11 avril 2009

Soifs conjuguées (Captaine Lili)

Je soiffe de lui
Juteux fruit
Au creux de mes appétits

Tu soiffes de tout ?
Le vin de corps fous
L’eau de chez nous

Il soiffe d’elle
Et tangue la ritournelle
Aux mirabelles

Elle soiffe d’il
Comme le trésor a son île
Les bulles en exil

Nous soiffons
L’ivresse des sons
Des mots dans les flacons

Vous soiffez
L’exubérance de fée
De ma langue décoiffée

Elles soiffent d’ils
Etancher les idylles
Sous leurs cils

Ils soiffent d’elles
Et rêvent de l’hydromel
Des demoiselles

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L'ombre au tableau (Caro_Carito)

A A. en toute amitié.

 

Il la regarde. C. a toujours de drôles d’idées. Des sautes d’humeurs aussi. Elle a le chic pour les plans foireux. D’ailleurs c’est comme ça qu’il l’avait rencontrée, pendant une soirée foireuse. Ils étaient étudiants. Il avait bu ce soir-là. Beaucoup. Elle aussi mais l’alcool avait moins prise sur elle. Ils avaient dû se raconter des tonnes de conneries. Il était rentré dans son foyer sans penser que leur amitié avait déjà démarré.

Il jette un coup d’œil. Elle sautille dans tous les sens. Une dizaine d’inconnus hétéroclites sont rassemblés à la sortie du métro. Il ne connaît que sa coloc. Une grande bringue férue d’art et de peintres décadents C’est pas elle qui a ramené dans leur petit appart ce nu masturbatoire d’Egon Schiele ? Après tout, C. a toujours fréquenté des gens bizarres, des conférences obscures, des auteurs nébuleux. Ils parlent de psychologie et théorisent le monde. Comme elle, ils sont tous fauchés. On aurait pu croire qu’elle se donnait un genre. Mais il en était venu assez vite à la conclusion que, chez elle, c’était naturel.

Il aimerait savoir où va les mener ce pique-nique. Manger dehors en septembre, il n’y a qu’elle ! Heureusement il fait beau car C. n’a sans doute pas prévu de solution de repli. La bande est là au complet et sans retard notable. Première étape : s’entasser dans les deux petites voitures. Deuxième étape : dès l’arrivée à Ville d’Avray, débarquer paniers, boutanches et plaids. Il se demande bien pourquoi il accepte ses invitations. Elle lui a pourtant pété quelques câbles et des méchants. L’un surtout un matin alors qu’ils devaient assurer ensemble un vague taff de WE. Elle était partie en vrille, il avait faillir se barrer juste avant de la voir en larmes. Ce jour-là, il avait eu mal alors qu’elle sanglotait dans ses bras. Barjo, elle l’était restée, à coup sûr. Imprévisible ; si elle lui annonçait son intention de rentrer dans les ordres ou de partir en Afrique, cela l’étonnerait à peine. Il jette un coup d’œil à sa montre. L’après-midi est entamée mais des lampes ont été prévues. Pas de connerie notable en vue. Est-ce l’amour qui la rendrait enfin raisonnable?

Pas mal cette assiette de fromage et bien trouvée l’idée des salades et des pains variés. Il reprendrait bien celui aux noix. Le côte du Rhône est parfait. Il observe à la dérobée, celui qui l’a amené. C’est donc lui. Il a l’air sympa. Il en a rencontré des pires. Il se marre en douce. Il a, lui-aussi, présenté à C. quelques spécimens notables de foldingues. Quelqu’un lui passe le dessert, raisins et pommes, avec quelques chocolats et biscuits secs et remplit son verre. On sort un thermos de café et même une bouteille de cognac d'un des paniers en osier.

Il contemple les étangs de Corot. Il comprend que l’on ait voulu les peindre. Il ne peut s’empêcher de penser que c’est quand même con toute cette étendue liquide sans  même une seule bouteille d’eau minérale à portée de main.


corot1

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Notes de lecture (Papistache)

Entre deux pages d’un livre.
Sentir monter la fièvre, la gorge se tapisser de carton, la vue se troubler...

 


Entre deux pages d’un livre.

 


Auschwitz. Charlotte Delbo.
Quitter le rang, se jeter dans le ruisseau fangeux.

 

A Auschwitz, les lourdes bassines de thé tiède destinées aux détenues sont détournées par les chefs de chambrée qui s’en servent pour leurs ablutions.

 

Charlotte Delbo n’a pas soif, elle EST soif.

 

De retour du chantier, quitter le rang pour plonger les lèvres dans le fossé où nagent les germes de la typhoïde, c’est mourir. Typhoïde ou balle entre les épaules, c'est mourir.

 

Fièvre. Gorge de carton. Vue qui se trouble, regard qui se voile.

 

Un jour. Dix jours. Cent jours.

 

Charlotte Delbo.

 

Travail au potager. Trou dans la surveillance. Un seau oublié. Un seau rempli. Se faire prendre, c’est mourir.

 

Charlotte Delbo s’agenouille. Comme un animal. Elle boit. Au seau. Le seau. Tout le seau. Tout le seau. Son ventre lourd, énorme. Sur le chemin du retour, il clapote. Elle le soutient de ses mains.

 

Le lecteur s’étonne. Quand on pèse quarante kilogrammes, peut-on avaler dix litres d’eau ?

 

Charlotte Delbo. Toute son énergie pour tenir. Un espoir : sortir du camp ; retrouver la vie.

 

De retour, chaque nuit qui la ramène là-bas.

    • Auschwitz et après, 3 tomes :
    • Aucun de nous ne reviendra, Minuit éd.
    • Une connaissance inutile, Minuit éd.
    • Mesure de nos jours, Minuit éd.



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La soif, et ce qui en découle... (Akel)

Elle lit la consigne en plissant des yeux. Qu’est-ce que c’était que ça, encore ? Pourquoi aborder un thème aussi… inhabituel ? Elle soupire, se reproche son manque d’ouverture d’esprit. Ou autre chose ? Elle ne sait plus vraiment, elle voudrait savoir ce qui cloche, pour une fois. Et puis, sans oublier d’écrire à partir de la consigne, bien sûr.

En souriant, elle se demande ce qu’elle peut bien pondre avec une consigne pareille. Certainement pas grand-chose ! … Enfin, dans le sens où ce ne sera pas excessivement long, bien sûr, parce que bon, elle a promis de se modérer. Et Akel tient à tenir parole, ou faire bonne figure. Au choix.

Elle repose son menton sur ses mains levées en soupirant, l’air soudainement très très embêtée. Pour une fois, elle se fiche que quelqu’un de sa famille débarque dans la chambre, et, plus encore, elle se fiche d’être prise en ridicule, en train de lire à haute voix la consigne, l’air très concentrée :

« Cette semaine la soif sera omniprésente dans notre défi… Ni monologue, ni dialogue, ni narration à la 1ière personne… Cap ? Ou pas cap ? »

Elle plisse les yeux encore une fois, pas sûre de comprendre. Elle a toujours eu l’habitude d’interpréter assez platement ce qu’elle entendait, alors, ce n’est pas surprenant que son imagination commence à voltiger vers la vision paradisiaque d’une douzaine de cocktails alignés sur une même table qui n’en finit pas. Elle se retient de baver, cette fois-ci bien décidée à ne pas passer pour une assoiffée invétérée. Quoique, vivre dans un pays chaud comme le Maroc aurait pu excuser un peu son écart, sauf que… sauf qu’elle a peur du ridicule, tout simplement.

En relisant encore une fois la consigne, cette fois-ci avec un ton très détaché, mais condescendant, elle a l’impression d’entendre une publicité de mauvais goût. C’est à peine si elle ne la compare pas à toutes ces lointaines pubs d’été (quoique, pas si lointaines, nous sommes presque en été, ici) où on faisait assez cruellement saliver la minorité du peuple devant des bouteilles de Coca Cola, de Fanta, Hawaii, Fairouz ou autres. Et le comble c’était que ça marchait bien, et que, Akel, elle, se retenait à chaque fois de courir illico vers l’épicerie du coin, histoire de leur donner raison.

Comme c’était loin, maintenant, tous ces souvenirs liés au soleil qui lui brûlait la peau à chaque fois qu’elle sortait ! La piscine, aussi, où elle n’osait plus aller, pour on ne sait quelle raison. « Peur de l’eau », répétait-elle à ses cousins qui n’arrêtaient pas de se moquer d’elle. Parfois même ils lui demandaient si elle ne se foutait pas un peu de leur gueule, derrière sa petite mine renfrognée… mais elle ne niait pas, quoiqu’elle n’acquiesçait pas non plus. Elle restait muette, comme toujours, comme lorsque son entourage l’ennuyait avec ses questions répétitives, comme lorsqu’elle se retenait d’être méchante, parfois. Non mais, qu’est-ce qu’il ne faut pas faire, dites-donc, pour qu’on lui foute la paix. Deux minutes, c’est trop leur demander ?

Pauvre Akel ! Pour une fois elle aurait bien aimé les mettre en tort, leur lancer un : « Mais vous vous foutez de moi, là ? Tout le monde sait nager, même les casse-couilles ! ». Mais elle ne disait rien, elle savait qu’ils avaient raison de se moquer d’elle et que, au fond, si leurs moqueries la blessaient, c’était forcément sa faute. Parce que oui, jamais, au grand jamais, elle ne laisserait ces petits morveux se moquer d’elle, pas même au prix de deux minutes de silence. Ah ça non !

Malheureusement, sa fierté ne repartait pas au grand galop, comme à l’ordinaire, et c’était bien la seule fois où elle se retenait de se montrer méchante. A quoi bon, au final ? Puisque tout était vrai, puisqu’elle ne savait pas nager. Du moins, pas assez bien pour s’éterniser dans l’eau. Elle a trop peur pour ça, de toute façon.

Depuis quand elle le sait ? Et surtout, comment ? Depuis quand, elle ne sait pas, mais comment, ça, elle le sait. Elle le sait depuis qu’elle a l’impression de couler, d’être absorbée par un creux interminable, les yeux fermés, à chaque fois qu’on lui verse un seau d’eau glacée sur la tête. Depuis que, quand elle se lave les cheveux, elle se débat, elle secoue vigoureusement la tête pour que l’eau, ce monstre dégoulinant et ruisselant de vie, ne vienne pas inonder son visage, s’immiscer dans sa bouche. Elle la garde souvent résolument close, par peur de sentir le flot du liquide pourtant tiède glisser entre ses lèvres, trouver sa langue, lui brûler la gorge, l’étouffer, petit à petit. Parfois, quand c’est sa mère qui s’occupe de ses cheveux, elle se tient très raide, n’ose pas faire de mauvaises manœuvres, pour ne pas semer de doute. Pour ne pas l’inquiéter, peut-être. Bien que, elle pencherait plutôt pour la deuxième hypothèse, histoire de garder la tête haute, hein.

Alors donc, quand sa mère ne remarque rien, quand elle verse verse verse l’eau, continue à verser, verser, verser jusqu’à ce qu’une grande marre se forme autour d’elles, quand Akel en a trop marre de garder les lèvres serrées, quand elle ne respire pas assez bien du nez, elle exhale brusquement, elle s’écarte en grognant un gros mot, sans le faire exprès. Sa mère la regarde alors très méchamment, mécontente. Elle se soucie peu des yeux rougis, de la mine hagarde, de la figure altérée par la peur.

Mais Akel ne dit rien, elle s’excuse, tout simplement. Puis elle retourne à sa place initiale, très lentement, comme si elle ne voulait pas, finalement. Comme si elle s’apprêtait à courir hors de la salle de bain, comme une gamine, sans lui laisser le temps de protester, à cette femme qui se prenait pour une tortionnaire. En sentant les griffes de la brosse lui érafler à nouveau le cuir chevelu, elle se rendra simplement compte que ce n’est qu’à ces moments-là seulement qu’elle a le plus soif de vivre, de fuir l’abîme, de patauger frénétiquement dans boue, dans l’espoir d’en ressortir vivante. Bien sûr, elle sait que l’eau est la source de vie, mais n’oublie pas pour autant qu’elle peut tout aussi bien être source de peur, d’angoisse et de crainte.

Bref, elle sait qu’il n’y pas que le bon côté des choses, dans ce bas monde.

Mais elle émerge, enfin. Elle se rend compte qu’elle était en train de contempler pensivement son écran, les yeux dans le vague. En y regardant plus attentivement, elle lit ce que la saisie automatique de Google avait affiché pour sa recherche, jusqu’à lors même pas encore commencée :

soif de culture
soif permanente
soif de sang
soif début de grossesse
soif intense
soif de vivre
soif excessive
soif grossesse
soif la nuit
soif du malt

 

Elle voit qu’en définitive, il y en a pour tous les goûts et les couleurs, alors elle décide de s’arrêter là, satisfaite.

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LES SECS ET LES HUMIDES (Martine27)

Depuis longtemps déjà la tribu de Secs avait soif.
Il faut dire que la tribu des Humides avait fait main basse sur la totalité de l’eau courante, l’enfermant dans des réservoirs et des canalisations. Les Secs n’avaient accès qu’à l’eau de pluie quand elle voulait bien tomber.
Ca ne pouvait plus durer ainsi, les Secs avaient de plus en plus soif. Ils se desséchaient, les plus durement touchés étaient les jeunes. Assez curieusement, les plus petits avaient été pris en charge par les Humides qui leur donnaient régulièrement de l’eau. Mais pour les Secs, ils n’étaient ni plus ni moins que des esclaves, d’ailleurs ils en payaient souvent le prix en disparaissant purement et simplement dans les maisons des Humides pour n’en ressortir que sous forme de cadavres.
Il était temps de réagir, les Secs ne pouvaient plus se laisser ainsi assoiffer.
Alors, la guérilla fut lancée.
Des espions commencèrent leur quête.
Il fallait savoir comment les Humides acheminaient l’eau des immenses réservoirs jusqu’à chez eux.
Les Secs sentaient cette eau et cette senteur les rendait fous.
L’apaisement de leur soif dévorante était si proche et en même temps si lointaine.
Il fallut du temps aux espions pour remonter jusqu’aux diverses voies de diffusion du précieux liquide.
Mais bientôt, de partout dans la région les informations affluèrent jusqu’aux représentants des tribus des Secs.
Petit à petit, la carte des flux d’eau fut dressée.
Il fallait maintenant agir de concert.
Les plus forts d’entre eux entrèrent en action.
Perçant la terre sèche, ils forèrent des tunnels jusqu’à atteindre enfin les sources multiples de leur désir.
Ils attendaient maintenant le feu vert du Grand Sec pour lancer l’attaque finale.
Et une nuit, l’ordre tant attendu retentit.
Dans un dernier effort, les forts percèrent les canalisations.
L’eau enfin libérée se rua au travers de la terre sèche et les racines purent enfin se gorger du liquide nourricier et l’envoyer nourrir les arbres, enfin ils allaient à nouveau pouvoir développer des bourgeons et des feuilles.
Le lendemain, au réveil, les tribus des Humides s’aperçurent que l’eau n’arrivait plus à leurs robinets, ils découvrirent que les racines des grands arbres de la forêt environnante avaient dévasté les canalisations et que l’eau précieuse qu’ils ne voulaient plus partager se répandait tout autour des leurs habitations.
L’herbe commençait à perdre sa teinte jaune pour retrouver un vert éclatant, les arbres paraissaient plus forts, presque menaçants, les mettant au défi de voler à nouveau le sang de la terre pour leur seul profit.

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Abécédaire de la soif (Joe Krapov)

Anisette : A la Sainte-Anisette, le méridional fait risette. A la sainte Anicroche, il remet ses mains dans ses poches et part en sifflotant vers le bar le plus proche.

 

Apéro : à l’ère du rap et de la re-pop, certains préfèrent encore l’âpre apéro à l’opéra. Tant pis pour eux, si, Parsifal achevé, il ne leur reste plus que des coques de pistaches et des apéwalkyricubs ratatinés.

 

Bière : Breuvage bien souvent belge. Bien des buveurs commencent par elle et finissent en elle.

 

Bistouille : Bienvenue chez les Ch’tis où l’on vous sert le café arrosé d’un verre d’eau de vie de genièvre, le tout étant nommé ainsi : bistouille. L’abus de bistouille vous amène à dire des carabistouilles.

 

Boit-sans-soif : Injure émise par un marin alcoolique à petite contenance ou par un dromadaire amoureux d’une Schtroumpfette (voir plus bas à « chameau).

 

Carafon : Les carabins qui boivent le fond des carafons s’en prennent des carabinées et s’en vont, caramels, caracoler du caraco dans le fond du jardin, près de la caravane, là où sont les cab.. commodités.

 

Chameau : Pour se prémunir de la soif, le chameau et le dromadaire emmènent avec eux une grosse réserve d’eau. Ils posent par-dessus un targui tout de bleu vêtu. Le targui est un peu l’animal de compagnie des dromadaires et des chameaux. Celui des touaregs qui porte un bonnet rouge s’appelle le grand Schtroumpf. Celle qui vient d’Europe et ressemble à Rimbaud s’appelle Isabelle Eberhardt. Au printemps, les porteurs de bosses organisent entre eux des concours de contenance. Celui qui a la plus grosse gagne. Arguant de leurs victoires passées à ce genre de concours, les vieux chameaux font croire aux jeunes femelles chamelles qu’ils ont de la bouteille. Ils glosent dans le creux de leur oreille et promettent de leur faire profiter de leur longue expérience. Méfiez-vous, les Schtroumpfettes ! La longue expérience du grand Schtroumpf n’est peut-être qu’un serpentin traînant de papier recyclé qui fait tout ce qu’on veut sauf des étincelles.

 

Champagne : Champagne pour tout le monde, caviar pour les autres, y compris pour ceux qui sont tombés du ciel à travers les nuages !

 

Danaïdes : Parce qu’elles ont zigouillé leurs horribles boit-sans-soif de cousins, les sœurs Danaïdes ont été condamnées à avoir le foie dévoré perpétuellement par un vautour de Vichy. On se mélange peut-être un peu les pédales avec les Grecs et les Latins mais c’est une histoire du même tonneau si je ne m’abuse, docteur.

 

Désert : « Que de sable ! Que de sable ! » aurait dit le maréchal MacMahon. Il aurait dit aussi : « C’est vous le bédouin ? Continuez !». Le désert est le lieu par excellence où se produisent les mirages, parfois même en rafale. C’est pour cette raison que le mot « désert » commence par un D comme Dassaut.

 

Evian : Passe moi l’éponge ! Evian ! Fais moi gouzy !

 

Fontaine : Il ne faut jamais dire « Fontaine je ne boirai pas deux tonneaux ».

 

Gazeuse (eau) : Il vaut mieux qu’il y ait du gaz dans l’eau que de l’eau dans le gaz.

 

Kronenbourg : Petite cité d’Alsace où les troupes du duc d’Aumale prirent le parti, en 1664, de ne se livrer à aucune bataille contre qui que ce fût (de bière). Au contraire, les troupes avant-gardistes se mirent à la cueillette des olives afin d’agrémenter la cérémonie de l’apéro (voir ce mot). En souvenir de ce 1er bataillon de militaires pacifico-écologistes, il fut permis, par dérogation, de ne plus mettre un « m » devant le bourg de Kronenbourg (alors que, faut-il le rappeler, « embrouillamini » s’écrit ainsi).

 

Mac Mahon : Le maréchal aurait aussi déclaré : « Le délirium tremens est une maladie terrible. Ou on en meurt, ou on en reste idiot. Et je sais de quoi je parle, je l'ai eu ».

 

Mousse : Si tu ne veux pas t’en faire, bois en une, petit matelot !

 

Pépie : Les moineaux qui ont la pépie se fabriquent un jour de liesse d’une flaque de Pepsi.

 

Pschitt : Boisson présidentielle (1995-2007) permettant d’éliminer bien des soucis.

 

Vichy : Il y a ceux qui sont pour la prise de la pastille et ceux qui, n’en ayant cure, préfèrent suivre un régime soutenu. Après tout, si ça les botte ! Il y a des gens comme ça qui aiment bien être occupés. Qu’on n’ait pas évacué tous les miasmes reste quand même préoccupant.

 

Vodka : Vodka, nié Voda !

 

Walrus : Successeur élu et non encore détrôné, pour notre plus grand bonheur, de sa Majesté le roi Gambrinus.

 

Whisky : Va le porter au juge blond qui fume : personnellement je n’en bois pas . C’est une boisson à gogos.

 

Zubrowka : Il faut remercier la Pologne pour au moins trois merveilles qui se sont bien exportées : Janeczka, la musique de Frédéric Chopin et la vodka Zubrowka (prononcer joubrouvka) avec son herbe de bison qui trempe au milieu de la bouteille. Encore un doigt pour Joe Krapov ! Non, pas l’auriculaire, le majeur !

 

Zébu : Le cri de cet animal qui ressemble quelque peu au dromadaire est le zépussoiffement. Le zébu zépussoiffe.


_main

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Je nage (Laura)

Je nage, l’eau m’emprisonne dans sa brûlante béatitude
Les lumières de la piscine éclaboussent mes angoisses
Et j’ai soif d’aller plus loin, mieux et beaucoup plus vite
Vers la fin du bassin qui me regarde, me nargue et s’efface
M’incitant à recommencer une longueur encore et encore
Jusqu’à l’épuisement total de mes espoirs et de mes rêves.
Je nage jusqu’au bout de ma soif de et de mes forces.
Pour un instant aquatique enflammant mes lèvres et ma gorge.
Une sensation de malt blond à l’heure intelligente
Qui réconforte dans l’abandon et le partage.
Des bulles magiques qui s'évaporent dans le sommeil qui se mérite.

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Manque d'O (tiniak)

l'entre-jambe qui n'en peut mais
brûlant de désir insatiable
la langue qui reste de marbre
quand il est temps de s'embrasser

le puits qui n'a rien délivré
à cette caravane errante
quand la chaleur est accablante
et dense dans la main de Rê

la pluie même qui se déguise
se faisant mine de buée
évite un rang de peupliers
brume qui n'en fait qu'à sa guise

sur la cathédrale qui frise
des diables sans rien à cracher
visent des brebis réchappées
d'un été qui les martyrise

que dire à ces tristes tétées
pleurant sur de pauvres mamelles ?
que cet argile qui grumelle
fut un temps d'un géant le pied ?

ne crains-tu pas, humanité
que l'eau se fasse enfin si rare
que ni l'enfer ni le curare
jamais ne puissent t'apaiser ?

par manque d'eau, vrai!

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Après la pluie (Virgibri)

Virgibri55

Ils étaient là, face à face. Elle avait longtemps attendu ce moment espérant que ce serait LE bon, enfin, oui. De discussions sans fin aux promesses coquines, elle l’avait fait patienter deux mois sur le net. Mails, dial, MSN, puis l’image qu’elle avait cédée via la webcam, à bout de patience : elle voulait le voir aussi.

Passées ces premières épreuves, elle avait accepté de le rencontrer. Sans se précipiter, elle avait voulu le tester sur bien des plans, comme on choisit une nouvelle voiture après un essai de conduite. C’était affreux, elle le savait et l’assumait parfaitement.

L’homme devenait à son tour un produit de consommation. Mais là, arrivée à trente-cinq ans, elle voulait une valeur sûre. Regarder Friends ou Ally Mc Beal devenait pathétique à force de s’y reconnaître. Pourtant, le personnage d’Ally lui parlait tellement ! Elle se souvenait encore de certains épisodes, comme celui dans lequel l’un des personnages masculins n’avait qu’un seul défaut : il mangeait et parlait en même temps. Des morceaux de salade restaient collés à ses dents. Ou encore celui qui avait un rire de cochon, horrible. Et Ally qui ne pouvait pas aller au-delà de ces défauts, à la fois minimes et énormes.

Le test de la promenade sur les quais de Paris avait été une réussite. Marche lente, furetage dans les vieux livres, pause sur le Pont des Arts, crêpe dans les Halles… Parfait : il n’avait rien contre la douceur ni contre une grande dose de romantisme.

Sa voix, aussi. C’était important, la voix, pour elle. Elle n’avait rien de renversant, mais rien de repoussant non plus.

Elle avait donc échafaudé toute une liste de paramètres et de critères à cocher, à remplir, à nuancer. L’un des derniers tests était celui du restaurant. Et elle savait très bien que le dernier, le plus fatal, le plus excitant et le plus angoissant aussi, viendrait après : faire l’amour ensemble.

Ils étaient donc là, face à face, dans ce restaurant. Elle aurait voulu le laisser choisir, mais elle s’était dit qu’il valait mieux se régaler les papilles en cas de déconvenue, plutôt que de prendre le risque de mal manger.

Les petites assiettes tournaient devant eux, contenant des mets japonais délicieux. Le rythme irréprochable des tapis donnait presque le tournis. Ou avait au moins un caractère hypnotique.

La discussion ronronnait. Rien d’extraordinaire, non plus, mais comparé à d’autres mâles qu’elle avait voulu rencontrer, celui-ci avait un certain relief. Les assiettes défilaient, s’empilaient doucement entre eux. L’atmosphère était lourde au dehors comme au-dedans : le temps était à l’orage, il faisait chaud et moite. Elle, sensible à ce genre changement, commençait à étouffer. Lui ne semblait pas en souffrir. Il parlait. Et il tentait de lui frôler la main, doucement.

La bouteille d’eau et celle de vin blanc trônaient entre leurs verres. Leurs verres quasi vides. Et par principe, elle refusait de se servir. Oui, l’égalité des sexes, blabla, ne pas attendre que l’homme fût galant si l’on voulait être traitées en égales de ces messieurs, gnagnagna. Toutes ses copines tenaient ce discours. Mais elle résistait. Somme toute, cela faisait aussi partie du jeu de séduction.

Au-dessus des algues et des sashimis, il lui faisait des yeux de merlan frit : il avait été fort patient jusque-là, mais on sentait bien que son désir était prêt à rompre les digues. Emoustillé par l’idée que c’était enfin LE soir où ils feraient l’amour, il se lâchait dans ses propos. La mangeant des yeux, il jouait sur le double sens de ses phrases et parlait de son envie de goûter ses sushis en prenant tout son temps ou, au contraire, de dévorer ses makis…

Elle souriait à peine, faisant semblant de ne pas comprendre l’ambigüité de ses propos. Elle ne pensait qu’à une chose : savoir s’il allait enfin la servir en eau. Elle n’en pouvait plus de ressentir la soif, mais elle s’obstinait à attendre. Fichue sauce soja salée ! Et cette température qui ne cessait d’augmenter… De petites gouttes de condensation perlaient le long de la bouteille en verre.

Les assiettes continuaient à s’empiler. Ils n’avaient évidemment plus faim depuis longtemps. Etrangement, elle qui était non fumeuse, avait envie d’allumer  une cigarette à ce moment-là. Enfin, elle se voyait fumer une cigarette, imaginant que cela la calmerait. Sans savoir si cette drogue douce avait tant de vertus. L’eau s’était réchauffée mais peu lui importait : elle rongeait son frein en attendant. Lui, croyant qu’elle ne voulait plus rester en ce lieu, mais bien avoir chaud pour d’autres raisons, s’empressa de demander l’addition, émoustillé.

Et là, il se saisit de la bouteille d’eau, enfin. Elle vit parfaitement le mouvement de son bras, de sa main, lentement se décomposer. Au même rythme, un sourire commençait à percer sur son visage de femme douce mais opiniâtre.

Il se versa un verre, en finissant la bouteille et en s’étonnant qu’elle n’eût pas soif.

Elle, la bouche presque pâteuse, avec cette désagréable impression d’avoir la langue gonflée, ne put sortir un seul mot. Elle pensa très fort à Ally Mc Beal à ce moment-là. Elle se leva sans un mot, croisa la serveuse qui revenait avec l’addition, sortit rapidement du restaurant pour qu’il ne puisse pas la rattraper, et s’échappa par quelques petites rues presque en courant, malgré la chaleur.

Non, l’homme avec qui elle voudrait passer le reste de sa vie ne pouvait pas la laisser mourir de soif. Et elle ne pouvait pas faire avec.

Elle reprit son rythme de marche assez lent et régulier. Le ciel était sombre. Il se mit à pleuvoir très doucement. Elle leva les yeux vers le ciel, et sourit. Lorsque la pluie s’intensifia, elle s’arrêta de marcher, pencha la tête en arrière, ramenant ses cheveux pour dégager son front et sourit complètement.

Inconsciemment, elle se mit à entrouvrir la bouche pour avaler l’eau. Elle était belle et étrangement offerte. Comme si elle faisait l’amour avec la pluie.

Sur le trottoir d’en face, un homme sans parapluie la regardait. Il la trouva magnifique.

Il traversa.

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Fait soif ! (Poupoune)

C’était un sacré boit-sans-soif

ce gars qu’on appelait Olaf

y disait qu’il était mataf

mais fallait voire s’poiler son staff

 

à part pour peigner la girafe

on l’voyait pas beaucoup au taf

y avait un pompon sur sa coiffe

que quand t’y touches les gens s’esclaffent

 

il filait des bourre-pifs et paf

pour un verre t’laissait en carafe

mais un jour qu’il a pas fait gaffe

il a traité d’sale faf un faf

 

il a mangé une drôle de baffe

et a tiré sa dernière taffe

alors ses potes comme épitaphe

y z’ont gerbé dans l’cénotaphe

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