LE MANUSCRIT PERDU (EnlumériA)

Ce dimanche là, alors que je déambulais aux puces de Saint-Ouen, quelle ne fut pas ma surprise de reconnaitre Lord au détour d’une ruelle encombrée d’antiquités douteuses et de curiosités venues tout droits des trente glorieuses, formica et meubles styles design. Cet affreux ne m’avait pas informé qu’il était à Paris.

Il se tenait à l’entrée d’une échoppe sombre et lugubre et semblait fort intrigué et fort occupé à regarder quelque chose qui semblait lui susciter un vif intérêt. Un gros homme solidement charpenté et à la moustache touffue s’approcha de lui. Le personnage semblait tout droit sorti d’un livre de Lewis Carroll.

Camouflé par la foule dominicale, je m’approchais également. Bientôt, je ne fus plus qu’à quelques mètres. Malgré le brouhaha et les lointains bruits de la circulation, je parvenais à entendre ce que disait le morse à forme humaine.

— N’insistez pas, monsieur. Je vous le dis et je vous le répète, ces broches ne sont pas à vendre.

Lord poussa un profond soupir. Était-ce du dépit ou de l’exaspération ?

Piqué par la curiosité, je fis quelques pas et lui tapai sur l’épaule. Il se retourna et grommela un « ah ! Quand même ! » de mauvais aloi.

Voyant ma surprise, il m’expliqua qu’il m’avait repéré depuis au moins cinq minutes en précisant que j’étais aussi discret qu’un chien fou à la queue casserolée dans une cathédrale.

— Qu’est-ce que tu cherches, exactement ? demandai-je. T’aurais pu me dire que t’étais à Paris.

Le mafflu s’était éclipsé aussi discrètement qu’une ballerine.

Lord me pris par le bras et m’entraina dans son sillage. Il était subitement question d’aller boire un verre. Il avisa un bar d’où s’échapper un swing électro-manouche déjanté. Il dénicha deux places au fond de la salle, juste à côté des trois musiciens. Il commanda deux bières, il fallait beugler pour s’entendre.

— As-tu entendu parler de la Pavane pour une Infante défunte de…

— Ravel.

— Je te parle du roman de Milos Rothman.

Je haussai les épaules, décontenancé. De quel roman parlait-il ? Je connaissais le morceau de Ravel, à part ça, je ne voyais pas.

— La Pavane pour une Infante Défunte* est un roman publié à compte d’auteur à la fin des années 70. L’auteur est mort fou à lier après avoir fichu le feu à sa maison. L’imprimeur s’est suicidé. Le libraire qui avait accepté de prendre le livre en dépôt a tué toute sa famille. Quand à ceux, assez rares, Dieu merci, qui ont lu le bouquin et survécu, ils ont développé une phobie des araignées proche de la panique. Voire du burn-out.

— Et alors ? dis-je après avoir sifflé la moitié de mon verre. Il faisait une chaleur à crever dans ce bouge. Le coup de l’œuvre maudite, c’est un peu éculé, non. Quel rapport avec l’éléphant de mer qui vend sa quincaille. Il a le bouquin ?

— Non, mais il a les broches.

— Je ne comprends rien à ton sabir. Tu cherches un bouquin ou des bijoux ? Ah ! oui. Tu veux t’agrafer un bouquin sur la chemise pour faire style je sais lire.

Je ne pus retenir un ricanement.

— Arrête, s’il te plaît, de te foutre de moi. Je parle sérieux, là. Le bouquin, comme tu dis, n’a jamais été réédité. Pire, il a carrément disparu de la circulation. Dans certains milieux, on raconte que le manuscrit se trouve encore quelque part ; qu’il n’a pas brûlé dans l’incendie. Mais pour ça, il faut d’abord retrouver les broches. C’est sérieux je te dis.

— Sérieux ? Toi ? Mais, t’es le mec le plus déjanté qui ait jamais vécu depuis l’inventeur du moulinet à rondelles. Qu’est-ce que tu veux en faire de ces broches ? Tu collectionnes les bijoux maintenant ?

Lord se gratta un sourcil avec un je-ne-sais-quoi de lassitude. Une sorte de mutisme venait de le frapper. Son regard scrutait quelque chose d’indécelable au commun des mortels. Au bout de quelques secondes interminables, il rompit son silence en commandant une seconde tournée. Le groupe attaquait une chanson de Caravan Palace. Le rire cristallin d’une femme éclata derrière moi. La vie continuait.

— Pour ce que j’en sais, dit enfin Lord, les trois broches renferme chacune un code, ou un message, je ne sais pas trop, permettant de retrouver le manuscrit original.

La serveuse déposa les deux bocks sur la table en m’adressant le plus charmant sourire qu’il m’ait été donné de voir. Mais l’heure n’était pas à faire du zérossisme**. Je me promis de revenir plus tard. Seul.

— Mouais. En attendant Big Moustache veut pas vendre. Il semble avoir été explicite. Peut-être qu’il en sait plus qu’il veut en avoir l’air.

— S’il en savait quoi que ce soit, il ne les exposerait pas dans une vitrine au fond de son boui-boui.

Lord me fixait avec ce regard inquiétant que je n’aimais pas. Un regard qui annonçait assez souvent quelque soudaine catastrophe ou lubie déraisonnable. Au bout de tant d’années, je connaissais le bonhomme. Il se leva, posa un billet sur la table et m’invita à le suivre en m’expliquant d’une voix blanche que tout à un prix. Même un brocanteur. Surtout un brocanteur.

Le morse nous lança un regard mauvais derrière ses petites lunettes. Tapi derrière une sorte de comptoir encombré de revues poussiéreuses, il tapotait sur une tablette. Un anachronisme dans cet univers d’antiquailles et de scories temporelles. Ça sentait le moisi et le tabac froid. Dans la pénombre, derrière le brocanteur, je vis l’objet du litige. Une petite vitrine accrochée au mur entre deux croûtes néo-impressionnistes. À l’intérieur, il y avait trois araignées finement ouvragées. Or, argent et vermeil. Du travail d’orfèvre. Les fameuses broches.

Lord recommença son palabre. L’autre ne bronchait pas, mais je voyais à sa lippe que mon ami commençait sérieusement à l’importuner. Lord énonçait des chiffres. Plus le morse se fermait, plus le chiffre augmentait. Je pris Lord par l’épaule et l’intimai de lâcher l’affaire. Le mafflu ne voulait rien entendre. À quoi bon user sa salive. C’est à ce moment que Lord sortit son arme. Une liasse de billets de 200 euros roulée avec un élastique. Comme dans les films. Une liasse moitié aussi grosse qu’un rouleau de papier toilette. Il la posa sous le nez du type. Stupéfaction. Son mégot lui tomba sur le paletot. Il jeta sa tablette sur les revues et s’empara du rouleau.

— Je connais le truc, marmonna-t-il. Un ou deux billets enroulés sur des morceaux papiers journal. On ne me la fait pas à moi, garçon.

— Comptez ! ordonna Lord.

L’instant d’après, nous sortions de la boutique. Lord tenait son trophée fermement serré dans ses bras croisés, bien emballé et scotché dans un sac en plastique.

Je n’eus des nouvelles de Lord que trois semaines plus tard. Il était de retour à Londres. Il téléphona sur le coup de deux heures du matin. Il tenait des propos incohérents. J’eus toutes les peines du monde à le calmer. Il se tut enfin et je n’entendais plus que sa respiration oppressée. Je m’impatientais.

— Eh ! Lord ! T’as vu l’heure ? Le décalage horaire entre Londres et Paris sans doute ? Tu me la copieras. Bon, alors ?

— J’ai retrouvé le manuscrit.

Sa voix tremblait.

— C’est super ! Et alors ? Ça raconte quoi ?

— C’est terrifiant. Il faut que tu viennes dès demain. Je ne supporterai pas de rester seul une nuit de plus. Demain. Je t’en supplie.

Sa phrase se termina dans un sanglot. C’est à ce moment là que la vie de Lord partit en vrille.

 

* Pavane pour une infante défunte

** Draguer en demandant le 06 de quelqu’un.

 

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RETROUVER LE LIVRE EN PAPIER (Alain André)

 

Il sera une fois, dans un avenir proche, incertain….

Depuis des lustres, le livre en papier a complètement disparu ! Plus de bibliothèque, plus de libraire, plus de Bernard Pivot ! Tout virtuel ! Que c’est triste !

Comme chaque jour au lever, je fais ma prière :

 « Mon Dieu, faites qu’on retrouve les  livres !

Les vrais, en papier !

J’ai  beaucoup de mal avec tous ces E-Books !

Internet, c’est de plus en plus compliqué !

Donnez-moi s’il vous plait mon bouquin quotidien.

Et préservez-moi du mail ! »

Un livre, ça pèse en moyenne une livre, (cinq cent grammes). Mais c’est lourd dans la main comme un concentré de pensées, de savoir, ça pèse une vie et même, parfois, mille rêves, aussi ! C’est lourd, un livre, c’est dense, ça pense !

Et l’odeur, ou plutôt, le parfum ! Le parfum de l’encre, du papier, le toucher, aussi, la rugosité inégale du bois dans la feuille, le grain du vélin velouté, somptueux. Même bas de gamme, le papier est noble ! Fi  donc, de ces livres et journaux informatiques, fi  de ces tablettes et liseuses pleines de puces, émettant des  gloups,  des drings et des sifflements intempestifs, qui te donnent des crampes au pouce droit si tu les lis au lit !

Vous me direz, je pense que c’est le contenu qui est important ? Que le fond et la forme de l’écrit valent mieux que le support ? En somme, me direz –vous, « peu importe le flacon, pourvu… »

Et bien, non ! Le papier donne aux mots écrits une chaleur palpable, une dimension tactile, un rassurant contact sensuel que vous ne trouvez pas ici, par exemple !

Ce jour là, sortant de chez moi en pestant de la sorte dans mon for intérieur, je vis un attroupement, une queue humaine plutôt, devant la Fnac , une pancarte annonçait : « Présentation en avant première du nouveau livre d’Alain ANDRE »       -Bah ! Me dis-je, encore un e-book de ce crétin sans talent ! Je m’approchais tout de même, vous savez comme nous sommes curieux et badauds à notre âge, n’est-ce pas? Et, la, dans le hall, sur des tables …Une pile de livres ! De bons vieux livres en papier ! Je frémis, les nasaux humides et dilatés… Je me contorsionne, me faufile, j’arrive en tête de gondole, essayant de voir l’ouvrage… Ah ! Voila le titre :

 «  RETROUVER LE LIVRE  EN PAPIER »   Alain ANDRE.

Dédicacé par l’auteur en chair et en os !

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A quoi bon? (Clémence)


C'était un petit village tout endormi au coeur des Ardennes. Prêt à tomber dans l'oubli. Le glas sonnait plus souvent que le carillon. Et pourtant, un événement  allait le sortir de sa torpeur.  Le projet d'un amoureux fou de livres.

Le village se réveilla et s'ébroua. Les habitants ouvrirent les portes des granges et des appentis.
Les livres entrèrent dans la danse par milliers, surgissant  des cartons et s'étalant sur d'antiques étagères et des tréteaux.
Je me rendis au village et partis à la conquête des librairies. Je fus vite prise d'un étrange tournis littéraire. Tous les genres  étaient mêlés ! Je tentai une dernière visite. Quelques panneaux de carton incitaient le visiteur à serpenter d'une pièce à l'autre. J'obtempérai puis regagnai la sortie. Sur le comptoir  bancal, un livre attira mon regard.
Couverture beige, titre en lettres rouges, un prix dérisoire sur la première page. Je sortis mon porte-monnaie et fourrai le livre dans mon sac.

Le soir même, je commençai la lecture . Je savourais, je me régalais, je dévorais. A l'instar du héros, parvenu à l'avant dernière ligne, je murmurai : « A quoi bon ? »

Je pris mon crayon et écrivis  rapidement sur la première page: « Je le veux au féminin ». Je ponctuai de trois traits horizontaux, sans réplique.

Trois mois plus tard, j'entrai dans la vie active. Une quinzaine d'années de fonctionnariat en province. Et puis, par le plus grand des hasards, je fus prise dans le tourbillon des missions à l'étranger auquel s'ajoutèrent de grands chambardements sentimentaux.
Ce mode de vie m'amena à réduire mon bagage, à ne garder que l'essentiel. Essentiel dont faisait partie ce livre. Il m'accompagna et réalisa l'exploit d'un tour du monde.
Jusqu'au jour où, ayant atteint le seuil de ma retraite, je l'abandonnai lâchement.

Le temps était venu pour moi de faire ce que je voulais, comme je le voulais, si je le voulais. Je me posai  dans le Midi et fis quelques brocantes pour meubler sobrement le vieux mas.
Le jardin devint une passion dévorante.
Jusqu'au jour où je répondis à l'invitation d'une ancienne connaissance. Une semaine à Porto.

Mon ultime promenade passa par la Rua das Carmelitas où la Livrario Lello ouvrait ses portes et offrait ses splendeurs et curiosités.
Poussé par la mienne, j'y entrai et pris plaisir à muser dans les allées, à me faufiler d'une salle à l'autre, à plonger dans l'atmosphère du haut de l'escalier majestueux. Dans une encoignure, une table minuscule. En équilibre instable, au sommet d'une tour de livres  il attira mon attention. Je m'en saisis : couverture beige, écornée, traversée d'un titre en lettre rouges.

Je l'ouvris et lus sur la première page : « Je le veux au féminin »

Une  autre main compléta, d'une écriture hachée :  « Une folie »

Clémence.


L'Homme pressé – Paul MORAND – Gallimard  38° édition - 1941.

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Participation de Rêves de plume

A force de naviguer entre deux résidences, elle finissait par s'emmêler les repères.
La semoule qu'elle avait cherchée en Picardie, se retrouvait dans la maison du Pont.
Même le courrier, de réexpédition en arrêt, semblait se balader sans cesse, désertant la boîte aux lettres.

A chaque arrivée, un ménage à fond s'imposait.
Et là, entre le gros livre rouge, prix scolaire d'une autre époque, " Le roi des montagnes" et le missel débordant d'images pieuses de Grand'mère, il l'attendait.
Sous la couverture cartonnée, craquelées, élimée ( non par le temps , mais par une manipulation répétée ), quelques pages cornées témoignaient d'une jeunesse irrespectueuse.
Puis étaient venues les caresses du doigt tournant délicatement la page, une lente lecture pour profiter du parfum des mots.

Premier livre lu de bout en bout, sans zapper les longues descriptions.
Premier livre où tout fut perçu comme essentiel, où tous  les sens bousculés, chahutés prirent leur part.


L'histoire s'était reposée, prête à reprendre son envol, pages de velours, froissements de soie..
 "Au bonheur des dames "...
Merci Monsieur Zola !

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Le petit livre rouge par bongopinot

 

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Tu le gardais toujours près de ton lit,

Ton petit livre à la couverture rouge

Où tu écrivais tes moments de vie

En me disant qu’un jour j’y puiserais mon courage

 

À l’époque je ne comprenais rien à tes mots

Et la vie passa tranquillement comme le vent

Et un jour tu disparus, tu t’envolas là-bas si haut

Me laissant là avec un vide dans mon cœur d’enfant

 

Puis mes joies, mes rires, mes jeux reprirent

Et les années passèrent au rythme des secondes

Et je pris gentiment mon envol pour me construire

Un travail, un mariage, des enfants mis au monde

 

Et un jour froid et humide de janvier

Dans un grenier poussiéreux et glacial

Des objets, des bibelots me semblant familiers

Et là, une malle, je l'ouvre, déballe tout sous la lumière pâle

 

Et tout à coup, je le vis enveloppé de poussière

En tremblant je le pris pour l’épousseter

C’était bien lui que j’avais vu dans les mains de grand-père

Son âme, toute sa vie, son petit livre rouge de chevet

 

Et là, je me suis mise à feuilleter les pages

Qu’il avait mis des années à écrire, à noircir

Une larme perla au coin de mon œil et coula sur mon visage

J’étais submergée par l'émotion et par ce que j’allais découvrir

 

Je l’avais retrouvé à un tournant de ma vie

Je l’ai depuis lu et j’y ai trouvé l’amour et l’espoir

Et j’y ai puisé le courage, et bien sûr j’ai énormément appris :

Sur des moments de partage d’une famille ordinaire sur...

MON HISTOIRE

 

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Le livre retrouvé (par joye)

funny

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LE LIVRE RETROUVE (Lorraine)

 

        Il est là, serré entre mes mains, Je l’ai retrouvé, ce livre perdu , ce bonheur palpable égaré lors d’un déménagement. Certes, j’aurais pu le remplacer, aller simplement à la librairie du  Midi. Mas je n’ai pas voulu.

            Un livre, c’est aussi  le premier émoi  de la première page. Et toutes les émotions qui se pressent au fil de la lecture, se bousculent un peu, sourient, pleurent quelquefois.  Des émotions  attachées pour toujours à notre imaginaire, qui complète si bien les non-dits de l’auteur ; on pressent, on devine, on découvre, on aime.  Neuf, le livre me semblerait une redite, une copie sur papier glacé.

            Je l’ai retrouvé ! Il s’était blotti dans le dossier d’un vieux fauteuil,  celui où j’aimais lire, et qui trouva sa place au grenier.
J’y suis montée tantôt et m’y suis assise. Ma main a effleuré les coussins, s’est machinalement glissée sous le dossier…

            Je l’ai retrouvé. Edité en 1904 « Le Visage émerveillé » de la comtesse Anna de Noailles fait soudain rejaillir la magie. L’instant est parfait.  Et je suis, faut-il le dire, moi aussi, « émerveillée ».

 

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Va donc éh garé ! (Walrus)

 

- Chérie, t'as pas vu mon Vargas ?

- Lequel ? (à question idiote, réponse idiote, je les possède tous)

- Le petit !

- Ah, y en a un petit ?

- Ouais, y en a un petit, mais c'est bon, je vais continuer à le chercher...

Faut dire que chez moi, retrouver un livre, c'est pas de la tarte ! Et l'inquiétude augmente en proportion inverse de l'épaisseur de l'opuscule. Et celui que je cherchais n'était pas bien épais, vous voyez l'angoisse.

Sans vouloir faire le mauvais esprit, s'il y a bien un adage qui s'applique au livre, c'est celui qu'on utilise en général pour les amours déçus : "Un de perdu, dix de retrouvés". Même qu'à force de contempler ces anciens amis dont on avait oublié jusqu'à l'existence, on en vient vite à oublier celui qu'on cherchait. Mais ça n'empêche pas de continuer.

Vous angoissez pas, j'ai fini par le retrouver. Je l'avais glissé sous l'avant de l'imprimante, ce qui évite qu'elle crache dans l'enthousiasme du travail accompli ses documents sur le sol.

Et pourquoi donc cherchais-je ce livre enfin retrouvé me demanderez-vous ?

Parce que Fred Vargas est une chercheuse (en archéologie de surcroît) et que je savais pouvoir compter sur elle lorsqu'il s'agit d'évoquer le désespoir de la perte et le bonheur des retrouvailles.

Un petit extrait ?

vargas001

"Critique de l'anxiété pure", ça s'appelle.

 

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Dans un petit carton blanc (Laura)

Dans un petit carton blanc,
J’ai mis un jour les disques
De mon chanteur préféré.
 
Dans un petit carton blanc,
J’ai calé les Œuvres Complètes
De mon écrivain tant étudié :
 
Trois jolies Pléiade
Et leur album : un quatuor magique,
Surtout bien protégé.
 
Dans un petit carton blanc,
J’ai glissé Baudelaire
Et ses « Œuvres » si décortiquées.
 
J’ai fermé le petit carton blanc
Et pour un jour que j’espérais proche,
Je l’ai mis de côté.
 
Puis nous avons pesé nos valises noires,
Pas plus de  vingt kilos à emporter,
Un choix cornélien :
 
Ma plaquette de pilule en cours
Et autres traitements ;
Des vêtements chauds
 
Pour le pays d’arrivée.
Mon livre en cours
Et quelques autres d’avance
 
Pour ne pas manquer.
On a compté les petites cuillères
Puis fermé la porte.
 
Nous avons déjeuné dehors,
Il faisait vingt degrés sous les palmiers.
Une journée sous le signe du vingt.
 
A l’arrivée, on nous attendait
Avec  de l’amour et des critiques.
Il avait bien gelé.
A mon coucher
Dans un nouveau lit
J’ai retrouvé mon livre en cours.
 
Comme à chaque nouveau paysage
Un livre est toujours là
Changeant mais rituel inchangé
 
Quant au petit carton blanc
Il resta là-bas seul
Plus longtemps qu’on l’aurait imaginé.
 
Trois ans après
Après maintes péripéties
Et moult avanies.
 
J’ai retrouvé mes Œuvres complètes
De Baudelaire et Nerval
Inchangées mais toujours changeant
 
Ma vie.

 

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