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Musique : "La Bastringue" de Bolduc

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Les baltringues par bongopinot

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Ils étaient trois marmots
Partis à un bal de quartier
Pour chanter pour jouer
Dans un vacarme de mots

Avec une musique de bastringue
Faite d’un tintamarre de poêle
De cuillère couvercle et casserole
Qui leur ont valu le mon de baltringue

Trois jolies petites têtes
Trois joyeux drilles
Avec des yeux qui brillent
Et un sourire de fête

Toujours prêts pour s’amuser
Bal populaire carnaval
Et plus tard aux festivals
Donnant leurs récitals endiablés

Ils sont toujours trois poteaux
Partis pour une grande tournée
Saluant le printemps et bientôt l’été
Toujours dans un vacarme de mots

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Quatorze juillet (Val)

 

Ses amies avaient insisté pour qu’elle vienne passer la soirée au bal du quatorze juillet avec elles. Rien d’excitant pourtant: une piste de danse en parquet, posée sur la pelouse du stade, un orchestre local, une buvette, et des tables faites de tréteaux. 

Et elle avait accepté. Elle ne sait pas bien pourquoi. Probablement pour entretenir sa liberté. La fête serait sans intérêt probablement. Les copines sans discussions passionnantes. La musique assez mauvaise. Rien de prometteur. Mais c’était l’occasion encore une fois d’asseoir une sorte d’affranchissement qu’elle chérissait tant. 

La liberté, c’est si fragile. On oublie de faire ce que l’on veut pendant un mois, et ça devient une habitude pour l’entourage, qui bientôt semble exiger ce qu’il n’aurait pas osé réclamer si on n’avait pas eu cette faiblesse de se laisser diriger quelques temps. Elle savait cela d’expérience. Alors, elle s’évertuait à sortir seule, parfois même sans envie. 

Et elle était là, assise au milieu d’elles. Elle n’avait pas envie de danser. Elle avait chaud. Elle avait déjà bu un orangina. Elle écoutait vaguement plusieurs conversations alentour mais tout lui semblait imbéciles : les gens, la musique, les lampions, les conversations... sa présence ici. 

Elle s’ennuyait. Voilà la vérité. Elle n’avait pas envie de danser. Au vu entrain. Une vague lassitude. Et elle regrettait de s’être laissée convaincre, finalement. Une soirée de lecture perdue. Pour rien. Cela la désolait, au fond.

Bien sûr, elle aurait pu se barrer. Rentrer chez elle, mettre sa tenue de nuit, ouvrir un livre... mais il aurait fallu se justifier, avouer que ces soirées ne lui apportaient rien. Elle s’y refusait également.

Tout l’agaçait. La musique était bien trop forte. Ses amies bien trop alcoolisées (c’est toujours le problème quand on est la seule à ne pas boire d’alcool). Rien n’allait. Elle s’irritait seule, assise, dans le bruit. 

Soudain, elle sentit vibrer son téléphone, rangé dans la poche de sa veste en jean. 

Elle pris l’objet sans conviction. Qui pouvait bien lui écrire à cette heure tardive? Celles qui avaient ces habitudes étaient toutes là...

Elle ouvrit le message et lut un seul mot, qui balaya tout l’agacement accumulé depuis le début de la soirée. 

« Viens! ». 

Elle sourit malgré elle. Se leva. Déclara qu’elle rentrait, prétexta la fatigue. 

Elle marche d’un pas rapide et tremblant jusqu’à sa voiture. 

Elle sourit encore une fois au volant, et démarra. 

Sa soirée commençait.

 

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Pari risqué (Walrus)


Parmi les nombreuses acceptions (j'ai eu un copain qui confondait allègrement ce terme avec "acceptation", mais c'est normal, il était prof de... français) du terme bastringue, je me suis demandé si l'un ou l'autre participant se pencherait sur celle relevant de l'argot (cf le point B du lien ci-dessus).

Et j'ai parié que non !

Mais finalement, aujourd'hui, connaissant la hardiesse sournoise et décontractée de quelques uns d'entre eux, je me demande si je ne vais pas l'avoir dans le...  et raviver ainsi le souvenir ancien d'une certaine biopsie de la prostate.

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Cendrillon (Pascal)


Après dix-sept heures, quand les bus de l’arsenal nous avaient déposés devant la Porte Principale, on s’essaimait en courant, vers la liberté. En début de mois, quand nos poches avaient les quelques billets de la solde, les bastringues de la basse ville de Toulon, véritables lieux de perdition, étaient naturellement nos quartiers généraux. Le Jean Bart, le Richelieu, le Sous-marin bar, le Savannah, pour ne citer qu’eux, avaient pignon sur rue, dans Chicago, le quartier mal famé de la ville.  
Nous déferlions dans les venelles, nous en devenions l’agitation, nous étions le sang dans les veines de la dépravation érectile ; nous étions la rumeur, les cris, les rires, les chansons à boire ; nous étions les exactions, les bagarres, les punitions, le tintamarre…  

Ces bataclans de troisième zone étaient nos soupapes de sécurité ; nous en avions besoin, après l’enfermement du bord. C’était vital ; plus que tout, dehors, il nous fallait empoigner, harponner, re-sacraliser ce que les règlements nous interdisaient, dedans ; à vingt ans, on dévorait tous les fruits de la jeunesse, avec les pépins et les noyaux, et on ne laissait rien qui puisse se regretter un jour. Là, dans le tumulte ambiant, dans la chaleur moite des confidences braillées, il s’y retrouvait des bordées de marins, des filles à matelots pour les accueillir, et des bières, et des bières, pour rincer tous les gosiers des assoiffés…

On avait nos serveuses préférées, les attitrées, ces belles adulées, qu’on espérait toujours, à un moment ou à un autre, blottir dans le creux de notre épaule ; on ne les voulait plus que pour nous mais elles étaient pour dix, pour cent, pour mille !...  
On les accaparait ! On recommandait sans cesse, dans le bleu de leurs yeux, de quoi leur soupirer ce que leurs sourires indécents nous inspiraient.
Évanescentes sirènes sur la plage de nos délires infinis, pépites scintillantes dans les reflets des bouteilles, mirobolantes ingénues, chimères en chair appétissante, elles remplissaient d’un côté, elles sirotaient, toujours à notre santé, de l’autre…
Entre le mascara débordant, les paillettes clignotantes, les ombres flatteuses, les crissements prometteurs des bas-résilles, pour une œillade, une cigarette partagée, des tabourets contigus, nous étions les chevaliers de leurs mouchoirs presque brodés…  
Et tant pis si Déborah, c’était Lucette, si Sonia, c’était Simone, si Maéva, c’était Raymonde ! Là, dans les vapeurs de l’alcool, la musique tintammaresque, la fumée opaque, la sueur adipeuse, notre imagination d’aventuriers insatiables débordait la réalité…  
Vahinés, elles étaient l’exotisme de nos fantasmes fous ; pétroleuses et naufrageuses, elles nous descendaient en flammes ou bien, elles nous ravivaient avec une seule grimace de briquet ; mystérieuses, fausses pudiques, princesses imprenables, mais vraies joueuses, hydres nuiteuses, impudiques ensorceleuses, elles aiguisaient nos stratagèmes, trémoussaient langoureusement leur corps et nous nous obstinions dans cette chasse au trésor…  

Tout à coup, une nouvelle marée de tournées nous emportait plus loin que tous les posters jaunasses du bastringue ; la mousse aux lèvres et le feu aux tempes, l’alcool aidant, les blondes étaient blondissimes, les belles étaient magnifiques ; puisque tout n’était qu’illusion, ici, elle était palpable ; l’écho des miroirs obliques était notre réalité infernale. Sans vergogne, licencieux, on mesurait la profondeur des décolletés, on matait les cuisses, l’arrondi des hanches, et on surveillait toute cette gestuelle maligne qui fait d’une femme, une fieffée séductrice. On voulait leurs faveurs, la clé de leur piaule, finir la nuit dans leur lit, et même pire ! Nous étions tous fiers et courageux, forts et beaux, ténébreux et comestibles, sous les acclamations tarifées de ces cajoleuses…  

Parfois, on arrivait à guincher avec l’une d’elles, entre les tables de l’estaminet. Sous les regards jaloux, le chahut ambiant, conquête illusoire, d’approche en dérobade, on la prenait dans nos bras, quand la faveur de la musique nous permettait cette estocade.
Enlisés dans le charme de leurs parfums tièdes, hypnotisés par leurs talents de soubrettes, amoureux des apparences, je crois que nous étions heureux au milieu de toutes les bousculades…  
Par cet allant sans condition, on devait prouver à notre jeunesse qu’on était capables de l’assumer. On conjuguait passion avec instinct ; on avait des secrets et des mensonges, des certitudes et des illusions, on pleurait en riant, ou bien c’était le contraire, on noyait des chagrins dont on avait oublié le malheur. On fumait trois clopes à la fois ; sur le zinc, on avait des chopes d’avance qui attendaient notre pépie rémanente ; la bâche en arrière, montés sur nos pompes à bascule, on discutait avec l’une et avec l’autre, en leur tenant des discours à haute teneur philosophique. On refaisait le monde, et nos rires, c’était des rivières, nos cris, c’était des continents, nos postillons, des frontières, nos emportements, des volcans, nos éructations, des nouvelles fondations, nos bras agités, des moulins à vent…   

Ego froissés, mauvais regards, visages empourprés, souvent, il se distribuait quelques coups de poing et quelques coups de pied ; parfois, les tables volaient dans le bastringue et les canettes de bière les accompagnaient comme si elles cherchaient à s’y reposer.
Au tohu-bohu général, c’était la débandade, le départ précipité vers la sortie, avant les flics et le panier à salade…

Quand ce n’était pas nos poches vides, l’aube, entre les mailles du rideau du bar, avait le pouvoir de rassembler les esprits encore valides. Quelquefois, par les ruelles livides, je ramenais Colette, une brunette de Paimpol, surnommée la reine des bières sans faux col, jusqu’à sa modeste chambrette ; bras dessus, bras dessous, nous étions comme deux oiseaux de nuit fatigués d’avoir trop volé ; on arrivait pourtant à gazouiller des banalités d’étoiles, sur nos horoscopes…  
En dehors de son bastringue, Colette, elle avait perdu nombre de ses paillettes ; le rimmel de ses yeux avait coulé comme si elle avait pleuré des larmes de nuit ; elle sentait la sueur de la bière et la clope froide ; son déhanché, sur les pavés humides, ressemblait à ses chaussures trop serrées et à ses pieds gonflés. Pourtant, elle était ma Cendrillon, celle que j’avais une fois de plus enlevée à tous les regards des convoiteux lubriques…  
Colette, je crois qu’elle m‘aimait, moi, et surtout les cent balles que je laissais sur sa tablette. Mes fringues de taf sur la chaise, la légende de ma bâche me supervisant, au tintamarre des vieux ressorts, j’épuisais mes vingt ans…  

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Le Bastringue (maryline18)

 
Le Bastringue, c'était l'endroit à la mode, le mieux coté ...(non j'exagère), le plus accessible, de nos campagnes du Pas-de-Calais, à des kilomètres à la ronde. Comme tous les lieux fréquentés par les jeunes, il avait ses habitués. Tu étais l'un de ceux-là, avec ton p'ptit côté Josh Randal (dans "Au nom de la loi"), tu m'avais tapé dans l'oeil !

Je venais m'y trémousser sur des airs de New-Eve et tant pis si j'y respirais mal... La fumée de centaines de cigarettes, s'élevait just'au dessus de nos têtes, pour très vite ne plus former qu'un monstrueux brouillard, piquant nos yeux et imprégnant nos vêtements.

C'était l'excuse toute trouvée pour sortir prendre le frais, et pour ainsi pouvoir se parler puisqu'à l'intérieur, la musique trop forte, nous obligeait à user d'un autre moyen de communication. Une œillade voulait dire : <<Je t'ai repéré>>, un rapprochement :<< Tu me plais>>, un regard accompagné d'un sourire : << Je te réserve toute la série de slows qui arrivent...>>.

On avait toute la vie pour discourir mais, que ces soirées pour nous étourdir. Nous étions pris d'une urgente envie de vivre nos émotions, en vitesse accélérée, en montant dans les tours et en poussant les rapports ! La désillusion transformerait bien assez vite nos bolides en citadines raisonnables, avec reprise à l'argus... avant... l'ultime prime à la casse...

Ces soirs là, j'abandonnais mon jean et mes tennis pour des jupettes à volants, des chemisiers cintrés ou des robes minimalistes. << On a pas tous les jours dix-huit ans !>> J'assumais une féminité, un soupçon provoquante, sublimée par des regards appuyés de mâles aux aguets. J'étais là pour séduire...pour TE séduire.

-Viendrais-tu, ne viendrais-tu pas ?

Plusieurs fois, il me semblait t'apercevoir, il me semblait reconnaître tes cheveux, ta nuque, ta démarche, ton blouson préféré...Alors, le coeur battant je m'approchais, je glissais comme une anguille entre les rochers, slalomant entre les danseurs. J'écrasais inévitablement des pieds, m'excusais, écartais sur mon passage des filles qui ralaient, des jeunes hommes qui me dévisageaient.

Des jeux de lumières, projetaient des pastilles multicolores sur les murs. Des rayons transperçants balayaient la piste de dance et  exhibaient nos dessous blancs en rythmes syncopés.

J'approchais ton fantôme, et traînais une nouvelle fois ma mine dépitée, le long des banquettes molles. Je m'asseyais quelques instants puis refaisais le chemin inverse pour me rendre aux toilettes. Les lieux étaient toujours occupés, les miroirs toujours pris d'assaut. Je jouais des coudes, la concurrence était rude...Je vérifiais alors ma coiffure, me repassais un peu de rouge sur les lèvres, réajustais mon chemisier...Dans une chaleur moite, on s'aspergeait de déodorant et on avalait une giclée d'eau fraîche, du robinet.

À force de t'espérer tu es arrivé.

Mon regard, habitué à scruter les lieux s'est éclairé, d'un coup, d'un seul et t'a amené à moi par la voie rapide du désir qui couvait... J'avais balisé nôtre espace pour ne plus te perdre, toutes griffes dehors, j'étais prête à en découdre avec qui t'approcherait ! Je m'appropriais, en un instant, ton sourire et tes baisers. 

Tu étais paré de tes plus belles jantes, et c'est, m'aveuglant de tes pleins phares que tu t'es garé tout contre moi, avec juste ce qu'il fallait d'arrogance, pour me plaire...Moteur tout ronronnant, peinture pailletée d'or, carrosserie étincelante, ton habitacle était stylé, et tes essuies-glaces plus qu' efficaces. Ton rodage était manifestement terminé.. Tu m'as emmené, sur les chapeaux de roues...La balade fut mémorable, la chaleur, tout d'abord intimiste, s'intensifia pour trouver son apogée sous un ciel étoilé. Je suis rentrée, des nuages éfilochés dans mes cheveux décoiffés et les yeux plus clairs que jamais. Les lutins de mon enfance perdue, culbutaient dans les fossés. le mal des transports ne m'avait pas flanqué la nausée, une fée ne m'avait pas quittée... Tu es reparti avant l'aube, le réservoir presque à sec... Je t'ai fait un petit signe de la main. Il te fallait visiter encore tant de lieux-dits et prendre tant d'autres chemins...sur la longue route de la vie.  Quand j'y repense, j'en souris,...et je fredonne,... NON...!, riiiien de riiiien, NON...!, je ne regrette riiien...

 

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BASTRINGUE (Venise)

 
Je ne voudrai rien qui mente,
Je cherche la beauté violente,
Pour me défendre de ce corps difforme
C’est ainsi que parlait TOULOUSE-LAUTREC chaque soir au bastringue.
Il s’affranchissait de son triste sort par la folie des corps des femmes.
Elles seules pouvaient le laver de ses désespérances.
Battu par l’averse des mauvaises circonstances d’une naissance non désirée
Il reste un enfant dans la forêt des robes et des rires de toutes celles qui auraient pu l’enfanter.
Lui seul est en droit de les peindre
La Goulue, Joie d’AVRIL rendue aux vivants.

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Le peintre boit jusqu’à la lie le mouvement du corps, brisant le sort qui lui tient la bride
Le cheval peut aller au galop.
Ainsi les eaux calmes du chevalet se font fleuve, s’effacent alors les barreaux qui l’emprisonnaient.
Au petit matin en quittant le bastringue d’un pas claudicant nait le jour du tableau
C’est dans sa peinture que l’on peut apercevoir la splendeur du hasard et de la joie.
Ce qui aurait pu être une ampoule sale dans un taudis, se révèle ici dans la lumière de ses couleurs vives.
Ils s’inclinent devant elles comme on s’incline devant le mépris.
La beauté ici grandit de toutes ses injures faites au peintre.
Ce bastringue reste le berceau de son art.

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Siùl a Ruìn (HenryWar)


            L’orchestre jouait ses airs sur l’estrade, sous le grand barnum blanc municipal presque entièrement ouvert sur la nuit d’été, place du champ de foire. C’était des airs irlandais surtout, confondus avec d’autres d’Écosse, la plupart rendus un peu criards et faux, des morceaux que j’avais le malheur de connaître sous de bonnes versions. Le violoniste jouait toujours trop serré, le percussionniste trop vite ou trop lentement, et la guitare avait deux cordes mal réglées. Ce n’était pas précisément un massacre, plutôt de l’amateurisme, mais c’était quand même assez pénible pour mes oreilles fragiles et bien entraînées.

            Les gens nombreux ne semblaient pas s’en apercevoir, cependant. Une foule épaisse de campagnards buvait sur les tables autour des bières pression, parmi les lampions rougeoyants et bon marché, discutant dans le bruit, en habits probablement élus, en vêtements publics. Le pincement des instruments inondait ce tableau comme une averse sale, et la chaleur compacte donnait à toute cette compagnie une allure bovine et moite.

            À l’extérieur, de jeunes enfants en fuite s’amusaient avec des ballons. D’autres plus âgés attendaient probablement par groupes épars le moment de se glisser derrière les grands arbres pour se rouler des pelles, en masquant leurs émois et en frimant un peu de leur seconde bière avalée.

            Personne ne dansait devant l’orchestre, ce bastringue. C’est sans doute ce qui expliquait la fébrilité des musiciens : ils faisaient de leur mieux pour motiver leur public, les inviter à de joyeux épanchements, mais ils n’avaient pas encore l’expérience de savoir qu’on joue toujours assez mal quand on joue de son mieux.

            Je ne sais pas pourquoi j’étais venu. Ou plutôt je ne le sais que trop : le poème, ce soir, avait pris une mauvaise direction, une tournure impossible et improvisée, une sorte d’impasse surréaliste et déplaisante. Ma chambre de surcroît me paraissait étroite et sombre depuis des jours, étrangement et cruellement vide, une zone d’asphyxie où moi-même je n’étais plus sûr d’être. Rien qu’un noir improductif et terne occupait mes pensées, une survie monotone, un spectre éteint, quelque chose comme l’existence diffuse en moi d’un coma. Il y avait eu alors, surgissant de la torpeur, cet air de musique où j’avais jeté un regard par la mansarde : des silhouettes étaient apparues de l’autre côté de la rue, traversant le macadam et glissant sous la grande tente, un groupe au milieu duquel m’oublier un moment, de quoi observer extérieurement, de l’au-dehors de moi-même, un peu de place parmi laquelle disparaître – qui sait, pour mieux renaître ensuite ?

Sans conviction. Une curiosité bête simplement, peut-être. Regarder des choses, des gens. Le temps de prendre enfin une décision.

            Pas d’alcool, jamais, rien qu’une boisson sucrée pour me confondre au troupeau. C’était, je croyais, un de mes jours néfastes : j’appelle ainsi tous les jours où je me sens particulièrement invisible à autrui, où nulle conversation, nul propos que je puis tenir n’éveille jamais l’intérêt de quelqu’un ; des jours où j’erre à peine comme une ombre, quoi que je fasse ; des jours « à-côté ». J’avais donc mis des habits élégants pour parfaire le camouflage – un vêtement sans défaut inspire toujours la plus grande indifférence, les regards glissent dessus comme sur une forme lisse mais noble d’aspect, c’est-à-dire convenable, et là retombent les jugements et même les attentions les plus élémentaires. Je m’étais assis avec un verre, placé à une table de coin (cette expression n’est pas à prendre au sens littéral et géométrique : une « table de coin » est celle que l’on n’aperçoit pas à première vue, qui n’est pas située pour susciter l’intérêt et d’où, en somme, on peut regarder idéalement sans être vu), et j’adoptais depuis une heure ma posture d’insignifiance, une relative immobilité de confort, ponctuée d’une mine neutre comme un point déclaratif sec, de sorte que plus personne, semblait-il, n’avait pour moi le moindre égard.

            Un jour parfaitement « néfaste », donc.

            Toute cette foule entrait et sortait pesamment sous la toile, envahie de discordances et d’ivresse, grégaire à loisir, foncièrement désœuvrée et trouvant là de quoi feindre quelque occupation sociale et rassurante. Des hommes, parfois, lançaient en un cri pareil à toute espèce d’aboiement une remarque où se concurrençaient leurs statuts, rivalisant et se répondant par alternances courtoises mais aussi provocantes, veillant instinctivement à leur prédominance sur la meute. Les femmes acquises entendaient sans illusion ce chahut de mâles en goguette et en conquête, attentives toutefois aux changements de maître, prêtes à se renverser au plus fort et désireuses au fond de ces combats virils qui font toujours penser à des duels profonds. Les discussions inutiles et pleutres couraient sur le bois des tables et des bancs qui n’avaient jamais entendu, du long temps où ils avaient été arbres, tant de bêtises concentrées en si peu de minutes ; tout criaillait et grognait et musait et se plaignait dans le malheur humain des fêtes et des rires sinistres ; toute une tripotée d’individus identiques et stupides, déformés de stupeur lourde, du lisier d’homme ordinaire et vil parmi la campagne épanouie et belle d’une chaude nuit d’été.

            Cette multitude commune, je l’avoue, ne m’inspirait que des tripes et des sels. Mais peut-être avais-je délibérément adopté cette humeur opaque et bilieuse, belliqueuse même, où toute beauté, toute transcendance, nous évoque une ironie injuste. J’étais seul, il est vrai, et il y a dans toute solitude une désespérance contaminante. Mon œuvre inachevée ne pouvait, de toute façon, me laisser une sensation d’enthousiasme : elle sourdait, cette œuvre encore brouillonne et piètre, malgré tous mes esprits en recherche de divertissement, et inapte comme toujours à ne point me plonger dans deux songeries à la fois, je m’imaginais en loin comment améliorer cette pièce poétique sans devoir la déchirer toute entière, et je ne trouvais rien. C’était, à bien réfléchir, un travail de hasard, quelque chose de petit, d’accoutumé et de formel, et voilà pourquoi j’étais tout imprégné de déception et comme reclus de petitesse.

            C’est une réalité qu’un scientifique démontrera un jour certainement : il suffit que vous vous sentiez sombre, et objectivement tout ce qui vous entoure perd à vos yeux en luminosité d’autant de degrés. Objectivement, j’ai dit : les lunettes de soleil sont un outil superflu pour tout dépressif véritable.

            Cris gras, rires affreux, odeurs repoussantes de bière et d’aisselles, stridences pénibles et harmonies grossières, lueurs interlopes de vieille maison close, impression universelle de sexe plombé et inassumé, une gigantesque baisure salissante et vulgaire, monotone et bête. Même pas de quoi satisfaire un artiste cynique en quête d’étonnements louches à la façon d’un Baudelaire : trop déjà-vu, de l’exploré rebattu, de l’ordinaire insipide. Tout ce qu’on inhale trop souvent disparaît aux sens et perd de son pouvoir d’évocation : et pas la moindre intention d’exhumer cette disparition ; pouah !

            Mon verre finissait. Bon sang ! me répétais-je, pas même un enfant pour danser sur la piste ! Pas le moindre vermisseau de parent digne pour enseigner avec générosité l’art de l’émerveillement et du bonheur d’oubli. Les gamins rares se terraient, à moitié endormis presque sous les tables, ignorés comme des fardeaux restants de jour, tandis que les adultes gueulaient leur contentement manifestement un peu trop fort pour être sincères.

            Une lassitude lancinante achevait de poindre en moi. C’était une soirée propice, je jugeai alors, pour saisir le tiroir de mon bureau et m’emparer du vieux révolver à l’intérieur. On ne peut pas toujours gagner – voilà ce que je me disais. Parfois, il faut savoir laisser la place aux plus nombreux que vous, sans chercher à toutes forces à convertir. Voir ainsi une foule humaine, c’est comprendre combien tout est définitivement immobile et veule. Contre ça, il n’y a pas d’effort concluant, nul espoir de triomphe ou même de réussite partielle. Oui, en finir, plutôt. Sans tristesse. C’est bien : tu ne peux rien faire décidément, alors tu décides que tu ne feras plus jamais rien. Un succès, presque, d’admettre cela, un espoir, un soulagement : accepter enfin de ne plus désirer l’impossible.

            Et puis elle est apparue, cette femme un peu ronde, au milieu de la piste, avec des gamins autour – quatre. Je ne pense pas qu’elle était sous la tente avant cela, ou bien j’aurais aperçu au moins les enfants qui semblaient frais et accueillants – de bons gosses à l’ancienne, sans les occupations idiotes et les trucs virtuels. Les musiciens ont aussitôt souri, j’ai vu. Ils ont dû sentir un regain de confiance, l’agrément de jouer enfin pour la considération de quelqu’un, alors le violon a un peu desserré son crin, le percussionniste a retouché sa cadence, et la guitariste a compensé ses mauvaises cordes avec des accords différents et plus justes. Ça demeurait assez piètre, mais c’est devenu potable ainsi rehaussé de satisfaction et d’entrain, comestible même pour un palais de connaisseur comme le mien.

            Les gamins semblaient contents auprès d’elles : bambins charmants et rieurs comme tout, de différents âges, drôles, bien éveillés. Elle portait un chignon serré et des lunettes fines, l’air pas crâne du tout ni apprêtée, et surtout une belle bouche blanche et superbe, rayonnante – oh ! quelle bouche ! Vraiment, à voir cette bouche, il vous venait un irrépressible sourire de sympathie et de douceur, un cœur d’amour immense : c’était une bouche pleine de santé et de liberté comme on n’en voit guère, une bouche qui se fout des regards, et lumineuse aussi comme celle des gens ni aveuglés ni abrutis. Et elle se mit à bouger pour les enfants, sans pudeur, le regard épanoui, dans son léger embonpoint, sans coquetterie d’aucune sorte, et la petite fille à ses pieds riait tant que c’était beau comme une étincelle dans le noir, et les deux grands garçons fixaient vers elle des prunelles épatées et admiratives, et bien qu’elle ne sût danser au sens mécanique de l’expression, au sens artistique je veux dire, elle s’agitait assez bien pour paraître déliée et fluide, heureuse et vive, communiquant à ses jeunes partenaires une euphorie qui les emplissait d’évidentes délices. Ses mauvaises chaussures frappaient le sol avec assez de rythme étrange, et ses bras tendus vers la gamine en une ronde tournoyante ne paraissaient plus si épais dans l’emmêlement salubre et vital qu’ils faisaient avec les mains si fines et minuscules de l’enfant.

            Et moi, je buvais ce spectacle comme un extravagant, effaré de surprise et de bonheur – honoré presque ! – d’apercevoir tout à coup ce magnifique matériau humain, ému et concentré ; et autour de moi des gens hésitants tournaient la vue vers cette piste encore vide où poussaient tout à coup des gestes et de l’animation : je sentais en eux une tentation un peu rauque où résistait cependant la convention obstinée de s’être une fois assis résolument sans l’objectif de danser, et je crus entendre le nom de « Béatrice » susurré par un groupe de femmes à ma gauche qui regardaient nettement de son côté (mais ce nom n’était encore qu’un souffle pour moi, rien de concret ni de symbolique, rien en somme qui ne se liât en moi phonétiquement avec de l’affection ou de la littérature), et, observant de nouveau cette femme tendre que ne camouflait plus quelque vacarme atroce (le bastringue, décidément, reprenait forme humaine !), je devinai combien la solitude inévitablement la rendrait bientôt embarrassée et confuse au milieu de tous ces regards imbéciles et brutaux, même en dépit des gosses insouciants : fatalement, les gosses eux-mêmes distingueraient leur intrusion et leur anomalie parmi cette troupe immobile et hagarde, et avec la pudeur retardée qui est celle de tous les enfants se sachant agir d’une façon qui ne ressemble à rien de ce que fait leur entourage, ils achèveraient de se trouver envahis de honte et gâcheraient la pureté de cette fête que la femme avait si joliment improvisé pour eux. Et Dieu ! moi, je ne savais pas danser, j’étais le dernier des gesticulants ridicules sur une piste, mais aussi mon verre était fini, qu’aurais-je fait d’autre après cela, et est-ce qu’on fait un jour ou une nuit la moindre petite chose au monde si l’on résiste toujours à l’impulsion du moment ?…

            Je me levai, décidé, vide de tout mais pas de résolution, m’avançai vers l’orchestre où naissait, il me semblait bien, quelque fébrilité prometteuse, et puis m’approchai de la femme, cette probable « Béatrice » improbable, au moment même où l’un des enfants commençait à examiner autour de lui pour mesurer si son humeur était partagée ou disparate : elle me vit – c’était la seconde fille, plus âgée que la première entre les mains de l’adulte, huit ans environ ou peut-être un peu plus, qui me découvrit venir vers elle en pas comiques et dandinants et chaloupés de j’ignore-à-peu-près-quoi qui la firent rire d’une communicative lumière, et dans les airs de Siùl a Ruìn que l’orchestre avait rendu bizarrement entraînant, je ne parviens toujours pas à savoir pourquoi je me mis à chanter – était-ce pour lui plaire, elle ? était-ce par provocation contre eux tous, pour les faire chier avec leur bouserie ignoble ? et je chantai à tue-tête :

« I wish, I wish, I wish in vain,
I wish I had my heart again,
And vainly think I'd not complain,
Iss guh day thoo avorneen slawn. »

de ma voix ferme et désinhibée cependant qu’un reste de pudeur peut-être idiote m’aliénait toujours le regard de la femme, et l’orchestre n’était plus du tout un bastringue mais quelque chose comme l’extension d’une certaine âme, et l’atmosphère n’était plus chargée de tout ce dégueulis atroce et de cette pisse merdique où se baignaient naguère des larmes et des révolvers, mes chaussures vernies frappaient la cadence en bon rythme sûr comme dans les pubs étrangers d’autrefois, et j’étais fasciné tout entier dans cet œil vert de petite fille qui me donnait sa main et qu’il suffisait d’accompagner en joie simple et naturelle, et je crois que je riais aussi, tout en chantant ce macaronique des défaites de le bataille de Culloden, et, ce refrain gaëlique exhalé par moi dans la poussière et les sueurs enivrantes, je le livrai en témoignage et comme un hymne de fin du monde au terme duquel devront s’éteindre, mais le plus tard possible, toute la joie et toute la vie et tout l’espoir des hommes quels que soient leur nature et leur cœur :

« Shule, shule, shule aroon,
Shule go succir agus, shule go kewn,
Shule go dheen durrus oggus aylig lume,
Iss guh day thoo avorneen slawn. »

            Et quand la musique s’acheva – ce fut si vite arrivé ! –, d’autres gens dansaient déjà autour de nous et prenaient la suite de l’air qui venait : nombre d’entre eux avaient imité en animaux moutonniers l’entraînement satisfait de nos pas curieux, et je n’avais pas osé encore regarder la femme dans les yeux, et je n’avais pas non plus renoncé au tiroir et à la fin du monde, la petite fille avait glissé sous mes pieds, les garçons je les avais perdus de vue eux aussi, je décidai de retourner à ma place en songeant que ma place justement était dehors à présent, tout au-dehors de tout, et l’air où je m’engouffrai était bon et tiède sur les pelouses grasses du champ de foire, je m’arrêtai quelques secondes, il faisait une nuit idéale de confort et d’étoiles rutilantes comme des échos d’acier, les grands arbres immobiles y ajoutaient un vertige inappréciable, et je trouvais que j’achevais enfin ma ronde d’une belle manière – je songeais à cela en pensant au révolver –, c’était tout ce qu’il fallait de mieux pour terminer une inexistence de vains efforts et de cris inutiles jetés en pâture à des bêtes sans faim, et je jure, je jure vraiment, que je l’aurais fait cinq minutes après si, à cet instant précis, je n’avais pas senti sur mon épaule une étonnante main, et si, retourné comme par réflexe, je ne l’avais pas vue, elle, souriante, à ma poursuite, avec cette bouche magnifique et radieuse défiant tout l’univers miroitant loin au-dessus des hommes.

            « Vous êtes… le poète ? » me dit-elle alors d’une voix chaleureuse, solaire, où figurait un reste de fêlure.

            Elle avait les yeux clairs et portait un bijou très fin au visage. J’aperçus alors son cou et sa poitrine généreuse, de vrais seins de femme belle et entière, et je ne veux pas du tout cacher que j’eus envie d’y plonger fiévreusement les lèvres, avec ardeur et comme un esclave d’amour, si elle avait voulu et si j’avais eu ce droit-là. Que pouvais-je faire face à de telles pensées : on a de ces velléités, quelquefois, qui sont des restes désespérés et amoraux de vitalité venus du fond des âges et de soi.

            Je répondis simplement à sa question par un : « Oui », et cette seule parole m’engagea plus alors que je n’aurais voulu dire, en cet instant banal et merveilleux.

            Oui, j’étais redevenu poète. Et elle me regardait avec… avec… mais se pouvait-il bien que ce fût déjà un commencement de – d’admiration ?

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Deux thunes dans l'bastringue (Lecrilibriste)


Mets deux thunes dans l'bastringue
histoire d'ranger ta chambre
et si t'es pas sourdingue
depuis 15 jours d'attente
sous peine de harangue
à ranger ton tipy
faut t'entreprendre !

C'est ainsi que l' sam'di
entre l'aube et l'minuit
des slips à la calandre
Léo rangeait sa chambre
briquait sa limousine
et rangeait son bastringue
avec Jean Constantin
en stéréophonie

les chausset's sous le lit
et les bouquins aussi
les cours éparpillés
la moitié des outils
au garage les tapis
qu'il fallait aspirer
les freins et les amplis
qu'il fallait vérifier
Du garage au tipy
en fonction de l'ienvie
il pensait tout mener
avec dexterité
mais il y'avait un mais
les freins étaient usés
les tapis étaient cuits
et les chaussettes trouées

Jean Constantin conquis
le poursuivait ravi
du garage au tipy
pour deux thunes dans l'bastringue
le voir enl'ver ses  fringues
et les mettre à tourner
en machine à laver
aspirer les tapis
pour prom'ner sa chérie
c'était pas du tout cuit

L'ado a fait des p'tits
et c'est pourquoi depuis
quand il 'y' a trop l' bastringue
dans les chambres d'ses chéris
il détourne les yeux
au garage il  se meut
range pinces et outils
sagement répartis
sur le panneau construit ...
entre aubes et minuits
pour deux thunes dans l'bastringue

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