29 mai 2021

Ont débar...quai

pas cons

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Laura ; Lecrilibriste ; JAK ; Emma ; Walrus ;

Vegas sur sarthe ; Clio101 ; Kate ; Vanina ; Pascal ;

Joe Krapov ; joye ; bongopinot ;

 

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Un chapitre Phare par bongopinot

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Sur un quai de gare

Entre bruit et foule

Un homme à l’écart

Qui se roule en boule

 

Il n’attend personne

Il sirote son vin

Les téléphones sonnent

Les gens attendent le train

 

Lui, ne dérange personne

Recourbé dans son coin

Quand une voix raisonne

Celle d’un jeune gamin

 

Leurs regards se croisent

L'enfant lui dit bonjour

Tous deux s’apprivoisent

La mère du gosse accourt

 

Elle est apeurée elle crie

Elle arrive à leur auteur

Son visage s’éclaircit

Et arrive la stupeur

 

Puis ses bras s’ouvrent à cet inconnu

Qui ne s’attendait pas à ça

Elle pleure elle bafouille elle sourit

Sa voix se libère et elle hurle PAPA

 

Sur ce quai de gare

S'écrit une histoire

Un chapitre phare

Au gout de victoire

 

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Au quai, on y va... (joye)

J’ai pensé qu’il valait mieux

Singer un beau texte si vieux,

Je n’aurais pas eu le cœur de l’inventer…

Mais j’entends venir minuit

Mais j’entends venir minuit

Faudra bien que je l’envoie sans hésiter.

Je peux bien vous imaginer

Tous chantant, là-bas, pareil

Sur le quai dans la cohue des textes à lire.

Et j’entends venir minuit

Et j’entends venir minuit

Que c’est triste un texte qui rest’ra inédit...

 

J’ai voulu chanter ces vers.

J’ai failli être sévère.

Mais vous voyez que j’ai pas pu me retenir.

Que c’est loin toute cett’ folie !

Que c’est loin la francophonie !

Aurai-je jamais la chance de revenir ?

 

J'ai pensé qu'il valait mieux

Vous chanter depuis mon pieu

Et  je sens que maintenant c’est le vrai défi.

Et j'entends venir minuit,

Et j'entends venir minuit.

J'attendrai de vous tous lire

Jusqu'à samedi.

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Aux trous ! (Joe Krapov)

La mémoire est un quai envahi par la brume…
Je ne me souviens pas des beaux yeux d’une fille
Qui m’aurait vouvoyé, moi qui étais voyou.
Je l’aurais embrassée ? Tu peux dormir tranquille,
Je n’suis pas d’ce genre là car j’aim’ pas qu’on m’allume !

C’est pas moi qu’ai fait l’coup !
La mémoire est un quai envahi par les trous.

La mémoire est un quai peuplé par des orfèvres.
A beau m’interroger qui veut je ne sais rien
De ce beau tralala dont la fille de l’air joue.
Pourquoi dirais-je tout, moi qui suis un vaurien
Et préfère me taire en un monde sans fièvres ?

C’est pas moi qu’ai fait l’coup !
La mémoire est un quai envahi par les trous.

La mémoire, à la fin, trop interrogée, flanche.
Elle ne connaît plus que bribes de chansons,
Perd toute retenue à la sortie d’écrou.
Pourquoi nier, inspecteur, les côtés polissons
Avec lesquels ce jour j’aurai brûlé les planches ?

C’est pas moi qu’ai fait l’coup ! C’est Dranem !
La mémoire est un quai envahi par les trous.

200817 Nikon 135

Photo prise à Pont-Croix (Finistère) en 2020

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Le quai 260521 (Pascal)


Posé sur son canapé, il regardait assidûment la télé, la vie tumultueuse des couples par ces feuilletons rabâchés ; sans doute y cherchait-il la sienne, à travers la profusion des situations vaudevillesques. Il participait, même, se faisant l’ami pixel de l’une ou l’ennemi juré de l’autre. Véritable scénariste, il connaissait les répliques par cœur comme s’il avait écrit le script lui-même. Par petites touches de présence, je l’extirpais de son monde « meilleur » ; j’arrivais à lui parler de choses et d’autres, de ces événements du passé et de l’avenir, sans jamais approfondir les sujets. À mes questions plus pointues, il répondait tardivement comme s’il allait chercher très loin des réponses dans les tiroirs percés de ses souvenances. Parfois, il n’avait rien à dire parce que toute sa mémoire semblait s’être totalement écoulée…  
Pourtant, il pouvait se rappeler d’un infime détail avec une précision d’horloger minutieux ; à mesure qu’il en parlait, il prenait forme devant ses yeux comme si le théâtre de ses réminiscences réveillait le personnage qu’il avait exhumé. Tremblantes, ses mains, tout esquintées par des bleus de perfusions et des prises de sang à répétition, s’animaient en tenant cette marionnette au bout de ses ficelles de souvenir. Il s’éclairait, mon pote ; avec quelques clins d’yeux, quelques jurons et quelques bras d’honneur, il sonnait le glas de son pantin, et il buvait péniblement un coup d’eau pétillante, pour mieux le roter…  

Tout à coup, pour je ne sais quelle raison, il pianotait sur son portable à la recherche d’un numéro d’urgence, comme si sa pensée s’était brutalement arrêtée sur quelque chose d’essentiel. En général, et tout le temps, c’était sa fille, à la fois infirmière, secrétaire, chauffeur, ménagère, pourvoyeuse du frigidaire, qui répondait à ses doléances soudaines et impérieuses. Il palabrait avec elle à voix basse, il lui racontait des petits secrets, il réclamait des certitudes sur son emploi du temps ; entre les femmes de ménage, sa kiné, les soignant(e)s, ses rendez-vous avec ses toubibs, les radios, les examens, et tout le tremblement, il faut dire qu’il avait de l’occupation…

En HAD depuis des semaines, sa grande table de salle à manger était totalement remplie de pilules, de seringues, de boîtes, de cachets de toutes les couleurs. À moitié assommé par tous ces médicaments, il repartait dans ses limbes tourmentés. Parfois, avec ses yeux ronds, il me regardait fixement, cherchant à mettre des réponses sur mon image, mais il se ravisait ; si j’étais à côté de lui, c’est qu’on devait se connaître, et ça lui suffisait.
Quand il se levait pour aller aux WC, cela devenait le parcours du combattant ; chaque pas était une épreuve, chaque mètre une victoire, chacun de ses repères atteint, un îlet de salut. Si jeune soixantenaire, de le voir si fragile, si dépendant, il me faisait de la peine, mon pote ; lui qui gravissait les montagnes, qui traversait les océans, qui combattait les hydres, qui délivrait les princesses, tremblant dans son déambulateur, il n’était plus qu’un indigent grabataire…

Je passais le voir deux fois par semaine ; même rempli de courage et de volonté, il déclinait, mon pote ; la chimio le déglinguait. J’essayais de le bousculer, de le faire sortir de chez lui, juste pour marcher un peu et profiter du soleil. Mais non, la douleur et la maladie le bouffaient ; s’il n’avait pas l’habitude de se plaindre, je savais que les grimaces qu’il laissait échapper de son visage, ce n’était pas franchement de la rigolade. Avoir mal tout le temps en sachant la fin inéluctable, quel plus terrible purgatoire ; la rampe y est tellement glissante, les escaliers y sont terriblement abrupts et la lumière, la belle lumière y fait cruellement défaut. C’était frustrant de rester à côté de lui sans pouvoir rien faire que de souffrir par une intense empathie…

Alors, je réveillais un autre souvenir où il était naturellement le héros : à la pêche, au foot, au boulot… Il avait tellement combattu pour la veuve et l’orphelin, pour l’honneur et la justice, la droiture et la dignité, mais à travers toutes ces années d’excès, son véritable ennemi, maintenant, c’était lui.
Ha, ha !... Un moment, il retrouvait le sourire ! Il était le premier, le plus fort, le plus magnanime ! D’ordinaire ballants, ses bras fluets et constellés de taches brunes s’agitaient pour rajouter encore à son souvenir le volume de son emphase !
Tout revenait ! Il riait même, il riait d’un de ces rires nerveux, que cela ne peut pas être la joie qui le commande. Dans l’emportement de la conversation, je lui dis que Léonard Cohen était décédé ; telle une huître en danger, son visage se referma si vite. De sa télé toujours allumée, il le savait, et pour mon bête rappel, les quelques larmes ravivées qui coulèrent sur sa figure racontèrent, à elles seules, guitare, musique, veillées, jeunes années, et tout ce qu’il avait découvert avec un de ses musiciens préférés…  

Dans la brouillasse d’un rêve comateux, souvent, je vois mon pote attendre sur un quai de gare ; je sais que c’est lui car il vient hanter l’aube de derrière les volets. La brume, la pâleur du jour, les frissons, la joie d’être ensemble comme deux gamins préparant leurs bêtises, ce sont les mêmes moments que ceux qui nous emportaient jadis à la pêche.
Debout, bien rasé, tout propret, une petite valise à la main, patient, il attend son train. « Qu’est-ce que tu fous là ?... », lui demandé-je. « J’embarque !... », me dit-il, jovial, en astiquant ses godasses avec le revers de son pantalon. « Mais qu’emportes-tu dans ta valise ?... », « Ce sont des partoches de Cohen… », me répond-il. « Tu comprends, si on fait un bœuf, tous les deux, il faut que j’arrive à le suivre !... », insiste-t-il, en souriant. « Et ta guitare ?... », « Il m’en prêtera une, la mienne n’est plus accordée… » Je suis content qu’il me réponde, mais je suis quand même un peu inquiet, car cela fait plusieurs mois qu’il n’est plus de ce monde…

Le train arrive ; il fait un bruit… de paradis. Dans les fenêtres, je reconnais quelques visages ; lui, il les connaît tous ! Sa maman, son grand-père, ses oncles, ses tantes, une ribambelle de musiciens ! Cohen !  Il y a même ses chiens !... Il escalade le marchepied avec une aisance extraordinaire, mon pote. « Tu montes ?... », me dit-il, à chaque fois, en se retournant… Souvent, je me demande ce qui me retient sur cette terre, quelle est l’attraction qui peut encore m’enchanter, quelle est la femme qui peut encore me séduire. Heureusement, quand ce rêve me revient, le soleil vient toujours illuminer les interstices des volets, en éclairant la chambre d’ombres dansantes et de lingots d’or empilés, pour réfuter toutes mes envies de glissade. « Ce n’est pas mon quai… », lui dis-je, presque à regret. Il insiste, un instant, en s’écartant sur la margelle, comme quand on se faisait une petite place pour s’asseoir ensemble sur le même bout de rocher. Enfin, il pousse sa valise à l’intérieur, me fait signe d’un salut de pote et il va chercher les bras ouverts des congratulations aimantes de tous ses hôtes. Je crois qu’il est bien, là où il est, c’est son message revenant. C’est souvent le bruit du train qui s’en va, qui me réveille ; c’est le camion poubelle qui passe dans la rue…

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Un choix qua(i)siment impossible (Vanina)


Comme toujours le temps me manque. Cette fois, pour vous parler des quais de Paris.

J’hésitais entre vous décrire, photo à l’appui, le Quai Saint-Bernard qui accueille le Musée de la sculpture de plein air et en son sein le Jardin Tino Rossi dans lequel j’ai assisté à un cour de danse latine, du tango.
Ou vous conter le Quai de Jemmapes et son Espace du même nom, un théâtre dans lequel j’ai applaudi nombre d’artistes, certains de ma famille. Ce quai devient Valmy et au croisement de la rue Lucien Sampaix, il y a L’atmosphère, un bistrot qui fait référence au film L’Hôtel du Nord où nous aimions nous retrouver après le spectacle.

Avez-vous déjà assisté à un spectacle sur une péniche ? Je pense à la Péniche-Opéra stationnée sur le Quai de la Loire. Papa y travailla comme marionnettiste, entre autres dans: "Opéra-Louffe" ou encore "Wagneromanie-Wagnerophobie".

Fichu temps qui file bon train... Quais de gare... Trop de quais me reviennent en mémoire.
Finalement je choisis cette illustration du quai du Tram de Croix, près de Lille, qui déjà fût mis en ligne pour le blogzine "Fanes de carottes" en 2008, bientôt 13 ans -je vous le disais, le temps passe trop vite-.
D’aiguillage en aiguillage, de quai en quai, la vie est un train, parfois omnibus, parfois TGV.

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Quitter le quai (Kate)

 

Ma chère Sarah,

Quelques temps que je ne t'ai pas écrit, les jours passent et filent, plus ou moins semblables. Je sais que sa "nuit chez Côme" s'est bien passée et qu'il a eu un accueil des plus agréables, qu'il a beaucoup de travail ici ou ailleurs...

Samedi, train tôt pour voir Grégory à Paris, oui, non, je ne sais pas, peut-être... revoir Grégory, revoir Paris ?

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J'ai ai parlé à mon collègue... et ami, Nestor, qui m'a aussitôt proposé de m'emmener à la gare. Non, ça ne le gênait pas, il partait dans cette direction aussi. Bon, j'ai réservé, bouclé mon sac vite fait. J'ai mal dormi et Nestor était à l'heure convenue en bas de chez moi. Tiens, sans cigarette ni même vaporette. Il a mis mon bagage dans son coffre où son cartable côtoyait son sac de sport, son matériel photo et ses bottes.

Il a voulu m'accompagner jusque sur le quai et porter mon sac, ça m'a rappelé mon père à Clermont, il y a si longtemps... Le train n'était pas encore à quai et il a proposé de l'attendre avec moi. J'ai dit non, ça va, merci.

Le train a été annoncé avec un quart d'heure de retard et il est resté me tenir compagnie en me racontant un peu sa vie, pour une fois...

Depuis des années il n'était pas venu accompagner quelqu'un sur le quai d'une gare et la dernière fois...

- Oui, la dernière fois ?

Je n'ai pas eu à insister pour qu'il raconte son mariage qu'il a pris soin dès le début de qualifier de naufrage.

Si, très tôt, rien n'allait pour Silvana (anorexie ou boulimie, sautes d'humeur, rejet de tout, angoisse de la mort, repli sur soi, phobies diverses, épisodes violents), il ne l'a pas vu tout de suite ou n'a pas voulu le voir ou a pensé qu'il allait pouvoir la changer ; ça lui a pris du temps pour la connaître au-delà de la belle image qu'elle renvoyait : charmante, charmeuse, passionnée, brillante journaliste.

C'est surtout le détachement envers leur bébé qui avait commencé à l'alerter mais il mettait ça sur le dos du "baby blues", du surmenage, de l'envie de plaire d'une femme aussi belle. Quelques années ont passé et les parents de son épouse, qui habitaient Bordeaux, se sont beaucoup investis, répondant toujours à l'appel. Silvana allait régulièrement passer des vacances chez eux et depuis quelques mois, elle n'emmenait plus leur fils. C'est la mère de Nestor qui venait pour l'aider à m'en occuper.

À ses retours, Silvana allait mieux et la vie reprenait son cours, plus ou moins cahotique mais la vie de famille passait avant tout. Et puis, elle a vite parlé de repartir voir sa mère qui, semble-t-il, n'allait pas bien...

- J'étais partagé. Encore seul, encore la galère.. j'ai dit on en reparle ce soir. C'est l'appel d'une femme habitant Bordeaux, que je ne connaissais pas, qui s'est présentée comme...

- La femme trompée ?

- Oui, c'est ça, et elle m'a accablé de détails que je ne demandais pas.

J'étais sidéré, je ne pouvais plus parler mais tout me sembler subitement si clair, moi qui n'avais rien voulu voir... J'ai dit juste merci et j'ai raccroché et mis immédiatement son numéro en liste noire, j'étais comme en mode "pilote automatique", j'avais l'impression de flotter au-dessus de moi et quand j'allais parler, ma voix aller me sembler celle d'un autre...

Mais je suis vite redescendu sur terre.

Le soir même, après le repas, je lui ai dit d'accord Silvana, tu peux partir après-demain vendredi si tu veux, je te déposerai à la gare avant d'aller au lycée.

Elle m'a remercié en me disant que j'étais compréhensif. Oui, c'est vrai, j'avais compris, enfin !

À six heures, je l'ai réveillée, elle est sortie fumer. Je lui ai préparé du café, lui ai fait avaler une tartine et je l'ai aidée à boucler ses deux grosses valises, je te passe les "tu comprends, je pars pour quelque temps, en plus j'ai des reportages et des interviews avec untel et untel..."

À sept heures, elle dormait presque quand je l'ai embarquée avec armes et bagages mais moi j'étais bien réveillé. Je l'ai conduite sur le quai et j'ai attendu que son train arrive, lui ai monté ses bagages et l'ai conduite à sa place réservée en lui souhaitant bon voyage. Elle m'a dit que j'étais gentil et répété que j'étais vraiment compréhensif. Quand j'ai vu le train s'éloigner, je suis parti.

Bien sûr, nos routes se sont séparées là. Elles se sont recroisées un mois plus tard quand elle a m'a annoncé son retour définitif mais j'ai dit non, c'est fini, je pars et je suis parti, un peu à zéro.

Déjà plus d'une demi-heure qu'on était assis sur ce banc sur le quai quasi désert.

- Vous attendez le train pour Paris ?

J'ai répondu oui machinalement au contrôleur qui m'a expliqué que suite à un accident il n'y avait pas de train ce matin. C'est pour ça qu'on était seuls sur ce quai. J'ai fait un texto à Grégory en lui expliquant de ne pas m'attendre et je me suis excusée auprès de Nestor pour le retard que je lui avais fait prendre pour son départ en week end.

On a quitté le quai.

Il était dix heures, on a bu un café en face de la gare et il m'a proposé non pas de me raccompagner chez moi mais de l'accompagner en Camargue où il avait réservé une chambre chez des amis qui ont un ranch et des chambres d'hôtes. Il suffisait juste d'un coup de fil pour savoir s'il leur restait une chambre.

Mes yeux ont dû parler pour moi car sans qu'un son puisse sortir de ma bouche, il a sorti son portable.

- Allô ? Oui, c'est Nes. J'arrive pour midi. Il te reste une chambre pour une amie ?

Changement de cap, Sarah, cap au sud vers le ranch, les chevaux, la mer, les oiseaux, les grands espaces, un rêve...

Je te souhaite tout le bonheur du monde, chère Sarah, porte-toi bien, je t'embrasse,

Ta cousine Marianne

 

 

 

 

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De quai à quai (Clio101)


     Il attendait sur le quai Malaquais. Il attendait, je ne sais quoi. Certains diraient : Godot, d’autres un bateau. Son esprit , lui semblait-il, devenait nébuleux et embarquait sur d’autres rives. Son regard se perdait dans les vagues de la Seine, dans les taches de lumière du soleil couchant qui se reflétaient sur l’eau, telles des paillettes d’or entraînées par le courant.
     Ces grains lumineux, songeait-il, coulent avec le fleuve vers la mer et moi, que fais-je ? Je reste là, j’erre sans but dans les rues et je n’accomplis rien. Depuis ces malheureux événements d’il y a deux mois je ne fais que tourner en rond. Je devrais agir mais je n’y parviens pas. Allons  !
     Il se remit en route.
     Le dos voûté, les mains courbées, les joues tombantes, il semblait porter sur lui un poids démesuré.
     En suivant le mouvement des quais il atteignit le Pont Neuf puis pénétra dans le square du Vert Galant.
     Il vint s’asseoir au fond du parc, là où sa forme se rétrécit jusqu’à prendre la forme d’une proue de navire. Les vagues légères qui longeaient la jetée et le dessin du courant en sens inverse lui donnaient l’impression d’être réellement sur un pont de bateau. Il ferma les yeux et s’imagina à bord d’un voilier sur une mer lointaine, le regard fixé sur l’horizon, découvrant, à mesure qu’ils se dévoilaient à lui, des paysages majestueux, des monuments témoins de splendeurs passées et des personnages ayant de fabuleuses histoires à raconter.
     Et moi, que fais-je ? songea-t-il en sortant de sa rêverie. Tant d’autres avant moi ont connu péripéties et difficultés mais ont choisi de combattre parce qu’ils croyaient en quelque chose. Et moi je soupire et je me plains et je m’apitoie sur moi-même. Si ici je n’ai pas rencontré ma chance, alors je dois m’en aller. Qu’importe l’inconnu et qu’importe le doute mais que mon aube se lève !
     Le soir même il se trouvait sur un quai de gare et embarquait pour autre part.

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Murphy et la Bête humaine (Vegas sur sarthe)


Si vous ne me croyez pas faites donc l'essai. Allumez une cigarette sur le quai d'une gare et vous verrez arriver votre train à la première taffe.
Ou bien entamez un pan bagna tomate-oeuf dur-mayonnaise et vous le verrez arriver à la première bouchée.
J'en étais là de mes réflexions inspirées de la loi de Murphy quand il est arrivé dans mon dos, crachotant et vapotant telle la Bête humaine de Flaubert.
Zola ? Si vous voulez.
En tout cas je l'attendais devant et il est arrivé par derrière, perfide, vicieux, ricanant du bon tour qu'il m'avait joué.
Il n'existe rien de plus traître sur terre qu'un quai, à part peut-être deux quais.
Ce trottoir grouillant de pékins encore endormis qui le quittent croisant les pékins fatigués de la nuit qui y descendent me donne la nausée comme disait Camus.
Sartre ? Si vous voulez.
Mais c'est à mon avis l'invention la plus tordue qu'on ait produite depuis le chemin de fer.
Heureusement qu'un quai ne possède que deux bouts car vous attendrez toujours au mauvais bout du quai la voiture qui vous nargue au bon bout du quai … c'est le bouquet !

Alors il fallait bien que ça m'arrive.
J'éteins ma clope et prenant mes jambes à mon coup, je suis le troupeau jusqu'à cet obstacle qui porte bien son nom – le tournis-quai – cette roulette russe qui tournique dans le sens opposé à toute logique.
J'en ressors essoré; par bonheur le faux plat est descendant entre le hoquet et le baquet.
J'avise un préposé au quai – OK – vêtu d'un paletot-quai couleur corail ou saumon fumé.
Le type est déjà bien chargé à cette heure matinale; sans vouloir porter de jugement il doit fonctionner au Martini-quai.
Pas le temps de lui faire un discours : »Voiture 2 siouplait ?»  
La réponse du professionnel tombe comme un couperet ou une machette : « C'est tout d'oit »
J'ai une veine de cocu que le quai ne tourne pas à angle droit ou pire à angle gauche.
Dans ma course haletante je distingue le suave message de Simone – la voie ou plutôt la voix de la SNCF – dans les haut-parleurs : « Attention à la fermeture AUTOMATIQUE des portes »
Je hais le mot automatique ; il a dû être inventé en même temps que la loi de Murphy.
L'autre mot pour automatisme c'est asservissement, ça convient bien à la situation et c'est pourquoi l'esclave que je suis n'a d'autre option que stopper sa course folle à Mickey c'est à dire au milieu.

Le temps de sortir un mouchoir, la Bête a quitté son port d'attache.
Je n'avais jamais remarqué à quel point un wagon de queue peut être moche, même un wagon de queue de mi-quai.
Je m'éponge le visage puis je rallume aussitôt ma cigarette … on ne sait jamais. Je ne perds rien à essayer jusqu'à ce que le type au paletot-quai couleur saumon fumé me file au train pour me réciter l'article 8 du décret 2016-541 selon lequel les quais sont non fumeurs et que l'amende forfaitaire – la SNCF ne mégote pas – s'élève à 68 euros !
En fin négociateur, je parlemente, je me présente, on échange nos patronymes.
Le type s'appelle Murphy !
Si vous ne me croyez pas faites donc l'essai.
 

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Au bout du quai les ballots (Walrus)

 
L'expression m'est venue comme ça et je me suis penché sur son origine et, par voie de conséquence sur mes souvenirs...

Et je suis remonté jusqu'à l'époque des trains à vapeur pour voyageurs et... de leurs fourgons à bagages en queue de train.

Je n'ai pas une très grande expérience des trains actuels mais il me semble qu'il n'y a plus tout ce remue-ménage en bout de quai où des képi-boys trimbalaient des marchandises sur des charrettes à bras dans les petites gares sur de petits charriots électriques traînant des wagonnets dans les plus grandes.

Du coup, je me suis rappelé qu'un jour je suis monté dans un de ces fourgons : j'étais arrivé quand le train démarrait et le convoyeur m'avait fait signe : j'avais jeté mon cartable dans le fourgon et il m'avait hissé dedans d'une poigne vigoureuse. Essaie ça aujourd'hui et tu te retrouves en taule (sauf qu'aujourd'hui, y a plus de fourgon et y a des portes à fermeture automatique).

Je me suis également rappelé que quand nous partions en vacances à La Panne pour le mois de juillet (dans des locations où il fallait apporter le linge de maison) nous expédions nos bagages et même nos vélos par le train, question de voyager léger. Nous les déposions à la gare en échange d'un bordereau, on y accrochait des étiquettes (collées sur un support carton avec de la colle d'os, un machin gluant et brunâtre qu'il fallait réchauffer au bain-marie)  et nous les récupérions à la consigne de la gare d'Adinkerke en échange du dit bordereau.

Pris d'un doute subit, je me suis connecté sur le site des chemins de fer belges et... horreur, ce service est aujourd'hui inconnu !

On n'arrête pas le progrès !

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