Le livre de David (EnlumériA)

Depuis combien de temps était-il enfermé dans ce réduit ? David avait renoncé à compter les jours. Les jours ? David haussa les épaules dans l’obscurité. Les jours, les nuits, quelle importance. Ses geôliers le maintenaient dans le noir. La seule lumière que David voyait, c’était deux fois par jour, quand un géant noir de poil lui apportait ses repas. Il fallait bien que ce rustaud ouvrît la porte. À cet instant-là, David apercevait un mur grisâtre baigné dans un clair-obscur blême. Le rustaud n’était pas une brute. Il déposait la gamelle et la carafe d’eau sur la petite table d’écolier juste à côté de sa couche. Avec une sorte de délicatesse brouillonne.

Une fois par semaine, on le sortait dans ce qu’il croyait être une cour. Il ne savait pas, on lui bandait les yeux. Personne ne lui parlait. On le guidait en lui posant une main sur l’épaule et une autre au bas des reins. C’était tout.

Un soir, mais était-ce un soir, le rustaud s’était attardé pour l’observer d’un air étrange. L’espace d’une seconde, David crut discerner dans son regard une lueur de compassion. Puis, l’homme avait murmuré quelques mots incompréhensibles et s’en était allé.

C’est à cet instant-là que David avait entraperçu le livre. Après quelques minutes interminables de tâtonnements sur le sol poussiéreux, il avait réussi à mettre la main dessus. Il l’avait alors pressé contre son front puis contre son cœur. Son cœur qui battait à tout rompre. Une bouffée d’espoir l’avait alors submergé. Là on l’on trouve un livre, on trouve une raison de vivre.

Depuis, David ne cessait de le feuilleter, de le caresser dans l’obscurité. Quelques paroles d’un ancien catéchisme lui revinrent à la mémoire. Quelques mots qu’il prononça une fois, deux fois, puis comme un mantra. Ce bouquin corné qui sentait le moisi devint son livre saint, sa Bible personnelle, son Coran particulier. Une fois, il se dit qu’il était fort probable qu’il devienne aussi son Livre des Morts.

Le temps s’écoula encore un peu, à la manière d’un fleuve de lave sur un volcan.

Et puis un jour, la porte s’ouvrit toute grande sur le couloir éclairé d’une vive lumière jaune. Le rustaud l’observa quelques secondes. Il semblait chercher ses mots et enfin dans un français approximatif, il dit à David que c’était fini, qu’il pouvait partir. Qu’il était libre.

Dehors, aveuglé par le soleil de l’aube, David put lire enfin le titre de son dérisoire livre saint.

« TERRIBLE ENIGME » Jeanne de Coulomb. Collection Familia. Gautier et Languereau Éditeurs. 3 frs 50.

Évreux, 27 novembre 2015

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Vengeance (par joye)

Je promets souvent à mes étudiants qu’un jour, je vais construire une machine à remonter le temps pour aller chercher le mec responsable pour toutes les variations bizarres qui existent entre l’anglais et le français.

Par exemple, pourquoi est-ce que nous les anglophones avons retenu les formes féminines de certains adjectifs, comme active et comprehensive et même, tiens, adjective ? Là, c’est facile, mais qui est le criminel qui aurait pris un joli ciel francophone pour le convertir en notre ceiling ? Ou bien le myope rigolo qui nous a donné mansion pour maison ?  Oui ! Qui est ce sadique dysléxique, ce frère devenu friar en anglais à cause de sa plume fautive ?

Oui, je sais, repartir dans le passé pour retrouver ce grand malfrat ne serait pas facile même si je connaissais vraiment son identité. Mais là, face au mot énigme, j’ai enfin une piste.

Voyez-vous : le mot énigme en anglais est enigma. C’est super bizarre cet e au lieu de a, surtout parce que, n’en déplaise à ceux qui y perdent leur latin, le mot en latin est aenigma, que les Romans ont eu du grec ainigma quand ils y sont allés pour se faire voir chez eux. Bien.

C'est curieux ! Pourquoi se fait-il que presque chaque langue ait gardé le a au lieu de le changer en e comme en français ?  Comment ? Vous ne me croyez pas ? Eh bien, regardez :

  • catalan : enigma
  • espagnol : enigma
  • anglais : enigma

Après tout, même les Wallons disent  « cwacwa » !

Oui, non, vous avez raison, les Allemands, eux, disent das Rätsel, mais bon, ce sont des Allemands qui, historiquement, n’ont jamais été très raisonnables, eux. Par exemple, leur mot pour damsel, pardon, demoiselle, n'est pas du genre féminin, mais neutre. C'est dire.

Bon, revenons à nos muttons...euh, pardon, moutons... J’ai enfin trouvé le qui du pourquoi du comment !

Dans l’étymologie du mot français, on cite un certain Geofroy Tory, qui, en 1529, aurait rendu sa copie avec l’erroné énigme. Wiki m’en a tout balancé, que c’était lui ce Tory, habitant à Bourges (hein ? Sale Bourges, dit-il ?), typographe qui a aussi eu l’idée et le culot d’ajouter des accents aux lettres en français !  OH, quel bastard bâtard !

Alors, c'est décidé : quand j’aurai terminé mon chronogyre, je mettrai le chronomètre pour 1500, j’irai retrouver ce grand petit rigolo et quand mon sac sera enfin vidé à ses pieds, vous les francophones direz tous « ah » pour les jeux d’esprit, au lieu de murmurer « euh » à la fin.

Non, non, ne me remerciez pas. Ce sera la moindre des choses, je vous assure ! Apprendre le français tel qu’il existe maintenant est bien plus difficile que ça pour nous, les pitoyables anglophones.

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Souvenir par bongopinot

 

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Un porte livre dans la salle

Pour y poser un livre élégant

D'une colection familliale

Au récit coloré et intriguant

 

Et dès la nuit tombée

Quelques heures avant le coucher

On attendait l'histoire tant aimée.

Une lecture animée et bien menée

 

Lue par les grands-parents

Qui bien assis sur un divan

Lisaient un épisode captivant

Pour leurs petits chenapans

 

Et les petits comme les grands

Se retrouvaient à cette vieillée

Pour un moment vraiment charmant

 Tout près du poêle ou de la cheminée

 

c'était un plaisir pour toute la famille

Avec cet ouvrage pour réunir

Un vrai succès, une soirée qui brille

Et je garderai en moi tous ces beaux souvenirs.

 

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Ah si j'avais trois francs cinquante ! (Walrus)

Car enfin, la terrible énigme se situe bien à ce niveau : que cache le prix du livre de l'auteure bordelaise dont le parcours littéraire vous est brillamment retracé par JAK en son billet du jour ?

Terrible énigme

Vous le savez ?

Non ?

Moi oui !

Un traitement opéré par mes doigts délicats de chimiste m'a permis d'en décoller l'étiquette

... et de découvrir le pot aux roses !

(enfin... à la rose !)

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Comment ? Vous ne distinguez pas très bien ?

Allez, gros plan (nantais) !

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Ça va mieux, maintenant ?

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Participation de Laura

Je lis des polars depuis mon adolescence, il y a vingt-ans donc environ: à cette époque, ce penchant était incompris et mis de côté par ma famille.  J'empruntais des polars à la bibliothèque municipale et j'en achetais presque en cachette chez le bouquiniste. A l'époque, j'ai lu tous les grands classiques américains(Hammet,Goodis,

Chandler etc.), anglais(Christie,Carr,Conan Doyle etc.), belge(Simenon). Dans les librairies, les polars étaient loin d'avoir la même place qu'aujourd'hui où ils sont devenus un genre à la mode loin de sa mauvaise réputation d'alors... celle qui m'a peut-être attirée d'ailleurs. J'ai lu beaucoup de polars depuis vingt cinq ans mais je ne m'en lasse pas. Quoique  je lise la journée  : en tant que  documentaliste dans deux lycées professionnels, la presse(que je dévore depuis vingt cinq ans aussi), la littérature du dix-neuvième siècle (pour mon DEA de lettres par correspondance), les livres d'art (en majorité aujourd'hui), je lis le soir dans mon lit des polars: des nouveautés (surtout grâce à la médiathèque), des œuvres d'auteurs que je suis :Ruth Rendell, Elisabeth Gorge,Donna Leon, Andrea Camilleri. Quelquefois les polars allient ma passion du polar et de Venise, de l'art, de l'esotérisme etc. Parfois, je les trouve un peu sommairement écrits  mais je l'avoue, si l'intrigue est bien menée, je me laisse emporter. Je découvre rarement la solution avant la fin. Pour tout dire, ça m'est un peu égal. Ce qui me plait, c'est l'aspect psychologique et l'angoisse que l'auteur distille. Ceci dit, je ne dédaigne pas l'aspect policier/ justice des polars, bien au contraire. Je dis tout bas-mais je le dis- que les policiers populaires comme Navarro ou les Higgins Clark me plaisent. Ça me plait surtout qu'un genre qu'on pointait honteusement du doigt avec ses lecteurs ait envahi les rayons des libraires et les antennes des télés. Loin des détectives privés avec leurs poules, il y a maintenant des polars à l'eau de rose mais j'ai délaissé ce genre il y a vingt -cinq ans.

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Trans-e (Marco Québec)

 

Le garçon racontait
Que d’aussi loin qu’il se souvenait
Il avait toujours voulu être une fille
Et que ce petit bout de chair
Dont les mâles sont tellement fiers
Lui paraissait bien inutile

La fille racontait
Qu’en ce qui la concernait
Elle avait toujours détesté
Le corps dans lequel elle était enfermée
Elle enviait la stature des garçons
La force de ces fanfarons

Tous les deux avaient opté
Pour retrouver l’harmonie
Que leurs corps et leurs pensées
Puissent devenir des amis

Il s’en trouvera pour penser
Que tout cela est insensé
Mais au-dedans de moi-même
Je me dis que c’est une énigme

Et d’ailleurs le mot « énigme »
A eu son propre dilemme
Mot féminin de nos jours
Ne l’a pas été toujours
A pris le genre masculin
Dans certains alexandrins

Corneille fit dire à Œdipe
« Et l’énigme du sphinx fut moins obscur pour moi »
Ce n’était pas une erreur type
Ce mot n’avait alors toujours pas fait son choix

 

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Participation de Venise

 

J’aimais bien les livres de la bibliothèque  de  grand -père.

 

Ils étaient comme une vielle boîte à musique, et je m’allongeais souvent  sur le sofa

       

 

 

Bercée par ces textes écrits à l’encre bleue , ritournelles de quatre sous remplies de gros chagrins de l’enfance.

Un soir j’ai retiré de l’étagère du haut le livre  "Terrible énigme" de Jeanne Coulomb, ma grand mère  maternelle.

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J’ai longtemps ignoré la limpidité de son écriture et j’ai longtemps crû ne pas être de sa lignée.

Dans ce livre j’ai découvert, une école, un souffle d’encre, une ardoise d’or où accrocher ma solitude.

Puis j’ai écrit à mon tour  comme elle, en chuchotant d’un coin du préau.

« Terrible énigme » reste à mes yeux le grand voyage de mon écriture celui qui vous déporte vous décentre de vous même pour aller vers un ailleurs.

Alors j’ai écrit comme on vit sa vie, j’ai mêlé, le sable et la pluie, le jour et la nuit, vos absences et vos présences au monde.

Mon écriture est devenue l’énigme terrible d’être au monde, insouciante et tourmentée.

Grand-mère plane encore aujourd’hui comme un épervier sur mes lectures.

 

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Le canard à trois pattes (Vegas sur sarthe)


“Vous devinerez jamais d'où j'appelle, inspecteur?”
L'inspecteur La Bavure soupira. Ouatson avait ce don pour appeler toujours au mauvais moment et indisposer ses collègues et sa hiérarchie du 36 Quai des Oeufs Frais.
Sa question appelait la même réponse, quand on ne lui raccrochait pas au nez.
”Non, mais vous allez pas tarder à me l'dire, Ouatson... j'ai une énigme à résoudre!” aboya La Bavure.
“Vous vous souvenez de cette affaire de trafic de poisson-clowns à Concarneau, chef?”
La Bavure ouvrit la bouche pour soupirer tandis que par mimétisme s'ouvrait la porte de son bureau.
“La nouvelle vient juste d'arriver, inspecteur!!” beugla Ouatelse, essoufflée et coiffée de son éternel balai O'Cedar que d'autres appellent des dredlocks.
“Ca vous ennuierait d'frapper avant d'entrer?” éructa La Bavure.
Ouatelse, assistante recrutée trois ans auparavant, plutôt bien roulée et autant bourrée d'arguments d'embauche que dénuée de tout jugement réitéra l'objet de sa tonitruante apparition : “La nouvelle vient tout juste d'arriver, inspecteur!”
“Quelle nouvelle?”
“Euh... le nouvel officier de police de notre service, inspecteur”
La Bavure raccrocha promptement... Ouatson pouvait bien aller pêcher ses poisson-clowns tout seul.
“Bon sang, c'est vrai. Allez la chercher fissa, Ouatelse”

On se souvient que pour les assistantes féminines du 36 Quai des Oeufs Frais, l'expression fissa est pondérée par un critère purement technique: la hauteur des talons de ladite assistante mais ce jour-là Ouatelse avait opté pour des it-shoes, des moonboots ultra vitaminées rose fluo du plus bel effet.
D'une bourrade dans le dos, le nouvel officier de police du service éjecta Ouatelse et vint se planter devant le bureau de La Bavure.
“Officier de police premier échelon Ouatmore” tonna t elle en broyant sauvagement la main de sa hiérarchie.
“Enchanté” gémit La Bavure en récupérant ses doigts “Bienv'nue au 36 Quai des Oeufs Frais, Officier Ouatmore!”
La nouvelle était petite, presque insignifiante malgré une poigne de fer, à l'opposé de sa consoeur en moonboots dont elle venait de se faire une charmante ennemie.
La Bavure se leva, autant pour “asseoir” son autorité que pour mieux masser ses phalanges meurtries :”J'vous fais visiter la boîte?” lança t il comme s'il en était l'unique propriétaire.
“Pas la peine“ répondit Ouatmore “un troupeau de mâles en rut m'a déjà balladée dans tous les étages”.
La Bavure se rassit car il n'était pas de première fraîcheur.
A voir la tenue impeccable de Ouatmore, le traditionnel bizutage aux oeufs frais n'avait pas eu lieu contrairement aux habitudes de cette mythique institution.
“Vous allez bosser ensemble dès maint'nant” dit-il aux deux “collaboratrices”.
Si Ouatmore n'avait pas bronché, le balai O'Cedar s'agita en signe d'agacement.
“Epluchez-moi cette lettre anonyme que nous avons reçue c'matin... j'vous donne la journée pour élucider c'machin auquel je pige que dalle”.
Ouatmore se pencha sur l'épaule de Ouatelse qui s'était déjà précipitée sur le bureau.
“Un officier d'police, ça doit déchiffrer ça fissa” ajouta moqueusement La Bavure.

Ouatmore lut à voix haute :”J'ai quatre pattes le matin, deux à midi et trois le soir”
En comptant sur ses doigts, le balai O'Ceda venait de perdre de sa superbe. Quel taré avait bien pu pondre une telle connerie?
“J'ai trouvé” dit calmement Ouatmore.
Une lueur d'admiration doublée d'inquiétude apparut dans le regard de La Bavure juste avant que le téléphone ne sonne à nouveau.
“La Bavure, j'écoute” dit-il en dévisageant sa nouvelle recrue.
“Vous devinerez jamais d'où j'appelle, inspecteur?”
La Bavure soupira :”Plus tard mon vieux, l'instant est grave ici” et il raccrocha rageusement.
Vexée, Ouatelse nageait dans ses moonboots :”Alors Ouatmore? C'est quoi cette connerie?”
Ouatmore fit la moue :”Je ne vois pas en quoi ce petit jeu d'esprit a besoin d'être anonyme... tout le monde connait la réponse”.
La Bavure tenta de se redresser dans son fauteuil avachi par des années d'enquêtes, de cogitations et de microsiestes...
“Eclairez-nous, Ouatmore” susurra t il, la bouche en coeur.
Ouatmore gloussait :”Le matin c'est l'enfance, le midi c'est l'âge adulte et le soir c'est la vieillesse”
“Bon sang mais c'est bien sûr!” explosa La Bavure qui avait bien connu Bourrel à la télévision.

Ouatelse avait eu la bonne idée de naître métis, ce qui lui évitait de rougir jusqu'aux oreilles à chaque humiliation :”Oui mais la troisième patte du soir... alors... c'est sexuel?”
La Bavure leva les yeux au plafond; le crépi se décollait au fil des ans et le prochain déménagement dans la ZAC de Clichy-Batignolles ne serait pas un luxe.
Ouatmore gloussa d'une octave plus haut :”La canne, Ouatelse... la canne!”
Concluant que cet argument oiseux ne cassait pas trois pattes à un canard ni à une cane, Ouatelse quitta le bureau sans un regard.
“Un homme... tout ça pour décrire un homme” répéta La Bavure, songeur “un homme mais lequel?”
“Un anonyme” osa Ouatmore, sarcastique.
“Vous parlez comme Ouatson” s'étonna La Bavure.
“Qui c'est ça, Ouatson?” demanda Ouatmore.
La Bavure soupira :”Vous avez bien le temps de le connaître... prenez d'abord bien vos marques”.

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