principe dans un miroir lorsque vous levez votre main gauche, celle juste en vis-à-vis de votre reflet se lève, mais là non ! Mon reflet avec un sourire goguenard leva la main opposée à la mienne.

Tous ses mouvements était la reproduction inversée et parfaite des miens.

Je sentis mon cœur se mettre à battre un peu trop vite, un peu trop fort.

Et je fus à deux doigts de m'évanouir quant une voix sortit de la psyché "Salut ! Comment va ? Satisfaite de votre achat incroyable ?"

Morte de frousse j'accrochai un drap sur la psyché et filai ventre à terre jusqu'au magasin pour avoir des explications.

Bien sûr, vous vous en doutez, plus rien si ce n'est quelques personnes regardant éperdument l'endroit où cette fichue échoppe aurait dû se tenir.

Bêtement, je pensai qu'en gardant le reflet caché je n'aurais plus de problème.

Grave erreur !

Maintenant mon propre reflet me traque et m'adresse la parole dans chaque surface réfléchissante que je croise et d'ailleurs par moment je me demande qui est le reflet de qui ?

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Reflet (MAP)

L'automne en forêt

au miroir de la rivière

offre son reflet.

Copie_de_DSCF8665

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Instant tanné (Sebarjo)

Instant tanné

Je ne peux plus me voir

Ca me glace.

On m'a refait le portrait,

C'est la faute aux matons

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Quatre à cinq bris de verre (Papistache)

Les quatre mousquetaires n’étaient-ils pas cinq ?

Quatre à cinq bris de verre

Souvenez-vous, Janeczka riait de sa petite taille. Dans les loges des défis du samedi, pour apercevoir sa frimousse dans le miroir  vénitien au-dessus du lavabo en marbre de Carrare, elle devait grimper sur la poubelle ; et même juchée ainsi, seuls son front et son chignon bouffant apparaissaient.

Quand il en eut assez que la maréchaussée le verbalise, à titre d’avertissement, pour “photographie non ressemblante” le toujours jeune Walrus  imagina coller un fin miroir de 3 cm sur 4 cm en lieu et place de sa sympathique bouille sur son permis de conduire. A la suite de cette opération, qui contrevenait indubitablement et intentionnellement avec les lois de son royaume, les pandores qui contrôlèrent ses papiers s’excusèrent régulièrement en déclarant : « Oh, vous êtes de la maison, mes respects, collègue ! » Ils le saluaient à chaque occasion et parfois lui ouvraient même la route. Il advint également qu’un 27 septembre, fête de la Communauté française de Belgique, un aspirant l’invite à goûter le velouté de chicons à la mimolette de son épouse ; notre ami allait refuser quand un argument à 9° fit fondre ses dernières réserves : la Chimay bleue serait servie directement au sortir de la cave de l’officier soit précisément à 10,5° C !

Dans ces conditions, pour enduire ses cils de mascara (voir récit concernant l’autre co-fondatrice du blog) elle se voyait contrainte de sauter, ce qui constituait au quotidien : 1° une gymnastique éprouvante ; 2° un maquillage approximatif (nous passerons sous silence les séances d’auto-coiffure dans ces conditions acrobatiques) ;et ce qui constitua, et ce sera notre dernier point : 3° la raison qui la tient — momentanément — éloignée de son bébé (les défis du samedi).

Au sein de la famille de la petite Maguelotte-Adeline-Pulchérie, c’était péché d’orgueil que tenter de voir son reflet dans une glace. Le père de l’enfant, seul, s’autorisait à extraire d’une petite boîte de carton rouge et noir un éclat de miroir brisé — qui tenait dans le creux de sa main — dont il se servait, le dimanche matin ou pour les grandes occasions, pour ordonner les larges sillons que le coupe-chou, hérité de son aïeul qui fut maréchal des logis au septième régiment de hussards de la Grande Armée de l’Empereur, traçait sur ses joues hérissées de poils durs et préalablement enduites de savon mousseux. La jeune fille conçut de ce rapport à l’image une si grande humilité qu’à l’aube de sa retraite professionnelle, elle refusait toutes les supplications de ses amis l’encourageant à sacrifier à la mode de son siècle. Elle promettait mais ne se résolvait pas à ouvrir son propre blog.

En effet, tout laisse penser qu’un soir où elle œuvrait seule aux commandes, un saut moins adroit que les autres provoqua l’ouverture du couvercle de la poubelle. Son Croûton se souvient avoir déposé les sacs de l’association (il faisait gracieusement et dans l’ombre les basses besognes dans les coulisses) au point de collecte du secteur.

Un soir, très tard, alors qu’elle interrogeait de nouveau son miroir magique : « Miroir, miroir, vilain miroir, dis-moi que je suis la plus méchante des méchantes de toutes les prairies du Far-West » et que la réponse de celui-ci eut le don de l’agacer à la puissance dix :   « Valérie, tu es méchante autant que moi je suis l’inventeur du Rimmel waterproof » —ce qui était une manière ironique de dire qu’elle n’était pas méchante parce que le Rimmel waterproof fut inventé  par Eugène Rimmel (1820-1887) parfumeur et  homme d'affaires français responsable de la fabrication et du marketing de produits de beauté ; associé à son propre  père, à Londres, en 1834, il commença à commercialiser ses premiers cosmétiques. Très vite, les deux hommes présentèrent le premier produit non-toxique : le mascara. Il est devenu si populaire que le Rimmel est à ce jour le mot pour le mascara dans plusieurs langues notamment en français et italien — la jeune administratrice des défis du samedi, plutôt que d’entrer dans une colère noire et de jeter son miroir magique dans le fleuve qui roulait des eaux sales sous sa fenêtre, mue par un instinct surgi de son cerveau reptilien, projeta violemment, d’un mouvement des épaules, son front contre la paroi de verre et, stupeur, alors que son mari s’attendait à voir s’étoiler l’objet sous l’impact irréfléchi, il vit son épouse disparaître toute entière de l’autre côté du miroir. En dépit des litres et des litres de café que l’époux, inconsolable, dépose avec obstination et cérémonie devant le miroir choyé comme nul autel païen ne le sera jamais, à ce jour, la jeune femme n’a pas consenti (ou réussi) à effectuer le chemin inverse.

Avec l’accord du mari, nous avons laissé courir le bruit de l’installation du couple en Arizona pour éviter de paniquer le lectorat de notre sautillant Aramis et nous écumons inlassablement les centres de traitement et de valorisation des déchets urbains du Royaume-Uni — notre connaissance en rudologie, croyez-le, s’est accrue considérablement.

Né le 31 13 1881 à 16 h 61, le Papistache* fut porté sur les fonts baptismaux, le jour de la Saint Hannah, en la belle ville de Senones (Vosges 88) par sa marraine Eve  Sées et son parrain Léon-Noël Lebel. Les fées facétieuses qui s’étaient penchées sur son berceau avaient scellé son destin. Sa joie fut grande quand Zigmund donna son défi — MIROIR — à la communauté, il allait versifier en se jouant de la symétrie inversée, trop de palindromes avaient veillé sur ses premières respirations. Il déchanta vite : la tâche dépassait ses forces.

Il pondit bien (enfin, bien ! disons qu’il excréta dans la douleur) :

Son miroir à Rio, rimons

mais une erreur fatale entachait le vers, il eût fallu écrire “rimnos” : l’exercice était difficile.
Obstiné pourtant, il osa :

Un rêveur à la rue, ver nu

mais se vit incapable d’enchaîner. 
Léon-Noël Lebel, son parrain ne l’inspirait guère :

Rime grave Var gémir...
Rêver reflet, tel fer rêver
...

C’était maigrelet et dépourvu de sens. Il se découragea. Comme l’envie de piller ses aînés ne lui vint pas, il jeta au panier ses scories et renonça au Panthéon.  Lui auriez-vous tendu cette perche : gros_émir@rimes.org afin qu’il y puise inspiration et joie d’écrire, il n’aurait pu assurer.

L’ami servile livre si mal.

* Ne lui souhaitez pas son anniversaire, bien qu’affublé du doux patronyme de Narcisse à l’état-civil officiel de Senones (88), il a horreur des commémorations égotistes.


Nous ne désespérons pas ; si personne ne l’a encore vue, il est impossible que nul ne l’ait entendue.

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Six métriques (tiniak)

I

Tous ces architectes - pour un seul Gaudi ?
affectent d'infecte symétrie
les galeries sélect d'insectes asservis
qui n'ayant queue ni tête et rien à espérer
de doctes têtes au carré
doivent tout au contraire
taire et se contenter
de leurs habitats similaires
à en pleurer

Ah, ce culte manichéen, Minerve !
- binarité des gens de bien, m’énerve !!

II

Je suis hors de moi
toujours, mais à l'envers
- c'est l'endroit qui veut ça
le premier de nous deux qui décroche
perd ses verres

III

L'enfer du miroir, pour sûr
ce n'est pas de s'y voir
c'est de ne s'y voir pas
ainsi qu'on se figure
l'être ou l'avoir été

Stupeur médusée
le corps étranger de mon reflet

IV

Où laitue bêle
" L'es-tu, belle ? "
Carotte lui répond :
" ...pas en fin de cuisson "

A trop cultiver ta beauté
il pourrait bien t'en cuire
Carotte pour finir
t'en donne la leçon

Je te préfère crue, tfasson

(salade grivoise)

V

mais il est des reflets dans l'eau
qui me transportent larme
et sourire à nouveau
plutôt et plus sûrement vrai
que ne le peut le charme
de l'apprenti sorcier
depuis sa tour d'ivoire
venu me présenter
quelque mage miroir de l'âme
sans sourciller

VI

Toi
Moi
La lumière

et puis l'armoire

où le miroir s'en tint à ce puissant mystère
que je me vois en toi plus clair
et qu'en moi tu puisses te voir,
ma chair

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Premier jour du reste de ta vie (Val)

Seule devant son miroir, dans la salle de bain, ce matin là, elle se regardait avec attention. Avait-elle changé ? Vieilli, peut-être ? Était-elle encore elle ? Une autre ?
Le miroir était tout petit. La buée rendait son reflet un peu flou. Qu’esperait-elle apercevoir, dans ce reflet de mauvaise qualité ? Quelle nouvelle ride aurait-elle traqué dans ces conditions ?

Seule devant son petit miroir embué de la salle de bain, ce matin-là, elle se trouvait pourtant bien. Juste bien. Elle en était certaine, elle n’avait pas tant vieilli que cela. On voyait mal, et c’était tant mieux. La réalité ne l’intéressait pas, ce matin là.

Qu’importaient son reflet, ses rides, les défauts de son visage bien trop rond. Qu’importait ce petit vaisseau sanguin sous l’œil gauche qu’elle n’avait jamais aimé. Qu’importait sa mâchoire qui lui avait toujours semblé disgracieuse.

Ce matin là, elle était elle.  Elle se sentait elle. Tout simplement elle. Le miroir lui avait menti depuis bien trop longtemps. Il lui avait fait croire qu’elle était une autre. Le miroir l’avait bien trop de fois trompée et effrayée. Son reflet lui avait très souvent fait peur, si peur…

C’était fini, à présent. Le miroir ne serait plus jamais méchant. Ce matin là, dans le miroir, elle redécouvrit celle qu’elle avait si longtemps été, et qu’elle avait aimé être. Ce matin là, seule face à son miroir, elle était redevenue celle qu’elle avait trop longtemps oublié d’être.

Elle frotta un peu le miroir d’un revers de main, pour faire disparaître un peu de buée. Cette jeune femme qu’elle aimait bien lui apparut plus nette. Et elle lui sourit, comme avant elle savait le faire.

C’était décidé : ce matin là marquerait la renaissance de son ancienne vie.

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Nigéria (PHIL)

Il avait acheté un appareil numérique. Ça lui avait donné l’impression de partir en voyage. Mais c’était bien ce qu’il faisait, non ?

Il partait. Sauf qu’à ce voyage-ci, il n’était pas prévu de retour.

Il partait. C’était sans regret. Bientôt il serait riche. Quand il aurait récupéré le pognon.

Il était riche, en fait. C’est du moins ainsi qu’il se sentait.

 

Il avait loué une chambre dans un hôtel modeste faisant face à la gare routière, à quelques centaines de mètres du port.

Pendant que la jeune femme procédait à ses ablutions dans le cabinet de toilette, il avait déballé son matériel tout neuf. Il avait monté le zoom sur le boîtier. Il avait inséré une carte mémoire dans le logement prévu à cet effet. Il avait tourné le sélecteur en position « on », puis il avait fait face à l’armoire, dont la porte centrale était pourvue d’un miroir faisant toute la hauteur. Cette armoire lui avait rappelé celle de sa grand-mère et il avait eu une pensée émue.

 

Il avait rencontré la jeune femme alors qu’il savourait un chocolat chaud une terrasse, à l’ombre de la cathédrale, du côté où la place domine le fleuve et les anciens quartiers de pêcheurs. Il observait pensivement les allées et venues des touristes lorsqu’il avait capté sa présence. Il avait été intrigué par son parfum, quelque chose de très discret, évanescent, à la senteur légèrement anisée. Il aimait les parfums discrets. Il avait alors remarqué qu’elle se tenait debout, accoudée à une table haute ressemblant à celles qu’on trouve dans les buffets de gare. Toutes les tables basses, devant lesquelles on pouvait s’asseoir, étant occupées, elle n’y avait pas trouvé de place. Voyant cela, il avait proposé à la jeune femme de se joindre à lui.

 

Ils avaient fait connaissance, comme on dit.

Ils avaient découvert qu’ils allaient dans la même direction.

Il était en auto. Il lui avait proposé de l’emmener. Elle avait accepté.

Pour une raison dénuée de cohérence, il avait estimé que s’afficher avec une créature digne de faire la couverture de n’importe quel magazine de mode lui permettrait de donner le change aisément.

 

Ils avaient couru dans l’herbe rase et humide du cap. Ils avaient ri. Ils s’étaient donné la main. Il l’avait embrassée. Du haut de la falaise, il lui avait montré le large et avait dit, sentencieux, le proverbe qu’il venait d’inventer, à savoir que si on voit l’Angleterre, c’est qu’il va pleuvoir, et que si on ne la voit pas, c’est qu’il pleut déjà. On ne voyait pas l’Angleterre. Elle avait ouvert son parapluie et avait ri avec indulgence.

 

Il faudra que je mette en charge la batterie de l’appareil, pensa-t-il. Il avait le temps. Son rendez-vous avec le passeur était fixé à trois heures. Du matin, évidemment.

 

Il continua à jouer avec les mollettes de l’appareil, faisant face au miroir de l’armoire, s’y cadrant dans toutes les focales possibles. Il fit même un gros plan virtuel sur les mailles de son chandail.

 

Il touchait au but, il en avait la certitude. Dans quelques heures il serait de l’autre côté. Provisoirement à l’abri au milieu des montagnes que le vent balaie en permanence, à la limite de l’Angleterre et de l’Ecosse. De là, il avait une filière sûre pour passer au Nigéria.

Ils le retrouveraient peut-être un jour, c’était possible, ce sont des gens acharnés. Mais pas de sitôt. En attendant il pourrait s’offrir du bon temps.

 

Il était toujours accaparé par le maniement de son appareil lorsqu’il sentit la présence de la jeune femme derrière lui. Il la sentit. Toujours ce parfum inimitable, à la vague senteur anisée.

Il ne parvenait pas à se remémorer le prénom de cette femme. Un nom finissant en A. certainement faux, il n’en doutait pas. Elles aiment se donner des airs exotiques. Il se demanda fugitivement s’il devait l’emmener avec lui de l’autre côté. Elle lui avait paru, comment dire,… pas une aventurière, non, ce n’est pas le terme. Disons qu’elle semblait aventureuse, ce n’est pas pareil. Il chassa cette idée. Ce n’était pas prudent. On a passé un bon moment ensemble, merci beaucoup, et maintenant chacun sa route.

 

Il détacha son attention du viseur pour la regarder dans le miroir. Elle se tenait derrière lui, souriante. Elle était en sous-vêtements et elle avait défait son chignon. Ses longs cheveux blonds cascadaient sur ses épaules.

Le parfum de la jeune femme l’enivra brièvement. Toujours cette senteur anisée.

Il n’eut pas le temps de remarquer l’objet qu’elle tenait en main. Il entendit un bruit bizarre. Comme celui des flingues avec silencieux dans « les Tontons Flingueurs ». Et pour cause. Il fut amusé par cette pensée et soudain une douleur fulgurante lui transperça le dos, son visage fut frappé de stupeur. Son regard se voila, puis s’éteignit. Il lâcha l’appareil photo et il bascula tête la première dans le miroir de l’armoire qui se brisa.


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Survol de quelques miroirs (Zigmund)

Je n’ai pas souvenir de mon  tout premier miroir, celui qui est sensé me classer dans la catégorie « humain ». Par contre,  je me souviens de mon papa  face   à moi tentant de me faire comprendre que sa main droite  c’était celle  face à ma main gauche, çà n’avait pas été simple ...

escher_mainJ’ai toujours été fasciné par cet inconnu qui me regardait, qui imitait chacune de mes grimaces, longtemps j’ai essayé de le prendre en traitre  mais il m’attendait toujours,  il était là quand je revenais. Cet autre moi-même m’étonnait, m’agaçait,  me déplaisait et parfois m’angoissait.

Plus tard, je découvre que la combinaison de miroirs disposés face à face (souvent dans les lavabos des hôtels classe) multiplie à l’infini mon image.  J’aime partir à la recherche du vrai moi dans cet univers parallèle, véritable  abîme,  m’y perdre et m’y  retrouver.

mirmir

Il y a eu le miroir que Jonnhy, mon beau père,  polissait longuement,  régulièrement,  élément indispensable du télescope  qui nous a emmenés vers d’autres  infinis.

Un  bref passage par la psychiatrie (côté médecins, quoique. . .) m’a permis de comprendre l’importance du miroir ; aujourd’hui je réalise que mes malades me renvoient une certaine image de moi,  rassurante ou angoissante.

Plus matériellement,  je n’avais pas imaginé qu’une grande partie de mon travail me lierait à  des miroirs.


ancien


C’est un double miroir concave ou convexe reflétant une petite  source de lumière  qui permet  à  l’ophtalmo de déterminer les lunettes  pour un bébé (çà  marche aussi pour un animal)

Mais laisseez moi vous  présenter  Igor,  verre à trois miroirs de son état.  Cette petite merveille  posée (après anesthésie par collyres) sur votre œil (pas  le mien,  faudrait m’avoir à la course !  )  me permet  de voir dans les moindres recoins de votre œil.

Igor1

(malgré mes connaissances limitées en géométrie, je me doute qu’une sphère a rarement des coins et recoins, mais bon c’est qui le pro ici  hein ?).   Je vous épargne l’explication de l’utilité de chaque miroir, de forme et d’inclinaison différente. Bref Igor, est un vrai compagnon de travail…

Le miroir en  littérature est aussi un sujet complexe de fascination et débouche sur différents  jeux, dont le plus connu est le *palindrome *et le plus monstrueux l’autoréférence. Aspirine sur demande….

*Et je sais comme fin *«  c’est sec »*

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"miroir, ho mon beau miroir, dis moi ce que tu vois en moi" rsylvie

 

"miroir, ho mon beau miroir, dis moi ce que tu vois en moi" par rsylvie

Maternité
Innocence 
Ravissement 
Ondes positives
Insouciance 
Rosir de plaisir devant l’image

 

                                     aiMer

                                 avenIr

                                      pRojets

                                   façOnner

                                     exIster

                                rougiR de plaisir face à l’image





réquieM
vieillI
dormiR
 
l’enfant d’O
finI
cassée, l’image dans le miroiR

   

   

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