04 septembre 2010

OBJETS INANIMES (Lorraine)

“Objets inanimés, avez-vous donc une âme”, (Lamartine). Certes, et du feeling, un langage, une personnalité et tout compte fait, du caractère!

Si isabelle n’en doute pas, c’est que le coupe-papier aigu comme un stylet, rouge et or, qu’elle utilise quotidiennement lui a donné depuis plus de vingt ans la certitude qu’il devait lui percer le coeur. La certitude qu’en le lui offrant, celle qui se disait son amie, le chargeait de toute sa haine. Alors que rien jusqu’ici ne l’avait alertée, elle le comprit aussitôt, intuitivement, et aussitôt fit du symbole maléfique, une force. Elle l’adopta comme s’il était son arme à elle, Il devint son objet quotidien, sa chose, elle se l’appropria comme un défi, et (par un effet de boomerang, peut-être?) quelques jours plus tard apprit de façon totalement inattendue le travail de sape qu’avait entrepris sa collègue pour l’évincer.

Isabelle n’hésita pas une seconde: documents en mains, elle monta chez le patron, abasourdi par son impulsivité et sa franchise mais stupéfait de ce qu’il découvrait.

L’intrigante fut remerciée sur-le-champ.

Isabelle a toujours le coupe-papier fétiche.

 

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26 septembre 2009

Foyez en paix (tiniak)

Sur la table en noyer
finement marqueté
la tasse en grès anglais
nargue le mazagran
près de sa tisanière
qui ne fait plus la fière
- elle est bien trop vidée

Aux flancs du canapé
couvrant des coussinets
en toiles ouvragées
et cousues de fil blanc
la cascade d'un châle
semble pousser un râle
- peut-être le dernier ?

Un orage est passé
délaissant le parquet
pour le sol carrelé
au damier noir et blanc
puis l'épaisse moquette
où pleure une chaussette
- privée de sa moitié

Dans leur paix retrouvée
les bibelots sonnés
ont fini de trembler
et de claquer des dents
sur la bibliothèque
et les meubles en teck
- c'est enfin la journée !

ils sont partis, les agités.

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Qui ? (Stipe)

Qui, plus que moi, sait son intimité ?

Qui, moins que moi, n'a été respecté ?

Croyez bien que j'en ai vu des vertes et des bien mûres

Croyez bien que j'étais là quand il avait ses coups durs

Il m'a trimballé partout, et surtout ailleurs

Il m'a trimballé jusqu'à des pas d'heures

L'été, il n'avait d'autres que moi

L'été, je dissimulais mal ses émois

Et l'hiver, même malade, je l'ai caché

Et l'hiver, je lui apportais la chaleur camouflée

Oh, pour d'autres il m'a bien changé

Oh, sur d'autres il s'est déchargé

Mais toujours j'ai été son favori

Mais toujours j'ai porté ses outils

Combien de fois, pour une fille, il m'a jeté ?

Combien de fois, pour un fantasme, il m'a souillé ?

Avec lui, toujours on a fait la paire

Sans moi, toujours il a fait son affaire.

Je l'ai vu descendre en rappel

Je l'ai vu prendre des râteaux, des pelles

De Superman, je porte le sceau

De Superman, je donne l'air faux

Des strips comic du super héros

Des strips comiques du super zéro

Peut-être vous, m'avez déjà vu

Peut-être vous, vous êtes souvenu

Si le hasard, sur votre chemin m'échoit

Si le hasard, s'il vous plait enlevez-moi

C'est pas une vie que d'être un caleçon

C'est pas une vie de l'être de ce garçon

 

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Ce qui s'appelle meubler la conversation (Sebarjo)

Hier soir, je me suis assis pour dîner, seul face au mur. Blanc.

 

Noir.

 

Un silence étouffant et écrasant régnait en maître lorsque soudain, celui-ci fut réduit en miettes. Par mon assiette.

En effet, celle-ci me mit à parler, me recommandant de manger bien vite car les macaronis au ketchup qu'elle portait en son creux, l'alourdissaient. Elle s'est plainte quelques instants encore, mais bien vite a stoppé toute conversation, se rendant sans doute compte que je n'étais pas...

dans mon assiette.

Les couverts, craignant peut-être mon coup de fourchette légendaire, ont préféré se taire et, pour ne plus me voir, louchaient vers le mur. Blanc.

 

Noir.

 

Ils voulaient ne pas me mettre le couteau sous la gorge et éviter surtout de devoir me ramasser à la petite cuillère. Je restais calme. Stoïque, ni hic ni coup de torchon. La vaisselle passerait encore une fois la nuit au fond de l'évier en inox terni, baignant dans un fond d'eau stagnante.

 

Mais le silence devenait si lourd que cette fois-ci c'est moi qui me mis à converser. Avec ma table. Elle nappe a... Non, elle n'a pas réagi de suite. Finalement, elle m'a répondu et voyant que j'avais le c.. entre deux chaises, elle me demanda de tout déballer. En somme, elle me demandait de passer...

à table. Comme je décidais de ne rien dévoiler de mon spleen, habitué à être mis au ban(c) de la société, je me levai, préférant quitter le siège. Et tombai, me cognant la tête contre les murs. Blancs.

 

Noir.

 

Le tabouret s'exclama, se foutant de moi : « t'es bourré, t'es bourré !!! »

Je me relevai et m'assis sur un fauteuil, pensant retrouver un peu de réconfort. Hélas, j'avais laissé traîner ici même, se retrouvant alors sous mon saillant seyant, un vieux coussin péteur délaissé par mon petit cousin. Il s'exprima vivement. A sa façon. Mais ses élucubrations ne méritent pas d'être retranscrites dans ce récit. Pétant les plombs, pris de colère, Je l'envoyai valser vers les cannes à pets, appelés également, banquette ou sofa.

 

Finalement, je décidai d'aller me coucher ne voyant pas de meilleure chose à faire.

 

Je m'endormis bien vite. Mon lit voulut me raconter sa vie mais voyant mon état de fatigue se contenta de rester à mon chevet et, me voyant dans de beaux draps, me berça jusque dans les bras de Morphée.

 

Le lendemain, je m'éveillai en sursaut me dressant soudainement, face à mon dressing. Cette espèce d'armoire à glace ne me faisait pas peur. Elle voulait m'intimider mais je lui montrai bien vite que je n'étais pas commode non plus. Je ne voulais plus rester parqué ici, aussi me levant du bon pied, je débarassai bien vite le plancher. Je ne voulais plus faire partie des meubles . Ainsi, ils verraient que j'en avais dans le buffet en les abandonnant à leurs palabres ridicules et farfelues !

 

Et puis de toute façon mes potes m'attendaient au bahut. Quittant la table, je pris mon cartable.

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Les objets ont une âme...‏ c'est prouvé ! (Oncle Dan)

Ce matin, j’ai tapé du poing sur la table ! Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? C’est le moment de me le faire savoir. C’est que j’ai un défi à relever, moi : le très fameux Défi du Samedi, et on est déjà vendredi. Alors, bougez-vous les objets !

Quelle ne fut pas ma surprise de voir l’orange me dire qu’elle n’était pas pressée…

orange1

qu’elle avait déjà assez de mal à résister à toute cette pression qu’on lui imposait…

orange2

Et en plus de tout ce stress, elle avait une peau d’orange à soigner.

orange3

Sur ce, le pain est arrivé en disant que ce n’était pas facile de gagner sa croûte…

pain1

 qu’il n’avait même pas de quoi s’offrir des chaussures neuves…

pain2

Et qu’on cherchait toujours à le trucider.

pain3

Bon, bon, ça va ! Il ne fait aucun doute que les objets ont une âme.

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MUTATIS MUTANDIS (Jo Centrifuge)

Le plantureux postérieur de Madame Irma, médium de son état, appuya fermement sur l'assise.

Malgré le poids, Monsieur Fauteuil en aurait battu des accoudoirs tellement sa joie était grande.

Bien entendu, ces trois petits morveux de tabourets de bar qui lui faisaient face depuis bien trop longtemps pouffaient de la situation, mais qu'importait. Un être apte à écouter se présentait enfin à Monsieur Fauteuil. Il était bien résolu à saisir sa chance même s'il fallait essuyer les pitreries des petits dégénérés.

"Je sens une présence dans ce garage." dit Mafame Irma à son auditoire inquiet, "un esprit plein de tristesse."

"Elle m'entend" se réjouit Monsieur Fauteuil. Il se concentra alors autant qu'il put et se prit à relater, comme une prière son triste destin.

Il se revit, jeune homme de bonne facture, dans l'échoppe d'un menuisier, sa douce Eloïse à ses côtés. Ils étaient si beaux tous deux, vêtus d'un velours carmin surpiqué de clou de cuivre, qu'un notaire les acheta un bon prix pour y assoir sa clientèle.

Dans le feutre de l'étude, on discutait, presque en chuchotant, histoires familiales, affaires immobilières, successions et code civil.
Durant ces années bénies Eloïse resplendissait à ses côtés et il emeurait fasciné par l'intelligence et la subtilité avec laquelle elle savait commenter les affaires du moment. Ils demeurèrent longtemps ainsi, s'émerveillant chaque jour de leur bonheur.

Parfois, la nuit venue, ils assistaient en retenant leur souffle aux affres notariales : les veuves épleurées, les secrétaires et même une fois un jeune clerc. Monsieur Fauteuil se délectait de l'air mutin qu'arborait toujours Eloïse en pareille occasion. D'abord un peu gênés par ces démonstrations, ils exorcisaient bien vite leur embarras par de grands éclats de rire.

Oui, vraiment, ils auraient pu vivre ainsi jusqu'à la fin des temps. Mais il vint ce jour terrible où un rugbyman déshérité saisit vivement la pauvre Eloïse et, de colère, la fracassa sur le bureau de l'étude.
La suite est d'une bien triste banalité. A une immense douleur on ajouta le bannissement. Puisque seul désormais, Monsieur Fauteuil fut d'abord relégué à la salle d'attente. Puis, le temps et les modes passèrent et on le confia à un brocanteur. C'est ainsi que, dans ce garage, un bricoleur en manque de courage l'oublia là.

Madame Irma se leva subitement : "Cet esprit est la victime d'un meurtre affreux. Il crie vengeance !"

Bien sûr, madame Irma n'était qu'une pythie de vogue. Elle n'avait rien entendu de la triste histoire de Monsieur Fauteuil. Ce dernier était accablé par la déception.

De leur côté, les tabourets de bar se déchaînaient :
- Eh ! Louis Philippe ! T'as fini ton rêve ?
- Ouah, l'guindé ! Tu croyais quoi en radotant tes vieilles histoires à c'tte folle ?
- Eh les gars ! Visez sa tronche !

C'en était trop et l'incroyable arriva.

Poussé à bout Monsieur Fauteuil se mit à agiter ses vieux pieds vermoulus. Dans sa fureur il prit en chasse tous ces fâcheux et chacun, tabourets de bar, voyant et consorts se retrouvèrent, morts de frousse, chassés avec fracas hors du garage.

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Objets inanimés avez-vous donc une âme-sœur ? (Poupoune)

Assez paradoxalement, je ne me suis jamais senti plus utile que depuis que je suis ici, sur cette étagère poussiéreuse dans l’obscurité d’une cave humide.

 

Il faut dire qu’avant d’être arraché à mon milieu naturel et entreposé ainsi, j’étais affreusement seul. J’évoluais dans un environnement froid et sans surprise. Si la possibilité m’en avait été donnée, je n’aurais ressenti que douleur, regrets, remords et frustration. Mais même ça m’était interdit. J’étais ignoré, étouffé, relégué à un rôle très secondaire et purement mécanique.

 

Mais avec elle tout a changé. Avant même qu’elle ne s’empare enfin de moi, je sentais bien déjà qu’elle cherchait à toutes forces à me donner l’âme qu’il m’avait volée, la beauté qu’il m’interdisait, la place qui me revenait. Elle s’est confiée et offerte à moi bien avant de me posséder. C’était insupportable pour moi de ne pouvoir lui témoigner en retour ne serait-ce que ma gratitude, à défaut d’un amour égal au sien. Tout ça à cause de lui, qui restait désespérément incapable de me laisser m’exprimer et de m’entendre.

 

Jusqu’au jour où enfin elle m’a arraché à son emprise. Elle s’est alors occupée de moi avec soin, apaisée de pouvoir m’aimer comme elle l’entendait, sans avoir plus à se trouver confrontée à la froideur et l’incompréhension de mon ancien propriétaire.

 

Pour moi, ce fut une libération. D’autres m’ont rejoint sur cette étagère depuis et chaque nouvel arrivant est l’occasion de ce que j’appelle la cérémonie. Elle est toujours très agitée, troublée, nerveuse quand elle prépare le nouveau en silence. Une fois prêt, elle nous descend tous de l’étagère, qu’elle nettoie soigneusement. Elle lave ensuite un à un nos bocaux et c’est là qu’elle commence à se calmer en nous parlant. Elle se confie à mesure qu’elle nous repose sur nos rayons, propres, brillants et plus beaux de cet amour qu’elle nous donne.

 

Nous lui répondons, elle sait nous entendre et lorsque le dernier a trouvé sa place, elle semble enfin sereine et rassurée.

 

C’est beau une femme qui écoute son cœur. Elle, qui écoute non seulement le sien, mais aussi tous ceux qu’elle conserve précieusement ici, resplendit littéralement.

 

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Trop petit, mon ami ! (Joe Krapov)

Les vieilles dames sont des petites filles comme les autres. Ce n’est pas parce qu’on date un peu qu’on n’aurait pas le droit de se prendre pour une reine.

 

Moi je suis une vieille dame comme les autres et donc, quand on me caresse, j’aime ça. Même si ce n’est que du regard.

 

L’avantage du grand âge, c’est que tout le monde autour de nous paraît jeune. Même les hommes d’âge mur, nous les appelons « jeune homme ». Nous ne leur disons pas « suivez-moi J.H. » mais nous ne sommes pas fâchées quand ils nous prennent en filature. Suivez moi J.K. !

 

Joe Krapov est comme ça, un jeunot toujours à mes basques. Pour lui, il a vingt ans, pour moi, il en a douze. Il ne se passe pas de jour sans qu’il s’occupe de moi, d’une manière ou d’une autre. Je crois bien qu’il m’aime. Et moi ça me fait rire.

 

Il n’est jamais qu’une petite fourmi, un ciron, qui me gratouille, qui me farfouille, qui me chatouille, qui va son chemin sur ma peau et que je peux, d’une pichenette, envoyer paître s’il m’ennuie trop. Mais je ne lui fais rien. Je le rassure, je lui apporte la joie d’être là en moi, de s’activer dans tous les sens, de frissonner dans mes artères, de jouir dans mes jardins secrets, de chasser mes trésors et surtout de causer pour faire ma publicité.

 

Peu importe si j’ai des problèmes de circulation, il est mon agent ! Mon bâton blanc, ma canne d’aveugle. Moi je ne peux plus bouger mais lui m’emmène au bout du monde. L’Iowa me connaît sans m’avoir visitée, la Belgique me voit, des quatre coins de France on sait ma garde-robe ! Car il n’arrête pas de me photographier ! Car il ne cesse pas d’adorer mon image et de vouloir que tous, comme lui, soient séduits.

 

Même si, quelquefois, je m’enflamme (1), je suis une timide, une réservée, une silencieuse. Pourtant je ne déteste pas qu’on joue, qu’on fasse la fête, qu’on m’aime pour cela, pour mes bijoux de nuit, mes douceurs de printemps, mes danses de l’été, mes couleurs de l’automne.

 

Il ne me reproche qu’une chose sur mes tenues vestimentaires. Je ne porte que rarement du blanc en hiver.

 

A part ça, ce jeune homme est charmant, un excellent page qui me consacre bien des pages sans vouloir m’emmener au page. Pourtant… ce n’est pas parce Condate un peu qu’on n’aurait pas le droit de se prendre pour une Rennes !


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Continue de me célébrer, Joe Krapov, je suis une ville qui le vaut bien ! Et tu peux chanter « I’m just a gigolo, i’m just a  rigolo» : tu es celui que je préfère parmi mes amoureux transis… du froid de la pluie des braderies !

 

 

(1) Parle m’en de 1720 et de 1994 !

 

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Post mortem (Papistache)

Quand l'ordinateur de Monsieur Louis rendit l'âme, le brave homme crut qu'il s'en accommoderait. Il se trompait.

La sienne, d'âme, s'était si étroitement mêlée à celle de la machine qu'il perdit en moins de vingt-quatre heures le goût à l'existence.

Au matin du second jour, son épouse le trouva pendu par le câble d'alimentation du PC à un barreau de l'escalier.

La bonne femme crut qu'elle ne se remettrait jamais du suicide de son compagnon. Elle se trompait. Un jeune parent qui s'était déplacé pour la crémation de son aïeul explora les entrailles de l'ordinateur et au prix de quelques incantations païennes lui rendit souffle et vie.

Il appela sa grand-tante qui découvrit que son époux avait gravé, sur le disque dur de l'outil, une profusion de pages qui, toutes, chantaient l'amour. Elle se fit expliquer l'art d'accéder aux secrets du dérisoire boîtier ; son mari, tout entier, s'y tenait : il l'attendait.

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PORTE-BONHEUR (Joye)

C’était un samedi, le 26 septembre, lorsque j’ai vu ces deux bambins pour la première fois. Lui, barbu, frisé ; elle, cheveux blonds et longs, lunettes, le sourire en permanence. Tous les deux aux yeux bleus, c’est quand même assez rare dans un couple…

J’ignore combien de temps j’avais passé sous le verre chez ce bijoutier à Shenandoah, mais du moment où je les ai vus, je savais que moi et ma compagne rentreraient avec eux. Ils étaient adorables, ces deux. Ne voulant pas prendre trop hâtivement la décision, ils ont tout étudié, longtemps. Elle avait tout essayé, ce n’était pas une question de fric, mais juste ma simplicité tout courte qui l’attirait.

Après trois heures, ils sont partis. Sans achat. Mais je savais qu’ils reviendraient, et j’avais raison. Et ils nous ont choisies, moi et ma compagne. Et puis une autre, plus large, pour lui, le frisé aux beaux yeux bleus.

Elle n’a rien dit à ses copains, mais c’était son ami bibliothécaire le premier à voir ma compagne sur son annulaire et j’ai bien ri, parce qu’il paraît qu’il a crié comme une fille quand il l’a vue.  Moi, j’ai passé l’hiver en solitude, mais j’ai enfin rejoint ma copine un soir d’avril.

Cela fera bientôt vingt-huit ans que je ne quitte plus son doigt. Ma compagne a pris sa retraite, je sais où elle est, mais je ne la vois presque jamais. Je ne lui ai pas dit que la blonde n’avait jamais vraiment voulu d’elle, ce serait les blesser inutilement, ma copine et son diamant. Mais elle s’amuse à côté de l’autre car il est trop dangereux pour le barbu de le porter lorsqu’il travaille.

Quant à ma blonde, on a vécu bien des moments. Mais je ne l’ai fait pleurer qu’une seule fois.

Ce matin-là, elle faisait du pain, et pour bien pétrir sans me salir, elle m’a ôtée. Et puis elle m’a perdue et ne pouvait plus me retrouver. Qu’est-ce qu’elle a pleuré, cette petite ! Elle s’est jetée au bras du frisé, inconsolable. Mais quand il lui a dit de retracer ses pas, elle m’a retrouvée dans le jardin à côté de la véranda où elle avait secoué un torchon recouvert de farine. Moi, j’ai profité de ma sieste interrompue pour me promener dans l’herbe, mais le soleil m’a décelée, je brillais pour lui aussi, et, trahie, mais heureuse des retrouvailles, j’ai été vite remise à ma place.

Depuis, on travaille, on joue, on dort ensemble. Oui, on a dû se séparer pour quelques séjours à l’hosto, mais c’était le règlement, pas son idée à elle.

Tiens, ce samedi, c’est encore un samedi, 26 septembre…

J’avoue que je n’ai pas vu passer le temps.

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