12 juin 2009

toqué ! (shivaya-warduspor)

Il avait sûrement commencé à perdre la boule depuis un moment, mais il était sûr d'avoir entendu un coup à la porte.

 

"ça se fait pas des trucs pareils, pas à moi, a-t-il aussitôt pensé. D'accord je suis encore tout chamboulé, mais non, je suis pas fou à ce point !"

 

Il aurait pas dit qu'il avait la trouille, mais il aurait pas dit non plus qu'il l'avait pas... pour tout dire il savait pas quoi penser de ce boum.
Rien ne filtrait plus dehors ni dedans, tous les sons se résumaient en ce seul : boum !

 

"C'est comme cette machine dans ma tête ! Machines sourdes et tempête... si ça se trouve, j'en ai pris un coup dans le cigare, moi. Déjà, je suis toujours en vie, mmm... boum... c'est déjà ça."

 

Il marchait seul... boum, dans cette pièce. Et son coeur battait fort dans sa tête, boum.

 

"Pour sûr, je me l'étais répété et répété... Je te survivrai, je te survivrai, je te survivrai... et ça avait marché. Mais ce nouveau boum me fait l'effet d'un nouveau coup de folie, c'est pas fini, folie, fini, ooooOOOooooh"

 

Il se mettait à entendre des boums partout... il était fou, enfin, pour de bon cette fois. Il allait pouvoir supporter cette existence de solitude et d'angoisse. Il savait qu'enfin il ne défendrait plus son bien, le cul sur la commode. Il en descendit même, d'un bond. Mais au lieu de tomber, il s'éleva dans la pièce. Pas de beaucoup, mais il avançait dans les airs, à deux doigts du plafond. Un genre de cosmonaute d'intérieur. Il lui semblait que jamais rien ne l'empêcherait plus d'aller plus haut.

 

"Je suis comme l'oiseau... murmura-t-il dans un souffle extatique en lévitant vers la porte."

 

Et là, boum !

 

"Ni une ni deux, rien compris, me suis retrouvé le cul par terre. Boum. J'avais l'air d'un con, mais je m'en foutais pas mal vu qu'y avait pu un rat pour me voir dans c'foutu bled."

 

Boum !

 

"A moins que... ?"

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Souvenir d’un grand film. Lequel ? (MAP)

Dans le silence qui suivit
la grande désintégration
les cœurs des amants pétrifiés
battaient, battaient à l’unisson !


Amants


MAP

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11 juin 2009

Deus ex machina (Bonus de Tiphaine)

Le dernier homme sur la Terre était assis tout seul dans une pièce.
Il y eut un coup à la porte...
L’homme dressa l’oreille et se mit à renifler, renouant ainsi
avec une sorte d’instinct primitif.
Il y eut un second coup à la porte…
L’homme se leva et accrocha fébrilement sa main à la rampe.
Il allait ouvrir.
Il y eut un troisième coup à la porte…
La main sur la poignée, automate, fit le geste attendu.
L’homme regarda :
Juste sur le seuil, un brigadier se tenait.
Le rideau des nuages se leva.

Et le soleil, enfin, vint faire sa loge dans le cœur du dernier homme.
Pour toujours.

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10 juin 2009

Le dernier homme sur la Terre (Stipe)

Le dernier homme sur la Terre était assis tout seul dans une pièce. Il y eut un coup à la porte...

"Occupéééé !!!", hurla-t-il.

"C'est toujours quand on est aux ouaters qu'on vient vous emmerder", philosopha-t-il de par devers lui. Il est vrai qu'il avait besoin de concentration tant la position assise lui était pénible, les échardes qui lui dardaient le fessier se faisant un vicieux plaisir de lui rappeler comme il avait fini.

Les coups redoublèrent d'intensité.

"Voilà voilà, ça vient …"

Il posa son mots fléchés, se releva péniblement et enfin, prit intérieurement conscience que…

" Ben ! Je suis pas tout seul, au fait ?"

Il se renfroqua rapidement et ne prit même pas le temps de se laver les mains. Il se renifla les doigts… mouais, ça allait.

Il bobilletta la chevinette et fit connaissance avec le visage des deux toqueurs.

" Qu’est-ce que vous foutez chez moi, les frères Ducond et Ducont ? "

Celui qui portait le plus une cravate des deux entreprit la parole :

" Nous avons dongué à la porte et comme ça ne répondait pas, on a deviné que vous vous cachiez alors nous sommes entrés. Et nous vous avons trouvé derrière cette porte.

- Ah ouais, carrément… Et qu’est-ce qui vaut que vous veniez me troubler les urines ?

- Monsieur, vous avez entendu parler de Jésus-Christ ? ", demanda celui des deux qui portait un nœud papillon par rapport à l’autre.

Merde, les Jehovah !

" Ben oui et non. Ca dépend, c’est pour quoi ?

- Monsieur, nous sommes venus vous annoncer que le Seigneur est redescendu sur Terre afin d ’instaurer le Paradis Eternel … "

Gnagnagna, et mon cul sur la commode du salon…

"… et qu’il a puni tous les mécréants, les hérétiques, les blasphémateurs, tous ceux qui n’ont pas cru en sa parole et qui…

- Dites, les deux oisillons tombés du nid, dommage que vous ne brilliez pas autant que les enluminures de votre annuaire des apôtres selon Saint Oui-Oui. Réfléchissez un peu, les frères Lumière éteinte... A votre avis, pourquoi je suis encore ici alors qu’il n’a gardé que les gens vermoulés dans le même bois que vous ? "

Ulu et Berlu se dévisagèrent de haut en travers. Puis une ampoule cligna au dessus de leur tête. Ils émirent un "Aaaahhhhh !!!" complice, de la satisfaction de celui qui a résolu la quadrature du carré. Et ils repartirent, jubilant bras dessus bras dessous, au son de "Il est des nô-ô-tres, il a bu sévère comme les apô-ô-tres".

 

Le dernier homme sur la Terre referma la porte derrière leur départ.

Il était résigné. Ainsi donc il ne restait plus que ça ? Alors oui, en effet, d'une certaine manière il était bel et bien le dernier homme sur la Terre.

S’il connaissait Jésus-Christ ? Tu parles, un peu ! C’était même écrit ce nom là sur son passeport.

Il se dirigea vers l’armoire à pharmacie. Il en sortit un chapelet d’ail et un brumisateur d’eau bénite. Tout en se brandissant les gousses sous la vue, il s’aspergea d’eau bénite. Ses mains, ses pieds, son front se remirent à seigner. Son cœur, aussi, lorsqu’il y planta un crucifix.

Il avait pris la décision de ne pas exister, jamais.

Alors que la vie lui quittait les veines, au dehors il entendit le bruit de la déflagration.

Cette fois ci il crèverait pour de bon. Et cette fois-ci, il ne laisserait pas de témoins derrière lui.

 

 

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Visite nocturne (Tilleul)‏

Ne me demandez pas ce qui s’est passé… Je ne pourrais pas vous répondre !

Je vis ici depuis longtemps… Sans famille, sans amis ! J’ai juste ressenti un énorme tremblement de terre et j’ai vu les maisons du village disparaître une à une… La terre entière a été secouée. Depuis ce jour, les rues sont désertes. Je n’ai plus de téléphone, plus d’électricité… Je suis allée faire un tour avec la voiture jusqu’à la ville voisine, tout est détruit… Seule, ma maison est restée debout ! Ca ne me perturbe guère. Entourée de forêts, je trouve du bois de chauffage pour alimenter mon petit poêle qui me sert de cuisinière. Pour l’instant, je consomme les légumes de mon potager… Je vais laisser « monter » quelques poireaux pour récolter les graines et je garderai des plants de pommes de terre pour la saison prochaine… De toute façon, la nature est un vrai garde-manger, orties et pissenlits poussent en abondance…

Quand le soleil se couche, je m’installe dans mon fauteuil au coin du feu et je lis. Sans télé, les soirées sont longues. Le silence et la pénombre ne me rassurent pas.

Ce soir, j’ai verrouillé les portes. Il m’a semblé entendre des pas… mais ce n’est pas possible puisque je suis la seule survivante ! J’écoute en retenant ma respiration. Mon cœur bat un peu plus vite. Cette fois, j’en suis sûre, il y a quelqu’un qui rôde autour de la maison… Je fixe la clinche de la porte d’entrée. Il me semble l’avoir vu bouger… Moi qui croyais que les voleurs ou les assassins avaient péri en même temps que le reste du monde, je deviens verte de peur…

Quelqu’un frappe à la porte !!... Quelqu’un qui s’éclaire à l’aide d’une lampe de poche… J’aperçois un rai de lumière qui passe par le trou de la serrure…

« Il y a quelqu’un ? Tilleul, c’est Papistache ! Ouvrez ! Je vous apporte un remède pour chasser les limaces ! »

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Mme Dubois. (Caro_Carito)

Directement inspiré de Medium, série véhiculée par M6.

Pour les néophytes.

 

Je regarde ses traits doux, tordus par l’effroi. Je n’ai pas besoin de me tourner vers les deux hommes qui asphyxient la pièce de leurs carrures épaisses pour partager avec eux leur désarroi et leur scepticisme.

Elle secoue ses mèches blondes et prend cette expression butée que nous connaissons bien. Les autres parce qu’elle les a aidés dans toutes sortes d’enquêtes, les menant sans faillir vers une tombe, un meurtrier, une réponse. Moi, parce que je partage sa vie depuis plus de dix ans. Ainsi que trois filles, si semblables à la femme qui se tient devant moi, s’échelonnant à différents âges, de la fillette à l’adolescente montée en grappe. Sans oublier les traditionnels hauts et bas maritaux. Plus brutaux que ceux du commun des mortels. Parce que ses songes à elle sont peuplés de morts, de drames et que j'attend avec patience et désespoir que le défunt, apaisé, la délaisse, la délivrant de son harcèlement inlassable. Jour comme nuit. Surtout la nuit.

Oui, je connais bien cette lueur au fond de ses yeux. Mieux, je la déteste.

C’est Scanlon qui démarre les questions. Bille en tête, avec l’obstination pesante du détective à qui on ne la fait pas. La pièce, elle était comment. Taille ? Peinture? Elle se rappelle la couleur des murs ? Une indication, la plus infime. Une ouverture sur l’extérieur. Un bruit. Un symbole. Il la voit secouer la tête énergiquement puis le foudroyer avec cette pensée presque inscrite sur son visage : il ne comprend rien.

Puis, ce fut le tour de Devalos.

Il s’accroche à ses affaires, le proc . Il les récite comme il devait réciter ses cours, de l’école primaire à la fac de droit ou comme il noue sa cravate. Avec application et sérieux. Mais il n’y a rien qui colle. Juste des voleurs à la ramasse, un braqueur, des rixes entre bandes. Pas de meurtres bizarroïdes. Phénix est étonnamment calme en ce moment.

Moi, je me tais. Je ne fais que la regarder. Je la dévore des yeux. En fait, je n’ai jamais cessé depuis cette première fois. Elle était jeune et, moi, inconscient. Elle a vieilli. Comme moi. On vieillit toujours quand on aime de concert. Mais la flamme reste la même. Elle défaille parfois. Ou, comme en ce moment, elle crame comme jamais et rien n’a plus d’importance.

Bon Dieu, Allison. Dis-moi que c’est un rêve. Un truc en toc. Que je ne m’appelle pas Joe Dubois. Que tous les quatre. Que tous les deux, on squatte un plateau et des spots, des décors en placo et du gazon synthétique. Qu’un gars dans l’ombre va nous dire. « On arrête les gars c’est la quille on se revoit demain. »

Je te regarde détailler ton rêve. Encore et encore. Tu es seule. Dans une pièce. Il n’y a plus que toi sur Terre. Et quelqu’un frappe à la porte. Et je sens que tu as peur. Tu trembles, tu défailles. Et cette peur, elle nous colle à la peau, à Scanlon, à Devalos et à moi. Elle s’insinue avec adresse. Dans chaque pli de notre peau, dans chacune de nos pensées. Ils essayent encore un peu de trouver une affaire qui s’accommoderait de tes visions. Bientôt, ils vont essayer de croire qu’un médium, c’est jamais fiable. Mais non. Ca fait trop d’années qu’ils te connaissent. Des jours, des mois, des saisons. Comme moi. Nous savons que tes songes sont obscurs et infaillibles.

Moi qui t’aime, je suis glacé tout d’un coup. J’ai froid parce que pour la première fois, je vois l’avenir avec tes yeux. Et je suis seul dans une pièce. Le dernier des hommes. Tu n’es plus là. Ni même les filles. Pas même Scanlon ou Devalos. J’aurais jamais pensé qu’ils pourraient me manquer autant. Même l’épicier je le chercherai. Et le médecin. Tiens, je croise même ce mec qui a failli me buter et qui est mort maintenant. Tu te rappelles, pendant la prise d’otages.

Je crève de froid. Ou de peur. C’est peut-être la même sensation humide. Je ne sais pas. Surtout, je meurs de me dire que tu n’es plus là, Allison, dans mon rêve. Que tu te retrouves toute seule  aussi. Ailleurs.

Tu ne dis plus rien, mon ange. Plus personne ne parle.

Tu ne dis rien, mon ange. Et je ne peux même pas te dire, on va dormir, ça va passer.

Maintenant, il faut juste attendre. Allez viens, on rentre. Je crois que Scanlon préfère retrouver sa blonde et Devalos sa femme et ses fantômes. Allons rejoindre les filles. Après tout, il n’y a plus rien à faire. Simplement rester éveillés.

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Erreur 403 (Joe Krapov)

dds64_erreur_403


Le site web « Le Défi du samedi » a été interdit par décision du Ministère de la lutte contre l’ennemi intérieur en raison de nombreuses plaintes et dénonciations de particuliers à l’encontre de ce groupement suspect.

 

Si vous tentez à nouveau de vous connecter à http://samedidefi.canalblog.com/ vous serez soupçonné(e) de sympathie avec cette association de malfaiteurs proche de l’entreprise terroriste.

A la troisième tentative, votre connexion internet sera définitivement supprimée et vos papiers d’identité biométrique vous seront confisqués.

 

Voici une liste abrégée des plaintes enregistrées contre le Défi du samedi :

 

Plainte contre Mme Valérie pour séquestration par M. Le Père Noël ;

Plainte contre Mme Janeczka Nina pour concurrence déloyale sur le terrain de la création artistique vidéographique assistée par boule de cristal par le syndicat des gros pondeurs de blockbusters hollywoodiens, le magazine des voyantes rimbaldiennes et la chaîne Arte réunis ;

Plainte contre M. Papistache pour non assistance à chevalier en danger de mort au bord d’un lac jouxtant son jardinet par le SAMU (ce n’est pourtant pas compliqué d’appeler le 15, surtout si le chevalier est barbu !) ;

Plainte contre M. Walrus pour propos machistes par le M.L.F. et les Chiennes de garde ;

Plainte contre Mme Iowagirl pour jet de souliers virtuels et propos anti moi-même par M. George Dobeuliou ;

Plainte contre M. Zigmund pour espionnage de la Cité interdite et jeu à la toupie de bravitude sur le sommet de la Grande muraille par le Parti Communiste Chinois ;

Plainte contre Madame MAP pour Carat-collages par le Syndicat des bijoutiers braqués d’équerre ;

Plainte contre Mme Rsylvie pour abus de couleurs psychédéliques par l’Association de défense des petits matins gris et l’Organisation des Rétines Très Fragiles (ORTF) ;

Plainte contre Mme Tiphaine pour tentative d’empoisonnement à la bière et au pot de yaourt par l’Association de défense des petits gris du matin ;

Plainte contre Madame Poupoune pour divulgation de secrets de fabrication industrielle par la Société des sérial killeuses « Bute Montmartre ! » ;

Plainte contre M. Joe Krapov pour iconoclastie Isaurienne par le Musée des Beaux-Arts de Rennes et la famille Chassériau réunis ;

Plainte contre Mme Tilleul pour grand-mamensonge publicitaire par la société Pinocchio ;

Plainte contre le Défi du samedi pour soustraction de temps de cerveau disponible au détriment de M. Coca Cola par M. TF1

Etc. Etc. Etc.

 

Si vous êtes un citoyen discipliné, une citoyenne respectueuse des règles de notre société bien policée, et que vous êtes réellement arrivé(e) sur cette page par erreur, rappelez-vous que vous pouvez nous dénoncer n’importe quel déviant, même le samedi !

 

La Police veille sur vous ! Veillez avec Elle !

 

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09 juin 2009

désolé (tiniak)

Cette fois, il était vraiment seul. Tout seul. Il le savait, l'avait souhaité ; il avait tout fait pour et ça y était. Le reste de l'humanité avait quitté la Terre, sans regret. Le reste de l'humanité, il s'en foutait. Pas plus ni moins qu'elle s'était foutue de lui, toute sa vie.
Un analyste-programmeur, spécialiste des formules infralogisticielles séquencées, c'est bien payé, mais c'est invisible. Pour une fois, cette discrétion forcée l'avait servi au comble de ses espérances. Célibataire sans enfants, bientôt sexagénaire, stérilisé à vingt-deux ans conformément à la procédure qui régissait les "boules noires", il était assis là, dans cette salle où gargouillaient les nanômes filant le long de leurs vénules derrière les revêtements muraux. Et il soupirait d'aise.
Il se rappelait avoir vaguement lu, vu ou entendu quelque chose concernant le dernier gardien du phare d'une côte ouest-européenne. Un propos avait retenu son attention : "... c'est comme dans la chanson que fredonnait ma grand-mère... La solitude, ça n'existe pas..." Il avait souri, il s'en souvenait. Cela correspondait tellement à son sentiment profond.
Oh, il avait bien éprouvé quelque amertume dans sa jeunesse, après le fiasco d'une ou deux amours fades et molles, à se retrouver seul encore. Mais ça lui avait vite passé. Assez vite, somme toute. Même le tatouage sur sa carotide, qui signalait sa stérilisation, lui était devenu proprement indifférent.
On avait peu à peu cessé de le convier de ci de là, de lui proposer un café, un prochain séminaire. Il émanait de lui une évidente solitude qui tuait dans l'oeuf toute compassion, sympathie, instinct grégaire. On l'évitait naturellement, sans calcul, et l'isolement qui en résultait lui convenait.
Peu de temps avait suffi à le rapprocher de la solution.
Il avait embobiné un technicien du programme Ultima de telle sorte qu'il fût choisi, comme par hasard, pour être le dernier "gardien du phare". Le dernier !
Le dernier vaisseau avait quitté la Terre, il y avait de cela moins de deux heures, emportant son dernier lot d'espérances humaines. Puisqu'ils étaient tous si certains de refonder leur cirque de vie ailleurs, grand bien leur fasse ! Lui était persuadé du contraire.
Il demeurerait seul sur Terre. Le dernier de ses congénères.
Il sortit une tablette et s'apprêtait à y inscrire quelques pensées, quand... mais oui ! on frappa à la porte. Ici ? Au troisième sous-sol ? Section 26, corridor 9 ? A la porte de cette insignifiante salle de régulation des flux ? Mais oui, on frappait !
L'incroyable était insupportable !
Il se leva, s'approcha de la porte vibrant sous les coups. Dans ce tintamarre, des cris étranglés, désoeuvrés; paniqués s'échappaient d'une gorge féminine et geignarde. Il y avait des "au secours", des "s'il-vous-plaît", des "répondez, je vous en supplie".
Il ouvrit.
La femme, plutôt jolie malgré son regard effaré, se confondait en excuses et explications diverses qu'il n'écoutait pas. Quand son interlocutrice marqua un temps d'arrêt dans sa logorrhée, il ne trouva cependant rien d'autre à dire que "pardon ?". Elle répéta plus sommairement dans un soupir navré :
"- J'ai raté la navette !!
- C'est bien dommage, rétorqua-t-il, plein d'une morgue désolée."

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08 juin 2009

Le dernier homme (Virgibri)

Le dernier homme sur la Terre était assis tout seul dans une pièce. Il y eut un coup à la porte...

Dans un premier temps, il crut avoir mal entendu. S’être trompé. D’un geste lent, il se tourna, sans un bruit.

Le coup recommença.

Stupéfié, l’homme s’approcha d’un pas lourd et tremblant. Il fut si lent encore, que, pour la troisième fois, on frappa à nouveau. Les coups étaient secs, rapides, nets. Aucune hésitation dans le geste.

Enfin parvenu à la porte, la main sur la poignée, l’homme sentit une goutte de sueur s’insinuer dans son dos et glisser le long de sa colonne vertébrale. Pourtant, il se sentait glacé.

Il tourna la poignée. Sa main moite collait à celle-ci.

Il entrouvrit la porte.

Personne.

Personne n’était visible.

En revanche, ce que l’homme laissa perplexe, ce fut la pluie. Il pleuvait de grosses gouttes abondantes et irrégulières. Il se retourna avec précaution, et vit dehors, par la fenêtre, un soleil éclatant…


 


Comme il est stupide, celui-là ! Quel spécimen !

D’un autre côté, il est drôle. J’adore lui faire des farces. Certes, j’y suis allé un peu fort avec la fin de son monde… Mais le coup de la porte ! Qu’est-ce que ça me fait rire ! J’en pleure à chaque fois…

Au moins, maintenant, les Hommes ne me font plus pleurer de désespoir…

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It’s a man’s man’s man’s world ? (Poupoune)

Il s’était habitué au silence de ce monde d’après. Lui-même évoluait désormais sans bruit. A peine percevait-il occasionnellement le souffle du vent dans les lointains feuillages. Alors ce coup à la porte lui fit l’effet d’un coup de masse. Il ne sursauta pas, il bondit littéralement, se plaqua contre un mur et resta ainsi immobile, le souffle court et le cœur battant à tout rompre, pendant ce qui parut une éternité. Lorsqu’il fut calmé, il se munit d’une arme de fortune et alla doucement ouvrir la porte. Personne, évidemment. Des mois qu’il errait seul dans ce monde dévasté sans croiser le moindre être vivant, ni homme, ni animal, alors qui serait venu frapper à sa porte ?

Il chassa l’incident de son esprit et l’avait presque oublié lorsqu’il entendit un nouveau coup, suivi d’un second. Cette fois il fondit sur la porte et l’ouvrit d’un coup, sur rien. Il regarda de tous les cotés, fit le tour de la maison, mais rien.

Dès lors il ne se passa plus un jour sans que des coups soient donnés à sa porte. Il devint de plus en plus vigilant, posa des pièges, passa des journées entières aux aguets mais rien. Il ne sut jamais.

Il commença à perdre la raison au bout d’une dizaine de jours. Le manque de sommeil ne favorise pas la tranquillité d’esprit. Il avait l’air hagard. Au bout de quinze jours il cessa de s’alimenter. Une chance, pour lui, il eut un sursaut de lucidité et se suicida la troisième semaine.

 

Je reconnais que je n’ai pas été sympa. J’aurais pu m’y prendre autrement. Mais ce monde d’après est d’un ennui… J’ai vu là l’occasion de me distraire un peu. Ses airs supérieurs et sa façon de se sentir investi d’une mission, « oui, moi, voyez, je suis le dernier homme sur terre, gna gna gna »… il m’agaçait !

Alors oui, j’aurais pu m’en débarrasser plus rapidement… Mais je suis la dernière femme sur terre et en aucun cas je n’aurais accepté de la repeupler avec ce type.

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