19 octobre 2008
Participation de Pivoine
"L'intimité de la femme est le chagrin de la boutique d'or et de velours
que l'adolescente ne cambriole point"
18 octobre 2008
Cet été-là (Caro_carito)
Ce film, je suis sûr que ce film est la cause de tout. Je n’ai qu’à m’en prendre à moi-même. J’aurais dû dormir. Le dimanche soir, les enfants sont censés aller au lit à 20h. Même à douze ans et même s’ils ne rêvent qu’à être grands. Au lieu de cela, je m’étais glissé derrière le fauteuil où somnolait ma mère. J’ai oublié le nom du film et une bonne moitié de l’intrigue. Mais en partie seulement. Est resté gravée une atmosphère de légèreté, une faculté à regarder les femmes différemment, leur démarche gracieuse, cette coquetterie touchante
Ou alors, Ces tableaux chez mon grand-père, des femmes nus. Des peintres viennois, me disait-il fièrement. Et dans ce tourbillon de cuisses et de sexes crayonnés au fusain et à l’encre, il ne pouvait s’empêcher d’ajouter que sa mère - oui, sa mère - avait été modèle. Et de grands peintres fascinés par sa croupe ivoire et ses cuisses graciles. Elle était de Prague ou de pas très loin. C’est plus tard que je pris le temps de vérifier un à un les fanfaronnades de l’illustre aïeul qui avait fait prospérer l’usine familiale de broderies sur vestes et autres frivolités, avant de tout dilapider en caprices et investissements farfelus. Mais ceci est une autre histoire.
Il avait aussi conservé, le pauvre bougre, une immense bibliothèque de livres aux estampes colorées où j’aimais plonger mes regards. Ainsi Baudelaire, Baudelaire et ses femmes aux parfums étranges. Des livres d’auteurs reconnus, Apollinaire, Sade, dont les gravures étaient suffisamment explicites pour m’expliquer les passages obscurs qu’un bon gros dictionnaire
J’en étais toutefois aux prémisses ; ce qui décida de ma folie, de ma passion, ce fut ce qui arriva cet été-là. Ma mère souffrait d’une énième crise et la maison était sans dessus-dessous. Mon père qui ne supportait plus son épouse, ses maladies à répétitions, ses plaintes et ses refus de se soigner, avait pris la tangente. Deux de mes frères étaient partis chez ma tante. Ne me restaient sur les bras que les jumeaux Marion et Lucas avec leur premier anniversaire juste passé. Je n’avais pas le choix, il me fallait jouer l’homme de la maison. En tout cas c’est ce que m’intima le regard sans concession de ma mère en me mettant un sac de provision rempli de livres à rendre à la bibliothèque dans les mains et en refermant la porte sur ma pauvre personne.
Je passais donc en premier chez Valérie, la bibliothécaire. On murmurait dans le quartier que c’était une vieille fille. Terme obscur car elle n’avait pas trente ans et sa voix douce m’enchantait. On disait encore plus bas qu’elle avait des amants, ce qui m’étonnait. Comment cette créature si mince dont le public était composé de grands-mères, de femmes en mal d’amour et d’enfants aurait pu rencontrer un homme. Je lui tendis la pile de livres empruntés. Valérie, remarquant mes traits soucieux, me pris à part dans son bureau. Ses yeux gris m’observaient et je lui dévidais toute l’histoire en essayant de maîtriser ma voix tremblante. Sa main légère se posa sur mon épaule. Elle me conseilla de passer vers 10h chez Bella la charcutière, elle aurait sans doute du travail pour moi. Quant aux livres, inutiles de dépenser quelques centimes pour régler les retards récurrents, il me suffisait de passer chez elle le soir, vers 18h, elle m’en prêterait avec plaisir. Sa main fine inscrivit en lettres soigneuses son adresse et la glissa dans ma main. Elle caressa ma joue. « Brave petit » murmura-telle tandis que ses yeux gris pétillaient.
Je passai donc chez Bella. Son magasin était désert et c’est avec un grand sourire qu’elle m’accueillit. Bien sûr, elle avait du travail pour moi et, après avoir retourné la petite pancarte de l’entrée, elle m’amena dans les bâtiments qui donnaient sur l’arrière- cour. Je pourrais l’aider pour trimballer les livraisons qui arrivaient le matin à l’heure où son ivrogne de mari cuvait encore. Elle tâta ma musculature, la mine gourmande. Et je reviendrai vers 13h à la pause pour manger un morceau et l’aider avec les factures. J’acquiesçai. Le marché se conclut tandis que son visage au teint si frais rosit de contentement. Elle me donna d’autres noms, Nelly, la pâtissière, Milène, l’artiste, qui cherchait un modèle, Clara, la vendeuse au grand magasin et Charlotte l’infirmière qui s’occupait de Mme Henri au 26.
La journée s’acheva rapidement. Je rejoignis Valérie qui m’avait préparé un ou deux livres pour ma mère et attendait le bref résumé de mes avancées côté travail. D’ailleurs, pour une fois, mon cabas était chargé de provisions. Il me fallait rentrer, les jérémiades de ma mère et les pleurs des enfants m’attendaient. Elle m’embrassa près de l’oreille et me glissant un livre dont la couverture était recouvert de papier kraft. « Pour toi ».
Le cœur débordant de joie, je décidai de m’octroyer une pause. Je m’assis à une terrasse pour siroter une limonade. J’étais heureux, mes bienfaitrices défilaient devant mes yeux. Ah Bella, j’aimais ses cheveux soigneusement rangés sous le petit bonnet blanc. Et ses bras ronds que laissait entrevoir sa blouse. Mais je la préférais au bureau quand elle ne portait que ce chemisier de cotonnade légère qui semblait retenir avec peine sa poitrine. Sa jupe blanche laissait deviner à contre-jour ses jambes charnues. Un autre visage se présentait à moi quand ma voisine de table m’interrompit. Elle se présenta sèchement Anne-Sophie, étudiante. Hier encore, je l’eus remarqué mais là, non. Plate, un air maussade, la voix boudeuse. Elle s’installa à ma table sans avoir été invitée et, après quelque phrases échangées, insista pour je vienne chez elle en fin de semaine. Tout à mon bonheur tout neuf d’être tiré des ennuis, j’acceptai.
Les jours suivants se passèrent sans encombre. J’observai à la dérobée mes employeuses. Je détaillai leurs formes, je les comparais. Elles avaient chacune leurs particularité mais si… il m’aurait été impossible d’en préférer l’une à l’autre.
Je venais d’achever mon sandwich quand je rejoignis Bella pour quelques vérifications administratives. Il faisait chaud ce jour-là. Je remarquai qu’un bouton de la robe était dégrafé laissant entrevoir un carré de peau luisante et un peu de dentelle blanche. Dans un sourire, Bella me demanda de ramener un torchon imbibé d’eau. J’obtempérai. Elle me pria de tamponner la peau de son cou, elle dégagea ses épaules et… Je me retrouvais sur le sofa à rafraîchir ses bras, ses seins, son ventre. Dieu qu’elle était belle est appétissante. Je ne savais où donnait de la tête. Son sourire aux petites dents nacrées semblait vouloir me mordre. Ce qu’elle s’empressa de faire. Sa peau avait la fraîcheur du printemps. Elle me dévorait de baisers, sa bouche gourmande qui me dégustait petit à petit. C’est ainsi que j’appris entre les factures à être moins gauche et timide dans les bras duveteux de ma Bella.
Elles s’étaient toutes donné le mot, mes employeuses, et je me perdis entre leurs draps le temps d’un été. Milène aux odeurs de peinture et de glaise. Ses doigts rêches me brûlaient. Quant à Valérie, elle attendit que je finisse mon livre pour me demander de lui en faire un résumé. Je le fis, rougissant, en buvant le thé qu’elle m’avait servi. Elle ôta ses lunettes, laissa couler ses longs cheveux jusqu’au bas de son dos et se déshabilla. Je fis de même et, ainsi, elle me démontra que je pouvais découvrir un sens scellé des mots en suivant les courbes de son corps. Je connus aussi Charlotte l’infirmière aux élans emportés et Anne-Sophie, l’étudiante, qui épuisa toutes mes techniques.
L’été passa très vite. J’oubliais l’enfer chez moi en découvrant à quel point une femme pouvait me rafraîchir de sa langue ou m’envoyer en enfer. Pourtant, il y eut ce jour précis où je sus que leur souvenir ne me quitterait jamais. L’ombre des persiennes découpait des énigmes sur la croupe de Valérie. Je posais ma joue dans le creux de son dos. Elle se tourna légèrement et je chatouillais la naissance de son ventre, à l’orée de son sexe quand je sentis comme une onde la parcourir. Pas de plaisir, une vague de tendresse toute en retenue. Et je lus sur les traits de son visage, sur ses lèvres légèrement entrouvertes, cet abandon qui l’avait gagné toute entière. Chacune à sa façon me laissa simple spectateur de ce moment où une femme baisse les armes, où aucune tension ne subsiste ni dans leur corps et dans leurs pensées.
Mon père revint, nous déménageâmes en septembre et je ne les revis plus. Pourtant, quand je retrouve cette allure alanguie, cet instant secret auprès d’une autre femme, je les revois toutes. Clara, Bella la gourmande, Milène et même Anne-Sophie l’égoïste. Allongées contre moi, leurs yeux m’observent et se détachent ensuite, m’autorisant à être spectateur de leur secret.
Ephemeres metaphores - Thetis
Ma chère, ma tendre, ma belle Colombine,
Je suis loin de toi et te regrette, mutine,
Obligé à rêver, plutôt que de toucher,
Ton doux corps dans mes bras lové.
Mais lorsque mes yeux sont fermés,
Mille images s’entrouvrent
Et mes sens exacerbés,
Hardis, te redécouvrent.
Je t’aperçois astre fuyant
Aux doux regards scintillants
Qui éblouissent les êtres perdus
Dans l’obscurité attendue…
Je te devine vallée chaleureuse
Bombée de collines aventureuses
Où se perdent les promeneurs infidèles
Et se damnent les frêles pucelles…
Je te soupçonne ruisseau fabuleux
Dont la souplesse infinie
Entraîne les bateaux soumis
Jusque dans des océans houleux…
Mais, troublé, je reconnais soudain
Dans les racines ancrées au creux de mes mains
L’arbre serein qui me tient dressé
Vers un ciel pour deux, étroitement enlacés…
La femme que j'aime ne se trouve pas dans une vitrine - Alice
"Les descriptions de femme ressemblent à des vitrines de bijoutier. On y voit
des cheveux d'or, des yeux émeraude, des dents de perles, des lèvres de corail.
Qu'est-ce, si l'on va plus loin dans l'intimité ! "
Aucun poète, aucun
homme de lettre n’aura jamais assez de mots pour décrire la femme que
j’aime.
L’or, les émeraudes, les perles et le corail, je les laisse dans la
vitrine.
Ce sont des mots pour les riches…
La femme que j’aime ne se
trouve pas dans une vitrine.
La femme que j’aime est bien plus belle que tout
ce que vous pourrez jamais acheter.
Ses cheveux ne sont pas d’or, ils
sont de cordages et de voiles à la fois. Lorsque sa tête glisse lentement vers
mon sexe, ils balaient mon ventre et c’est comme une brûlure… délicieusement
douce…
Ses yeux ne sont pas d’émeraudes, ils sont…
Ils sont.
Ses dents ne sont pas de perles, elles sont de clair de lune dans la brume de
nos salives mélangées.
Ses lèvres ne sont pas de corail, elles sont de vent.
Je les sens frémir à mon cou, à mes lèvres, à la pointe de mes seins. Je les
sais frémissantes à mon ventre, à mon sexe et à mon âme. Elle seule sait les
chemins mystérieux qu’elle dessine de ses lèvres sur mon corps.
Et je vous
jure que c’est la vie qu’elles soufflent sur chaque parcelle de ma peau.
La femme que j’aime ne se trouve pas dans une vitrine.
La femme que j’aime
est bien plus belle que tout ce que vous pourrez jamais acheter.
Elle a
des seins dans la houle desquels je me roule sans remords. Sans une once de
regrets pour mes nuits et mes jours d’avant elle.
Elle a des mains
d’oiseaux marins qui voguent libres au-dessus de l’écume de nos sexes.
Ses
doigts de Marie-salope viennent draguer mes fonds avec vigueur et égrènent
voluptueusement le sable de secondes d’éternité
Elle a des fesses
auriques qui sont les plus beaux brise-larmes qui se peuvent inventer.
Elle a un sexe insulaire que je ne veux jamais finir d’explorer. Je me perds
dans sa forêt vierge à la recherche de l’aiguade, ma soif n’a pas de
fin…
Elle est belle à agitée, agitée à belle…
Belle à
agitée
Agitée à belle…
Elle rêve (Tiphaine)
"Les descriptions de femme ressemblent à des vitrines de bijoutier.
On y voit des cheveux d'or, des yeux émeraude, des dents de perles, des lèvres
de corail. Qu'est-ce, si l'on va plus loin dans l'intimité ! "
Elle est assise derrière la fenêtre.
Ses doigts fragiles frôlent les rideaux.
Elle cherche la lumière.
Quand elle est seule, elle redevient la femme qu’elle a toujours été. Elle
baisse la garde enfin.
Ses petits pieds se balancent du haut de la chaise tandis que sa tête s’incline
doucement…
Elle rêve.
Elle a dix ans et elle tourne dans sa jolie robe de fête.
Elle a vingt ans, elle ouvre le bal de son mariage au bras d’un époux à la
moustache fière.
Elle a trente ans, elle rit dans les bras d’un amant qui lui fait croire que la
vie est ailleurs.
Elle a quarante ans, elle regarde son reflet dans la glace et elle se trouve
belle.
Elle a cinquante ans, elle remonte l’Amazone.
Elle a soixante ans, elle s’invente à nouveau.
Elle a soixante-dix ans, elle picore des morceaux de jouissance au cou d’un
nouvel amant.
Elle rêve…
Elle baisse la garde enfin.
Elle redevient celle qu’elle a toujours été.
Une jeune fille.
L'INTIMITÉ D'UNE FEMME (Joye)
Bijou fantaisie :
Une montre incrustée
De diamants. Tic, toc.
Parure - Janeczka
Des levres de
Soie
Une perle
De jade
Un souterrain de velours.
A la bijouterie (Val)
Les bijoux affriolent, de derrière la vitrine
La devanture gêne à peine pour imaginer
Les merveilleuses pièces qui y sont enfermées
Je ne me retiens plus, j’entre, guidé par l’envie
.
Bien plus merveilleux encore, la porte franchie
Les joyaux, frémissants, ont besoin d’être pris
Je furète, j’explore, d’appétit et d’envie
Et, les mains tremblantes de désir, je fléchis
.
Me sentant défaillir, la vendeur aguerrie
M’ouvre en grand le casier des pièces les plus jolies
Je vais débourser, plus heureux qu’au paradis
Mais , rusée, elle me fait soudain changer d’avis
.
Elle a encore mieux, me dit-elle, et je la suis
Vers le coffre fort, lieu défendu et gardé
J’y pénètre avec précaution, c’est lieu sacré
Elle avait raison, je lui donne tout ce que j’ai
.
Une femme (Pandora)
Brûlante comme une coulée de lave
Et glacée comme la banquise polaire
Forte comme l’espresso serré du matin
Et fragile comme la mousse du capuccino
Câline comme une courtisane à son prince
Et distante comme une reine à sa cour
Délicate comme un précieux tissu
Et brute comme l’écru non blanchi
Douce comme l’aurore boréale
Et violente comme l’orage d’été
Sucrée comme un fruit bien mûr,
Et amère comme la mortelle ciguë
Féroce comme une lionne chasseresse
Et farouche comme une biche forestière
Feu et glace, Lune et soleil, Mère et putain
Pleine de nuances et de contradictions
Fruit défendu aux courbes sensuelles
Ce que je suis tout simplement
Une femme
Cou de foudre (Joe Krapov)
Le petit cou d’albâtre a la blancheur du cygne
Et l’élégance du bijou posé sur guimpe.
J’approche l’inconnue d’une manière indigne
Mais le flacon, l’ivresse et le désir qui grimpe… !
Le costume est d’hier et la chair d’aujourd’hui.
Sur la nuque, mes doigts voudraient bien s’égarer :
D’ici part un empire identique à celui
Qui s’est, par sa muraille, au pire préparé.
Qui dira les trésors des cités interdites,
Les perles de frissons qui parcourent l’échine,
L’emballement des sens et les fièvres maudites
Qui tuent la bravitude au seuil de cette Chine ?
Ici passent des fleuves au débit insondable,
Des torrents d’émotion, de la passion limpide,
Le sang qui bat sur un tempo indéfendable
Et dicte son audace à la lèvre intrépide
![]()
Peut-être son regard est-il bleu d’améthyste ?
En saurez-vous jamais quelque chose, ô, humains ?
Tous les bijoux secrets que possède l’artiste
D’ici quelques instants seront entre mes mains.
Elle a bien plus pour moi de prix que le diamant !
Quel poinçon a marqué cette joaillerie ?
Et pourquoi donc ressens-je aussi soudainement
L’instinct qui me revient d’ancienne Roumanie ?
Oui, je succomberai à ce charme troublant.
Je ne froisserai pas cet habit d’apparat.
Deux perles de rubis sortiront du cou blanc
Et la vie, de ce corps, se carapathera.
Poème apocryphe attribué à Vlad Krapovulescu, vampire moldo-breton du 15e siècle. Le doute subsiste aussi quant à la photographie qui accompagne le manuscrit : elle ne daterait pas de la même époque.
