12 septembre 2009
L’heure la plus courte… (Oncle Dan)
C’était un dimanche. On sortait de boite. On était bourrés complets et on tirait à la courte paille celui qui allait prendre le volant. C’est Paul qu’avait tiré la paille la plus longue. Fallait qui s’y colle. René qui était le proprio de la caisse lui a lancé les clés.
Ben, vrai de vrai, René lui a lancé les clés à 2 heures et Paul les a attrapées à 3 heures. Bourré complet qu’il était.
Après, il a dit que c’était pas vrai ; qu’il n’avait bu que de l’eau ; qu’on était le dernier dimanche de mars et qu’on venait de passer à l’heure d’été.
L'heure vide (Tiphaine)
Je ne saurai jamais ce qui s'est passé le mardi 7 octobre 2008 entre 14 et 15 heures.
Je suis arrivée dans ma classe à 13H55, comme chaque mardi. J'avais fait rentrer les élèves. Ils étaient douze. Neuf garçons, trois filles. Pendant l'appel, l'un d'entre eux s'est levé puis a pris soudain ses jambes à son cou. Je suis sortie de la salle à sa poursuite.
Je ne sais pas ce qui s'est passé ensuite, on me l'a raconté.
Les gosses de la salle d'en face m'ont vue traînant doucement le gosse par les pieds, dans le plus grand silence, un sourire figé sur le visage. L'enfant s'est caché sous une table, j'ai refermé la porte.
Je ne sais pas ce qui s'est passé ensuite, on me l'a raconté.
Les élèves ont recommencé à chahuter, puis c'est devenu un immense bazar. Il paraît que j'étais comme une automate, je ne réagissais pas, je ne les voyais plus.
Une première bagarre a éclaté. Je me suis précipitée, j'ai séparé les deux ados et je me suis pris un coup. Sans doute qu'il ne m'était pas destiné…
Je ne sais pas ce qui s'est passé ensuite, on me l'a raconté.
Je suis retournée à mon bureau, une deuxième rixe avait déjà recommencé. J'ai marché vers eux sans émotion, j'ai séparé les belligérants avec une violence qu'ils ne me connaissaient pas, j'ai pris un deuxième coup. Une gifle. J'ai gardé la marque sur mon visage. Sans doute qu'elle ne m'était pas destinée…
Je ne sais pas ce qui s'est passé ensuite, on me l'a raconté.
Je suis restée assise un moment. Les insultes continuaient à fuser. Ça criait, ça hurlait autour de moi et je n'avais pas l'air de m'en rendre compte.
Encore une bagarre, plus violente encore que les précédentes. Je me lève, je me jette contre les deux corps, je sépare brutalement. Dernier coup. Une gifle encore. Sans doute encore ne m'était-elle pas destinée…
Je m'assois. Je baisse la tête.
Sonnerie de 15 heures. Je suis seule dans ma salle de classe, les élèves sont partis, je ne les ai pas vus partir… Je n'ai aucun souvenir de l'heure qui vient de se passer. Aucun souvenir. Une heure vide…
Une nouvelle classe arrive. "Vous n'avez pas l'air bien madame…" Je prends mes affaires, et, pour la première fois de ma vie d'enseignante, je quitte les lieux pendant un cours sans rien dire à personne. Question de vie ou de mort.
TRAGÉDIE AU FORUM DES ASSOCIATIONS (Jo Centrifuge)
-Vous ne devez pas sauter jeune homme!
-Non mais moi je ne suis pas venu pour le salon de la voyance et puis je ne sais pas de quoi vous me parlez.
-Ne sautez sous aucun prétexte, il en va de votre vie!
-...J'accompagne ma copine au forum des associations à côté là...
-Écoutez moi, jeune homme...
-'Pas le temps, Fabi m'attend!
Seb était en retard bien entendu. Au stand "Chorale Coincoin" Fabi fulminait.
-Ah ben quand même! Qu'est-ce que t'as foutu? Tout le monde t'attend!
-Quoi?
-T'as gagné à la loterie des assoces...
C'est à ce moment que, sorti de nulle part, un animateur hystérique lui ficha brutalement un micro sous le nez. Dents blanches et petite moustache :
-Le voilàaaa! Félicitations à vous mon cher Sébastien, vous avez gagné le premier lot offert par l'association "A plat ventre". Laissez moi vous serrez la maiiiin...sous vos applaudissements!
Des flash crépitaient alors qu'une foule de badauds commençait à s'agglutiner autour d'eux.
-Cher Sébastien, je vous donne rendez-vous dans une heure précise pour l'atterrissage. A tout à l'heure!
Comme la foule se dispersait, Seb sentait monter en lui une désagréable inquiétude :
-Fabi, je ne comprend rien. Qu'est-ce que j'ai gagné déjà?
-Un saut en parachute. Tu vas atterrir juste à côté sur le parking de l'aérodrome, devant tout la ville. Alors essaie de bien te tenir pour une fois!
-Quoi?.. Ah non, je ne pourrais pas. J'ai déjà le vertige sur un tabouret et en plus une voyante m'a...
Mais les yeux de Fabi s'assombrissaient dangereusement tandis que les commères de la chorale commençaient à ricaner:
-Tu ne vas pas me faire honte devant tout le monde, n'est-ce pas? menaça-t-elle les dents serrées.
Le piège
se referma subitement lorsqu'un colosse se présenta à Seb en tant
qu'ancien para-commando et lui apprit qu'il serait l'instructeur de
son baptême de l'air.
Quelle étrange chose que le temps qui passe. Seb s'étonna de découvrir comment 90 kilos d'un entrain tout militaire et surtout la promesse d'une catastrophe prochaine peuvent faire s'évaporer 60 minutes. Brieffé, équipé, harnaché, embarqué dans un avion, il flottait à présent en pallier à 300 mètres.
"Vous ne devez pas sauter" Les mauvais augures de la voyante hantaient ses pensées : "...il en va de votre vie"
La porte de l'aéronef s'ouvrit et il fit face au vide. Etait-ce l'ivresse de l'altitude ou bien l'étrange sensation de vivre ses derniers instants, mais le temps paraissait maintenant s'étirer. Seb était comme transfiguré, il prenait conscience de tout ce qui l'entourait, l'air qui lui gifflait le visage, le soleil qui lui réchauffait les joues, la beauté du paysage, la poussée ferme mais amicale de son instructeur... Il bascula comme au ralenti, bras écartés, les yeux grands ouverts sur le monde en bas, avec un immense sourire.
Chacun
de nous connaitra plusieurs vies.
La vie de Seb prit fin ce jour là. L'atterrissage se présentant assez mal, il se cassa une jambe sous le poids de son instructeur, le tout sous les yeux des commères de la chorale Coincoin et de la presse régionale. Fabi, morte de honte, mit bien vite fin à leur relation.
Mais dans sa nouvelle vie, Seb coule des jours heureux auprès d'une gentille fille. Il est désormais membre d'honneur de l'association "A plat ventre". Il saute régulièrement et gagne même quelques compétitions à l'occasion.
de la relativité du temps (Poupoune)
Après des années d’heures trop longues et de temps qui s’étire, les minutes et les secondes semblent maintenant me filer entre les doigts.
Une heure.
Rien qu’une heure pour savourer ce repas que j’ai mis tellement de temps à choisir ; j’ai envie de laisser chaque bouchée fondre sans mâcher et imprégner mes papilles de ses parfums délicats, mais j’ai peur de ne pas avoir le temps de finir mon assiette si je m’en délecte trop lentement.
Une heure.
Je devrais sans doute m’attarder sur des considérations plus… profondes ? intelligentes ? symboliques ? Mais mon esprit tout entier est concentré sur l’explosion de saveurs dans ma bouche.
Et pour ce que ça changerait…
Ne pas gâcher ma dernière gorgée de vin à me perdre en réflexions fumeuses. Il est trop tard. Juste le temps de boire mon café avant d’y aller.
A quelques kilomètres près, j’aurais été jugé au Nouveau-Mexique et non au Texas.
La vie tient parfois à peu de choses.
Capable de pitié ? (Joe Krapov)
Une heure c’est court ou bien c’est long
C’est ceci cela, c’est selon
Qu’on est au lupanar ou bien chez le docteur,
Qu’on a ou pas un pantalon,
Qu’on est sur le billard ou bien dans un salon,
Qu’on est dans l’autocar ou bien dans un avion,
C’est court ou bien c’est long, saucissonnée, une heure.
Une heure c’est vraiment
long
Pour l’éjaculateur des prés
d’Ecosse
Mais ça n’est vraiment rien pour le lapin et les gars de Rennes :
Il suffit d’offrir ses hommages à plusieurs lapines à la suite
Du coup l’heure devient très petite.
On voit à peine le temps passer qu’il est déjà l’heure de rentrer
Pour dire un madrigal,
Prendre un repas frugal,
Remplir de bonne humeur le terrier familial
Et le devoir conjugal.
Une heure c’est long quand tu attends
Le départ d’un enterrement,
La fin du règne du Président,
Le moment du débarquement,
Une distribution de diamants,
L’début d’une éclipse à Shangaï
Ou l’réparateur d’Internet.
Les heures passent trop vite
Quand on est à Venise, à Jersey, en vacances.
Elles durent chacune trois plombes
Quand l’boulot recommence.
Une heure c’est long quand tu poireautes,
Que tu espères
comme une poire blette
Un bus 4
à l’arrêt du Mail,
Une fille sous la pluie sans chandail,
Quand tu veux régenter
la fête,
Que tu voudrais
les cons moins
bêtes
Ou bien même
qu’Henri IV arrête
De mâchonner des gousses d’ail.
Une heure c’est court vraiment pour ce que j’ai à dire
Une fois que je délire :
Je pourrais vous en tartiner
Des soirées et des matinées !
C’est pourquoi, mes ami(e)s,
Pour épargner vos yeux qui ont besoin d’lunettes,
Comme disait le merlan qui trouva un bifteck
Sous une frite à la Mecque :
« Ben c’est ici que je m’arrête ».
S’il te plaisait (Captaine Lili)
Une heure
Dérobée à l'habitude
Livrée au coeur
Une heure, seule avec toi
Si courte !
Si pleine !
Une heure entre tes bras
A dévorer
Nos yeux, et puis le reste
3600 secondes qu'on ne compterait pas ...
Une heure
Sans solitude
Prise au temps ravageur
Une heure, sablier d'émois
Si courte !
Si pleine !
Une heure en de beau draps
A décorer
De nos faits et gestes
60 minutes qu'on n'oublierait pas
Une heure ...
Une heure sans faute
Une heure
Et puis une autre.
La nuit s‘avance (Virgibri)
Sous un soleil de plomb Sur les marches glacées Mes pas résonnent Ma bouche est sèche J’ai mis mon habit d’oiseau noir Sans ailes Celui qui me ceint Les larmes se retiennent Et puis tout se restreint Regards portés vers les Autres Que je veux plein d’amour Mais tout est aveugle Tout est assourdi Il n’y a rien sur mes lèvres Juste le silence Parfois l’ébauche d’un sourire Je me retourne Tout le monde est là Les assis Les debout Les vivants Qui voudraient le rejoindre Et le mort Tellement vivant Que l’on entend son rire Taper contre les vitraux Ma voix s’élève Je dis des mots Auxquels je ne crois pas Je ne retiens que l’Amour C’est déjà trop Et pas assez Ma voix s’élève Et se fait plus sûre Ma voix assène Ma voix martèle Il faut aimer Nous devons aimer Face à la bière C’est dérisoire Et puis si vrai Ma voix s’arrête Les larmes coulent La gorge sèche J’enveloppe d’un regard Tous ceux qui l’aiment Tous ceux qu’il aime Le savent déjà trop C’est le manque qui est insupportable C’est l’absence Qui devient présence Et que l’on hait Quelques gouttes bénies Sur son corps meurtri Sur son corps éteint Au-dessus du portrait Au sourire immense Un défilé sans fin Un amour sans fin Une douleur sans fin La fin la fin Je ne veux pas achever Il le faut bien A-t-on le choix?
Heure (Martine 27)
Ouh, j'ai eu un sacré coup de barre là. J'ouvre les yeux, je papillote des paupières et je vois dressé devant moi un drôle de bonhomme habillé en noir et comme transparent.
"Bonjour" me dit-il "comment vous sentez-vous ?"
"Bonjour, un peu vaseuse je dois dire" ce à quoi j'ajoute la phrase culte "Où suis-je ?"
"Dans l'entre-deux" me répond-il "Etes-vous prête pour votre heure ?"
"Entre-deux, prête pour mon heure, de quoi parlez-vous exactement ?"
"Ah je vois que vous ne vous souveniez pas bien. Bon reprenons, vous venez de vous faire aplatir sur le passage piéton par un automobiliste rond comme une queue de pelle qui avait grillé le feu rouge. Pour faire bref, vous êtes morte, je suis votre ange de la mort et vous avez une heure devant vous pour faire vos adieux aux personnes qui vous tiennent à cœur"
Là j'en reste bouche bée, comment ça je suis morte, mais je me sens parfaitement en forme, même si j'ai un peu la tête qui tourne et puis ça un ange de la mort ? Quel langage franchement ça manque de classe.
"Bon arrêtez vos bêtises, c'est quoi l'entourloupe"
"Mais, il n'y a pas d'entourloupe, je dois vous emmener vers votre destination définitive mais avant vous avez le droit à une heure pour laisser une pensée de réconfort à vos proches, ou éventuellement pour botter les fesses de ceux qui vous ont enquiquinée. Bon autant vous le dire ce n'est pas évident, à vous de faire au mieux"
Je regarde autour de moi avec un peu plus d'attention, je suis environnée d'une sorte de brouillard dans lequel luisent quelques fanaux, c'est très étrange. Je jette un coup d'œil à mes mains et là, le choc, elles sont comme le gugusse que j'ai en face de moi comme évanescentes. Là plus de doute, je dois vraiment être morte.
"Je suppose que ces lumières sont les personnes que je dois aller visiter ?"
"Bravo, je constate avec plaisir que vous percutez vite et que vous n'allez pas gâcher votre dernière heure à discuter le bout de gras avec moi pour essayer de me convaincre que vous n'êtes pas morte. Vous êtes raisonnable"
"Mais je fais comment ?"
"Laissez vous porter par vos pensées, rappelez-vous des moments heureux et vous atteindrez les êtres aimés, ensuite eh bien à vous de décidez de ce que vous voulez leur laisser dans le cœur. Je vous attends ici dans une heure"
Et mon ..., enfin mon ..., bon disons mon guide disparaît dans un nuage avec un plouf que je trouve quand même un peu ostentatoire.
Je me tourne vers le brouillard et je vois une des lumières scintiller un peu plus que les autres. Je laisse mon corps, enfin ce qui m'en sert, flotter vers elle. Je sens que cette première heure de ma mort va me sembler drôlement courte.
Le temps d’une heure (Tilu)
La prochaine fois que je te vois
Il faudra que je le retienne,
Que je l’attache, que je le noie
Que je l’étouffe à perdre haleine,
Que je l’étrangle de sang-froid
Que je le stoppe, que je le freine…
Le temps…
Parce qu’une heure en ta compagnie
N’est qu’une poignée de secondes
Qui filent sans qu’on ait compris
Comme des folles furibondes.
Il suffit que tu me souris
Alors s’accélère la ronde
Du temps…
Les heures passées avec toi,
Déjà qu’il n’y en a guère
Pourquoi faut-il qu’en plus de ça
Elles passent en vitesse lumière …
Un instant d’égarement (Papistache)
Jean-François détenait le monopole de la confection des heures pour le bonheur de l’univers qui s’en dilatait de satisfaction. Privilège accordé à sa famille, par la grâce du père du Roi des Rois de la Mésopotamie inférieure, avant même que les hommes et les femmes ne copulassent face à face.
L’entreprise était florissante, le travail facile. La pâte à heures sortait de la presse quasi tiède et il suffisait de faire glisser les moules sous le ruban émollient pour que les heures vinssent se lover précisément là où il fallait qu’elles se logeassent.
Jean-François avait un fils, fier enfant blond, don d’une jolie violoncelliste que sa passion pour les fugues avait emportée loin du domicile conjugal. Promis à la succession de son père, le fils apprenait bien.
Il arriva, cependant, qu’un matin, la vue du galbe des mollets d’une préposée à la gestion des stocks jeta le trouble dans la poitrine — un peu plus bas, peut-être ; la jeunesse, parfois, étonne— de l’héritier. Un moule fut, un peu vite, poussé de côté. La pâte à heures manqua, en partie, le sillon dans lequel elle devait refroidir.
Jean-François vieillissait, il ne contrôla pas la production du jour. La livraison suivit son cours. L’heure tronquée fut distribuée. L’histoire raconte qu’elle échut à un écrivaillon de troisième zone qui ne put ach
