19 juin 2009
tiniak #65
Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce
voyage. Alors je me suis recouché sans avoir fait un seul bagage. Je me
suis dit : "...tout compte fait, pour en profiter davantage autant
rêver y être allé..."
Et, sans plus de remue-ménage, j'ai ronflé sur mon oreiller.
texte moins triste comme a proposé Papistache (Joye)
OUPTH3
Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage.
Thurtout parthe que en tombant du lit, je me thuis mordu la langue, et
tha fait thuper mal. Et puis, en allumant, je me suis cogné la main
droite et
maitnenantjenepeuxplusutilitherlepouthepourfairedesthépathesentapant. En
éthayant de me thouvenir de mettre lethépathes avec mon pouthe gauche, j
'ai trop penché thur mon clavier, et merde, mes lunettes thont tombées
et la lentille gauche est craquée et j3 n3 vois plus ri3n et j3 n3 thais
plus m3ttre les b0nn3s l3ttr3s, tapant comm3 j3 fais à l'av3ugl3tt3.
Oupth3, minut3, t3l3phon3 !! OOOOOOOOOOOOOOOOOOOoooouill3 ! Mard3, m3
thuis foul3 la ch3vill3, oh noooon, j3 n3 p3ux plus march3r, jamais j3
ne pourrais mont3r dans l'avion ! allô, allô, Papithath3 ? Papithath3
thi tu p3ux m'3nt3ndr3, j3 vais devoir r3m3ttr3 mon voyag3.allô
Papithath3 ? Y a k3ku'un,oh non,oh non, th'3st un tornad3, il va y avoir
un3 coupur3 d'3l3trici
Consigne 65 (rsylvie)
….Innocente Nadine, qui ne sait pas que l’Homme n’est pas bon par nature. Et qu’il arrive qu’elle soit parfois, bien cruelle avec qui se joue d’elle.
Les draps à peine défaits malgré un sommeil agité,
les pieds dans le vide, assise sur le rebord du lit,
les yeux encore emplis des cauchemars de la nuit
,
Nadine est songeuse.
Elle s’habille sobrement, il ne faut pas attirer l’attention..
Le tailleur couleur taupe, que lui a porté sa mère devrait faire l’affaire.
Elle doit être irréprochable, afin de ne pas semer le trouble face au jury.
................................
...............................
Mais surtout chasser les images
de la nuit.
-"Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage." Répondit-elle à l’homme en noire, qui l’interrogeait depuis bientôt une heure.
« Jamais je n’aurais du me lancer dans pareille aventure.
Seulement voilà…. je l’aimais dit-elle à demi mot. Et puis
j’étais tellement contrariée de ce que j’avais appris, qu’il me fallait en avoir le cœur net.
Le prendre sur le fait.. je n’avais plus que cette obsession en tête.
Alors OUI monsieur le gendarme, je l’ai suivi. Mais je vous jure,
je n’ai participé à rien !
j’attendais
le moment propice pour me montrer et devant le fait accompli, lui faire
avouer sa double vie, et peut-être revenir sur le droit chemin. Quand
soudain des coups de feu, et là tout est allé si vite ».
-« Je n’en crois rien. Pas un mot ne sonne juste dans cette histoire.
Sa complice, vous êtes tout bonnement sa complice » !
-« Mais non, monsieur l’agent, je vous jure que non. Je ne savais rien de ses affaires avant ce vendredi 19 juin où je l’ai surpris avec son acolyte, se donnant rendez-vous le lendemain pour le casse du siècle, disaient-ils.
La dame devait être seule, le mari parti jouer au bridge avec ses amis les membres du conseil municipal….
Tenez,vous n’avez qu’a consulter la presse locale. Vous y trouverez l’article de la Demoiselle Rsylvie. Elle y relate toute mon histoire. Du 1er épisode à ce jour… »
-« N’essayez pas de nous embobiner avec cette rocambolesque histoire, inventée de toute part, par cette journaliste qui n’a pas plus de crédit qu’un roman photos !
Allé ma p’tite dame, avouez
et nous passerons au dossier suivant. Bien plus sérieux que celui-ci,
qui ne fait que me faire perdre mon temps, que j’ai précieux
d’ailleurs…
-« Mesdames… messieurs, la coure !
Accusée levez-vous !
Compte tenu des faits.
Compte tenu de votre impossibilité à justifier les faits qui vous sont reprochés,
La dénommée Nadine est reconnue coupable du cambriolage survenu au château d’0, ce samedi 20 juin 2009 ».
Effondrée, en larmes, Nadine s’écroule et tombe à terre. Emportée par les pompiers, elle se réveille dans une
petite
salle jouxtant le palais. La pièce aux murs délavés est froide. Malgré
les rayons du soleil qui essaient de passer au travers du grillage,
rien ne réussit à atténuer l’atmosphère lourde et froide de l’endroit.
Soudain, venant de l’extérieur un rire d’enfant brise le silence.
Pierre, Paul Jacques et les autres ….
Nadine comme électrisée se sent revivre.
Ses enfants, cadeaux de la vie…
Pour eux, rester de marbre face aux vociférations de l’accusateur.
Ne pas céder à la pression. Etre forte et se battre pour
ne pas rester en prison à la place de celui qu’elle croyait être son double.. en qui elle avait mis toute sa confiance, et qui l'a laissé croupir là, seule, sans nouvelle de ses chers petits, alors que lui menait grande vie.
Oui c’est ça, faire éclater la vérité au grand jour. C'en était assez de l'innocence, de la naîve Nadine qui croyait tout ce qu'on lui disait. Elle allait se battre, pour ses enfants, pour elle, pour toutes celles qui n'en avaient pas la force.
Alors de sa cellule, Nadine se mit à écrire son histoire. Celle d’une Femme qui avait cru à l’amour d’un Homme, vite rattrapé par ses démons.
18 juin 2009
Attaquer là où le bât blesse... (Caro_Carito)
Au
moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage. Il dormait
à côté de moi, ses longs cheveux blonds emmêlés. Je savais que si je remuais
d’un millimètre, son corps brûlant se collerait à moi. Je m’étais maquée avec
lui parce que c’était un aventurier, le gars qui fait le tour du monde à vélo,
escalade un versant schizoïde de l’Annapurna et affronte les vagues d’Hawaï pour
se déstresser. Après une soirée chez Véro, éclairés par la vodka blanche et
quelques passes épicées, nous nous étions promis une balade jusqu’au-boutiste à
travers l’Europe jusqu’à flirter avec les nations Baltes, la Macédoine et qui
sait la Russie. Illico, j’avais mentalement préparé un bagage léger et décidé de
ne pas ouvrir le moindre guide pour goûter à des horizons vierges de toute
pensée. Hier
matin, il est arrivé au volant d’un vieux fourgon. Matelas à l’arrière, réchaud,
mini frigo. Il y avait même des panneaux en papier de soie ornés de quelques
calligrammes. Un trip feng shui. Et un abat-jour festonné. Quand il m’a proposé
de faire un tour pour m’essayer à la conduite de l’engin, il ne me fallut qu’une
seconde pour deviner que le plan terres
dénudées était mal barré. Il avait soigneusement attaché ses mèches oxydées
par le large en un catogan impeccable. Son T-Shirt noir n’était même pas
froissé. Je respirais un bon coup en allumant l’embrayage. La voiture ne
toussota même pas et réagit au quart de tour. Je me sentais mal. Vu sa mine
tendu alors que j’enclenchais la première, les dents serrées par le mal au cœur,
je lui donnais deux ans à peine avant une visite mensuelle chez le coiffeur, une
amorce de cravate et un monospace diesel. Il ne pipa mot alors que je roulais
quelques dizaines de mètres en oubliant sciemment le frein à main. Qu'importe,
j’avais perçu la tension qui le vrillait, corps et esprit, sur son siège parsemé de boules
massantes. Patience.
Hier, j’ai repéré un plot opportunément masqué par un platane qui s’encastrerait
à merveille contre le pare-choc avant droit. Ajouté à une ou deux rainures et
quelques rires intempestifs pendant nos séances de bête à deux dos et je devrais
en être débarrassée avant la fin de la semaine. Juste
à temps pour profiter des dégriffés solo de dernière minute de
lastroutardvoyage.com.
Consigne 65 (Stipe)
Au
moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage. Faut dire
aussi que présenté comme ça l'était, je ne me suis pas vraiment posé la
réponse.
Ils
m'ont proposé la chaise électrique ou ça. Encore, ils m'auraient proposé le
fauteuil capitonné électrique, je dis pas que j'aurais pas poussé un peu la
réflexion. Mais là non, on est mal assis, on vous fout un chapeau ridicule puis
on vous regarde vomir la cervelle par les oreilles. J'ai donc opté pour le
choix n°2, cobaye d'une expérience dont la teneur ne me serait révélée que plus
tard. Une fois que j'aurais fait ce choix, par exemple…
Bon,
je sentais bien se profiler l'entourloupe et je me doutais qu'on n'allait pas
me demander d'aller regarder péter les poulpes ni de tester si le noir est
soluble dans le ricard. Vu que je ne suis pas noir.
On
m'a expliqué que je serai le premier à fouler le sol d'une planète hyper
éloignée. Ah par exemple, rien que ça !
On a
pris mes mesures et sur elles on m'a confectionné une combinaison en peau de titane.
Avec un chapeau ridicule. Puis on m'a expliqué que d'après des analyses
réalisées en soufflerie sur Wikipedia, cette planète semblait présenter des
conditions de mort proche de la nôtre.
J'ai
suivi un entraînement bidon pendant au moins plusieurs minutes puis le réveil a
sonné mon glas.
Ils
m'ont enfilé la combi de trucnaute, m'ont vissé le casque sur la tête tout en
m'expliquant enfin ma mission, vu que toutefois je l'avais acceptée.
Je
devais me poser sur la planète, faire quelques photos souvenirs, prélever des
échantillons du parterre et me barrer. Ils m'ont avoué qu'ils n'étaient pas
sûrs que ma fusée soit capable d'assurer les quelques siècles-lumière que
compte l'aller-retour. Puis ils m'ont chanté l'hymne et m'ont conduit à mon
véhicule.
Dès
le début du voyage, j'ai déconnecté tout ce qui était susceptible de me donner
la notion du temps. J'ai aussi débranché la radio qui m'assurait le contact
avec la base.
J'ai
dormi des tonnes de fois. Je serais bien incapable de dire combien de temps a
duré le voyage, mais au bout de la dernière nuit j'ai commencé à apercevoir la
planète par le hublot. Ils avaient été sympas de ne pas me prendre une place
côté couloir.
Je me
suis posé quelque part. J'ai ouvert la portière de ma fusée et ai posé le pied
au sol. Dans une merde. Un petit pas pour l'homme, un grand pas d'au moins un
mètre.
Le
temps que je m'essuie la chaussure et que je prélève quelques photos du sol, et
on m'avait piqué la fusée.
Puis
un bonhomme en bleu s'approcha de moi et me demanda de lui présenter mes
papiers.
J'avais
donc pris double perpète, j'étais condamné à vie et ma sentence était sans
rappel : j'allais passer le restant de ma mort à vivre sur Terre.
109 (Tiphaine)
Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage.
J’ai tendu la main. Elle était trop courte.
Et puis y’avait ces putains de barreaux…
J’aurais voulu me rendormir, mais c’était trop tard.
Dans le lit à côté, ça bougeait déjà.
Elle s’est levée la première et a éteint le réveil d’un geste nerveux. Elle s’est dirigée vers une pièce, je crois me souvenir que c’est la cuisine. J’ai entendu le café couler.
Par l’odeur alléché, il a suivi peu de temps plus tard.
J’ai voulu me redresser. Je n’ai pas réussi.
Derrière la fenêtre, le jour s’était levé.
Un de ses rayons jouait au hochet avec mon pied.
Le papier peint orange, le couvre-lit en fausse fourrure rouge, le portrait de mémé dans un cadre en perles, tout y était…
J’ai gueulé : « Bordel de merde ! J’ai faim moi aussi ! ». Mais le truc qui est sorti de ma bouche ne ressemblait pas du tout à ça. On aurait dit un clébard à l’agonie, ou une truie qu’on égorge.
Elle est arrivée. Elle m’a regardé avec un de ces sourires ! Genre Dieu : c’était moi.
Sauf que c’était juste moi.
Après, elle a ouvert la bouche, et là j’ai compris.
Elle me prenait pour un débile, pas pour un Dieu.
Il a crié de la cuisine : « Tu le prépares, faut que j’y aille bientôt, j’suis déjà en retard ! ».
Elle m’a préparé, vite fait bien fait, une experte. Ficelé en moins de deux, je risquais pas de m’échapper.
Il m’a mis dans un panier en osier, du coup je me suis demandé s’il avait pas dans l’idée de me confier au fleuve, on sait jamais, j’avais très bien pu tomber chez des mystiques ou des barjots avec la chance que j’ai…
On est monté dans sa caisse, je l’ai entendu qui disait, pour lui je crois parce que pour ce que j’en ai foutre : « on passe à la librairie, j’ai commandé des bouquins, j’en ai pas pour long ».
Il s’est garé n’importe comment, il m’a fait un signe rapide et il a disparu de mon champ de vision. Vingt minutes plus tard, il déposait son butin sur le siège arrière, juste à côté de moi.
J’ai regardé, intrigué. Qu’est-ce qu’il pouvait bien lire, lui ?
C’est là que je suis tombé sur le bouquin de l’autre Loulou de la toile, je m’en souvenais bien, il en avait parlé deux jours avant. « La grande anthologie de la science-fiction : Histoires d’extraterrestres - Le livre de poche- N° 3763 ». Oui, je me souvenais très bien, j’ai la mémoire des chiffres. « Pages 109 à 123 » qu’il avait dit. J’ai vérifié. Il mentait pas. Une histoire de serpent, encore. Toujours des histoires de serpents, le monde change pas.
Même à rebours.
C’est toujours le même monde.
Il m’a déposé chez une femme qu’avait l’air de me prendre elle aussi pour un débile profond.
C’est une manie chez ces gens, elle m’a foutu derrière des barreaux. Je sais pas combien de temps ça a duré exactement, mais qu’est-ce que je me suis emmerdé… A un moment, elle m’a apporté une sorte de bouillie dans une écuelle. A gerber… D’ailleurs, j’ai gerbé, rien que pour la faire chier. Elle a épongé en soupirant, puis elle est retournée asseoir son cul devant la télé.
Il est revenu tard, avec la gueule de celui qu’a bossé dans un bureau toute la journée et qu’a pas dû s’amuser. Il m’a remis dans le panier et on a tracé jusqu’à l’appart. Il disait rien. Moi, j’essayais même plus. A chaque fois que j’avais tenté d’amorcer le dialogue avec la mégère à la gamelle, elle m’avait enfoncé un truc dans la gueule pour me faire taire. Forcément, ça calme…
Je pensais qu’à une chose : me barrer en vitesse de là… Et je voyais vraiment pas comment j’allais faire… Ils m’ont aussitôt recasé derrière les barreaux et ils m’ont souhaité bonne nuit. Comme les poules…
Même pas, faisait encore jour.
Je les ai entendus qui causaient dans la cuisine. Il se demandait où était le bouquin. Elle disait qu’il avait dû l’oublier au travail. Vu qu’ils me prenaient pour un attardé, y’avait peu de risques qu’ils viennent le chercher dans cette foutue cage…
J’ai ouvert à la page 109 et j’ai pensé « sang neuf », aussitôt.
C’est ce qu’il m’avait promis cet abruti, ce vendeur de miracle.
« Essayez mon cher monsieur, vous ne serez pas déçu du voyage ! ».
Oh, il ne perd rien pour attendre…
Dans quelques mois, je saurai marcher.
Dans quelques années, je saurai parler.
Je sais que je prendrai option Karaté au Bac.
Je sais que je finirai bien par le retrouver.
Plus que 35 ans à attendre.
Et l’autre con avec sa tronche de cake et ses allures de médecin de mes fesses, il le sentira passer son voyage vers l’enfance…
17 juin 2009
Petit intermède proposé par Joye
Joye vous propose une petite devinette sur le thème du voyage.
Les éventuels joueurs voudront bien s'adresser à elle pour les solutions.
Moi, il n'y a que le petit pont style "Indiana Jones" que je n'arrive pas à identifier.
Je vous laisse chercher. Bonne chance !
Le réveil est dur ! (MAP)

j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage...

MAP
le rêve du Fol (Zigmund)
Il y a bien
longtemps, quand le réveil a sonné, j’ai su que j’avais eu tort d’accepter
ce voyage, et surtout que j’aurais du me méfier et lire soigneusement les
petites lignes, avant de signer en bas du contrat.
Me voilà donc sur la route, marchant,
solitaire, sorte de troubadour triste ou de Juif errant.
Je n’ai pas idée claire de ma destination,
«droit devant» peut-être, c’est assez léger comme indication.
Parfois les chiens me suivent, et je reste
indifférent à leurs tentatives de morsures.
Je n’ai pas de numéro, j’ai la valeur qu’on me
donne, et, paisible, je n’influe pas vraiment sur le cours du jeu ; neutre
ou indifférent, je traverse la vie ou la
partie en cours.
Un bâton, me soutient
dans ce voyage infini, et de mes poches peuvent s'échapper quelques
pièces. Le matériel n’est pas vraiment mon problème.
Je suis
pacifique.
Fol ou Fou, Mat ou
plus légèrement Excuse sont les noms qui
me désignent.
Mais j’aimerais
savoir ce qu’on attend de moi, et pourquoi j’ai accepté de voyager dans ce
Tarot de Marseille en signant au bas du contrat.
J’ignore si le réveil sonnera à nouveau et si je
me réjouirai de me réveiller, j’ai peut être eu tort d’accepter ce voyage, mais
je crois bien qu’on ne m’a pas laissé
le choix.
16 juin 2009
Mais pourquoi je me rénerve les nerfs, encore ? Je (r)sey pas ! (Joe Krapov )
Au moment où le réveil a sonné, j’ai regretté d’avoir accepté ce voyage que nous venions de faire. Il allait falloir reprendre le collier, regagner ma cage, côtoyer les apôtres du fonctionnalisme, retrouver la caste des reclus rationnels, ces locuteurs intarissables aux yeux comme grillagés en forme de fichiers Excel, sourds au chant et insensibles aux couleurs, les « ceusses qui travaillent plus pour avoir le plaisir de gagner plus ». Leur temps est trop précieux pour qu’on risque de les voir traîner par ici afin d’y lire ce type de récits qui venait d’emplir mes rêves :
« Houlà,
les pieds ! Le ciel est resté couvert toute la matinée. Réticent comme moi
ce matin à tâter du eggs and bacon. Pain, beurre, confiture, croissant,
pamplemousse, café et jus d’orange ont suffi à mon bonheur. Et puis en
route ! Nous sommes allés faire le plein de Figolu Crawfords au magasin
Spar puis avons acheté des sandwiches et des pommes Pink lady, mes préférées,
aux halles centrales. Ensuite direction l’Esplanade et long périple tout plat
sur la jetée sous le ciel blanc vers Saint-Aubin (3 miles) au bout de la baie.
A la sortie de ce village la petite route monte vers des hauteurs boisées.
Marina commence à peiner à cause des ampoules attrapées hier. De mon côté je me
fais « alpaguer » par une mamy anglaise à l’air
« shocking » qui me trouve « very special » parce que je
photographie les noms des maisons et les heurtoirs de portes.
-
Pourquoi vous faites ça ?
- Parce
que je suis Joe Krapov, old rouspéting lady ! Je photographie tout ce qui
ne bouge pas !
![]()

Parfois
il y a des exceptions, comme cet écureuil et ce faisan sur la route de
Noirmont. Après avoir croisé le chemin de Belcroute (non ce n’est pas encore
l’heure de casser la) nous empruntons le chemin de randonnée qui mène à la
pointe. Nous l’empruntons mais nous vous le rendrons, amis Jersiais ! Au
mémorial de la guerre 39-45 nous jugeons la vue sur la baie de Portelet
suffisamment agréable pour ne pas nous engager sur la petite boucle
initialement prévue. Tant pis, nous ne verrons pas du coup la tour et la tombe
de Janvrin. Nous retournons par le chemin de Noirmont, tournons dans Portelet
Lane, le chemin du Portelet et le mont du Quaisné. Quelques gouttes de pluie
nous accompagnent mais elles ne dureront pas, c’est juste du pipi de cat !
Nous arrivons à la Ouaisne Bay et nous pique-niquons là en compagnie d’un
goéland effronté qui lorgne sur nos casse-croûtes. (J’aime bien les mots comme
casse-croûte dont le pluriel est mystérieux. Et c’est toujours un réel plaisir
que d’aller déposer un soutien-gorge
dans le moteur de M. Google pour voir ce qu’il a sous le bonnet !).
![]()

A la
remise en route, la plage reste jolie avec ses couleurs de mer verte, de ciel
gris, ses mouettes pataugeantes, son canard de mer et son bateau jaune. Puis
nous montons au cimetière marin. De là nouvelle escalade forestière vers le
belvédère au-dessus de la baie de Beauport. C’est ici que Miss Ampoule jette
l’éponge ! Il faut qu’elle s’allonge sur l’herbe, mette les pattes en
l’air et elle demande à retourner sur la route B45 pour choper un bus et
revenir à la case départ sans toucher 20 000 £. Ca va pas la tête ? Je la
menace de publier la photo de ses jambes sur Internet si elle ne change pas de
discours et, superbement généreux bien que non natif du signe du lion, je lui
accorde dix minutes de repos pendant lesquelles je m’esbigne pour photographier
la baie de Beauport.
Finalement
remise sur pied après cette partie de jambes en l’air [sic] Marina décide de
poursuivre la route jusqu’au cromlech invisible puis jusqu’à la moche prison de
l’île, bien moins hospitalière que le Norfolk lodge Hotel où nous séjournons
depuis jeudi. Bien lui en a pris, elle souffre moins des pieds, ma belle
plante ! Plus loin le sentier redevient côtier tout du long et surplombe
de belles falaises mi-irlandaises, mi écossaises et mi-bretonnes car tapissées
de genêts (ou d’ajoncs, je ne sais jamais lesquels piquent !). Quand nous
arrivons au phare de Corbière, le soleil se lève enfin, le ciel se dégage et la
récompense est là : nous achetons une glace à la cerise noire (black
cherry) pour elle et une à la noix de
coco (coconut but with a curious saveur of fruits de la passion !) pour
moi. « Beware of the seagulls ! » nous conseille le marchand qui
ne fera jamais fortune puisque ces deux glaces ne nous coûtent que 2,80 £.
« Les mouettes ! » Ah bon ? Elles attaquent en piqué comme
celle de Gaston et vous piquent le cornet ou bien elles déposent un gateau sur
la cerise ?
![]()

Courageusement,
malgré la présence toute proche d’un arrêt de bus,
Epouse-courageuse-qui-marche-sur-des idées-géniales-de-bandes-dessinées
m’accompagne sur la Corbière walk. Sur le tracé de l’ancienne voie de chemin de
fer vers Saint-Aubin il y a maintenant un joli chemin de terre bordé de pins et
écrasé de soleil revigorant.
Nous
n’irons cependant pas jusqu’au bout. Après avoir longé un terrain de golf et
croisé d’étranges fleurs oranges, nous bifurquons après le Clos des sables,
prenons la petite rue des Mielles et revenons à Red Houses où nous trouvons un
arrêt de bus. 8 minutes après, le véhicule bleu stoppe à notre hauteur. Pour
trois livres en liquide, le chauffeur nous ramène à Saint-Hélier. Il n’a pas
l’air bourré comme ça mais il l’est : il roule complètement à gauche tout
au long du trajet, ce fou ! Heureusement, en face, les autres ont bu aussi
et font pareil ! Ca fait peur, quand même !
Il nous
dépose devant la Frégate, nous rentrons nous écrouler et nous doucher à l’hôtel.
Le soir à la pizzeria « Express », dans une ambiance « sortie en
famille du samedi soir » je me régale d’une Four seasons en hommage à
Antonio Vivaldi qui fut longtemps mon compositeur préféré avant que je ne
devienne fan invertébré de la plus baroque encore Iowagirl. Bien que cela ne
soit pas très diététique, je goûte à une Péroni Gran riserva, une bière
italienne qui ressemble un peu à la Leffe et que je recommande à Walrus pour
patienter pendant les pauses trilili de Madame ! Attention, les
gourmand(e)s ! On ne sert pas de desserts dans les restaurants de Jersey
le soir ! Même aux gens qui ont marché 22 kilomètres !»
Voilà ! Quand le radio-réveil a sonné, il m’a tiré de mon paradis perdu (lost paradise !) et de mes vannes à deux balles pour me faire entendre la dernière saillie de M. Heurtefoi. Hélas pour moi, il fallait que je retourne dans la réalité, chez M. Hajtyla et chez Mme Yonyon, avec, pour résister toute une sainte journée, le seul soutien solidaire de Stella Monétoile, ma voisine hypotendue chez qui je vais prendre ma pause-pomme.
Madame Yonyon ! C’est l’exemple type de ce que je dénonçais gentiment au début ! Elle le sait bien pourtant que je suis un fou de Venise ! Il y a des calendriers pleins de gondoles partout sur les murs de mon bureau ! Eh bien pensez-vous qu’elle aurait pris ne serait ce que trente secondes de son temps pour me raconter son séjour de cette année au carnaval de la cité des doges ? Que Tarchinenni, comme on dit chez Exbrayat !
Et Brice Heurtefoi ! C’est peut-être un homme exquis dans le privé bien que, je le vois d’ici, certains étrangers sans papiers parmi vous me semblent en douter. Lui, tout ce qu’il trouve à me dire ce matin c’est qu’il songe à repousser plus loin encore l’âge du départ à la retraite !
M’enfin Marina, explique moi ! Moi, Joe Krapov, je ne comprends pas tout ! Pour combler le déficit de l’Etat et le trou de la Sécu, on ne pourrait pas plutôt mieux partager les richesses, piocher dans les milliards à Total ou dans ceux de Carcopino qui rachète les palais de Venise pour y exposer ses croûtes ? Ils en font quoi, à part ça, de leur pognon, tous ceux qui en ont ? Tu dis ? Ils le planquent ! Où ça, que je fasse un casse ! Dans des paradis fiscaux ? Mais où ça donc ? Quoi ? A Jersey ?
Waooh ! A Jersey !
OK, je n’ai rien dit, rien écrit.




