27 septembre 2008

La pie (Jaqlin)

Quand je passe quelques jours à Paris, si j’ai un peu de temps, j’aime beaucoup passer une après-midi au musée d’Orsay, musée pas trop grand mais avec des œuvres qui me parlent.

C’est justement ce que j’ai fait la semaine dernière et il m’est arrivé une aventure bien singulière ; lorsque j’ai pris mon billet, au guichet, on m’a annoncé que j’avais beaucoup de chance ; j’étais la …ème visiteuse et, à cette occasion j’avais gagné l’œuvre qui avait ma préférence. Revenue de ma surprise, je n’ai pas hésité longtemps ; il y bien sûr plus d’un tableau qui me plaît à Orsay, mais sans conteste, celui que j’aurais envie de rapporter chez moi, c’est "La Pie " de Claude Monet.

Petit tableau à l’air insignifiant, me direz-vous. Il date de 1868 et aurait vu le jour (en demi-teinte) à Etretat. Il n’a même pas été sélectionné pour le salon de 1869, ce qui n’a pas contribué à améliorer les finances (déjà désastreuses) du peintre.

Peut-être… mais j’aime les teintes tout en douceur, le calme feutré qu’il communique, les jeux de lumière et je connais un peu l’histoire de ce tableau qui est lié à une période un peu difficile de la vie de Monet et je reste toujours très impressionnée par ce courant de peinture (oui, je sais, l’allusion est facile !)

lapie

"La pie"
 1869
89 x 130 cm - Huile sur toile
Musée d'Orsay, Paris

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C’est bien ma veine (Val)

Pff, la poisse, ce défi ! Une œuvre d’art ! Mais moi, je n’y connais rien en art. Quelle ignare ! Comment je vais faire ? J’me le demande !

Un musée… pff ! J’vais leur dire quoi, moi ? J’pourrais aller vite fait au musée de la mer, ou encore à celui des commerces d’autrefois. Non, j’laisse tomber !

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Si encore Goldman avait accepté d’avoir une statue au musée Grévin, ça aurait fait mon affaire !

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J’vais tout de même pas dire que je veux la Joconde dans mon salon. Comme Steevy ! Ridicule ! La Joconde, chez moi, sur mes murs en plâtre même pas peints ni tapissés. Non mais franchement !

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Si seulement j’avais pu choisir la statue de Goldman, j’l’aurais mise dans la chambre à coucher.

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 J’ai pas le souvenir d’avoir été frappée par une œuvre d’art. Vraiment frappée. Je me souviens que dans la salle d’espagnol, au lycée, il y avait ces affiches avec des reproductions de tableaux de Botero. Je les regardais tout le temps. Elles attiraient mon regard. Mais, je pense que c’est pour d’autres raisons. De là à en vouloir une pour moi…

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Non, Goldman ça aurait été bien. Je l’aurais embrassé sur les lèvres chaque matin. Et peut-être même le soir, et la journée aussi.

A part lui j’vois pas ! Mince ! Mais, je sais, c’est pas une oeuvre d’art.

M’en fous !

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On dirait que je faisais la queue au musée Grévin, et que j’aurais gagné à la tombola. On dirait qu’il avait changé d’avis et accepté cette foutue statue de cire ! Et on dirait que je repartais avec !

Et Manu aurait râlé ! Sûr !

Une statut de Goldman dans sa chambre ! Grandeur nature. Pas la peine d’y songer ! Il va péter un câble !

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Mais bof, il dit souvent non au début, et puis j’arrive toujours à mes fins. Il ne sait rien me refuser.

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Le gros lot de la tombola - Joe Krapov


M. le Conservateur du Musée des Beaux Arts de Rennes

20, quai Emile Zola

35000 RENNES

 Rennes le 23 septembre 2008

 Cher Monsieur

 La dernière de vos géniales idées va sans doute me coûter très cher. Quelquefois ce qu’on nomme la chance n’en est pas vraiment une. Je n’aurais sans doute pas dû, je pense, à l’issue de ma récente visite dans votre établissement, garder par-devers moi le ticket d’entrée numéroté ni le remettre à ma secrétaire, mademoiselle Martine Vingt-Trois, afin qu’elle l’archivât avec mes autres notes de frais à destination de M. mon contrôleur des impôts. Je suis aux frais réels et donc très conservateur moi aussi.

 Je n’aurais surtout pas dû dire oui à Miss 23 quand elle m’a demandé de répondre positivement à votre courrier. Le n° de mon billet d’entrée avait été tiré au sort lors de la grande tombola annuelle de votre établissement et il m’était donc proposé le prêt pour trois mois d’une œuvre de votre musée à choisir dans vos collections.

 J’ai tout de suite pensé à ce merveilleux petit Picasso, la baigneuse de 1928 qui joue au ballon sur la plage de Dinard avec le même enthousiasme que Martine Vingt-Trois qui chantonne toujours, même quand elle va aux toilettes. Ma secrétaire était si emballée par votre courrier qu’on eût dit qu’elle-même avait gagné, au tirage du Catalogue des « Trois cuisses », en guise de cadeau-attirail, le vibromasseur de Madonna. Je l’ai un peu calmée puis l’ai diligentée vers vous afin qu’elle nous ramenât la volleyeuse de ce brave Picasso. Les tableaux de Pablo, c’est mon blot !

 Las ! Martine n’a jamais été ni très duraille en affaires, ni fute-fute en quoi que ce fut. Elle est un peu du même tonneau que l’architecte de la station de métro Sainte-Anne à Rennes qui a construit tout de guingois là-dessous sous prétexte qu’il est né à Traviole, en Italie ! Elle a donc accepté qu’en lieu et place du Picasso promis à une exposition New-Yorkaise vous lui prêtassiez le « Portrait d’Isaure Chassériau » peint en 1838 par Eugène Amaury-Duval, élève d’Ingres moins doué que son maître pour le violon à sanglots longs et les berceuses langoureuses à low tone de l’automne. Personnellement, étant plutôt versé dans la modernité, je déteste cette peinture figurative atone, monotone et autochtone. Ce tableau m’a paru relever du pire néo-classicisme tendance mou du bulbe ! Une horreur !

 J’ai donc fait la leçon à ma secrétaire et l’ai obligée, par punition, à garder le portrait de ladite donzelle dans son propre bureau. Elle en a été ravie, cette idiote ! A croire que cette fille n’a jamais rien gagné dans la vie qu’à être connue des dragueurs de shampouineuses rase-moquette de la foire du Trône ou des rois du tir au bouchon de la foire aux boudins de Mortagne-au-Perche ! J’étais bien loti, désormais : au lieu d’avoir une cruche à proximité, j’avais deux gourdes sous les yeux à chaque fois que je sortais de mon bureau ovale.

 La vie a continué son cours dans nos bureaux : les affaires sont les affaires et il faut toujours travailler plus si on veut gagner plus. Et puis voilà qu’à la fin de la semaine, un samedi, Martine Vingt-Trois est entrée affolée chez moi sans même frapper à la porte.

- Monsieur ! Monsieur ! Elle n’est plus là !

- Qui ça, mademoiselle Vingt-Trois ?

- Ben dame ! La fille Isaure ! La môme Chassériau, celle qui est en rose et qui a des couettes à la place de Picasso dans le Musée !

- Vous voulez dire qu’on vous a volé ce tableau que nous avions en dépôt ?

- Non, lui est toujours là. C’est la fille qui est peinte dessus qui est partie !

 J’allai constater de visu l’étrange phénomène qui s’était produit dans mon antichambre. Sur le tableau ne subsistaient plus, en effet, qu’un décor gris, des moulures, un rideau bleu, l’ovale du cadre. Le personnage féminin malingre et maladif semblait s’être fait la malle. C’était toujours ça de pris !

 J’aurais pu vous contacter dès ce moment, Monsieur le Conservateur, pour vous signaler le fait mais j’étais alors plongé en plein « mercato ». Les transferts de joueurs de football d’un club à l’autre, cela vaut une fortune maintenant et je m’étais piqué au jeu d’y mettre mon grain de sel. C’est moi qui paye, après tout, non ? On passe par plusieurs stades dans la vie et moi j’étais rendu à celui de propriétaire de stade. Je mets le paquet – et un tas de paquets même -là-dessus parce que j’aimerais bien que mon équipe soit championne de quelque chose d’autre que du milieu de tableau un jour.

 J’ai rassuré Martine 23 en lui affirmant que je ne la tenais pas pour responsable de ce tour de magie. Elle avait déjà pris un sermon quand elle m’avait ramené cette stupidité, je n’allais pas la moucher ou la doucher encore. Le petit personnel, si on le frotte trop souvent dans le sens inverse du poil, si on le savonne trop, il se rebiffe et se met à buller. J’ai passé l’éponge sur l’incident. Il fallait d’abord que je consolide ma défense sur la pelouse avant de repartir à l’attaque auprès de vous.

 Et puis le samedi suivant, nouveau coup de théâtre, Isaure Chassériau était de retour dans son tableau ! Seulement cette fois-ci elle était coiffée d’un chapeau de reporter américain. Du bandeau de tissu de ce couvre-chef dépassait un bout de carton sur lequel on pouvait lire « press ». Elle était encore plus ridicule ainsi qu’auparavant et la contemplation de cet objet saugrenu me fit découvrir pour le coup un sentiment que j’ignorais jusque là : la honte.

 Cela fait plus de deux mois maintenant que ce trafic insensé à lieu dans notre siège social. Isaure Chassériau disparaît le lundi et revient le samedi matin avec son chapeau à la con et un petit sourire en coin qui ne me plaît pas du tout. On dirait qu’elle se fout de ma gueule. Je n’aime pas qu’on se moque des milliardaires. Et encore moins quand le milliardaire c’est moi.

 Je ne vais évidemment pas pouvoir, Monsieur le Conservateur, vous rendre en l’état ce phénomène de foire. Encore que cela amuserait peut-être les enfants qui viennent visiter vos croûtes figuratives archaïques. Je vais donc vous acheter ce radis rose et vous offrir en prime, en dédommagement, un tableau que vous choisirez parmi mes toiles abstraites. Mes lignes de fuite ne sortent pas du cadre, mes traits de couleur ne coulent pas sur la moquette, mes taches d’acrylique sont garanties non amovibles. Mes biens ne se font pas la malle, mon Bacon ne part pas en omelette et mes Jocondes modernes ne se laissent pas pousser la moustache.

 Si ce marché ne vous agrée pas, je vous propose de racheter la totalité de votre boutique, le Picasso y compris et les murs du bâtiment itou. Je ferai démonter tout pierre par pierre, repeindre l’extérieur en jaune moutarde et installer l’ensemble sur le bord du Grand Canal à Venise. Tout plutôt que le scandale jaillissant sur mon nom à cause d’un ticket de tombola et d’une mijaurée qui se prend pour Albert Londres et me jette un regard de défi tous les samedis !

 Je vous remercie de garder cette proposition secrète le temps que nous effectuions les transactions nécessaires.

 Veuillez agréer, Cher Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées mais un poil énervées quand même. Je t’en foutrai, moi, de l’élève d’Ingres !

 Francis Carcopino, homme d’affaires et collectionneur d’art

P.S. Si vous voulez voir ce qu’est devenu votre tableau je vous joins une photo ci-dessous :

_D_fi

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Persistance de la mémoire (Martine27)


Non mais quelle idée j'ai eu d'entrer au Muséum d'Art Moderne de New York. Complètement dingues ces fichus Yankees d'offrir une œuvre par tirage au sort et moi qui n'ai jamais de chance au jeu, voilà que j'ai gagné, enfin, je me suis aperçue après coup qu'en fait de chance, ça a été un sacré coup de poisse oui !

J'avais donc gagné le droit de choisir une œuvre parmi toutes celles du Musée et j'ai jeté mon dévolu sur "Persistance de la mémoire" enfin moi personnellement je préfère le titre "les Montres molles" de l'ami Dali.

Bon, pourquoi ce tableau là en particulier, allez savoir, il m'a toujours amusée même si, il faut bien le reconnaître le paysage n'engendre pas une franche rigolade, mais ces montres qui dégoulinent me "parlent". Ah ça pour me parler, elles me parlent les bougresses.

Me voilà donc revenue en France avec ce tableau.

Et là les ennuis ont commencé, d'abord à la douane, malgré les papiers fournis par le Musée j'ai failli me retrouver en taule pour vol. Ensuite, elle jure abominablement avec mon papier peint et comme les assurances me piquent quasiment l'intégralité de mon salaire pour assurer ce fichu petit bout de toile je n'ai pas les moyens d'en poser du neuf.

Ah ne pas oublier que je vis maintenant dans un bunker, avec des barreaux aux fenêtres et des alarmes dans tous les coins, je ne vous dis pas il y a même un code pour aller aux toilettes, alors quand j'ai une petite envie la nuit et que je me souviens plus de ces !§=£$*µ d'alarmes je réveille tout le quartier, je déplace la société de gardiennage et je n'arrive pas à me rendormir avec l'afflux d'adrénaline qui m'a envahie, en prime il faut que je décroche ma minette perchée en haut de la moquette murale et qui feule de fureur.

Mais ce n'est pas encore le pire. Non !

Faut dire qu'avec un personnage comme Dali, j'aurais du me méfier.

Figurez vous que pendant la nuit ses montres se mettent à fonctionner. Seulement au lieu de faire un honnête tic-tac comme toutes montres qui se respectent, non elles font des bruits bizarres des plic-plac, flic-floc, blic-bloc, clip-clap, bling-bling et jamais en rythme bien sûr, parfois c'est toutes les secondes comme ce doit être réglementairement le cas, et parfois, vlan une fois toutes les minutes ou une seconde sur deux. Donc pas moyen de dormir correctement même avec des boules quies et trois oreillers par-dessus, ce son s'infiltre et m'emballe le cœur.

Bon remarquez j'aurais choisi une autre œuvre allez savoir ce qui se serait passé : le discobole m'aurait envoyé son disque dans toutes mes vitrines et mes carreaux, la Joconde n'aurait pas arrêté de marmonner dans sa barbe, le radeau de la Méduse m'aurait inondée et j'en passe et des meilleures.

Bref, je suis sur les genoux et j'envisage de détruire cet instrument de torture. Et quitte à avoir des montres molles à la maison je crois que je préfèrerais opter pour celles de Claude Ponti et de Monsieur Monsieur.

Pardon ? Je pourrais le revendre ! Mais dites donc c'est une super idée ça ! Je n'y avais pas pensé. Ca ne vous intéresserait pas par hasard ?

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Amusee - Janeczka

Moi qui ne joue jamais a rien, j'ai tout de meme reussi a gagner un passe pour emporter l'oeuvre que je veux dans le musee que je veux. Chouette!!

J'ai pris le miroir au Musee des Horreurs.

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Supports/Surfaces (Papistache)

— Épouse-Endimanchée, ce charmant musée des Beaux-Arts  nous attend !
— C’est que... j’ai aperçu Marie-Annick... à l’accueil... commence la visite, je te rejoindrai.

“... point d'échappatoire, car la surface, par les ruptures de formes et de couleurs qui y sont opérées, interdit les projections mentales ou les divagations oniriques du spectateur. La peinture est un fait en soi et c'est sur son terrain que l'on doit poser les problèmes.
Il ne s'agit ni d'un retour aux sources, ni de la recherche d'une pureté originelle, mais de la simple mise à nu des éléments picturaux qui constituent le fait pictural. D'où la neutralité des œuvres présentées, leur absence de lyrisme et de profondeur expressive.”


La guide, corsage jaboté de dentelles, longue jupe noire qui laisse deviner deux ballerines à la semelle étrangement fine,  entreprend de faire l’éducation d’un groupe de trente adolescents, à la frontière entre le collège et le lycée.

“Le groupe « Supports/Surfaces » fut un mouvement éphémère : La première exposition du groupe se tint en 1969 au Musée d'art moderne de la Ville de Paris. Elle regroupait des artistes privilégiant la pratique de la peinture qui interrogeait ses composants élémentaires.”

Whaoo ! Qui interrogeait ses composants élémentaires ? Si je m’étais douté qu’on pouvait interroger les composants élémentaires de la peinture. Les gamins boivent cela comme du petit lait. Une classe-Art, sans doute. Mais que fait donc Épouse-J’ai-Aperçu-Marie-Annick ? Elle saurait m’aider à suivre le discours de la guide dont les lunettes aux verres fumés reposent sur son opulente poitrine.

“...par un style particulier mais plutôt par une démarche qui accorde une importance égale aux matériaux, aux gestes créatifs et à l'œuvre finale. Le sujet passe au second plan. Au-delà de cette phase de brassage d'idées, chaque artiste évolua dans des ...”

— Enfin !  Je m’inquiétais.
— Je parlais avec Régis du contrôle des billets. On organise une tombola tout à l’heure.
— Régis ?
— C’est le mari de Solange, la...

Un “chutt” autoritaire cloue les deux vieux visiteurs. La guide ne souffre guère les papotages.

“désormais engagé dans une sorte de traversée des formes et de l’histoire de la peinture moderne qui lui fait élire comme figures magistrales...”

Une exposition  des peintres fondateurs du mouvement “Supports/Surfaces”, c’est un évènement  dans ce petit chef lieu d’arrondissement. Le couple, bras-dessous bras-dessous, s’approche d’un tableau qui interroge les composants élémentaires de la peinture.  François Rouan !

La classe opère une migration vers la toile gigantesque. La voix haut perchée de la guide s’enflamme :

“Le travail de François Rouan aboutit à un ordre du second degré qui laisse visible les conditions de son apparition tout en s’employant à disloquer un ordre légué par la tradition moderniste et l’histoire de la peinture. C’est sont ces déplacements et ces moments d’énergie que donnent à voir ses œuvres.”

— On dirait qu’il a découpé sa toile et qu’il l’a tressée ensuite.

“Comme monsieur ne peut s’empêcher de le constater,à voix haute, pendant ma conférence, François Rouan, par des effets résultants du tressage, travaille entre apparition et disparition. Il refuse les a priori d’une surface et démontre par le travail même – le tressage - qu’elle est une construction et que le plan est toujours pourvu d’une épaisseur, il nie le rationalisme d’une vision unifiée du monde et opère un déplacement lié à une tradition picturale dont il assume en même temps l’histoire.”

— Dis, Épouse-Enfin-A-Mon-Bras, tu connaissais  François Rouan ?
— Oui, avec Vincent Bioulès, Louis Cane, Marc Devade, Daniel Dezeuze, Noël Dolla, Jean-Pierre Pincemin, Patrick Saytour, André Valensi et Claude Viallat, ce sont les membres fondateurs du groupe.
— Tu m’interloques.
— Hi, hi ! C’est Régis qui m’a donné la plaquette de l’exposition !
— Et... tu aimes ?
— J’aime bien Rouan. C’est...
— Chut, la dame nous regarde de travers !

"Ce sont ces déplacements et ces moments d’énergie que donnent à voir ses ...”

...................................................................................................................................................................................

Abrégeons.

La tombola désigne, vous l’aviez deviné, le brave élément masculin de ce couple  en goguette. Le conservateur du Musée insiste :
— Je vous assure, Monsieur, l’œuvre de votre choix. Allez-y, n’importe laquelle.
— Même de François Rouan ?
— Celle de votre choix... dégouline le conservateur.

Intimidé, le vieux monsieur se rend dans la salle d’exposition des artistes  “Supports/Surfaces” et décroche une toile, sans cadre, déstructurée, aux savants tressages de coton qui  induisent des applications ultérieures de couleurs. Dans le réseau serré des touches, des figures sont prises, qui à la fois se dispersent dans l’hallucinante fragmentation de la surface et qui en même temps paraissent la tenir tout entière en germination. Son épouse l’a laissé libre de choisir, Solange, Marie-Annick et Régis l’entretiennent des potins des vestiaires du musée. Photographies, poignées de mains, champagne tiède et petits fours Casino, gentiment le couple est poussé vers la sortie. Leur œuvre sous le bras du plus grand, les deux amoureux de soixante ans se dirigent vers le parking où leur antique Ami6 les attend.

— Ça fera si bien au salon, dit la vieille dame, en faisant briller ses prunelles.
— Oui, j’ai pris celle-ci parce qu’elle n’était pas trop encombrante. Je n’ai pas voulu qu’on soit obligés de rehausser le plafond.
— Tu as bien choisi, mon amour, comme toujours, cligna de l’œil la petite femme aux cheveux blancs.

Épilogue

La scène se déroule au musée.



— W'égis, je suis t’ès cont’a’iée.  Je ne t’ouve plus le pantalon de mon ma’i, celui que j’ai appo’té de la maison pour b’iquer les statues du musée. Un bon pantalon de coton ‘ep’sié  et usé mais qui faisait me’veille pour fai’e b’iller le ma’b’e des statues. Je l’avais acc’oché à un clou dans la g’ande salle. Il était vieux et couve’t de taches de peintu’e, c’est quand Toussaint a ‘epeint le couloi’ l’an de’nier, ce cochon, il m’en a mis pa’tout. J’ai jamais pu ‘avoi’ son pantalon que j’avais tout ‘p’sié au fil de coton DMC. Je vais le di'e à Monsieu’ le conse’vateu’, où donc il est le vieux pantalon à mon Toussaint ? C’est v’ai, avec quoi je vais fai’e b’iller les statues moi, déso’mais ?

Second épilogue

La scène se déroule dans le salon du couple gagnant de la tombola


— Chéri ?
—  Oui !
— Je ne sais pas pourquoi, mais... le tableau de François Rouan... me fait étrangement me souvenir de Papa. Il me bouleverse à chaque fois que je le regarde. C’est comme si Papa était là, dans la pièce, avec nous ! Tu as vraiment eu l’œil. Je t’aime.

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Défi de Lou

« Dis grand-père, c’est quoi la pièce en fer qu’il y a dans la vitrine de ta chambre ? »

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- Oh, ce n’est pas n’importe quelle pièce ; c’est une très vieille pièce ; elle vient de Chine. Elle a une très grande valeur ; à mes yeux elle est encore plus que ça…

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« Oh racontes moi papy, dis moi…c’est quoi cette pièce ? »

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- Tu sais c’était il y a maintenant bien longtemps et je m’en souviens comme si c’était hier : Je n’ai jamais beaucoup fréquenté les musées ou autres lieux culturels mais par contre j’ai toujours aimé la culture asiatique. Il se trouvait qu’en 2008, il y avait une exposition à Paris, à la Pinacothèque, sur l’armée de soldats du premier empereur de Chine.

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Je n’ai jamais beaucoup aimé prendre les transports en commun mais pour y aller, il me fallait les utiliser ; pourtant je ne sais pas pourquoi, cette exposition m’attirait. Ni une ni deux, me voilà dans ces métros puants pour me rendre du côté de La Madeleine pour trouver cette fameuse Pinacothèque.

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L’exposition se situait dans un lieu plutôt petit, je voyais ça bien plus grand ; mais dès l’entrée dans la salle, je fus de suite subjugué par des soldats faits en terre cuite qui semblaient tout droit sortis de l’histoire… je ne faisais qu’à peine attention aux autre visiteurs qui s’empressaient autour de ces statues. De plus, lorsque je payais mon entrée, on m’annonça que puisque j’étais le 10 000ème visiteur, j’aurai droit à une surprise…Moi qui n’ai pas une chance exceptionnelle, je me retrouvais au milieu de cette histoire asiatique l’esprit en ébullition, me demandant quelle serait cette surprise, et les yeux comme ceux que tu fais lorsque tu t’arrêtes devant quelque chose qui te plait…

Toute l’exposition présentait non seulement les fameux soldats de terre, mais aussi tout ce qui entourait cette grande civilisation qui donna naissance à la Chine. On pouvait y admirer l’art de cette époque, art particulièrement mis en évidence dans tout ce qui avait trait au culte des ancêtres par exemple.

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Aussi, d’espace en espace, de vitrines en vitrines, j’absorbais avidement tout ce que je pouvais apprendre sur ces civilisations qui me fascinaient.

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« Oui papy ; mais la pièce, c’est quoi la pièce ? »

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- J’y viens mon petit … Cette pièce est une pièce de monnaie ; oui, tu as bien entendu. Et c’est cette pièce que j’ai choisie comme cadeau, car en fait la surprise qui m’était réservée était de pouvoir choisir parmi les éléments exposés à la Pinacothèque…

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« Mais elle est moche ta pièce papy ; elle est toute vieille et toute moche.. »

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- C’est vrai qu’elle est très vieille, et très laide ; elle ne ressemble pas à ces pièces d’aujourd’hui ; mais je vais te dire pourquoi j’ai choisi cette pièce plutôt que tout autre objet : Lorsque je regardais les nombreuses vitrines, j’ai pu contempler certaines pièces de musée très ouvragées, d’autres plutôt grossièrement travaillées ; mais qu’importait, j’avais devant mes yeux des siècles d’histoire et rien que cela faisait prendre à toute cette collection un aspect presque irréel mais de toute beauté.

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Pourtant, alors que je restais en admiration devant un vieux moule qui servit à fabriquer cette fameuse pièce, de l’autre côté de la vitrine, l’espace d’un court instant, il me sembla apercevoir deux yeux qui croisèrent mon regard. Plus que de les voir, je ressentis leur présence…tout d’abord mal à l’aise (je pensais avoir rêvé, emporté comme je l’étais par ce tourbillon d’histoire), je restais un peu plus à admirer cette pièce que tu as vu dans ma vitrine. Et cette fois, je me rendis compte que je n’avais pas rêvé : ces yeux regardaient la même chose que moi mais croisaient mon regard aussi subrepticement que je pouvais le faire de mon côté.

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Dans la pénombre de l’exposition et malgré les quelques reflets dans la vitrine, je pouvais voir à quel point ce regard était clair et beau ; je n’ai jamais vu des yeux d’une telle intensité, ce genre de regard qui semble sonder jusqu’à l’âme tout en offrant une compréhension presque palpable…

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«  Ça veut dire quoi tout ça papy ; c’était quoi ces yeux ? »

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- Et bien, mon petit, ce regard est celui de la personne qui éclipsa jusqu’aux bijoux d’émeraudes exposés ce jour là ; ces yeux sont ceux de la personne qui fut pour moi comme une renaissance ; ces yeux mon petit, sont ceux de ta grand-mère ; et ces regards échangés à la Pinacothèque furent les premiers que nous échangeâmes.

Depuis ce jour où nos vies se sont croisées au travers de cette vitrine où trônait cette petite pièce, nous ne nous sommes plus quittés. Voilà pourquoi j’ai choisi cette pièce, mon enfant ; parce qu’elle a traversé les siècles pour me faire rencontrer ta grand-mère.

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« Elle est belle papy ta pièce……… »

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Plus tard, j’aimerai pouvoir être ce grand-père….

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L’amour de l’art (Poupoune)


- Vous êtes sûre ?

- Oui.

- Mais... euh... comment dire...

- Je le veux.

- Vous savez, vous avez réellement gagné. Ce n'est pas une plaisanterie ! Vous pouvez vraiment choisir n'importe laquelle de toutes les œuvres exposées ici. Sans rire !

- C'est ça que je veux.

- Vous savez... enfin... sans vouloir vous inciter à tous les excès, sachez quand-même que vous pourriez repartir avec la Vénus de Milo ou le Radeau de la méduse…

- Vous croyez vraiment que des trucs pareils tiendraient dans mon salon ?

- Oh ! Je disais ça comme ça, c’était juste des exemples… Mais vous pourriez choisir quelque chose de plus raisonnable… je ne sais pas… un petit Vermeer par exemple ?

- Je croyais que je pouvais prendre ce que je voulais ?!

- Oui… oui. Bien sur. Mais là… c’est-à-dire qu’il faudrait que je voie avec la sécurité… Vous ne voulez pas une statuette égyptienne ?

- Bon, écoutez : j’ai payé 1 247 fois mon entrée, dans l’espoir d’avoir le ticket gagnant et de pouvoir éviter que le premier abruti venu ne décide de priver l’humanité d’une œuvre majeure en l’accrochant entre les photos du rejeton et le chien en canevas dans son salon, alors arrêtez de m’emmerder et donnez-moi ce satané extincteur avant que je ne change d’avis et que je ne vous dépouille de la Joconde !

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Samedi au musée (Adi)

« Samedi soir devant la télé… ça craint… bouge toi, on se retrouve à Châtelet dans une demie heure ! » Et elle a raccroché.

Me voilà partie pour passer la soirée avec Isa. Je ne sais pas où ; je ne sais pas pour quoi faire mais j’y vais, de toute façon ça peut pas être pire que de regarder une merde à la télé.

Châtelet. 19h50.

« On va dans le musée des qualités et des défauts, il s’appelle Les faits Plassé Beau ». Ben voyons, c’est quoi ça encore ?

Isa s’explique : « c’est un nouveau genre de musée, c’est dans une cave derrière le BHV, tu verras c’est sympa, y a des photos, des films, des peintures… les œuvres d’art sont les qualités et défauts eux mêmes, mais surtout leur représentation… et en plus tu peux gagner quelque chose il parait! ».

Pas convaincue, mais alors pas convaincue du tout !

Nous voilà parties, bras dessus bras dessous pour cette cave.

Je connais un peu ces caves aménagées dans ce quartier là : je n’en ai que de bons souvenirs. Par contre le concept musée dans une cave… ça m’intriguait un peu. Et puis cette idée de musée de qualités… bizarre…

Une fois l’entrée payée, j’ai suivi Isa dans la première salle. Nous étions bien dans une cave, quarante marches descendues, plafond vouté, pas de fenêtres.

Tous les visiteurs de la soirée étaient réunis, un homme – celui qui nous avait vendu nos billets – a commencé à nous expliquer que nos billets portaient un numéro et qu’un tirage au sort aurait lieu après la visite des salles. Il nous a ensuite invité à commencer la visite.

Ce que nous avons fait.

Magnifique. C’est le mot qui résume ce musée : chaque qualité, chaque défaut était illustré par une image figée – une photo ou une peinture – ou par un film… Ainsi la générosité était représentée par la peinture d’un enfant tendant son jouet à un autre, la solidarité était imagée grâce à une photo d’une femme en train de donner son sang. Côté défaut l’indifférence était personnifiée par la vidéo une jeune femme très bien habillée – bon chic bon genre – passant devant un mendiant et détournant son regard de lui lorsqu’elle le croisait.

D’un point de vue artistique j’ai trouvé la visite intéressante. Certaines photos ou vidéos nous ont bien fait rire, Isa et moi.

Nous avions fini notre visite.

« Et le tirage au sort alors ? »

« Patience » rétorqua Isa…

« Tu sais bien que j’en ai pas… »

Nous étions à nouveau tous réunit dans la première salle. L’homme du début était revenu : il allait annoncer le numéro gagnant.

« Le 2812 ».

Isa me regarde l’air de dire « C’est toi ? ». Et moi, je lui réponds d’un grand sourire signifiant « Oui c’est moi ».

J’avais gagné. Quoi je n’en savais rien. Mais j’avais gagné !

L’homme du musée est ensuite venu me voir pour vérifier que j’avais bien le billet gagnant. J’attendais qu’il me dise ce que j’avais gagné. Mais rien. Il m’a dit simplement dit « Attendez là que tout le monde soit parti ».

J’expliquai ça à Isa, qui proposait de m’attendre à la sortie.

Voilà qu’enfin l’homme me révélait mon gain : « Vous n’allez pas y croire, mais tentez l’expérience. Je vous propose d’échanger une de vos qualités ou l’un de vos défauts contre soit une qualité soit un défaut ».

Je souriais, non de contentement, mais plutôt en pensant qu’on se foutait ouvertement de moi.

« Et comment je procède ? Je fais une prière ? », ironisai je.

« Je vois bien que vous n’y croyez pas, mais allez y, essayez ! Pour ceci il vous suffit de décrocher l’illustration correspond à la qualité ou au défaut que vous souhaitez voir disparaître, vous placerez ensuite votre photo – si vous n’en avez pas mettez votre pièce d’identité – à côté de la qualité ou du défaut que vous souhaitez avoir. Ensuite revenez me voir ».

Je ne savais pas quoi faire : me ridiculiser en faisant ce qu’il m’avait dit ou ne rien faire ?

Finalement, je n’avais rien à perdre. Je suis allée décrocher « Râlerie intempestive », et j’ai mis ma carte d’identité à côté de « Patience ».

Je revenais voir l’homme. Il souriait « Vous avez fait un bon choix, vous pouvez aller reprendre votre carte, la sortie est par là, à bientôt mademoiselle ».

J’osai raconter tout cela à Isa. Je pensais qu’elle aurait ri, et m’aurait dit que j’avais été bien bête de croire à tout ça et au lieu de ça elle a dit « Pourquoi tu as fait ces choix là ? ».

« Tu sais… Je sais que je râle beaucoup, tout le temps et pour rien, alors si je peux me défaire de ça, j’en serai contente. J’ai bien essayé de prendre sur moi, de me forcer à ne pas râler mais c’est plus fort que moi. Et puis la patience, c’est quelque chose que j’envie chez certaines personnes. Pouvoir vivre sereinement l’attente. Ca serait bien. Enfin… c’est des bêtises tout ça. N’y pensons plus ».

Je ne voulais pas y croire, mais qui sait, qu’avais-je à perdre à y croire ? Et le musée s’appelait bien Les faits Plassé Beau ; si pour une fois il pouvait faire effet ce placebo, ça m’arrangerait…

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The Art Burglar au Des Moines Art Center - Joye

images

Sur la pointe des pieds

J’entre dans la collection permanente

Je faufile devant le Matisse

Dame à la robe blanche ?

Mouais

Bof

 

 

J’admire le lézard au mur

J’hésite devant les soldats

Tous ces corps

Tu peux t’approcher d’eux

Sans risque

Tu peux voir qu’ils sont faits

Des pansements

 

Le Untitled par Eva Hesse ?

Ouais bof

J’ai des lacets chez moi

Que je peux laisser défaits…

 

automat


Automat par Hopper ?

Oui, c’est une douce tentation

Et encore, une O’Keefe

Mais c’est même pas une fleur

Alors, encore,

Mouais, ouais, bof

 

 

Je retiens mon souffle…

Bill Viola, Ascension ?

 

viola

 

Ouiiiiiii, ce film que je passe en boucle

Le gars qui plonge dans l’eau

Il coule

Son corps devient

Une tête de mort

Et il ne revient pas

Même quand j’attends

Et j’attends et j’attends

 

pope

Alors, non, je file, je cours, je glisse, je m’insinue

Vers le Francis Bacon

Lard pour lard, comme on dit

Study After Velázquez’s Portrait of Pope Innocent X

1953

Un bon millésime

Et hop !

Dans mon sac, c’est parti.

Posté par Janeczka à 09:00 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
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