20 décembre 2008

Le Père Noël voit rouge (Pandora)

Les lutins sont ravis, ils sont parfaitement dans les temps et s’accordent même le luxe de fumer une cigarette (au chocolat bien sûr). Le traineau a été briqué et passé au polish, les rennes brossés et attelés et  les jouets rangés et préparés selon un ordre précis. Chaque minute compte et les enfants sont tellement nombreux que tout doit être pensé avec le plus grand soin, la tournée est une vraie course contre la montre mais tout est prêt. Il ne manque plus que l’artisan de la fête, le héros du soir. Le Père Noël. En retard, ce qui est très inhabituel.

Et pour cause…

- Mais qu’est-ce que tu as fait à mon costume ?

- Rien du tout. Habille-toi maintenant!

- Je ne peux pas enfiler ça, ce n’est pas mon costume.

- Mais enfin Noël, arrête de faire l’enfant !

- Ca ne peut pas être MON costume !

- Je te dis que c’est le même, habille toi !

- Non, MON costume est rouge. Pourquoi n’est-il pas rouge ?

- Les enfants n’y verront que du feu.

- Mais ils ne sont pas tous daltoniens !

- Je te promets que tout va bien se passer. De toutes façons, ce qu’ils veulent ce sont les cadeaux ! Et puis il était temps de changer un peu, ce rouge commençait à me donner la migraine. Fais-moi plaisir chéri, habille-toi. Les enfants t’attendent et tu vas être en retard…

- Tu aurais tout de même pu m’en parler avant…

Le Père Noël prend le costume et s’habille tout en continuant de ronchonner. Quand il est enfin prêt, la Mère Noël s’approche pour l’embrasser.

- Je te trouve très sexy en bleu…

- Vraiment ?

- Oui, vraiment. Et quand tu verras ma nouvelle parure de Mère Noël, du même bleu que mes yeux, tu arrêteras de te plaindre.

- Montre-la-moi vite alors.

- Bas les pattes, c’est pour APRES la tournée. Dépêche-toi de partir, les lutins doivent commencer à s’inquiéter.

- Tu ne perds rien pour attendre, je serai bientôt de retour ! Mais dis-moi chérie ?

- Oui ?

- Tu es sûre que ce changement de sponsor était vraiment nécessaire ?

- Quand tu verras le voyage de rêves que Pepsi nous offre, je te garantis que tu ne regretteras plus ton costume rouge!

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Brassin de Noël (Walrus)

24 décembre 1960, le patron des "Armes de Chimay" se présente à la loge de la brasserie de l'abbaye de Scourmont.
Il frappe à la porte. Rien ne se passe.
Il frappe plus fort. Rien derechef.
Il se met à tambouriner sur le battant (vous ai-je dit qu'il avait le tempérament sanguin ?)
Au bout d'un temps, une voix lui parvient :
- Pourquoi donc, mon fils, faites-vous ce raffut du diable ? C'est fermé à cette heure !
- Je viens prendre livraison de mes casiers de trappiste en grandes bouteilles. Crie l'autre.
- Je vous répète que c'est fermé, mon fils.
- Mais Le père Noël me les avait promis pour dix-huit heures et j'en ai besoin pour mon civet de réveillon !
- Je ne suis pas au courant, mon fils.
- Mais il me faut ces bouteilles ! S'énerve le restaurateur...
- C'est que, voyez-vous mon fils, le père Noël a disparu. Nous le cherchons en vain depuis bientôt deux heures.
- Mais je me fous de cette disparition, le temps m'est compté et...
- Mon fils, je ne saurais vous aider, je ne suis que frère convers, la livraison n'entre pas dans mes modestes compétences
- Mais alors, trouvez quelqu'un qui les ait, ces compétences, nom de ...
- Vous blasphémez, mon fils ! Ça n'arrange pas votre cas !
- Je ne suis pas votre fils ! Et je veux ma bière !
Et il se met à secouer violemment l'huis.
Après quelques instants, ce dernier s'ouvre sur l'Abbé, Dom Guerric Baudet.
- C'est vous, mon fils, qui braillez comme un âne ?
- Je devrais sans doute bramer comme un renne, ça ferait peut-être venir le père Noël...
- Le père Noël est indisponible, mon fils, que lui voulez-vous donc ?
- C'est, Révérend Père, qu'il m'avait promis quelques casiers de...
- Ce n'est que cela ? Que ne l'avez-vous dit de suite, au lieu d'ameuter toute la Trappe ?
- Mais je l'ai expliqué au frère...
- Ah, lui ! Oui... Bien que n'ayant pas voix au chapitre, il est contre la vente de bière et essaie par tous les moyens de l'empêcher. Père Anselme, voulez-vous régler le problème de notre ami ?


Chimay

Il va sans dire, et bien mieux encore en le disant, qu'en dehors du Père Noël et de l'Abbé Dom Guerric Baudet, tout est faux dans ce conte de Noël. Sauf, peut-être, le caractère, oh très légèrement, emporté de mon ami le restaurateur.

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Lapinou a disparu (Adi)

« Lapinou… Lapinou d’amour, où te caches tu ? »

 

« LAAAAAAAAAAAAPIIIIIINOUUUUUU », s’égosille la mère Noël.

 

Là c’est l’année de trop ! Tous les ans le mari de la mère Noël disparaissait le 24 décembre ! Il était 18h, la tournée de cadeaux commençait dans 6 heures, et ce n’était pas elle qui allait prendre les commandes du traineau !

« Dieu seul sait où il se cache », s’écrit elle.

 

Elle lui avait dit pourtant, lors du repas de midi, qu’elle aurait tout préparé pour son départ, et qu’il devait être là tôt pour bien faire son travail. Pour ce qui était de la préparation, elle n’avait pas menti.

Elle était passée à l’atelier faire l’inventaire des cadeaux avec les lutins, elle avait nourri les rennes, réparé la hotte qui se casse tous les ans, et elle avait même préparé un petit casse croûte pour la route.

 

« Didiou !!! Mais où es tûûûûûûûûûûûûûûûûûûûûûûûûûûûûûû ?????? »

 

Elle avait fait le tour de la maison, enfin, du chalet : personne.

Elle avait appelé les amis du père Noël – surtout la petite Souris avec qui le père Noël avait l’habitude de s’enfiler quelques verres : personne.

Elle avait interrogé un à un les lutins : rien !

 

Cela faisait deux heures qu’elle tournait et virait chez elle. Tout était prêt. Il ne manquait que le personnage principal.

Finalement elle avait décidé de s’asseoir et d’attendre. Il finirait bien par revenir, car même s’il disparaissait tous les ans, il revenait toujours à temps. Certes, il devait se dépêcher un peu, du coup les cadeaux n’étaient pas bien disposés au pied du sapin et parfois même il se trompait, mais il envoyait les lutins derrière lui pour réparer ses erreurs. Le travail était fait et c’était le principal.

 

La mère Noël s’était endormie sur le canapé, devant la cheminée. Le père Noël s’approcha doucement, lui embrassa le front, pris son baluchon – qui contenait le casse croûte – et partit pour sa tournée.

 

« 23h57, il me reste trois minutes pour commencer, je suis large ! », se dit le père Noël, en prenant place dans le traineau.

 

*

* *

 

Le père Noël était joyeux. Pas comme l’année dernière. Comme à son habitude il avait quitté sa « poupée en sucre », comme il l’appelait, après le repas du midi. Comme à son habitude il avait pris la route du Sapin, il avait marché pendant des heures. Et comme d’habitude il était entré dans le Santa’s bar.

Il n’avait pas rendez vous avec une maitresse, ou avec un lutin, histoire de trinquer avant le grand moment de l’année. Non absolument pas.

 

Tous les ans, à partir de 17h30, le Santa’s bar organisait le Noël des pères Noël.

Là notre père Noël, le français, revoyait ses acolytes. L’anglais, l’allemand, le suisse, l’italien etc…

Et à ce moment là, chacun se racontait les anecdotes de l’année passée, et vers 19h, il recevait tous un petit présent de la part de la Coopérative des Père Noël de la Terre.

 

Cette année il avait eu des crayons de couleur, et comme il adorait dessiner, il allait pouvoir s’en donner à cœur joie. L’année dernière il avait eu un poisson rouge, lui qui n’aimait pas les poissons il avait été déçu !

 

Tout en distribuant les premiers cadeaux, le père Noël songea qu’il ferait mieux de dire à la mère Noël où il allait tous les ans, et qu’il devrait lui annoncer sa passion du dessin…

 

*

* *

 

En se réveillant la mère Noël songea qu’elle devrait dire à son mari que toutes les nuits de Noël, les mères Noël de tous les pays se retrouvaient pour fêter le Noël des mères Noël.

 

« On verra ça l’année prochaine… »

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Contretemps (Brigou)

24 décembre à dix-huit heures ; les lutins aperçoivent le message sur la table.

« Contretemps… dois m’absenter ! Signé : Père Noël ». 

La situation est grave. Que se passerait-il si Noël ne pouvait pas avoir lieu ? et si le Père Noël était parti pour toujours ?

Tout est prêt pour ce soir. Jacquot, le chef des lutins, a acheté tous les jouets des enfants. Ludo, le plus jeune, a emballé les cadeaux avec du beau papier et de jolis rubans. Martino, l’assistant, a chargé le traîneau du Père Noël, il s’est appliqué afin que les paquets ne tombent pas quand ce dernier s’envolera. Quant à Léo, il a contrôlé la liste des enfants.

Mais où est passé le Père Noël ? L’heure tourne. Toute la petite troupe décide alors de consulter la célèbre voyante Mme Irma. Celle-ci accepte bien volontiers de leur rendre service, après tout le Père Noël est aussi son ami.

Elle sort sa boule de cristal et après quelques minutes de concentration, il lui semble localiser le Père Noël. Une image apparaît…. Elle voit autour de lui quelque chose de jaune, de grosses taches noires et blanches ! Soudain elle comprend : « il est à l’étable, avec la petite vache ! ».

Les lutins se regardent et se précipitent vers la grange. Le Père Noël est effectivement agenouillé et caresse une vache sur le museau en lui parlant tout doucement :

«  tu vois ma belle, tout s’est bien passé… ton veau est en parfaite santé, occupes toi de lui maintenant, je dois te laisser, il y a des enfants qui m’attendent et je ne veux pas les décevoir. Je file… ».

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John Mac Dermott sauve Noël (Poupoune)

Ce 24 décembre, comme tous les 24 décembre, j’avais passé la journée au bureau à cuver après la cuite magistrale de la veille… C’était une tradition, la soirée de Noël chez Gégé. On la faisait le 23 parce le 24, la Toinette voulait que Gégé l’emmène à la messe de minuit alors il fermait de bonne heure… Elle croyait pas plus au bon Dieu qu’aux promesses de Gégé qui jurait une fois par an qu’il arrêterait de boire, mais elle aimait bien les chansons et elle trouvait que dans son costume de fête et ses guirlandes le curé faisait « très Noël », comme elle disait. Alors nous, comme on était pas exactement à cheval sur les traditions, ben on se prenait la biture de Noël le 23 décembre. Avec tous ces gens qui nous reprochaient de boire sans raison, on mettait un point d’honneur à ne pas rater les occasions de picoler où justement on en avait une bonne, de raison…

 

En cette fin de journée du 24 décembre, alors que les rues commençaient à se vider et que les néons capricieux de chez Gégé avaient cessé de clignoter sous les fenêtres de mon bureau, j’étais donc pas frais. Comme ma Lulu travaillait cette nuit, j’avais le temps de finir de cuver tranquille… Un grand cœur ma Lulu : elle avait presque de la tendresse pour « ses désespérés de Noël », comme elle les appelait. Tellement malheureux d’être seuls qu’ils venaient se réchauffer l’âme et le reste dans les bas des filles de chez la Rolande la nuit de Noël… et pour rien au monde elle leur aurait fait faux bond, ma Lulu. Une grande dame. Et du coup moi je songeais à me positionner horizontal, bien calé au fond de mon canapé pour faire ma nuit, quand ils ont débarqué.

 

Trois zigues qui devaient pas faire trois mètres de haut à eux trois, déguisés en nains de jardin sautillants et qui se sont octroyé d’office le canapé que j’essayais d’atteindre en titubant. Ils m’ont fixé avec un mélange de dédain et de scepticisme. Je les ai fixés avec un mélange de nausée et de doute : y avait-il vraiment trois nains de jardin assis sur mon canapé ou étais-je encore vraiment bourré ? Je me suis rassis derrière mon bureau en me disant qu’une fois que ça tanguerait plus j’y verrais sûrement plus clair. Mais ils étaient toujours là. Et cette fois je les ai fixés de mon plus beau regard d’abruti. Jusqu’à ce qu’y en ait un qui se décide à parler :

 

- C’est vous Jean-Marc De la Motte ?

- Euh… ouais. En fait c’est John Mac Dermott.

- Oui, oui, on a vu la plaque tape-à-l’œil sur la porte…

- Tape-à-l’œil ? Ben faut bien qu’on la voit quand même !

 

Voilà que des guignols échappés du cirque faisaient des remarques désobligeantes sur ma plaque ! J’y avais mis presque tous les bénéfices de ma première enquête, dans cette plaque : « John Mac Dermott & Associés, détectives privés », en belles lettres tout emberlificotées sur fond de dorures rutilantes… Bien sûr que c’était tape-à-l’œil ! Ils croyaient quoi les nabots, que la clientèle allait venir là des fois par hasard voir si y aurait pas un détective dans les parages ? Fallait l’attirer, le chaland !

 

- Et d’abord comment vous savez que je m’appelle Jean-Marc De la Motte ?

- On sait beaucoup de choses… D’ailleurs, les associés, là, ils sont où ?

- J’en ai pas, vous le savez pas, ça ?

- Bien sûr que si… On vérifiait. Vous avez dit la vérité, ça vous rachète un peu…

 

Ils commençaient à me les briser, les demi-portions. L’allait pas falloir qu’ils s’attardent trop. J’avais déjà la tête comme une timbale un soir de concert alors faudrait pas qu’ils me titillent beaucoup avant je vérifie si un par un ils pourraient redescendre par le vide-ordures.

 

- Bon, et vous avez atterri ici par erreur pendant un concours de lancer de nains où vous êtes venus pour une raison particulière ?

- On a besoin de vos services.

- Vous voulez que je prenne Blanche-Neige en filature ?

- Le Père Noël a disparu.

- 

- Vous avez entendu ?

- Oui, oui. Euh… Lequel ?

- Vous en connaissez beaucoup ?

- Ben… euh… Alors y a le père Noël qui tient la boucherie « Au bon nonos à Nono », y a le père Noël qui vient le jeudi chez Gégé avec le père Antoine, y a le père Noël qu’on appelle comme ça parce qu’il a épousé la mère Noëlle, mais en vrai il s’appelle Robert…

- Bon, ça va, arrêtez. Nous on cherche le vrai Père Noël. Celui qui doit distribuer les cadeaux aux enfants cette nuit.

- Hum… Et vous êtes ?

- Ben ses lutins, pardi ! Vous croyez qu’on est quoi ? Des nains de jardin ?

 

Je sais pas pourquoi je les ai pas foutus dehors illico, histoire de piquer la ronflette dont j’avais besoin, toujours est-il que je les ai laissé m’embobiner, les minus. Faut dire que j’avais pas beaucoup mieux à faire cette nuit : dans mon état je ferais sûrement pas avancer beaucoup l’autre enquête que j’avais sous le coude et puis faut avouer qu’ils avaient réussi à m’amuser, les trois clowns, avec leur histoire de Père Noël à retrouver d’urgence, attendu qu’on était le 24 décembre et qu’il était déjà 18 heures…

 

Comme c’était fermé chez Gégé, j’ai sorti la bouteille de secours que je garde au bureau pour les cas de force majeure et je m’en suis jeté un petit avant de partir avec mes trois mini-comparses à la recherche du Père Noël.

 

Ils m’ont expliqué que d’après la feuille de route de leur boss et compte tenu de la dernière position qu’il leur avait signalée, il devait pas être loin… Pour ne négliger aucune piste, j’ai passé un coup de fil à ma Lulu pour lui demander si elle avait déjà vu passer des Pères Noël au bordel… Elle en avait déjà eus deux, mais aucun dont la barbe était vraie. Je lui ai dit de me prévenir si des fois il s’en présentait un plus crédible. Par acquis de conscience j’ai aussi passé un coup de fil chez Madame Suzanne à la Fanfan. C’était pour elle que je travaillais en ce moment et comme je bossais à l’œil elle était toujours prête à me rendre service. Mais pas de Père Noël de son coté non plus pour le moment. Elle m’appellerait si jamais.

 

On arpentait les rues le nez en l’air histoire de pas le louper si des fois le vieux s’était coincé dans une cheminée, mais je cherchais surtout une idée de l’endroit où il pourrait être intelligent de chercher. D’habitude c’était à mes copains de beuverie chez Gégé que je soumettais ce genre de question et en général je ressortais du rade cassé comme un coin mais avec une piste pour le lendemain mais là, Gégé fermé, mes alcoolos étaient dispersés aux quatre coins de la ville, certains buvaient même à domicile autour d’une dinde, ou deux pour ceux qu’étaient mariés, alors j’avais plus qu’à me démerder tout seul avec mes lutins… C’est con, ça les aurait fait marrer, les poteaux, chez Gégé, de me voir me ramener avec mes nabots…

 

J’étais perdu dans mes pensées quand je me suis pris de plein fouet un parcmètre planté droit comme la justice au milieu de mon chemin. Et c’est là que j’ai eu l’idée.

 

- Et vous êtes allés chez les cognes ?

- Croyez vraiment qu’ils nous auraient pris au sérieux ?

- Ben je vous ai bien pris au sérieux, moi…

- Vous êtes un ivrogne de privé raté sans le sou et vous n’avez accepté de nous aider que parce que vous préférez toujours ça plutôt que cuver seul dans votre bureau miteux un soir de Noël.

- Z’êtes durs là…

- 

- Mais on va quand même faire un saut à la maison poulaga. Venez.

 

J’accélérai le pas direction le commissariat, bien la première fois que j’y allais de mon plein gré en ne risquant pas a priori d’y finir la nuit en cellule de dégrisement, avec comme trois petites ombres qui trottinaient derrière moi… Ça me faisait marrer de les faire galoper et comme ils m’avaient quand même un peu vexé, j’allongeai encore mon pas. J’entrai le premier dans le commissariat, mes trois nains suants et soufflants arrivant en courant un peu après… On a la vengeance qu’on peut.

 

- ‘Soir !

- ‘Soir.

- Z’auriez pas eu du Père Noël, des fois, ce soir ?

- Lequel ?

 

J’entendais les nabots s’agiter dans mon dos, apparemment ça les chiffonnait qu’on mélange leur patron. J’ignorai.

 

- Z’en auriez pas un qui dit qu’il est le vrai Père Noël ?

- Si, à peu près tous…

- OK. Qu’est-ce que vous avez alors ?

- Attendez… que je regarde… On a déjà deux états d’ébriété…

 

Mes lutins secouaient la tête.

 

- … un tapage nocturne, un vol à l’étalage …

 

Trois têtes qui se secouaient avec encore plus d’énergie en faisant gling-gling du grelot qui pendouillait au bout de leurs bonnets ridicules.

 

- … un exhibitionniste…

 

Gling gling gling gling gling.

 

- … un qui nous a foutu un bordel montre au carrefour Saint-Jérôme en bloquant la circulation avec un char à bœufs…

- C’est lui ! C’est lui ! C’est lui !

 

Je regardai mes lutins avec perplexité… Ils avaient l’air bien sûr d’eux. Moi j’étais pas super au point sur les us et coutumes en vigueur, mais le char à bœufs, quand même, ça me turlupinait.

 

- Et votre patron il devrait pas plutôt se balader en traîneau tiré par des rennes ?

- Si. On vous expliquera. Vous pouvez le faire sortir de là ? Il va être super en retard, là.

- Brigadier ? Vous le gardez pour quoi celui-là ?

- Bof… Pas grand-chose. Il était pas très cohérent, un peu désorienté, il emmerdait tout le monde avec ses bœufs, alors on l’a mis là mais si vous le voulez vous pouvez le prendre, hein ? Z’avez qu’à signer là. Et pis vous oublierez pas ses affaires : il avait un grand panier… Le char et les bœufs sont dans un champ, près de chez Léon, à la sortie de la ville… Voyez où c’est ?

- Je vois, ouais. Merci bien. Joyeux Noël.

 

Sur le chemin pour aller chez Léon, ils m’ont expliqué que le Père Noël avait eu une grève des rennes cette semaine. Ils réclamaient le droit à des jours RTT et refusaient la clause qui stipulait que le 24 décembre ne pourrait être posé qu’à titre exceptionnel et à condition de ne pas compromettre les livraisons. Les négociations étaient dans une impasse mais les livraisons devaient quand même être faites. Le Père Noël avait essayé de jouer les briseurs de grève avec son histoire de char à bœufs. Ça lui avait pas bien réussi jusque là.

 

Les lutins pensaient que si le Père Noël acceptait de retirer la clause du 24 décembre, les rennes reprendraient le travail sans délai et assureraient la livraison. Le Père Noël était sceptique mais n’avait plus vraiment le choix. Moi je pensais qu’il allait être temps de reboire un coup si je voulais pouvoir continuer à écouter ce dialogues de dingues.

 

Arrivés au champ de Léon, tout le monde est monté dans le char, les lutins, le Père Noël et les bœufs, et je jurerais qu’ils se sont volatilisés.

 

Moi je suis rentré au bureau me réchauffer à ma bouteille de secours et dormir enfin, histoire de me remettre les idées en place après cette nuit déconnante.

 

Mais quand au terme d’un court sommeil agité j’ai vu ma Lulu, sa silhouette longiligne se découpant sur la lumière blafarde du petit matin, en train de s’effeuiller avec langueur au rythme de ses talons aiguilles cliquetant sur mon plancher grinçant et tout ça, rien que pour moi, j’ai su que j’avais bien fait de le sortir du mitard, le Père Noël, et qu’il avait pas oublié de me gâter en retour. 

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Extraits de mon journal intime (Val)

Mercredi 24 décembre 2008

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6h00

Je n’arrive plus à dormir. Je préfère me lever. La nuit a été pourrie, entre l’excitation des enfants en cette veille de Noël, mais surtout de départ, et mes propres démons. J’aime pas passer de mauvaises nuit. Je me suis servie un café pour annuler le mal de tête, et je m’apprête à enfiler mon gros châle pour aller fumer ma première cigarette de la journée, histoire de ne pas trop la neutraliser, ma migraine. Ça me fera du bien. Bon sang, comme cette journée va être longue !

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7h00

Plus qu’une heure et je les réveille. J’ai hâte. Je m’ennuie. Comment font-ils pour dormir ? Moi, je ne peux pas. Les valises ont été bouclées hier au soir. Tout est prêt. Y’a plus qu’à partir…Arf, je vais aller me faire un café, et puis fumer une cigarette, ça va me faire passer le temps, et surtout me permettre de décompresser . Et puis surtout… tout à l’heure, en fumant dehors, j’ai eu comme un flash. Une bribe d’idée géniale. Je vais voir si cette deuxième cigarette me permet d’élaborer mon plan en détail.

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8h00

Ils sont à la table du petit déjeuner, tous les trois. Ils sont contents. Tout le monde est de bonne humeur. Sauf moi. Ils ont hâte de partir… Pour ne pas leur gâcher leur joie avec ma mine déconfite, je file prendre une douche. Je préfère le replis, ce matin. Et puis, j’ai des projets secrets depuis ma première clope… j’ai besoin de l’intimité de la salle de bain pour tout planifier. Je n’ai pas le droit à l’erreur.

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9h00

La voiture est chargée. A bloc ! Forcément, avec les cadeaux…Papa Noel nous prend vraiment pour ses larbins ! Je pense que je lui dirai, tout à l’heure…

C’est mon mari qui prend le volant, comme d’habitude. Tant mieux, j’ai envie de ne rien faire. La vague idée de ce matin est devenue une obsession. Je n’entends ni mon mari me parler, ni les enfants m’appeler. Je suis déjà loin…au cœur de ma folle entreprise.

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10h00

Les enfants se sont endormis dans leurs sièges auto. Le silence règne dans la voiture, lancée sur l’autoroute à vive allure, depuis que j’ai imposé à mon mari d’éteindre la radio. Elle m’agresse. Il n’y est question, comme ailleurs, que du maudit réveillon de ce soir, et du travail du Père Noel ! J’ai besoin de silence pour me concentrer. Bah, j’vais essayer de lire un peu, tiens !

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11h00

Mon fils s’est réveillé. Il a envie de faire pipi. Ça ne fait que m’arranger, moi qui rêve d’un café et d’une cigarette. J’en ai besoin pour réfléchir. Faut pas que mon attention baisse, surtout pas ! Si près du but…

Après cette troisième cigarette de la journée je me sens bien. Je suis détendue. Ce Noel ne sera pas comme les autres, c’est à dire fade et ennuyeux, j’en ai maintenant la certitude. Cette année, Noel ne sera qu’à moi !

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12h00

La petite pleure. J’arrive pas à lire. On roule un peu vite. C’est nul ! Surtout pour moi… J’ai pas vraiment hâte d’arriver. J’suis un peu tendue.. Et si je m’apprêtais à faire une grosse bêtise ? La plus grosse de ma vie…

Non, il ne faut surtout pas que je renonce. Je le mérite bien ! Il me doit bien ça, Papa Noel. Je me sens toujours si seule, la nuit de Noel… entourée, mais profondément seule. Cette année tout sera différent, il faut juste que j’aille au bout de mon plan…

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13h00

Nous voilà arrivés. Embrassades d’usage. Faire semblant de se réjouir d’être là. Je n’ai jamais su les considérer comme des membres de ma propre famille. Ils sont si différents de moi… Je n’ai jamais rien à leur dire. Je me force, mais ça sonne faux. On vient juste d’arriver, et je m’ennuie déjà. Heureusement que cette nuit me fait mille promesses, toutes plus belles et tendres les unes que les autres… ça me permet de tenir, et de sourire sincèrement. Pour une fois…

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14h00

J’ai même pas faim. Je ne les écoute pas. Je suis ailleurs. Je préfère aller endormir ma fille à l’étage plutôt que de rester à table.

Oui, c’est ça ! Au lit, ma puce ! Moi, ça tombe bien, j’ai deux ou trois détails à régler là-haut, dans les chambres. C’est pas tout ça, mais il faut que tout soit en ordre pour cette nuit ! Je suis déterminée à présent, et rien ni personne ne pourra me faire renoncer à ma folle entreprise. Enfin je vais avoir ce Noel parfait dont je rêve depuis des années…

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15h00

Chouette, je me tire ! Ouf, j’ai bien failli ne jamais avoir l’occasion de me barrer. Il fallait aller chercher les pains et la buche degueu commandés pour ce soir, et tout le monde était volontaire pour y aller. Ils ont failli tout faire rater !

Je préfère aller faire les courses que de me coltiner la préparation des assiettes, à vrai dire. C’est pas de la flemme, c’est de l’ennui, et un peu d’irritation, aussi. Je ne les supporte pas. Je fais de gros efforts, mais définitivement je ne les supporte pas. Dire que, comme chaque année depuis sept ans, je vais passer Noel avec eux… Si je n’avais pas eu mon plan B, j’en pleurerais.

Allez, démarre le moteur au lieu de penser ! C’est le moment ! Roule ma poule ! C’est maintenant que tout va se jouer. Maintenant, ou jamais. Ce soir, c’est mon grand soir !

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17h00

Je suis sur les lieux. J’entends mon téléphone portable sonner mais je ne veux pas répondre. Ils attendront ! Mon cadeau de Noel est dans mon coffre. Et quel cadeau ! Le plus beau de toute ma vie. J’en ai les larmes aux yeux…

Maintenant que c’est fait je ne peux plus reculer. J’irai au bout ! Allez, il faut que je rentre les retrouver, à présent. J’ai encore tant à faire pour que ma nuit étoilée soit parfaite…

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18h00

J’me suis faite engueuler. Deux heures pour un aller-retour à la boulangerie qu’est à deux kilomètres, ils ont pas compris ! C’est mon mari le plus fâché. Il a flippé. Faut dire que j’ai pas répondu au portable. J’ai pas su quoi leur dire pour me justifier… Surtout qu’ils ont parcouru mille fois le trajet entre la maison et la boulangerie. Sur, j’y étais pas. Je ne peux pas leur dire ou j’étais, c’est mon secret. Je ne sais pas justifier non plus mon escapade à l’étage, avant même de déposer le pain à la cuisine, qui a réveillé ma fille. Je sens bien qu’ils me trouvent bizarre. J’m’en fous ! L’important est que les jeux soient faits, à présent. Quelle belle nuit ça va être… J’aurais tellement aimé partager ma joie avec quelqu’un…

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19h00

Flash spécial d’informations pendant l’apéro. Le père Noel a disparu. Il n’est pas à son poste. Je tremble. Je sens l’angoisse gagner mon corps. Et si quelqu’un avait vu quelque chose ? Et s’ils faisaient le rapprochement ? Je tente d’écouter d’une oreille ce qu’ils disent, à la télé. Les autres arrêtent pas de parler…Bon, apparemment, le Père Noel a disparu sans laisser la moindre trace. Des enquêteurs sont à sa recherche, mais les premières investigations n’ont rien donné. Je souffle.

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20h00

Ouf ! Aux infos, ils disent qu’il n’y a pas de témoin oculaire. Le père Noel a été enlevé, mais personne ne peut dire par qui. Ils n’ont aucune piste plausible. Je suis rassurée. Je me sers une petite coupe de champagne. Je brule d’impatience. Je ne songe même pas à fumer. Je veux juste réussir à trouver un prétexte pour monter, et commencer à moi aussi faire la fête. De mon coté ! 

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21h00

On passe à table. J’ai pas faim. J’ai qu’une envie, c’est de monter. Mais aucun des enfants n’est fatigué. Quelle poisse !

Je n’ai tout de même pas pris tant de risques pour ne pas profiter de cette soirée ! Il va falloir que je trouve un moyen de monter à l’étage, et vite. Je suis obsédée par ce qui m’attends là-haut. Je trépigne et ne tient plus sur ma chaise. Je n’arrive plus à me contenir. Faut que je monte, et vite !

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22h00

Qu’est ce que je fais là à manger du foie gras avec eux ? Après sept ans, je me sens toujours aussi étrangère, ici. Ces gens n’ont rien en commun avec moi. Ou plutôt, je n’ai rien à partager avec eux…Mon mari m’a promis que ce serait le dernier Noel… Je l’espère de tout mon cœur. L’an prochain, je veux qu’on passe Noel rien que tous les quatre. Voilà le cadeau que je vais demander à Papa Noel. Il ne pourra rien me refuser…

Ah ! Voilà que ma petite se frotte les yeux. Et moi je m’en frotte les mains… Il était temps, j’ai bien cru mourir d’impatience.

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23h00

Je me sens un peu coupable. Et mes enfants ? C’est très égoïste, ce que j’ai fait, finalement. Tout le monde se goinfre de gibier et s’enivre, et moi je peste contre moi-même et mon égoïsme ravageur.

 Vite, trouver une excuse pour remonter…J’ai qu’à dire que je suis indisposée, tiens, si on m’interroge ! ça c’est une belle excuse ! Personne n’objectera quoi que se soit à ma sortie de table.

J’ai des idées brillantes, je trouve. Vraiment, la nuit de Noel me va bien, cette année.

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00h00

J’ai rendu sa liberté au Père Noel. J’ai profité du fait que mon grand se tache de buche glacée pour monter le changer, et j’ai donné la clef au Père Noel pour qu’il file par l’escalier de secours. Je lui ai demandé pardon en pleurant. J’ai lu dans ses yeux qu’il m’avait déjà pardonné.

Je n’ai pas eu le cœur de le garder en otage toute la nuit. Il m’a fait de la peine…

Je l’avais kidnappé tout à l’heure, en sortant de la boulangerie. J’avais mis sur pieds ce plan machiavélique ce matin, à l’aube. Oh, je n’ai demandé aucune rançon…

Non, moi, j’ai kidnappé Papa Noel pour qu’enfin la nuit de Noel soit magique pour moi aussi, au moins une fois. Je suis exclusive… j’ai pas voulu le partager.

Moi, je ne voulais pas faire de la peine aux petits enfants. Je voulais simplement redevenir une petite fille, et passer la nuit de Noel en tête à tête avec un tendre papa aimant, rempli d’indulgence et de bonté.

J’ai eu des remords, je l’ai libéré. Et, pour me faire pardonner du retard qu’il a pris à cause de moi, c’est moi-même qui me chargerai, cette nuit, de déposer sous le sapin les cadeaux destinés aux enfants de ma famille. Ça lui fera toujours ça en moins…

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Drame en Laponie (Caro_Carito)

 

Lu dans la dernière édition de France Flash

Drame en Laponie.

En pénétrant dans l’atelier de fabrication des jouets de Noël, l’équipe du matin des lutins a retrouvé le corps sans vie du Père Noël. Le célèbre homme en habit rouge était affalé près de la cheminée, un couteau de boucher fiché en plein cœur. La mère Noël est pour l’instant maintenue en garde à vue ainsi que M. Schiksal, ami très proche de la femme de la victime et président de la très récemment privatisée poste finlandaise. Il s’agirait où d’une banale affaire de mœurs ou d’une dispute ayant dégénéré sur fond d’intérêts boursiers. En effet, la famille Noël fait actuellement l’objet d’une enquête pour délit d’initiés depuis une étonnante prise de bénéfices sur l’Euronext. La victime clamait son innocence tandis que l’avocat de son épouse n’avait pas voulu répondre aux questions de la presse. Un mobile mêlant affaire de cœur et de d’argent n’est toutefois pas encore exclus.

Un appel à candidature pour pallier cette défection de dernière minute a été diffusé pour un intérim allant de la période du 21 au 31 décembre inclus (et oui ! le service après vente vous en faites quoi . Etant donnée les chiffres astronomiques du chômage dans notre région et la récente acquisition d’un traîneau autoguidé par GPS par Santa Klaus Illimited, nul doute que le poste sera très vite pourvu.

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Père Noël (MAP)

MAP
_P_re

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14 décembre 2008

Sainte Odile

Bon anniversaire, Valérie !

Avec, par ordre d'apparition :

catgrisVersatile

 chat_qui_court2Cyclothymique

chat_qui_s_leve,Volage

 chat_qui_sen_vaChangeant

et le tout petit  catgrisIncertain

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Déjà sous le sapin

sapinMAP ; Caro_Carito ; Val ; Poupoune ; Brigou ; Adi ; Walrus ; Pandora ; Joye ; Martine27 ; rsylvie ; Joe Krapov ; Tilleul ; Teb ;

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