Conte de fée (Joe Krapov)

Une bonne fée s’est penchée sur mon berceau. Elle a dit à Maman et Papa que je serais un être chétif, contemplatif et maladif. Maman et Papa ont commencé à faire la gueule et à regarder la bonne fée d’un sale œil. Ils se sont demandé ce qu’elle fichait là, cette non-invitée à mon non-baptême qui, plutôt qu’à une sorcière en robe rose et chapeau pointu avec une baguette ridicule, ressemblait à l’Amélie Nothomb qui du reste n’était même pas encore née.

La bonne fée s’est empressée d’ajouter « …Mais que… ». Donc, « que je serais un être maladif, contemplatif et maladif mais que, étant natif du cancer et ayant l’ascendant en scorpion, j’étais assimilable à un saturnien et que donc je me réaliserais très tard.

- Qu’est-ce que ça veut dire, en clair ?, a demandé Papa.
- Ca veut dire qu’il va chercher, toute sa vie durant, une maison abandonnée dans laquelle il y a un trésor.

Papa et Maman ont oublié de me raconter cette scène ou ils me l’ont racontée autrement mais dès qu’ils ont su que je serais un jour propriétaire d’un trésor, ils se sont un peu plus intéressés à moi. Et moi, je n’aime pas trop qu’on me regarde comme ça.

Pour la première partie du diagnostic, la bonne fée a eu raison tout de suite ! Je ne sais si c’est d’avoir atterri là entre Papa et Maman, je ne sais si c’est parce que je suis un saturnien sans les anneaux mais pratiquement dès ma venue au monde j’ai asthma-tiqué.

jpi jpa au bassin de la bourboule

Du coup on a passé toutes nos vacances à La Bourboule. La Bourboule, en Auvergne, bien des citoyens n’en ont cure mais moi si. Tous les matins. Bains de vapeur, inhalations, et pour finir tu bois un grand verre d’eau chaude et dégueulasse, on te met une écharpe autour du nez alors qu’il fait 32° dehors, tu remontes dans la voiture surchauffée et tu es balloté pendant vingt kilomètres sur la route en virages pour rejoindre toute la famille qui fait du camping sauvage dans une prairie à vaches.

Après la sieste obligatoire, on fait des excursions en noir et blanc, la tournée des lacs en noir et blanc, on se photographie devant la maison abandonnée en noir et blanc… Oui, parce qu’à cette époque-là, mes enfants, au siècle dernier, la vie était encore en noir et blanc. La tour Eiffel en noir et blanc, le château de Val en noir et blanc…

Je ne sais pas où est passée la photo de la vieille maison auvergnate à l’abandon. Y avait-il un trésor dedans ? 

jojo mémé jpa jpi et vieille maison

Bon, je ne suis pas là pour vous raconter ma vie. Mais c’est vrai que plus j’avance en âge et plus j’ai l’impression de me réaliser. J’ai été guéri de mon asthme assez vite et je suis monté à Paris où j’ai commencé à chercher le trésor promis par la fée.

Au début, comme j’étais un peu niais, j’ai cru que je l’avais trouvé. C’est vrai, quoi ! J’avais un boulot, je n’avais plus Papa et Maman sur le dos, je gagnais un peu d’argent et j’habitais à Paris où il y avait plein de cinémas, de salles de spectacle, de librairies et de disquaires. Alors, comme être riche se dit parfois « avoir de la galette », j’ai commencé à les collectionner. A l’époque les galettes étaient des objets ronds et noirs, d’un diamètre de trente centimètres, percés d’un trou en leur milieu, garnis d’une étiquette, emballés dans une enveloppe de papier blanc ou de cellophane et mis dans une pochette en carton illustrée de photos ou de dessins plus ou moins psychédéliques. Pour jouir de ces trésors-là il fallait disposer d’un tourne-disque ou d’une chaîne hi-fi.

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Comme l’obsolescence programmée n’avait pas encore été inventée, je possède toujours cette chaîne hi-fi d’il y a un siècle et comme je suis un saturnien soigneux et conservateur, j’ai gardé aussi en très bon état tous mes disques vinyles et mes nombreux livres. Par contre j’ai perdu tous les amis auxquels j’ai fait appel pour m’aider à déménager. Je ne sais pas si vous avez déjà eu à porter les œuvres complètes de certains écrivains ou l’intégrale de Vivaldi mais je peux vous dire que quatre saisons et quatre cent concertos, même si c’est toujours le même, comme disait Stravinsky, ça pèse.

Le problème dans ma vie, c’est que je n’ai pas déménagé qu’une fois.

J’ai eu le bonheur d’épouser une femme-bélier. C’est très bien une femme-bélier. La femme-bélier est à elle toute seule un trésor incommensurable, incomMarsurable, même. L’ennui, c’est que ça bouge tout le temps et que ça a toujours une longueur d’avance dans le calendrier, une femme-bélier. Quand vous n’avez pas de téléphone portable, elle vous appelle sur le téléphone de votre copine pendant que vous êtes à l’atelier d’écriture pour vous faire dire que vous avez oublié ce soir d’aller au Conseil d’administration de l’association R. et C. alors que celui-ci n’a lieu que la semaine suivante.

La femme-bélier décroche aussi des armoires du mur pour accrocher une nouvelle armoire plus grande et plus lourde et elle vous demande de la décrocher le lendemain parce qu’elle a l’impression que c’est mal accroché et en fait on s’aperçoit que c’est inaccrochable et donc on raccroche les anciennes armoires et on revend la nouvelle sur le Bon Coin.
Bref, si vous comptez épouser une femme-bélier ces jours-ci, sachez qu’elle changera la palce de la poubelle tous les mois et qu’elle vous fera déménager tous les cinq ans.

Heureusement, un jour, j’ai fait preuve d’autorité. Oui, je sais, un jour dans toute une vie, ce n’est pas beaucoup. J’ai dit : « OK. T’as voulu voir Vesoul et on a vu Vesoul, tu as voulu qu’on vive à Rennes et on y est. Mais maintenant qu’on est tombés sur la case « appartement au deuxième étage avec jardin et garage qu’on n’a même pas besoin de monter la voiture dans l’escalier » alors maintenant, ça suffit, on ne bouge plus ! ».

J’ai obtenu gain de cause. En partie.


Jacques Brel - Vesoul par Wazoo

 Parce que ma femme-bélier est toujours partie par monts et par vaux et parce que tous les étés, pour les vacances, c’est transhumance. Je me demande même si Maman ne lui a pas raconté l’histoire du trésor dans la maison abandonnée, à ma Dulcinée à cornes ! Peut-être qu’elle la cherche sans me le dire et que c’est pour ça qu’on bat la campagne ? C’est bien simple, on a six boîtes pleines de cartes d’état-major et des topo-guides à ne plus savoir qu’en faire.

150807 N 011

Cet été on a marché du lac de Guéry à la Banne d’Ordanche, d’Annoville-sur-Mer à Hauteville-sur-Mer-Plage, de Saint-Martin de Bréhal à Granville, on a fait le grand tour du lac Pavin, celui du lac Chauvet, on a longé les cascades de Chiloza,, on a pris le bateau pour aller aux îles Chausey, on a longé le lac de Paladru, on a visité le château de Chantilly et son parc immense, on a tourné dans Chambéry, Vendôme, Rouen, Lille et Rennes et j’en oublie et j’en oublie. On est passés à Foupoule, à Village Chou, à Bogros-les-Chiens, à Besse-Saint-Anastaise, à Domessin, à Pont-de-Beauvoisin, à Aiguebelette…

Moi j’ai ramassé des coquillages et pris des photos de tous ces endroits. C’est ma chasse au trésor qui continue. Je suis très heureux comme ça. Pas besoin de plus. Je ne cherche plus vraiment pour ma part la maison abandonnée.

Mais cette nuit, peut-être parce que c’est dur de reprendre un boulot sédentaire après des vacances aussi mouvementées, peut-être parce que je me couche trop tard le soir, j’ai fait un drôle de rêve. Il y avait une maison abandonnée et pour une fois j’entrais dedans. Au milieu des gravats, il y avait une vieille femme dans un fauteuil roulant. Je l’ai reconnue tout de suite. C’était la bonne fée qui s’était penchée sur mon berceau mais elle avait beaucoup vieilli. Elle aussi m’a reconnu. Elle m’a dit :

- Alors, lou ravi de la crèche ? As-tu trouvé ton trésor, finalement ?
- Je pense que oui, Madame, mais je ne sais pas ce que c’est.
- J’ai trois réponses à te donner. Laquelle veux-tu entendre ?
- Les trois ?
- Va pour les trois ! La maison abandonnée, c’est celle de tes parents et le trésor, c’est ton enfance. La maison abandonnée, c’est le monde, et le trésor, ce sont tes jambes. La maison abandonnée, c’est ton cerveau à la capacité limitée et le trésor, c’est ton seul et unique neurone.

Ca m’a bien plu, ce rêve, alors du coup, je me suis réveillé et pour une fois, je suis allé travailler gaiement !

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Non Retour (JAK)

 

20 ans !

20 ans déjà qu’il est parti. Mais dans son cœur, son corps, son âme, elle est toujours  là … elle a toujours été là

Il  a hâte de la  retrouver.

Dans le tortillard  qui le ramène enfin chez lui, il a tout son temps pour repasser les moments merveilleux vécus ensemble

Il la revoit coquette, embaumant le chèvrefeuille, ses grands yeux  aux paupières bleues ouverts sur son entour semblant surveiller avec une bienveillante  indulgence tout ce qui s’approchait d’elle.

Il se souvient  de l’impression calmante et reposante qui émanait d’elle.  Il lui semble l’entendre gémir  aux soubresauts de l’escalier en bois lorsqu’il  grimpait en toute hâte les marches pour mieux se couler en elle, là,  dans la pénombre. Il était si bien lové en son sein comme un chat au creux d’un coussin en plumes d’oie.

 

Il revoit les étincelles qui s’allumaient dans ses quinquets, lui  confirmant   qu’il était attendu.

Sur le quai déserté, maintenant le voici parvenu …

Terminus.

Quelques pas las et hésitants  sur les cailloux,  et  il l’aperçoit au détour du chemin bordé de ronces.

 

Elle l’attend.

 

Son amour pour elle lui a fait oublier que déjà, il  y a   20 ans  elle était  bien  chancelante, et le temps  passé loin d’elle a abouti son œuvre, présentement elle est vieille, très vieille, roide, vermoulue

Mais il n’est pas déçu, il sait que c’est le cheminement  inexorable de la vie.

Tout à une fin.

Maintenant, il va pouvoir, ici,  s’abandonner, abandonner son corps usé, lui aussi chancelant, perclus

Céans il va enfin  s’enfoncer dans le repos éternel, ici,  dans sa  chère vieille maison retrouvée.

Il referme  avec un reste de nostalgie toutes les fenêtres brinquebalantes,   aux volets d’un  bleu maintenant délavé, et ouvre sa trousse de non-survie.

 

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Une maison abandonnée par bongopinot

 

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Une maison abandonnée

Par ceux qui se sont tant aimé

Partis sur des chemins effacés

Un jour d’automne effeuillé

 

 Cette bâtisse avant inondée

De rires d’enfants ébouriffés

De musiques de chants amusés

De cris d’oiseaux de la forêt d’à côté

 

 Cette maison toujours ensoleillée

Debout comme par magie depuis une éternité

Cet endroit semble maintenant oublié

Devenu un lieu mystérieux et bien gardé

 

Car derrière cette ruine au toit délabré

Aux murs fissurés et fenêtres cassées

Se dissimule un endroit étrange et enchanté

Des bruits bizarres sont entendus depuis des années

 

Et c'est lorsque la nuit, doucement se met à tomber

Que ce lieu se met tranquillement à s'éclairer

A scintiller et à briller sous un ciel étoilé

On entend également les murs pleurer et appeler

 

 Dans l'espoir de faire revenir ses hôtes écartés

Pour revivre des jours heureux en toute amitié

C'est pourquoi tous les soirs cette maison abandonnée

Hurle au vent sans relâche sa complainte à ses égarés

 

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LA VIEILLE MAISON (Lorraine)


Cette vieille maison dans ce haut paysage
Isolée et meurtrie comme d’un abandon
Cache son désarroi quadrillé de branchages
Et se souvient des gens, des mois et des saisons

La mémoire des murs a gardé le silence
Les portes éventrées gémissent sous le vent
Qui dévale vainqueur et dans sa véhémence
S’engouffre dans l’ajour du toit resté béant

Le coteau la soutient comme on aide une vieille
A se tenir debout le temps que Dieu voudra
Harponnée au versant parfois elle sommeille
Puis s’éveille en sursaut croyant entendre un pas

Serait-ce la Julie qui tant riait parfois
Ou le berger rentré dans son bruit de sonnailles ?
Non c’est la nuit qui vient et dit dans son patois
Qu’un jour on l’abattra et qu’on fera ripaille…

Alors de ses yeux clos la maison qui s’endort
Fait signe que c’est bien en attendant la mort

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Pour vivre heureux... (Walrus)

Il était très satisfait de cette fausse façade délabrée, de ce chemin de terre boueux et de l'écran des arbres, parce que derrière ce décor lamentable, tout n'était que luxe, calme et volupté...

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La drénaline (Vegas sur sarthe)


C'était la dernière bâtisse du village qu'on appelait «le moulin», flanquée d'un panneau Fouzy-sur-la-Tronche copieusement criblé par nos savants tirs de caillasse.
On passait toujours devant à fond la caisse - au moins du dix à l'heure - sur la mob bleue d'Oncle Hubert mais jamais on ne s'y serait arrêté.
Etait-ce parce que le maire du village y avait régné en maître ou parce que la Tronche à cet endroit grondait sauvagement contre les pales pourries d'une vieille roue à aubes immobile et noire comme un loup garou?
Tout dans ce lieu semblait chargé d'un lourd secret.
Le «moulin» gardé d'une étrange cheminée de briques disjointes ne moulasse plus rien depuis belle lurette, en tout cas je n'avais jamais entendu dire qu'on y ait moudré ou moudu - ça sert à quoi de nous faire copier cent fois ces foutus verbes du troisième type - le moindre boisseau de blé ou d'orge.
Pourtant à chaque fois qu'on rebeuillait dans le coin avec les potes, ça viaunait comme une odeur de mystère qui me donnait la nausée et m'attirait en même temps.

Alors quand le Bébert a proposé d'y aller voir cette nuit-là à cause que c'était nuit de pleine lune, j'ai ressenti ce machin que les grands appellent la drénaline et qui m'occasionna aussitôt une drouille carabinée !
Pendant que je soulageais mes arrières aux cagouinces, Bébert préparait le matos en grand secret: échelle de corde, sac à dos et la fameuse lanterne de cheminot Wonder qui s'use même quand on s'en sert pas.
On a jarté sans se retourner - en chaussettes pour pas alerter Rex, le câgne du voisin qui aboyait au moindre bruit - et plus vite que prévu à cause d'une forte rabasse qui nous a gaugés avant même d'avoir passé le pont de la Tronche!

Vindiou! On était pas beaux à voir quand on est passés au travers d'une borgnotte restée entr'ouverte. Heureusement y avait personne pour nous voir.
J'appris plus tard que nononque - Oncle Hubert - y était passé bien avant nous pour aller dévierger celle qu'on appelait aujourd'hui Madame le Maire, mais c'est une autre histoire.
Bref, la borgnotte était si étroite que j'y ai déniapé ma belle chemisette - celle avec l'écusson brodé L'Héritier-Guyot “Buvez du cassis” -  mais on était déjà en mode aventurier genre Lawrence d'Arabie et j'ai même pas pensé à la tisane que j'allais prendre au retour.
Dans le « moulin » c'était tout noir avec un escalier tout noir et des murs tout noirs aussi.
Faut dire que la lanterne Wonder faisait du noir à cause que nononque en avait marre de changer les piles.
Alors en tâtonnant, chacun a compté les marches de l'escalier - en espérant se rappeler qu'y en aurait autant en redescendant - mais j'ai pas trouvé pareil que le Bébert: c'était mauvais signe, tout ça sentait le mystère à plein nez et la poussière aussi.

Soudain j'ai buté sur un gros ventre mou, un peu comme celui du maire ou comme celui du sergent Garcia, le gros beusenot où Zorro s'amusait à dessiner des grands Z en noir et blanc chaque mercredi dans la télé des voisins...
C'est Bébert qui m'a retenu avant que je redescende l'escalier cul par dessus tête.
Par une croisée de l'étage, la pleine lune semblait franchement se foutre de notre gueule.
Faut dire qu'on était blancs comme les Francini de la piste aux étoiles tellement qu'on s'était frottés aux sacs qui traînaient partout.
Cette âcre odeur de mystère viaunait de plus en plus à m'en filer le virot à moins que ce ne soit la drouille qui rappliquait à nouveau...   
“T'es tout pâle” m'a soufflé Bébert qui était aussi blanc que moi.
J'ai cherché un endroit pour m'isoler derrière une vieille machinerie faite de poutrelles, de poulies et de courroies de cuir reliées par d'énormes toiles d'araignées.
C'est quand j'ai baissé mon froc que j'ai entendu un grand bruit de chute puis un cri étouffé!
Je me suis traîné dans leur direction.
Le Bébert et la lanterne Wonder venaient de tomber dans la trémie, un grand entonnoir de bois dont ne sortaient guère plus que ses chaussettes et un râle de mort-vivant.
Alors j'ai tiré sur les pieds de toutes mes forces jusqu'à l'entendre gueuler plus fort.
Il était bien esquinté, les genoux couronnés, la tronche rouge et blanche avec une belle beugne sur le front et débordant de reconnaissance: “Tu m'as sauvé la vie” chouina t il en se collant à moi.
Bizarrement il s'était mis à faire grand jour - surement la fameuse drénaline dont parlaient les grands - mais en haut de l'escalier clairait une grosse lampe tempête.

Derrière la lampe, une p'tiote nous observait d'un oeil curieux, vu que l'autre était caché par ladite lampe.
Quand je dis la p'tiote, tout le monde au village l'appelait la Marcelle et elle avait toutes les raisons d'être là à c't'heure puisqu'elle était la fille du maire et d'ailleurs elle y est encore... pas dans l'escalier mais fille du maire, enfin de l'ancien maire puisqu'il ne l'est plus et qu'ils n'habitent plus ici, bref.
C'est avec elle qu'on allait autrefois nadouiller au lavoir à chaque vacance et le fait d'avoir mouillé nos culottes ensemble me disait qu'on allait pouvoir s'arranger pour qu'elle dise rien à sa mère et à son maire, enfin à ses vieux.
Je lui ai refilé deux carambars avec les blagues à Toto qui vont avec et un roudoudou à la fraise qui fondait dans ma poche et puis on a déguerpi sur nos chaussettes, la gueule enfarinée, Bébert avec sa beugne et moi avec ma chemisette déniapée, laissant derrière nous le «moulin» et son secret.
On avait paumé la lanterne d'Oncle Hubert, ce qui nous garantissait une double tisane mais c'est le prix à payer - dit-on - pour la drénaline.

La p'tiote n'a jamais cafté, du moins pas encore à ce jour...  on n'a jamais su ce qu'elle foutait là en pleine nuit et si on avait un lien de parenté avec elle, Oncle Hubert a emporté le secret dans sa tombe.


Lexique du patois bourguignon:

beugne : bosse
beusenot : idiot
borgnotte : petite fenêtre
chouiner: pleurnicher
déniapé : déchiré
drouille : diarrhée
esquinté : abîmé
gaugé, tripé: mouillé
jarter : renverser, marcher très vite
nadouiller : jouer, éclabousser avec de l'eau
nononque : Oncle
p'tiote : gamine
rabasse : averse
rebeuiller : fouiller
tisane ou frottée : dérouillée
viauner : sentir mauvais
virot: nausée

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Consuelo (par joye)

On dit que la maison est abandonnée, tout en oubliant que l’essentiel est invisible pour les yeux. On ne voit bien qu’avec le cœur.

Car où les yeux voient les dommages, le cœur voit des souvenirs.

Où les yeux voient des lézardes, le cœur voit les espaces par où l’air, la joie, et le soleil peuvent facilement passer pour nous rafraîchir.

Où les yeux voient les mauvaises herbes épineuses, le coeur peut voir une rose qui se défend.

On dit que la maison est abandonnée. C’est pour cela que toi et moi sommes retrouvés ici, avec notre chat, afin de vivre ensemble pour l’éternité, et rire des gens qui passent devant sans nous voir, parce qu'ils ne regardent qu'avec les yeux.

le couple

 

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Participation de Laura

Après avoir tristement  fait le tour du jardin à l’abandon, Cannelle  décida de rentrer dans la maison vide pour se débarrasser à jamais du fantôme de son enfance. L’intérieur de la maison était évidemment plongée dans le noir et elle dût faire glisser sa main le long des murs froids d’humidité pour aller ouvrir les volets. Elle fendit aussi beaucoup de toiles d’araignée.
L’ouverture des volets et de la fenêtre ne fit qu’accentuer l’atmosphère d’humidité de la maison car dehors, il s’était mis à pleuvoir. Et le décor qu’elle put revoir autour d’elle et le paysage qu’elle voyait du salon n’avait plus rien de vivant, même pas une ombre de son enfance.

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Participation de Fairywen

Agonie

 

Cela avait commencé de façon très insidieuse. Peu à peu, ils avaient amené les enfants de moins en moins souvent, et leurs rires avaient cessé de réchauffer les couloirs de la vieille maison. Puis les visites s’étaient raréfiées. Il faisait trop chaud, trop froid, trop humide, trop sec… Tous les prétextes étaient bons. Puis ils n’étaient plus venus que quelques après-midis dans l’année, pour ouvrir les volets et laisser entrer le soleil. Puis une fois par an. Puis plus du tout.

Sans soins, la vieille maison avait commencé à mourir doucement. Elle avait été construite pour abriter la vie, elle avait protégé, réchauffé et abrité des générations d’humains, donnant sans rien demander. À présent qu’elle était trop âgée et coûtait trop cher à l’entretenir, ils la laissaient se décrépir et agoniser lentement.

Seule.

 

Cela avait commencé de façon très insidieuse. Des grattements aux volets qui s’affaissaient, des trottinements sur les planchers poussiéreux. De plus en plus nombreux, de plus en plus enhardis. Puis il y avait eu les premiers cris venant du grenier, sinistres inquiétants. Puis des trilles joyeux le jour.

Les trottinements avaient été suivis de bruits de pattes feutrées qui exploraient, curieuses. D’abord timides et hésitantes, avant de devenir des cavalcades dans les vieux escaliers.

Le lierre s’était invité par une fenêtre cassée, suivi des fougères, des mousses, des fleurs amoureuses de l’ombre des pierres et même d’un arbre, qui grandissait par un trou du toit.

 

Cela avait commencé de façon très insidieuse. Peu à peu la vieille maison avait disparu dans le paysage, enfouie sous les plantes qui la protégeaient comme elle avait protégé ceux qui l’avaient abandonnée sans même un regard. Ses murs abritaient des colonies de souris, des chatons farceurs jouaient dans ce qui avait été des chambres d’enfants et le bruit de leurs pattes remplaçait celui des jambes. Parfois un renard passait musarder, attiré par les chants des oiseaux qui nichaient dans les coins et les recoins, sans toutefois oser aller disputer le grenier aux chouettes. Grenier qu’elles partageaient pourtant avec des fouines, ravies de trouver là un endroit sec pour y élever leur progéniture. Il arrivait même qu’une biche ou un chevreuil pose un sabot délicat dans le hall éclairé par la lune.

La vie bruissait à nouveau dans la vieille maison. Dorénavant plus jamais elle ne serait abandonnée.

Défi 367 du samedi 5 septembre 2015

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