14 novembre 2009
Suite de Joye par Joye
La version de Joye
Suite de Brigou (Papistache)
La sieste (Brigou)
Tout est calme. C’est l’heure de la sieste. Papa et Maman se sont assoupis à l’ombre sous les arbres.
Couchés sur le dos, Rémi et Margot, badigeonnés de crème solaire, n’ont aucune envie de fermer les yeux. Le bob sur la tête, les lunettes de soleil sur le bout du nez, la limonade citronnée dans leur verre, le soleil les chatouille.
Ils ont joué à deviner des formes dans les nuages, ont compté le nombre de trainées blanches laissées par les avions, ont écouté les oiseaux chanter au loin…
— Dis Rémi, tu penses à quoi ?
— J’aimerais être un petit papillon… tiens, comme celui-ci ! Il vole, tourne, danse. Il se pose sur les fleurs, hume leur parfum. Il est le Roi dans ce champ.
— Ah oui !
— Je deviendrais ton papillon de compagnie. Je te suivrais dans chacun de tes pas, toujours à côté de toi. Qu’en dis-tu ?
— Ben, que ce n’est juste qu’un rêve !
***
Margot se trompe. Cachée dans la ramure d’un pommier, la fée Cédille tend son index grêle vers les petits.
— Schprot !
Dans l’air saturé de turbulences de chaleur deux papillons virevoltent.
Maman ouvre un œil. Le vol compliqué des deux insectes captive son regard. Du coude, elle aiguillonne le flanc de son époux. Papa émerge de sa sieste. Il bâille.
— Chéri, regarde.
Papa se redresse. La texture des ailes des deux papillons lui paraît singulière. Malgré la chaleur étouffante de cet août brûlant, il se dirige vers la voiture garée à l’ombre de la haie. Il extirpe du coffre un sac de polyéthylène dont un logo bleu et rouge signe l’appartenance à la grande distribution. Pardon, c’est l’été, il fait chaud, il ne faut pas écrire des phrases aussi compliquées. Il sort un sac plastique Pas-Si-Clerc du coffre. A la troisième tentative, il capture les petites créatures. Il noue le sac.
— Ce soir, je les estourbirai au formol.
— C‘est bien, Chéri. Les enfants ont déjà une jolie collection.
— C’est vrai. A propos, où sont-ils encore passés ? Réééémi ? Maaaaargot ?
Blottie entre deux brindilles, la fée Cédille s’émoustille.
— Hi, hi, hi !
Préoccupé par la disparition de Margot et Rémi, Papa songera-t-il quand même à euthanasier les deux lépidoptères ? Le rire que la fée Cédille n’a pu retenir fournira-t-il un indice suffisant à Maman ? Vous saurez patienter une semaine de plus avant de lire le chapitre 68 des « Aventures de deux enfants au pays des fées C… & compagnie ».
Suite de Toltek (MAP)
« Alors, mon bon Trousse-Laine, quoi de mieux qu'un bon bain dans l'onde fraîche pour se remettre de ses émotions ?
- Ah, Messire, ce n'est point moi qui vous contredirai. J'ai cru retrouver dans cette eau la douceur du sein de ma mère, Dieu ait son âme.
- Diantre, Trousse-Laine, cela n'a pas dû bien te changer des ribaudes que tu as l'habitude de côtoyer d'assez près ! »
Le chevalier et son écuyer s'étalaient paresseusement dans l'herbe, sous les frondaisons d'un vieux chêne, nus sous les nues, séchant paisiblement leur corps repu de fraîcheur au soleil, tandis que leurs montures paissaient tranquillement non loin.
« Messire, visez un peu ce nuage ! Ne dirait-on pas la croupe vaillante de quelque gourgandine ?
- Ah ah, mon garçon, tu ne penses donc qu'à courir la gueuse ! Ne peux-tu point juste profiter de la caresse de la brise, plus douce que n'importe quelle main experte, ou de la chaleur des rayons de notre soleil, si réconfortants ?
- Messire, pardonnez-moi, mais j'aime les plaisirs simples, ceux qu'on peut toucher pour quelques pièces ou que l'on peut tenir entre ses doigts pour deux ou trois belles paroles.
- Tu as ton lyrisme et ta poésie, je te le concède bien volontiers, si prosaïques soient-ils.
- Oui-da, Messire. A ce propos, ne devrait-on point s'inquiéter de notre dîner ? Pensez-vous que nous puissions lever un lièvre ou quelqu'autre succulent gibier aux environs ?
-Je crains fort que nous devions nous passer de dîner, mon bon Trousse-Laine. Il faut nous vêtir sans tarder et lever le camp illico. Les Hommes du Guet sont à nos trousses, et je doute fort que Messire Alvain se laisse distancer trop longtemps après l'affront que nous lui avons fait la nuit dernière. »
Ainsi fut fait, tandis que les oiseaux piaillaient continûment dans l'air évanescent de ce début d'après-midi, et qu'au loin on devinait l'approche tonitruante de la troupe des poursuivants.
Suite par MAP :
- Ah si seulement vous n’aviez pas contrecarré les plans de ce Messire Alvain Messire, nous n’en serions pas là !
- Mais, cher compagnon je n’aurais pas pu laisser molester ces gentes dames par ces pourceaux braillards et avinés ! Il me semble que toi-même tu as moultement pris part à la mêlée !
- Oui-da Messire mais comment aurions-nous pu savoir qu’il s’agissait des hommes du guet déguisés en mendiants dans le but d’arrêter deux espionnes de notre bon Roy ?
- Allons Trousse-Laine, galope et tiens ta langue, ils se rapprochent …
Sous les sabots des chevaux la poussière s’élevait en un écran opaque sans cesse renouvelé. Les deux cavaliers filaient un train d’enfer tandis que derrière eux retentissaient les cris de colère de leurs poursuivants.
- Séparons nous Trousse-Laine, nous aurons plus de chance de leur échapper ! Va vers l’Abbaye, moi je vais contourner la colline et leur jouer un tour à ma façon !
…………………………………………………………………………….
C’est à ce moment-là que l’orage éclata avec une telle force que tout le quartier fut privé de courant !
-Ah non ! M…e alors je ne saurai pas comment ça se termine ! Juste au moment le plus palpitant !!! GRRRRR !!!!
- T’inquiète pas ! Ils le redonnent sur « TV Review » la semaine prochaine !
-Ouais mais c’est pas pareil, là j’étais bien dans l’histoire, il va falloir attendre !
-Allons cesse de pleurnicher, cherche plutôt des bougies !
On va se faire un petit scrabble …………..
A l'encre de tes yeux (rsylvie)
« Où, nus, allongés sur le dos, nos deux héros* discourent de la forme des nuages, de la caresse du soleil sur la peau, des petites bêtes qui peuplent la lande et du plaisir,
Bernadette lève les yeux au ciel, d’un air qui ne laisse aucun doute possible,
cette dictée du professeur remplaçant l’ennuie.
-« Tandis qu’à l’horizon…………….. l’adversité tisse ses noirs desseins »
monologue une voix venue du fond de la classe.
« Tandis qu’à l’horizon» écrit l’écolière à l’encre bleue.
-«.... J’ai bien fait de changer de couleur »,
pense-t-elle en regardant la pointe de son stylo plume.
Qu’elle idée j’avais eu de la prendre marron !
-« …point final. 5 minutes pour relire.
Vous déposerez les copies sur mon bureau en sortant »
dit l’enseignant en regagnant son bureau
-« point final ! mais j’ai pas fini moi,,,,
pst… Sophie, c’est quoi la fin » ?
-« t’es pénible Bernade, ses noirs desseins » répond à demi voix une jolie brunette aux cheveux délicatement tressés en une natte, qui se termine par un joli ruban de la même couleur que son chemisier blanc.
Bernadette
réfléchit quelques instants puis écrit :
« Ces noirs dessins »
Ferme la copie. Range son précieux stylo dans sa trousse et se lève pour déposer sa feuille sur le tas qui envahit déjà le bureau du professeur. Qui n’attendait plus que cette dernière pour prendre les précieux écrits et quitter la pièce. Non sans avoir jeter un dernier regard en direction des élèves et souhaiter à chacune un bon Week End
Bernadette pousse sa voisine d’un coup de coude et l’interpelle de la sorte :-« à lala,,, tu les as vus » ?
-« oui, répond Sophie en éclatant de rire.
C’est autre chose que les yeux de cochon de monsieur le Neuf.
Toi t’es encore tombée amoureuse» !
-« ben non, pourquoi ?» s’empresse de balbutier Bernadette rouge de confusion.
-« comme ça. Juste que t’as encore changé de couleur » dit Sophie qui, d’un geste complice, tire sur le bandeau qui retient une queue de cheval, haut perchée sur la tête de l’écolière.
Suite de Tilleul (Tiphaine)
La version de Tilleul
Où, nus, allongés sur le dos, nos deux héros discourent de la forme des nuages, de la caresse du soleil sur la peau, des petites bêtes qui peuplent la lande et du plaisir d'être, tandis qu'à l'horizon, l'adversité tisse ses noirs desseins.
Une petite brise légère rafraîchit l’atmosphère lourde de cette fin de mois de juin… Les examens sont terminés. Les résultats devraient être à la hauteur des efforts fournis durant cette longue période de torture estudiantine. Les vacances promettent d’être belles…
Elle attendait depuis longtemps ce jour où il lui déclarerait enfin sa flamme… Maintenant, elle a l’impression que son cœur est trop petit pour contenir la joie qui l’habite.
Il se demande pourquoi il a tant tardé à lui avouer son amour…
En observant le bleu du ciel, ils s’amusent comme deux adolescents sans soucis à interpréter le dessin formé par les quelques voiles cotonneux qui traversent l’azur… Ils sont seuls au monde… Leur bonheur durera longtemps !
Soudain, effrayés, ils se redressent d’un mouvement brusque… et c’est debout qu’elle s’exclame :
« Non ! Ils ont osé ! »…
Suite par Tiphaine :
Un grondement s'élève, sous leurs pieds, le sol se met soudain à trembler.
Leurs yeux sont maintenant rivés sur le pic des mouches…
Hier encore, ils s'étaient promenés sur ses sentiers, main dans la main.
Hier encore ils avaient ramassé des crocus en souriant aux bécasses des bois…
Hier encore il disait à sa belle d'un ton docte que la montagne continuait de grandir, que des chercheurs avaient estimé que chaque année son sommet prenait jusqu'à 7 millimètres… Et ils avaient ri à l'idée qu'eux-mêmes ne seraient jamais que des petits moucherons à l'échelle de cette nature qui les dominait de toute sa majesté…
Mais c'était sans compter sur les promotueurs…
"Ils ont osé… ces ânes…"
Droit devant eux, la Sainte Victoire est en train de s'écrouler.
Terrain rentable.
Côte surchargée, immobilier en crise, bénéfices à faire…
Droit devant eux, la Sainte Victoire s'affaisse.
Un noir nuage de poussière se forme à l'horizon.
Et c'est comme si la montagne pleurait,
Et c'est comme si elle rageait
Comme si elle pouvait encore parler…
Quand la victoire est morte, que reste-t-il aux hommes?
Un terrain vague, bientôt aplani par les camions chenilles?
Quand la victoire est morte, il reste le souvenir.
Quand la victoire est à terre, il reste la rage de reconstruire.
Quelques touches de peinture sur une toile.
Pour nous montrer la voie.
A nouveau.
Il prend sa main doucement.
Elle se blottit tout contre lui.
Lui et elle
Elle et lui
Deux petites montagnes au cœur du monde.
Suite de Sebarjo (rsylvie)
EDEN DOG chez le Baron de la Fiente (Sebarjo)
Milord et Milady, le chien et la chienne du baron de la Fiente -qui par ailleurs produit un excellent champagne (voir étiquette ici-bas)– se reposaient au soleil, allongés inhabituellement sur le dos dans le gazon fraîchement tondu par Nicolas le jardinier, près du bassin où des carpes japonaises bullaient paresseusement.
La gueule levée vers l'azur d'un ciel limpide, ils discouraient librement en évitant tout (ac)croc... Les banalités d'usages fusèrent, pour lancer les débats et s'orientèrent évidemment sur la climatologie et autres niaiseries météorologiques.
Milord : fait chaud hein ??? J'en frétille de la queue...
Milady : J'en ai le poil tout retourné !!! Les rayons du soleil me chatouillent tout le corps, j'en ai la truffe humide... Hmmm... La canicule est de retour, dirait-on...
Milord, un temps : Quand tu penses que Canicule vient du latin Canicula et que cela signifie Petite chienne, ça me donne chaud... O Ma belle, M'amie Lady, ma petite chienne... (il pousse quelques jappements évocateurs)
Milady : Et quand tu penses également que ces crétins d'humains, lorsqu'il pleut des cordes, parlent d'un temps à ne pas sortir un chien... Quellle absurdité !!!
Milord , déçu que son approche n'ait pas fonctionné et se disant qu'il l'avait dans l'os, mais bon joueur malgré tout : Tu l'as dit, chérie... Ils sont fous ces humains !!!
Milady : Mais regarde, il y a tout de même quelques nuages qui approchent...
Milord : Effectivement... Tiens, c'est amusant... Regarde-bien ce cumulus, il ressemble à un cubitus, non ?
Milady : Oh Milord, nous sortons à peine de gamelle, et toi tu penses déjà à manger !!!
Milord : Que veux-tu, je suis un gourmet panseur !!!
Un long temps... l'un panse tandis que l'une pense, tant la profondeur philosophique de ces derniers propos est intense et apéritive...
Milady : Dis donc Milord, je viens de voir des espèces de cloportes sauter deci-delà...
Ne me dis pas qu'ils viennent du bassin aux carpes !!!... Allez, avoue, tu ne t'es donc pas baigné ce mâtin ??? Tu es encore plein des puces !!!
Milord : Enfin ma puce euh...M'amilady... tu sais bien que je trouve le bain trop bath !!! I'm so british !!! je ne le manquerai sous aucun prétexte ! Ce n'est pas la peine de me passer un savon !!! ... Ce doit être encore des poux à Toto...
Milady : Oh oui tu as raison, je l'avais oublié ce garnement !!! Oh, quel sale gosse tout de même !!! Le Baron devrait dire à la gouvernante Pou-pou-ne de lui raser la tête, sinon on ne s'en sortira jamais...
Milord : Ouh là !!! Comme tu y vas !! Tu connais Pou-pou-ne ???!!! Si monsieur le Baron lui dit de lui raser la tête, elle va la lui couper carrément !!! O + O = plus de tête à Toto !!!
Milady : Tu as raison, je n'y avais pas sangé...
Milord : parlons-en plutôt au précepteur, Joe Krapov, il s'y connaît en cochon lui...
Nicolas et Toto se dirigent vers les deux cabots, l'air cabotin... Que va-t-il arriver à nos deux héros canins ??? Vont-ils succomber à cause de ces serpents qui sifflent déjà sur leur pomme ???
Juste le temps d’une page de publicité,
pour un excellent champagne
, laissons Milord et Milady moelleusement languissants au soleil, pour revenir une petite heure en arrière. C’est à dire au moment où, Joe Krapov précepteur de son état fait intrusion dans la pièce où l’attend le petit Toto. Comme à son habitude, le garçonnet n’a de cesse de gesticuler tant l’anxiété de la situation le tenaille. Il a surpris 10 minutes plus tôt, entre la gouvernante et Mr Krapov une conversation à son sujet dont la tournure l’a quelque peu inquiété. En gros, les propos étaient les suivants :
-« ça ne peut plus durer ! déjà 8 semaines que je fais de mon mieux pour endiguer ce fléaut,,,, Et ce p’tit garnement, qui ne suit aucune de mes consigne, et n’en fait qu’à sa tête.
Va voir de quel bois j’me chauffe » !
Joe qui ne sait quoi refuser à Pou-pou-ne (qui elle par contre, s’est toujours refusée à lui) profite de la situation pour proposer ses services, avec l’intention à peine dissimuler d’amadouer la belle.
-« Pou-pou-ne, je suis votre homme.
A nous deux, c’est bien foutaise si nous n’arrivons pas à bout de cette petite crapule pouilleuse » !
c’est ainsi, que sans avoir eu le temps de dire ouf, Toto qui avait suivi le plus docilement possible son précepteur afin de ne pas envenimer les foudres de guerre qu’il pensait recevoir, ou éviter la volée de bois vert qu’il savait mériter faute aux souris déposées par inadvertance dans le lit de sa sœur Mimie, s’est retrouvé pieds et poings liés contre le torse velu de Mr Krapov. Qui le maintenait la tête au dessus d’une barrique en bois, disposée pour la situation à l’extérieur de la cuisine. Que mademoiselle Pou-pou-ne avait délaissée, le temps d’une tonsure salvatrice envers la communauté Fientesque de ces lieux.
Ni les cris,
ni les larmes du garnement ne firent renoncer nos deux tortionnaires. C’est ainsi, qu’au bout d’1/4 d’heure, « y avait plus un ch’veux sur la tête à Toto » !
Fourbus et quelque peu courbaturés des coups donnés par l’enfant, nos deux protagonistes le laissèrent meurtri sur l’herbe pour se diriger de nouveau vers la cuisine, y prendre un bon verre de cidre réparateur. Les yeux larmoyants, le cœur plein de haine notre Toto n’a de cesse de crier
VENGEANCE, quand son regard tombe sur le rasoir laissé là. Qu’il s’empresse de mettre aussitôt dans sa poche.
-« pardon Monsieur Nicolas, mais j’ai oublié mon chapeau. Vous vous doutez bien que par ce soleil, il me faut maintenant redoubler de vigilance » ! Surpris de tant de lucidité, le jardinier ne peut qu’acquiescer un
-« va petit… tu me retrouveras dans le quartier de mes chères odorantes »
En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, Toto s’enfuit en direction du château, dont il se détourne dès que le brave homme n’est plus dans son champ de vision. Et, c’est pas à pas, sans faire le moindre bruit, que le garnement rebrousse chemin pour venir le rasoir en main se jeter sur Milord et Milady, deux magnifiques setter irlandais au poil soyeux. En s’écriant :
- -Dis donc Milord, je viens de voir des espèces de cloportes sauter deci-delà...
Ne me dis pas qu'ils viennent du bassin aux carpes !!!...
Allez, avoue, tu ne t'es donc pas baigné ce matin ???
Tu es encore plein des puces !!! et bien j’ai la solution ….. »
Mais allons plutôt retrouver ….
et cette 'tite photo, 
car tous ne sont pas des garnements !
Suite de Walrus (Joe Krapov)
Chapitre LXVII (Walrus) suivi de : D’être deux (Joe Krapov)
Où, nus, allongés sur le dos, nos deux héros discourent de la forme des nuages, de la caresse du soleil sur la peau, des petites bêtes qui peuplent la lande et du plaisir d'être, tandis qu'à l'horizon, l'adversité tisse ses noirs desseins.
Ils sont nus... mais ils ne le savent pas.
Ils sont nus, mais ils ne le savent pas encore.
Pas encore, car au-dessus d'eux, au bout de l'extrême rameau de l'arbre, le malin, de son nez de serpent, pousse doucement pour qu'il se détache et tombe, comme la pomme de Newton, le fruit de la connaissance.
***
Suite par Joe Krapov :
Et voilà pourquoi, chaque jour,
Nous allons errants, éperdus,
Cherchant à chaque carrefour
Un coin du paradis perdu
Par nos arrière-grands-parents.
Et voilà pourquoi dans la nuit
Nous entendons ces guides fous
Pie XII, Urbain VI, Khomeiny,
Ayatollahs, papes, gourous,
Adjuvants-chefs d’ordre établi.
Et voilà pourquoi, foin d’église,
Foin du chanoine de Latran,
Je ne rêve que de Venise
Et suis ouvert à tous les vents
De notre paradis terrestre .
C’est pourquoi je remercie Dieu
De m’avoir fait rencontrer Eve.
Nous nous contentons de bien peu
Mais nous vivons comme en un rêve
Et c’est notre pain quotidien
Et s’il y a quelque chose, ô, Dieu
Qui nous mène au ciel ou tout comme
C’est bien le plaisir délicieux
D’être deux pour croquer la pomme
D’être deux pour croquer la pomme
Sans souci du bien ni du mal
Ni des serpents d’aucune espèce.
La version sonore est disponible ici : http://www.onmvoice.com/play.php?a=8371
Suite de Moon (Walrus)
Chapitre LXVII
C’était le premier été depuis bien longtemps. De ces étés où il n’y a plus à penser à rien, plus d’organisation à prévoir dès le réveil.
Que vont faire Tina et Charles aujourd’hui ? Que va-t-on leur faire découvrir ? Que mangerons-nous ce soir ? Où va-ton garer la voiture pour accéder à la plage ? Y a-t-il une animation au village ce soir ?
Sophie se sentait légère et engourdie, un peu anesthésiée par le soleil et par la main de Patrice qui lui frôlait la hanche. Deux semaines, rien que pour eux, c’était presque inimaginable et si délicieux.
Ils avaient choisi ce village naturiste en souvenir de leurs premières années ensemble. Le corps radieux de leur jeunesse et la curiosité de jeunes adultes qui cherchaient à affirmer voire à démontrer leur liberté.
- Tu te souviens de cet homme arrivé au bord de l’eau, très vanille fraise après sa rando à vélo dans les calanques ?
- Hmmm, opina Patrice, mais je préfère me souvenir de la splendide italienne qui avait provoqué une érection au marchand de glaces…
Sophie lui donna une petite tape sur la main en riant.
Ensuite ils avaient délaissé les camps ou les villages naturistes parce que les enfants n’aimaient pas ça et avaient honte de montrer leurs photos de vacances. Ils avaient choisi des clubs où les activités sportives comblaient Tina et la plage ravissait Charles et sa nonchalance…
- Tu crois que Charles va s’en sortir tout seul à la maison ?
- Mais oui, arrête de te faire du souci, il a même l’âge de trouver ça très intéressant ! Et puis, si ça ne va pas, il appelle sa sœur.
La consigne d’avant le départ avait été : Tu te débrouilles et en cas de problème tu téléphones d’abord à ta sœur. Tina n’était pas loin, occupée par l’organisation de son marathon des dunes et avait donné son accord pour chaperonner le « petit ». Le petit qui avait fini ses épreuves de bac une semaine avant, péniblement, et qui n’avait pas vraiment de projet ni d’envie.
Patrice avait un peu forcé la main de Sophie pour qu’ils s’éloignent vraiment et le laissent à son désert…
Sophie continuait de s’inquiéter un peu mais de moins en moins chaque jour, toute à ce plaisir retrouvé de passer ses journées avec son homme, à bavarder enfin du futile, de la forme des nuages ou de la force du vent qui leur permettrait peut-être de sortir un dériveur.
Dans le panier de plage de Sophie, une petite mélodie familière se fit entendre. Sophie tressaillit, se remit à plat ventre pour attraper son panier, farfouilla nerveusement pour atteindre son portable qui venait de recevoir un SMS. C’était Tina :
« Rectorat vient d’appeler. Big pb ! »
Suite par Walrus :
- Et voilà ! s'écria Sophie, Voilà ce que c'est d'imaginer que le laisser seul allait améliorer son comportement !
- Mais chérie, s'il a des problèmes avec le Rectorat, ce ne peut être dû au fait que nous l'avons laissé se débrouiller seul maintenant ! Ou ta mauvaise foi, bien féminine, te fait imaginer des effets rétroactifs à des faits actuels.
- Mauvaise foi féminine ! T'es gonflé ! Enfin moralement, je veux dire. Tu ne me parlerais pas plutôt d'insouciance masculine ?
- Moralement, moralement ? T'as plus vingt ans non plus, je te signale...
- Peut-être, mais mon ventre est resté plat, lui !
- C'est vrai, je dois l'admettre... dommage néanmoins qu'il soit en partie caché par tes seins ;o))
- Salaud ! Je savais qu'en fait de retrouvailles tu étais surtout venu pour te rincer l'oeil ! Ta pupille est bien ton dernier organe à se dilater !
- Sophie, tu me pompes ! ... moralement, bien sûr.
Et ce qui aurait dû être une occasion de ressourcement, se révéla en fin de compte le départ d'un divorce mouvementé.
Pour l'édification du lecteur, nous signalerons que l'appel du Rectorat provenait du fait que Charles avait oublié sur la table d'examen cette montre qu'il semblait consulter en permanence et qui se révéla être en réalité un astucieux centre de communications miniature grâce auquel il avait pu échanger avec une équipe extérieure (pas très douée) qui l'avait soutenu dans cette pénible épreuve.
Suite de Papistache (PHIL)
Chapitre LXVII (Papistache)
Les dents de Zia couraient le long de son échine ; Raja laissait faire, elle découvrait. La journée n’avait cessé de lui apporter son flot de sensations nouvelles.
D’abord la lutte de Zia contre Vieux-Tong, la fuite du patriarche déchu, la course folle des femelles, la longue poursuite lancée par le vainqueur du combat, la parade. Elle revoyait le jeune mâle aux muscles noueux l’isoler, elle, du groupe apeuré, la pourchasser, la harceler, la forcer.
Promise à Vieux-Tong, elle n’avait pas encore été saillie, d’autres femelles avaient sa préférence et l’ardeur du chef déclinait. Zia, lui, l’avait choisie parmi les trente, peut-être parce qu’elle était vierge, peut-être parce seule elle arborait une robe mordorée. Un jour, elle lui demanderait.
Les autres femelles, bien sûr, allaient connaître les faveurs du mâle présentement couché contre son flanc et dont la verge entamait lentement sa détumescence ; les odeurs acides de leur rut sauvage emplissaient la vallée où leur course folle les avait entraînés. Sa vulve se contractait encore nerveusement, la semence de Zia l’emplissait. Elle poulinerait. Bien qu’épuisée, elle réalisait combien son statut de femelle première élue allait modifier son existence.
Zia pinçait de ses dents la peau du dos de sa compagne. C’est pour elle qu’il avait osé défier le pouvoir du chef. Il avait senti monter en lui une animalité nouvelle, animalité qui avait encore augmenté pendant la poursuite dans la grasse vallée du fleuve où leur errance les avaient conduits. Le vieux avait été un adversaire facile à vaincre ; sans doute avait-il compris que l’heure de céder était venue. Dans quelques mois, apaisé, il retrouverait une place ; au conseil des Sages il apporterait son expérience. Il fallait lui laisser le temps de recouvrer une dignité, le temps de muer, le temps qu’à son front l’auréole qui naissait à celui de Zia s’estompe.
Raja lui plaisait, toute pensée articulée avait fui son corps pendant l’accouplement : une bête ! Il s’était laissé commandé par son cerveau archaïque. Le premier poulain qui naîtrait des flancs de Raja serait à la fois son premier héritier et, peut-être, son rival. Mais, la planète aurait encore de nombreuses rotations à effectuer autour du soleil avant de songer à une succession et il faudrait prouver sa valeur.
Il aimait la brutale transition entre la peau nue du torse de sa compagne et la robe fine et irisée de sueur de son corps souple. Du doigt, il suivait la ligne et s’amusait aux tressaillements involontaires des muscles sensibles. La pointe des petits seins fermes de sa compagne ardait comme framboise. Raja s’appuyait du coude sur le creux de ses reins que des spasmes parcouraient encore. Elle était une charge légère. Leur souffle à tous deux reprenait un rythme normal. Ils savouraient l’instant.
Raja, la première, rompit le silence. Ils n’avaient pas échangé un mot. Jamais. Elle demanda s’il savait où se trouvait le reste du groupe ; il répondit que les vieilles femelles retrouveraient leurs traces, leurs huit sabots avaient imprimé dans la tendre herbe printanière un sentier bien plus lisible que les routes compliquées de leurs migrations saisonnières.
Il avait plu les jours précédents, quelques nuages couraient encore dans le ciel. Leur expérience des cycles de la nature permettait au couple, allongé dans l’herbe, de deviner que ce seraient les derniers avant longtemps. Les flancs de la jeune centaure afficheraient une courbe conséquente avant qu’ils ne reviennent, et d’ici là, leurs incessantes pérégrinations les auraient menés par de savantes boucles aux sources du fleuve d’où la légende disait que l’histoire de leur peuple était née.
Un éclair fit dresser la tête de Raja. La saison des orages n’était pas de mise. Ce n’étaient pas ces nuages résiduels qui allaient devancer la fin de l’été et l’éclair avait jailli de la ligne d’horizon. Son compagnon perçut l’inquiétude. Il releva la tête et la tourna dans la direction vers laquelle portait le regard de la jolie cavale.
Ils se dressèrent sur leurs sabots.
A plusieurs heures de galop, au couchant, une troupe se déplaçait. Les rayons du soleil se réfléchissaient sur de fines éclisses qui barraient le poitrail des inconnus. Celui qui n’a jamais vécu — s’il en est — en ces siècles où l’air avait cette pureté originelle qui permettait de distinguer jusqu’aux limites extrêmes le moindre détail ne comprendra pas la précision des images que perçurent les rétines des deux centaures. Ceux qui chevauchaient en tête avaient l’air ténébreux, la sueur perlait à leur front, leurs dents jaunes qu’un rictus d’effort dévoilait étaient serrées, mais l’horreur qui venait de faire vaciller les membres de Raja et Zia ne gisait pas dans cette vision-ci.
Suite par PHIL :
Une fois de plus, Angélique referma le fichier. Voilà deux mois qu’elle avait n’avait pas touché au texte. Elle en était au chapitre 67, ce n’était pas rien. Pas loin de deux cent pages. Mais voilà qu’elle ne parvenait pas à poursuivre.
Elle venait de relire les quelques pages composant ce fameux chapitre 67. Elle était assez fière de ses trouvailles, il faut bien l’avouer. Par exemple ces fines éclisses barrant le poitrail des inconnus… Elle se sentait découragée, pourtant. Elle n’avait soudain aucune idée de la matière dont seraient faites ces éclisses. Du bois ? Le soleil ne s’y serait pas réfléchi. Ou alors du bois encaustiqué ? Un léger sourire lui vint. De l’acier ? Allons donc. En ces temps où l’air avait encore sa pureté originelle, l’acier n’existait pas, pas plus que tout autre métal à vocation guerrière. Alors quoi ? Bien sûr, les aventures de ses centaures attestaient qu’on nageait là en pure fiction, elle avait donc le champ libre pour laisser libre cours à son imagination, ce dont elle ne s’était pas privée depuis le premier chapitre. Pourtant il lui semblait soudain qu’elle se heurtait à des problèmes insolubles d’anachronisme.
Elle regarda pensivement l’écran. Elle eut même la tentation d’effacer purement et simplement le fichier. Des mois de travail annihilés en un clic de souris, cela faisait tout de même réfléchir. Ou alors il lui faudrait reprendre la rédaction de ce chapitre 67 afin de pouvoir enchaîner plus aisément.
Oui, parce que ce serait dommage de tout détruire. Elle était tout de même fière de ses trouvailles. Ne serait-ce que pour ce chapitre le plus récent, elle était allée jusqu’à exhumer du Littré des termes tombés en désuétude depuis des lustres, tel ce verbe « arder » dont avec délectation elle animait les seins de la jeune centaure.
Elle sourit encore. Elle s’étonnait elle-même d’avoir mis en scène un couple aussi conventionnel. De centaures, certes, et on n’en rencontrait guère couramment. Y compris en littérature. Mais tout de même, cette histoire de grand mâle protecteur et combatif, et de femelle vierge et néanmoins voluptueuse dès la première étreinte, qu’est ce que c’était convenu ! Cela ne lui ressemblait pas du tout. Physiquement, elle n’était pas plus grande que la majorité des autres femmes, et les talons hauts sur lesquels elle aimait se jucher n’y changeaient rien. Toutefois, dans le couple qu’elle formait avec son François, c’est à elle que revenait le rôle protecteur et combatif. Il lui arrivait même, lors de leurs ébats, d’user avec lui d’arguments assez pénétrants. C’est ainsi qu’elle voyait les choses : elle était l’élément dominant, et c’était, lui semblait-il, en cohérence avec son activité de tueuse à gages (dont François ignorait tout, bien évidemment, et heureusement pour lui). Il n’y a qu’avec ses futures victimes qu’elle se donnait volontiers des airs de femelle soumise. Et encore.
Angélique eut soudain une idée : elle pourrait mettre en scène quelqu’un comme elle, une tueuse armée jusqu’aux dents qui viendrait semer la panique au royaume des centaures, même que la vision d’horreur de Raja et Zia, ce pourrait être ça, et foin des prétendus anachronismes. Elle pensa fugitivement à rouvrir le fichier. Finalement elle s’abstint. Elle venait de voir l’heure dans le coin en bas à droite de l’écran. Il était largement temps qu’elle se prépare à sortir. L’écriture, c’était bien joli, mais ce n’était qu’un hobby relaxant et ça ne payait pas. Son job était ailleurs. Et justement, elle avait du boulot. Un yuppie qui s’était cru autorisé à doubler son boss. Il fallait dessouder sans tarder.
Suite de MAP (Joye)
Pressentiment
Chéri, veux-tu aller voir si tout va bien pour les enfants.
Cet avion a l’air bizarre. Tu ne trouves pas qu’il vole trop bas ?
Suite par Joye :




