27 août 2011

Compter jusqu’à deux ? (Vanina)

Réf #38 – comptez-nous une existence

Selon les lois humaines, elle est de ma famille… Je n’ai jamais vu Jade, la fille de ma nièce.
Ma troisième nièce, je l’ai tenue dans mes bras, elle avait moins d’un an. J’ai déjeuné avec elle et son ami, en famille, lorsqu’elle était enceinte de jumeaux, elle avait 18 ans. Je me souviens d’une belle fille brune qui physiquement ressemblait à la « branche » latine de la famille.

Il m’arrive parfois de penser à des personnes qui pourraient m’être chères et que pourtant je ne connais pas… En particulier à Jade qui perdit in utero son jumeau.
Le double sous toutes ses formes, dans ses différents thèmes est mon sujet de recherche préféré. C’est sans doute pourquoi je me demande si elle connaît ce sentiment d’incomplétude, cette difficulté à tisser des liens, la peur de ne pas y arriver seul, comme le vivent un certain nombre de jumeaux isolés dans ce qu’on appelle le syndrome du jumeau fantôme.


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06 décembre 2008

Sans compter PLUS - violette7

Son arrière grand mère en avait eu quatre, ses deux grand mères quatre et sa mère quatre aussi mais c'était dans les trois premiers quarts du vingtième siècle où on ne pouvait pas compter sur une méthode efficace, ni même sur la complicité de sa moitié pour n'avoir pas à en ajouter un de plus......sans compter qu'on ne savait pas d'avance et pendant neuf mois si on en attendait un ou deux et même trois parfois....toujours au moins une bouche à nourrir en plus...

A l'aube du vingt et unième siècle, elle avait eu le choix elle et avait choisi de faire mieux et plus que ces quatre dames avant elle : cinq, elle en avait ...Elle disait que ça faisait exactement quarante neuf culottes par semaine ( sept fois sept), quatre vingt dix huit chaussettes et des kilos de pomme de terres et pour l'amour elle ne pouvait ni peser, ni mesurer bien que c'est ce qui comptait le plus....cinq en huit ans et demi, certains jours c'était un défi.....elle s'y était soustraite car ce qui se multipliait le mieux, c'était l'amour qu'elle portait à ses cinq enfants......C'était son histoire.....

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Decompte - Kloelle

12- Elle me l’a dit un soir, comme ça, dans la conversation.
« Quand tu es né, je n’ai pas voulu te voir. Tu comprends, j’avais tellement, tellement souffert, tellement plus que pour tes sœurs. Je t’en voulais, du fond de mon ventre je t’en voulais »
Elle a rajouté en riant, qu’heureusement, ça n’avait pas duré. J’ai eu envie de lui dire que si, ça durait toujours mais les mots ne sont pas sortis de ma bouche. C’est étrange comme je regrette maintenant de ne pas avoir eu ce courage.


11- Ma grand-mère faisait des tartes tatins formidables. Je me noyais dans ses odeurs de caramel. Je la regardais réveiller le sucre depuis ma petite chaise en paille du coin de la cuisine, près du fourneau . C’est moi qui plaçais les pommes. J’avais l’impression d’être un grand. C’était quelque chose, à trois ans, que de placer les pommes. Ensuite à table, de ma petite voix aiguë, je disais « c’est moi qui l’ai faite »


10- Paul triche aux billes. Les autres ne disent rien parce qu’il a deux têtes de plus que nous et des bras plus gros que nos cuisses. Mais je n’ai pas du tout l’intention de le laisser partir avec mon Agathe, pas du tout.
Maman a hurlé quand elle m’a vu revenir le nez en sang. Pas tant pour le nez : mon paletot était rouge de sang lui aussi. Elle a crié : quand on a une âme de redresseur de torts il faut avoir les bras qui vont avec !


9- J’ai envie de mettre mes mains dans ses cheveux blonds mais je n’ose pas. Le matin, en cours d’histoire, le soleil les enflamme et ils sont encore plus beaux.


8- La robe d’Odile était affreuse. Tout ce que je n’aime pas. « Frou-Frouteuse »,orgueilleuse, bouffie. Cette tradition qui consiste à cacher la robe au futur marié est d’une idiotie sans nom. Et ma belle-mère qui a passé la journée à me répéter « Elle est magnifique n’est ce pas ? ». Magnifique belle-maman, absolument magnifique…..


7- Je n’aime pas l’ordre. Je n’aime pas ranger mes vêtements, bien pliés au pied de mon lit le soir. Je n’aime pas remettre les pots gigognes de la cuisine en bon ordre croissant. Je n’aime pas poser ma brosse à dent dans le verre bleu.

6- La voisine du dessous a les plus magnifiques cheveux bruns que soient. Ils distillent des arômes de vanille, ou de tiaré, ou les deux à la fois.

5- Manon pleure des nuits entières. J’aime les moments où je suis seule avec elle. Elle sent la crème d’amande douce. Avec moi elle ne pleure jamais. Nous nous installons dans le fauteuil du salon, je lui donne son biberon et nous goûtons, béats, au bonheur simple. Nous deux, c’est comme une évidence.

4- Le café est chaud et je me suis brûlé les lèvres. Je la regarde et elle me regarde. Dans ce silence de mots j’écris le désir en lettres brûlantes. Je ne suis que soubresauts gênés et palpitations étouffées. Je la regarde, elle me regarde et je suis à nouveau vivant.

3- J’ai choisi sa robe de mariée avec Laura. Longue, sobre et voiles d’organdi. Manon sera notre demoiselle d’honneur. Elle a déjà choisi sa couronne de fleurs.

2- Les macarons, j’ai toujours aimé les macarons. J’aime les manger en cachette, lentement, en fermant les yeux.

1- L’ultimatum était de 12 heures. C’est ce qu’ils m’ont fait dire dans le message que j’ai enregistré. Je n’ai pas vraiment compris qu’elles étaient leurs revendications, je crois qu’il s’agit essentiellement d’une question d’argent. Ils ont sortis John de la pièce d’à côté et j’ai entendu les mitraillettes faire leur office. C’est mon tour.J’entends leurs pas.

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Le Conte n'est pas bon! - Janeczka

Il etait 1 fois
1 fille haute comme 3 pommes...
Mais pourquoi vous raconter une vie
Qui n'est meme pas encore finie?
En plus, c'est loin d'etre un conte de fee...
Alors pourquoi compter?

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Et s'il n'en reste qu'un... (Sebarjo)

 

Ses derniers jours étaient comptés... Il le savait.

 

Lorsqu'il additionnait toutes ces années passées, vécues follement, il se rendait compte qu'il ne s'était pas soustrait à grand-chose. Et pourtant, dans une heure, une semaine tout au plus, il allait devoir payer l'addition. Elle était plutôt salée.

 

La mort a un goût amer. Forcément, à force de prendre un dernier p'tit an pour la route... Toutes ces années ont fini par baigner au fond de la bouteille et même si elles ne manquent pas de culot, elles ne sont plus que mauvaise lie. Levures mortes.

 

Et lui n'était plus que la trace balbutiante, prête à s'évanouir d'un instant à l'autre, le rond à peine humide laissé par le dessous d'un bock sur le formica du comptoir. Et bientôt il passera dans le cendrier qui se trouve à côté. Des cendres pour monter au ciel...

 

On dit que quand la mort est toute proche, on voit défiler toute sa vie en quelques secondes. Pas lui. Il bloquait sur ces 2 ans. Cette époque dorée où il essayait encore laborieusement de compter jusqu'à 2... Comme l'horizon lui paraissait grand alors ! Quelle ouverture vers l'infini de la vie ! Il pouvait encore compter sur beaucoup de choses tant il avait à apprendre.

 

Et toute son enfance a filé comme l'éclair... Il en arrive alors à ses vingt ans, bien loin également. Ses vingt ans... noyé dans un mauvais vin de messe, un « bleu lourd de menaces », un gros rouge pour requiem de banlieue. Le début de la fin, de sa dérive. Le jour de ses vingt ans, un jour qui dévie...

 

Maintenant, il n'avait plus qu'à compter les ploc du goutte à goutte qui le nourrissait, allongé sur cet étroit lit d'hôpital. Encore quelques milliers de ploc tout au plus, et on n'en parlerait plus.

 

Il ne regrettait pas sa vie. Car Il était fier d'avoir toujours su rester entier.

 

Un.

 

Voilà ce qu'il avait été. Un. Comme s'il n'avait pas accepté de dépasser l'horizon de ses 2 ans. Rien ne l'avait jamais divisé. Un et toujours un. Et chez lui, l'unité faisait la force. Grâce à cela, sa vigueur se multipliait d'annnées en années, jusqu'au jour où... l'UNdicible, l'UNcroyable, l'UNpossible, l'UNcompréhensible maladie avait raviné son corps et l'avait complètement lessivé. Rincé, essoré à plus de deux mille tours minute... Une vraie lavette. Il était propre, le regard perdu vers le plafond sale de cet hôpital sinistre !

 

Séropositif... Voilà ce qu'on avait chiffré pour lui. Un drôle de diagnostic. Mielleusement positif... car en vérité Tout était si négatif, si désespérément en dessous de zéro...

 

moins Un.

 

La maladie pernicieuse lui avait fait perdre sa belle unité classique. Il chutait.

 

Mais malgré tout, il avait aimé sa vie. Aucun remords, juste la mort.

Il avait simplement un petit regret. Ne pas avoir été centenaire comme son père. Ne pas pouvoir ajouter deux zéros à l'unité qu'il fut. La vie est si courte...

 

Et c'était pourtant bien son père qui veillait à son chevet, fier et droit comme un chêne, prêt à entonner un Pater...

et non l'inverse logique comptable.

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Et c'est comme ça tous les soirs (Pivoine)

 
Sa conscience: 5 heures: tu vas au cours ?
Sa paresse: 5 heures en novembre ! Tu as vu le temps qu'il fait ?
Sa conscience: 6 heures, si tu mettais tes chaussures ?
Son fatalisme: 6 heures, elle cherche ses chaussures
Son impatience: 6 heures 5 minutes: pourquoi faut-il faire et défaire
des lacets ?
Son esprit logique: 6 heures 5 minutes 1 seconde: non, tu dénoues et tu
renoues tes lacets
Sa frilosité: 6 heures 10: il est temps de me dépêcher:
manteau, écharpes, gants, gsm dans la poche, clefs dans l'autre poche,
et en avant
Sa corvée quotidienne: 6 heures 15: le plastique dans les poubelles
bleues, le papier dans les poubelles jaunes,
la litière des chats dans la poubelle grise
Sa promenade nocturne dans les avenues: 6 heures 30: arrivée à l'atelier
Sa paresse à nouveau: 6 heures 30, 40, 50, 7 heures, se promener, dire
bonjour, admirer l'évolution des travaux, chouette, Yvane est là
Sa méfiance: 6 heures - et je ne compte plus - j'entends la voix du
prof, que va-t-il encore dire?
Son ouïe: 6, 7, 8 heures: ne bouchez pas votre peinture! Ne vous arrêtez
pas là! Pas de ligne! Pas de dessin! Pas de Dieu!
Son retour: 9 heures, elle n'a plus envie de s'en aller, elle peindrait
jusqu'à la fin des temps
Son écroulement: 9 heures 1/2, sauter dans le canapé pour apaiser son dos
Sa faim: 10 heures: un plat, une soupe à se réchauffer et se faire des
croûtons
Son addiction: 10 heures 30, 11 heures: ouvrir l'ordinateur, écrire,
lire, imailer, jouer à la guerre des gangs...
Son addiction - bis: 11, minuit, 1 heure... Se dire qu'il est temps
d'éteindre et d'aller dormir
Son addiction - fin: 1 heure, le chat vient s'accrocher à son pantalon
et miauler parce que, vraiment, il est temps d'aller dormir
Son angoisse nocturne: 1 heure, 2 heures, médicaments pris, oreillers
installés, livre sur les genoux,

Quand donc va-t-elle s'endormir ?

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Quand j’avais 4 ans - Vanina



Ils sont à table assis l’un à côté de l’autre ; la petite fille de 4 ans et l’homme de la cinquantaine, ami de la famille.
Vigilent, l’homme entreprend de converser avec elle, pour qu’elle ne s’ennuie pas dans cette grande tablée familiale.
« Dans quelle classe es-tu BaieDangereuse ? »
Ce surnom à lui tout seule vaudrait un petit texte, là n’est pas le lieu de son développement.
« Bâ, répond-t-elle, quand j’avais 2 ans, j’étais en petite section avec un instituteur qui nous faisait faire du coloriage ; je n’aime pas colorier ! Puis à 3 ans, j’ai changé de classe. J’étais en moyenne section... Maintenant j’ai grandi, j’ai 4 ans, j’apprends à lire et à écrire et je suis en grande section, la maîtresse… » La petite bavarde s’applique, détaille, l’homme respectueux écoute bien qu’il s’impatiente un peu.
Autour de la table, tout le monde s’est mis à écouter le récit de BaieDangereuse.
Son récit fini, l’homme prend la parole : « Bâ moi, quand j’avais 2 ans j’étais encore à la maison. A trois ans aussi, car on commençait à aller à l’école plut tard qu’aujourd’hui. Mais quand j’ai eu 4 ans je suis allée à la maternelle, ma maîtresse… »
Le récit ne faisait que commencer ! Un éclat de rire unanime secoue la tablée au grand étonnement de la petite fille qui prêtait l’oreille candide et fort attentive de celle qui ne sait pas encore compter jusqu’à 50...


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Deux colonnes à remplir (Caro Carito)


 

La feuille posée devant moi me semble irrémédiablement blanche. Stylo noir adossé au côté droit. Un brin agressif. Je ne vois pas mes mains, glissées sous la table. Mais je les sens trembler.

« Deux colonnes. » m’avait-t-elle dit. A l’éclat d’airain qui brillait sous ces trois syllabes, j’ai compris que les 10 séances où je n’avais pas ouvert la bouche avaient eu raison de la patience de ma thérapeute. Sous le visage au brushing soigneusement maîtrisé et malgré la neutralité beige de son ensemble, j’avais senti que l’exaspération n’était pas loin. J’avais donc fait précéder mon «à la semaine prochaine » par un oui à peine audible.

Je sors lentement mon cv de mon sac de cuir. Je dois aligner ma vie en deux ridicules listes. Piocher dans mes souvenirs d’enfance des bribes de moi. Empaqueter le tout et le livrer en vrac pour analyse. J’avais pensé trouver la matière dans de vieux albums photos. La simple idée de plonger dans l’humidité crasse d’une cave m’avait filé la nausée. Ma détermination vacillante n’avait pas pu aller plus loin. Je m’étais rabattu sur l’idée du CV. Je lirais entre les trois lignes de l’enfance coincé entre lycée et bac. Facile. Une ville moyenne, une scolarité monochrome, deux flirts d’ado qui, mis bout à bout, avaient duré 182 jours. Je pouvais éventuellement retrouver avec une marge de 10% d’erreur le nombre de baisers avec ou sans, et pour le deuxième gars, un dénommé Eric, un nombre certain de pelotage, nettement plus agréables et poussés dans le dernier tiers de notre relation. Je pourrais atteindre sans mal une validité frisant les 95%... si je retrouvais mon journal intime où une adolescente à fleur de peau avait consciencieusement recensé faits et gestes amoureux. Mais pour cela il me fallait descendre à la cave. C’était non. Pour la deuxième fois.

Je décide de laisser en friche cette première partie de vie. Les deux colonnes sont toujours aussi désespérément vides. Mon regard passe de mon affligeant désert personnel, écrit blanc sur blanc aux lignes soigneusement imprimées de mon curriculum. Les cursives, les entrejambes si fines, s’épaississent jusqu’à ne plus former qu’une ligne dansante. J’entends soudain le bruit de la roulette. Ce tressautement grêle sur les bords noirs et brillants, semblable à un ronronnement mécanique et félin. Ce silence presque imperceptible quand la boule s’immobilise.

Je t’avais rencontré au casino. Aucun de nous n’était flambeur. Nous avions laissé la place à d’autres joueurs, plus féroces. Nous avions aligné nos jetons, changé le tout, bu un verre et vécu ensemble un bon paquet d’années. Une alliance et deux enfants plus tard…. Cette musique m’obsède depuis ; la boule argentée s’est arrêtée à la case divorce.

Ces deux colonnes me donnent la nausée ; elles me rappellent mes six mois d’assistanat comptable chez le vieux Schnock. Son œil, au fond jauni, traînait un peu trop sur moi ; il avait les pattes luisantes et la couenne terne. Pourtant, il ne s’agissait que du décor, le pire se trouvait ailleurs. Aligner des chiffres imbéciles dans les cases d’un logiciel aride Au bout de quelques semaines, il était clair que la tentative de reconversion de l’agence chômage avait capoté en beauté. Je n’avais pas l’âme d’un comptable.

 

J’ai rangé mon cv. Il me suffit de vouloir étaler ma vie pour savoir qu’elle se résume au crédit et au débit de notre divorce en cours. Retour à la case départ, où nous alignions nos jetons. Côté immobilisations, on compte les plus-values, on soustrait le mobilier de ta grand-mère et l’aide de mon oncle pour la réfection des murs. C’est toi qui casque : le Henri IV n’est plus coté à l’argus des broc et autres dépôts-vente. Ca m’arrange car, de fait, en plus de notre maison en région parisienne, je rafle l’appart en Vendée. Tu peux te garder ton truc miteux à la neige. Elle est moche cette station. Dans cinq ans, tu va pleurnicher que le remboursement t’étrangle. Conseil d’ex : le lieu ne sera jamais rentable et les crédits à taux variable, c’est jouer avec le bâton clouté du parfait masochiste. Et puis, ça t’apprendra à garder des stock-options en douce. Un actif douteux. Et tu croyais que je ne le savais pas. J’avais assuré mes arrières, pas besoin d’un privé pour découvrir tes petites combines. J’ai tout noté dans les règles, sans oublier de payer le coup de patte de l’huissier lorsque cela s’avérait nécessaire. Garde ton coupé sport qui te demandera un bon nombre d’heures sup jamais facturées. Après tout, c’est l’avantage d’être cadre ; tu réduis comme ça les chances de te faire virer. Alors ne compte pas ton temps, tu en auras besoin pour la pension, ton train de vie et surtout ta confiance en toi. En contrepartie, je m’occupe des enfants : même forfait horaire que toi, jour, nuit, vacances et WE dans le paquet. Simplement à moyen terme et même avant, tu va regretter ce temps que tu ne leur donneras pas, aux gosses. Il y a des options fiscales et certaines d’autre nature que l’on choisit par facilité, qui vous poursuivent jusqu’à votre mort.

Voilà, j’ai fait les comptes sur deux colonnes, les jeux sont faits. Côté finances, mon conseiller fiscal salut le bénéfice que je vais empocher et lui aussi, évidemment. Je t’ai laissé les mouchoirs de baptiste offert par un ancêtre lors de nos noces. Les soirs de blues, c’est toujours classe d’éponger sa tristesse dedans et il ne faut pas en racheter. Tu geins de t’être fait dépouiller… Remarque, fallait pas tout miser sur la rouquine méchée, vraie ou fausse, qui t’envoyer au 7ème ciel siliconé des amours vénales. Elle t’a coûté cher - les bimbos ça casse une tirelire d’hommes d’affaires en trois caprices – mais le retour sur investissement, lui, tu ne l’avais pas vu venir. L’effet de massue s’est déployé le jour où tu as reçu la lettre de mon avocat.

Le fric va nous aider, les gosses et moi. Quant à toi, je te fais confiance, tu retomberas sur tes pattes. Mais je n’ai pas besoin de remplir ma feuille ni de psy pour savoir que, au bout du compte, on n’alignera pas de jetons. En posant les deux colonnes, si je retranche les sentiments cassés, nous tomberons d’accord sans l’avouer qu’il n’y a pas d’estimations matérielles possibles et pas d’assurance. On aligne les torts à cinquante / cinquante et les pertes sont infinies.

Il est l’heure de remballer mes devoirs, Mme la Juge appréciera ma participation active à une improbable réconciliation. Elle aura matière la psy avec tout ce que j’ai griffonné même si je ne veux pas lui parler. D’ailleurs, je n’ai envie de rien depuis que cette bille n’en finit pas de tourner dans ma tête : 23, rouge 51, 12, 7, impair. Je ne souhaite qu’une chose, que la roulette s’arrête et que sa mélodie métallique s’efface à tout jamais.


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-5°, on a eu chaud ! (Papistache)

Papistache est né en hiver, 1 des 4 saisons de l’année, en 1927.  Non, pas en 1927, c’est son père qui a 81 ans (en sa 82e année) qui est né en hiver, lui aussi, à 3 jours du printemps, la 2e saison de l’année si on veut considérer que l’hiver n’ayant que 10 jours au 1er janvier commence bien l’année.

Le Papistache est né en hiver parce que ses parents — à supposer que la grossesse ait été menée à terme et elle dut l’être avec un bébé de 9 livres (9 livres, pour un bibliophage, c’est une bonne mesure, non ?)— l’ont conçu aux beaux jours de mai, le 5e mois de l’année. Au milieu du printemps.

De ses premières années, on ne sait plus rien, sinon qu’il a failli se noyer à l’âge de 2 ans. En hiver ! Il gelait. Les annales n’ont pas retenu combien de degrés au-dessous de 0 le mercure indiquait.

A 4 ans, il entre à l’école maternelle. Il y reste 2 ans. 1 jour, il oublie de découper 1 patte à 1 cheval de papier. C’est son 1er souvenir de l’école.

Il entre au CP. La maîtresse l’installe au 1er rang de la rangée du milieu. C’est de cette place qu’il découvre les chiffres, les nombres et les 4 opérations : addition, soustraction, multiplication et division. Au cours de cette année de CP, les espaces libres entre les méandres de ses circonvolutions cérébrales se sont emplis de ces chiffres et nombres au point de se substituer au liquide céphalorachidien.

Plus tard, il pondra 1 consigne un peu absconse : Comptez-nous 1 vie !
On est en droit de s’interroger : Pour ses 2 ans, s’il avait gelé plus fort et si la glace s’était refermée sur son corps, aurait-on jamais entendu parler de lui hors du cercle familial ?

Tout ça ne constitue pas 1 compte de vie, pas même 1 vie ! A tout prendre, si c’était à refaire, il couperait les 4 pattes du cheval, s’installerait au fond de la classe et prierait de toutes ses forces pour que les murs de l’école redeviennent sable.

Profitez de cette consigne, ce sera la seule fois de son existence où  le Papistache dira l'entière vérité sur son passé. Foi de menteur !

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Règlement de comptes (Tiphaine)



06 heures 00. La porte à double battants est déverrouillée.
06 heures 01. La télévision de la chambre 35 entre en marche.
06 heures 02. Je voudrais me rendormir sans entendre la une ni la deux ni aucune de ces chaînes.
07 heures 00. L’infirmière n° 1 me demande si j’ai bien  dormi.
07 heures 30.  Sur le pas de la porte, j’avale sous l’œil aguerri de l’infirmière mes 75 milligrammes d’effexor.
08 heures 00. Un petit pain ou deux petits pains ?
08 heures 30. Contre 90 centimes, la machine me délivre un café.
08 heures 35.  Première Fine 120, dans la cour.
08 heures 40. Trois tours de parc, toujours dans le sens des aiguilles d’une montre, comme tous les autres.
09 heures 30. Un nouveau psychiatre, une nouvelle ordonnance, une nouvelle histoire.
10 heures 15. Deuxième Fine 120, sur un banc rouillé.
10 heures 30. 120 pages tournées.
11 heures 30. Sur le pas de la porte, l’infirmière n° 2, les médicaments…
11 heures 45. Cinq tranches de tomates, trois boulettes de viande, 134 petits pois, quatre morceaux de carottes, un sachet de vinaigrette, un morceau de fromage, un petit pain, un verre d’eau et un beignet fourré au chocolat.
12 heures 15. La fenêtre peut s’ouvrir sur huit centimètres. 32 camions, 3 motos, 67 voitures dont 45 blanches par minute défilent sur la quatre voies.
12 heures 25. Contre 90 centimes, la machine me délivre un café.
12 heures 30. Troisième et quatrième Fine 120, dans la cour.
13 heures 00. Il est 13 heures…
14 heures 00. Sur la une, les feux de l’amour chassent les chiffres pendant 45 minutes.
14 heures 45. L’aide soignante n° 1 vient faire la chambre.
14 heures 46. 20 mètres de couloir, quatre ailes, quatre étages. Le même jeune homme qu’hier vient me taxer 50 centimes qu’il promet de me rembourser demain. Comme hier…
15 heures 00. Le téléphone de la chambre 37 sonne 12 fois avant que son occupant ne décroche.
15 heures 30. Vingt mille mots, cinquante photos.
16 heures 00. Contre 90 centimes, la machine me délivre un café.
16 heures 05. Cinquième Fine 120, dans la cour. 18 fumeurs répartis en groupes de 2, 3 ou 4.
16 heures 10. Deux enfants dans le parc, insouciants. Mes enfants…
17 heures 00. Sixième Fine 120, dans la cour.
17 heures 30. 24 images par seconde.
18 heures 00. Sur le pas de la porte, l’infirmière n° 3, les médicaments…
18 heures 15. Un bol de soupe, 254 grains de riz, une tomate farcie, une portion de fromage aux noix, à la noix, un petit pain, une poire pas mure.
18 heures 45. Contre 90 centimes, la machine me délivre un café.
18 heures 50. Septième puis huitième Fine 120 dans la cour avec les autres drogués.
19 heures 00. Fermeture des deux portes qui mènent à la cour et au parc. L’espace se réduit. 200 mètres carrés.
19 heures 05. Je voudrais pouvoir compter les étoiles mais je ne les vois pas.
19 heures 10.  Combien de caresses, combien de baisers, combien de battements de cœur, est-ce que l’amour se mesure ?
19 heures 19. Combien de secrets, combien de peurs, combien de refus, est-ce que l’amour peut survivre à l’ordre social ?
19 heures 30. Fermeture de la cafétéria. L’espace se réduit d’avantage. 100 mètres carrés.
20 heures 00. Journal de 20 heures dans toutes les télés du couloir.
21 heures 00. Heure des tranquillisants et des somnifères. Chacun tend  la main.
21 heures 30. Fermeture de la porte à double battants du couloir. L’espace est confiné. Trente mètres carrés.
22 heures 30. Extinction des feux et des télévisions.
23 heures 00. Quelqu’un n’arrive pas à dormir.
23 heures 30. Quelqu’un pleure.
00 heure 00. Première visite de l’infirmier de nuit. Il vérifie que je dors. Ou pas.
00 heure 30. Quelqu’un parle.
01 heure 01. Passage du train de 1 heure 1.
03 heures 30. Deuxième visite de l’infirmier de nuit. Je fais semblant de dormir.
05 heures 00. Troisième visite de l’infirmier de nuit. Je fais semblant de dormir.
06 heures 00. La porte à double battants est déverrouillée.
06 heures 01. La télévision de la chambre 35 entre en marche.
06 heures 02. Je voudrais me rendormir sans entendre la une ni la deux ni aucune de ces chaînes.
07 heures 00. L’infirmière n° 1 me demande si j’ai bien  dormi.

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