14 décembre 2013

Ont trouvé le bon rythme

Flash

Pascal ; Venise ; Lorraine ; Mamido ; Vegas sur

sarthe ; Sebarjo ; JAK ; EVP ; Hime Chan ; Droufn ;

Stella No. ; KatyL ; Sergio ; Électre ; titisoorts ;

Poupoune ; Célestine ; joye ; Joe Krapov ;

 

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99 dragons : exercices de style. 19, rythme poétique dit "Pacific 238" (Joe Krapov)

DDS 276 Claude Ponti dragon télérama

Là-bas
En Libye
Il y avait un dragon cruel.

Fort las
Des brebis
Il exigea des demoiselles.

Survint
A cheval
Un croisé dénommé Saint-Georges.

En vingt,
Trente mandales,
A la bête il fit rendre gorge.

C’est de-
Puis ce temps
Que dans tous les livres d’enfants

Des preux
Etonnants
Vienn'nt à bout de tous les tourments

Le feu
Et le sang
Ont envahi tous les romans

Même que
Sur l’écran
Des blockbusters sanguinolents

Nous font
Regretter
La philosophie des Lumière

(Auguste
Et Louis
Et non pas Rousseau et Voltaire)

Qui nous
Amusaient
A coups d’ « Arroseur arrosé »

 

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vers signification (par joye)

 

shoreline2

On est tous nés portant le sens du pouls rythmique
Du cœur qui bat son plein bien comme l’océan,
Heurtant fort aux rivages, se montrant bienséant
Pour ce beau monde plein de décadence épique.

 Ce sang salé qui court comme un démon mondain
Susurrera, joyeux, aux trochées et ïambes,
Aux spondées et dactyles à nous couper les jambes
Avec leur tempo vif jusqu’à l’arrêt soudain.
 
Les mesures de vie nous bercent et nous chantent
Ô belle allure qui sert à éviter brisure,
Tu rends à la césure l’arrêt de la césure,
Et enfin à la fin, la vie devient saillante.
 
Mais poésie du cœur définit mal mon être,
Car je -- au vers ultime -- n’aurai ni dieu, ni mètre.

~

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Tango (Célestine)

cél

J'aime les furieux et époustouflants escarpements de la passion qui s'envole, en me faisant oublier la sagesse, juste le  temps d’un frisson. Jupon qui virevolte, lèvres rouge sang,  regard de braise, talons aiguilles,  bras en tenailles autour de la taille, la fièvre et le tourbillon qui soulèvent, enivrent et enivrent encore, jusqu'à ce que le petit jour demande grâce à la nuit...
Tu peux sourire, temps assassin, sadique mendiant qui me tend sa sébile en salivant sur tes dents jaunies! 
Tu sais bien, toi, que la saison des fleurs passe. Tu grignotes mes heures avec la patience d'une souris. Tu m’observes, avec tes yeux de saumon bouilli, dans cette lutte perdue d’avance, tu me regardes m’étourdir, m'abandonner à la danse jusqu'à l'épuisement.
Tu vois, je me fabrique des souvenirs. Pour le temps d’après. De salutaires souvenirs à conter à des petits-enfants ébahis, quand mes jambes ne me porteront plus…
C'est ma façon dérisoire mais exaltante de te tromper, maudit temps!
Ma vie est un tango argentin, un surprenant cocktail de musique sauvage en caraco de soie, de jubilation, d’effleurements et de nostalgie.

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Gardez le rythme (Poupoune)

- J’ai un problème d’arythmie. Non, ce n’est pas exactement ça. J’ai plutôt… disons… un problème avec l’arythmie. J’ai besoin… d’un bon rythme. Pour tout. Tout le temps. Comment vous expliquer… ? Dans la rue, par exemple, pour peu que des talons claquent à proximité, il faut je cale mon pas sur le pas de la personne qui les porte. Même quand je n’ai nulle part où aller, c’est plus fort que moi. Le clac-clac sur l’asphalte est comme un appel auquel mes pieds ne peuvent pas résister… Si un robinet goutte dans la cuisine pendant mon repas, ma mastication se fait exactement au rythme du ploc-ploc dans l’évier. Selon l’importance de la fuite, mon repas peut durer affreusement longtemps… mais je vous jure que je ne peux pas faire autrement… Dans le train, même si le bon vieux tatac-tatoum n’est plus vraiment ce qu’il était, l’oreille attentive peut toujours percevoir l’incroyable régularité avec laquelle le bruit des roues sur les rails se fait entendre et je tourne toujours les pages de mon livre en rythme. D’ailleurs, j’ai fini par troquer les romans contre des revues parce que je n’arrivais pas à lire assez vite… A la maison, pour pouvoir essayer de vivre normalement, j’ai mis des métronomes partout pour reprendre un peu la main sur mon rythme de vie, mais c’est presque impossible de tout contrôler… Et tout ça est déjà bien compliqué, docteur, mais en plus, comme je vous disais, j’ai un vrai problème avec l’arythmie. Si le rythme sur lequel j’ai calé mon activité faiblit, s’accélère ou se brise pour une quelconque raison, je suis complètement perturbée. Je perds mes moyens.
-  A…
- C’est même pire que ça…
- Arr…
- A franchement parler, docteur…
- Arrêtez…
- Je crois qu’on peut même aller jusqu’à dire…
- Arrêtez de serrer…
- Oui : on peut dire que ça me rend dingue.
- Arrêtez…
- Par exemple, votre façon de faire cliqueter votre stylo, là…
- Arrêtez de serrer mon cou…
- C’était tellement anarchique !
- Au rythme de l’horloge…
- Non, vraiment, ça me rend folle !
- S’il vous pl…

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tam tam tam tam (titisoorts)

Je cours.L'environnement où je suis, n'a plus d'importance. Mon subconscient a prit le relais. Mes pensées défilent. Mon coeur bat régulièrement, tranquillement. Le temps n'a plus d'importance, dans quelques instants je vais reprendre conscience et profiter de l'endroit où je suis, au milieu des pins. Regarde ces pins majestueux, laisse tes soucis de côté. Regardes ces arbres qui fiers comme des totems géants, veillent de toutes leurs hauteurs. Le paysage est magnifique; les couleurs d'automne sont présentes, changeantes à chaque instant. Parfois vous tombez sur des parcelles de jeunes pins qui dans un fouillis de fougères ressortent leurs têtes. 

J'étais bien, et tranquille sur un parcours que je fréquente depuis plus de vingt ans. Les paysages ont bien changé depuis ce temps. J'aurai pu mettre un bout d'étoffe ou bien un objet m'appartenant sur un petit pin de l'époque. Il serait maintenant à plus de vingt mètres, à mirer les paysages environnants. Les chemins sablonneux défilaient sous mes pieds. J'écoute une émission en différé. Le principe, est un invité reçu par Frederique Lopez ainsi que des chroniqueurs humoristes. Il y a au milieu un érudit, soit en philosophie,en histoire, en science, un astro physicien etc etc. Il nous raconte avec des mots simples par exemple le boson de Higgs, la connaissance à la porté de tous. 
Avant j'écoutais plutôt AC/DC et j'ai remarqué que mes pulsations s'affolaient lorsque je courais. 
J'ai bientôt fini de courir, je vais rentrer, la nuit va bientôt m'envelopper dans sa boîte noir. Mes pulsations ne vont pas s'accélerer quand je vais t'embrasser. Ou sont nos folles années, ou le simple fait de pensée à toi, me déglinguait le coeur. Je reste imperturbable. J'ai beaucoup d'habitudes à changer, ce  tam tam régulier dans ma poitrine s'enflamme doit s'emballer dans un rythme africain, un rythme endiablé, juste pour t'aimer.

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Un appel, des appeaux (Électre)

 

Ordinairement les mots répondaient à son appel. Le samedi elle visitait le sujet, puis elle le laissait tout au long de la semaine mûrir et se nourrir des événements. Souvent des fils lui apparaissaient assez vite et il n'y avait plus ensuite qu'à débrouiller, à ordonner, à faire danser les mots autour du noyau, à émonder pour arriver à l'essentiel. Le jeudi tout était presque prêt. Le vendredi était jour de corrections et de l'envoi un peu redouté, du "tant pis c'est pas parfait mais il faut y aller". Cette fois-ci c'était le vide. Elle avait pensé à son train-train - ou plutôt son bibliothèque-cantine-bibliothèque-cantine - quotidien mais ça manquait de swing. Elle avait pensé aux cloches, mais elle n'était toujours pas parvenue à démêler leurs horaires - sauf le carillon bien reconnaissable de neuf heures du soir. Elle avait remarqué qu'à huit heures du matin aussi il y en avait une volée jolie. Et puis à midi. Mais pas de quoi faire un système. Pas de quoi faire un poème. Elle avait pensé... Elle n'avait plus pensé à cela, prise dans le tourbillon d'une presque dernière semaine, entre les livres à lire ou à photographier, les cadeaux de Noël à faire, les derniers cafés con panna et tous les regrets de ce qu'elle n'aura pas fait... Quelques accrocs dans l'emploi du temps qui offrent des échappées hors les murs. L'indolence des journées ensoleillées, loin du tourbillon de la (grande) ville, loin de la fièvre qui viendra après. Encore un peu hors du temps - encore mais plus pour très longtemps. Encore un peu dans le suspens - comme la fin d'une longue vacance. Elle n'avait plus pensé qu'à cela. Elle avait essayé d'invoquer les mots. D'en provoquer des sabbats dans sa tête. De les laisser venir comme des oiseaux qui s'approchent si l'on reste assez longtemps immobile. Peine perdue. Cette semaine, décidément, le rythme n'était pas dans l'appeau. Ou peut-être qu'il ne marchait plus. Mais qui aller voir pour le réparer ? Peut-être qu'un peu de vraies vacances serait le bienvenu...

 

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RYTHMES ………. (Sergio)

Il s’était réveillé contraint, le réveil numérique n’avait pas fonctionné.il était transi de froid.il se leva dans l’obscurité la plus totale. Aucun témoin de veille d’ordinateur ne scintillait dans cette pièce de repos sans fenêtre .après s’être écrasé l’orteil gauche il trouva sa frontale, s’habilla, et partit au petit trot comprendre ce qui se passait. Comble du problème il était seul dans cet observatoire perché car Piotr, son collègue avait dû redescendre hier par la dernière benne, victime de fortes fièvres. Le remplaçant arriverait demain, surement Pierre. Il aimait bien cette veille hivernale, cette parenthèse, sa parenthèse. Quand les programmes s’interrompaient pour l’hiver les équipes regagnaient des altitudes et des températures plus clémentes.  II était seul depuis longtemps alors seul en bas ou seul à l’observatoire il avait vite choisi. Par contre ce matin il était seul pour gérer cette panne d’électricité. De surcroit les systèmes de secours n’avaient pas fonctionnés. Au bout du tunnel il arriva dans la salle du groupe de secours, tout avait l’air normal. Le groupe démarra du premier essai et le courant se précipita dans l’installation. OUF il était temps d’aller déjeuner. De retour à la base, expression qui désignait l’endroit  où se réfugiaient les deux gardiens-chercheurs. Il se fit sa théière du matin en chauffant l’eau sur le bec bunsen. Le matin du mélange « caravane » et le soir vers dix-sept heure une autre de « Earl Grey ».Ces deux thés rythmaient sa vie. Machinalement il regarda sa montre –neuf heure trente- ???  c’est impossible pensa-t-il .il décrocha le bracelet et écouta le tic-tac parfait. Quand même une Master control de Jaeger&Lecoultre , un mouvement mécanique automatique jurassien ne pouvait se tromper. Il regarda par l’oculus vers l’immense plaine presque trois mille mètres plus bas t ce qu’il vit le stupéfia.il n’y avait pas fait attention, plus aucune lumière. Il leva les yeux vers les étoiles vers la voie lactée

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et ce qu’il vit le pétrifia. « Les étoiles se sont arrêtées »  il se dit cela à lui-même et à haute voix. Cela n’avait pas de sens. Sa montre indiquait 9h30. le ciel indiquait qu’il était minuit et le soleil ne se levait pas à l’Est. En bas pas la moindre petite lueur.  Il essaya de téléphoner, faxer, mailer mais plus rien ne semblait fonctionner. Pour vérifier il lança un programme de surveillance automatique de la courbe de rotation de certaines galaxies. En ce moment il espionnait une certaine Galaxie spirale M33 du Triangle, c’était sa plus proche voisine et cette dernière ne tournait pas comme elle aurait dû tourner. Mais là, NOM DE DIEU elle était figée. Il se précipita pour écouter son plus vieux compagnon le pulsar PSR 0531+22 qui éructait trente-trois fois par seconde  dans une large fréquence. Depuis 1054 où il fut observé par un collègue chinois il rythmait tel un métronome le cœur de la nébuleuse du crabe.

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Il s’était tu, lui aussi. L’univers avait perdu le rythme, la petite musique qui rythmait sa course. Cela contredisait toutes les théories élaborées mais force était de constater que tout tenait en équilibre. Il n’avait pas d’explication sauf à imaginer que nous étions arrivés à l’expansion maximum  pour entamer une phase de contraction. Il aurait dû rayonner de bonheur car cela validait une théorie qu’il avait soutenue, souvent sous les quolibets mais dans son hypothèse cela se passait dans 37 milliard d’années. La comme acteur dans la pièce THE BIG CRUNCH  il trouvait soudain le scenario un brin tragique. Nous étions dans une phase de singularité, un entre deux sans mouvement, sans  rythme. Il aurait adoré faire une thèse sur ce phénomène mais la gravité de la situation lui interdisait d’en rire encore que il valait peut-être mieux en rire tant qu’il était encore temps. Il, enfin ils étaient bloqués sur la face désormais non chauffée par le soleil.la température allait chutée. Il décida de noter cette évolution en Kelvin vu ce qu’il supputait cela saurait plus pratique. Cette position figée face au noir sidéral signifiait l’arrêt de tous les rythmes qu’il avait aimé. Plus de saison signifiait, oublié le retour du printemps l’ouverture de la pèche à la truite ; le même matin à intervalle de 12 mois sur le même ruisseau, oublié l’été, ses salades grecques, ses tomates gorgées de soleil et les bouteilles de Cassis. Oublié le cycle travail, vacances, week-end, oublié les générations se succédant depuis des temps immémoriaux. 

Température extérieure = 263K

Il repensait aux rythmes des marées, les vagues, le sac et le ressac. Ils avaient adoré, avec son épouse ce bout de Bretagne. Elle était heureusement décédée. C’était la première fois qu’il tirait un bonheur de cet évènement. Elle aurait été terrorisée.il pensa à tous ses amis, collègues et tous les autres perdus dans une peur noire.

Température extérieure = 255K

Il repensa au rythme des élections, puéril dorénavant.  Tout ce qui avait fait la vie des hommes, des civilisations, naissance, vie, décès, cette respiration immuable venait de cesser.

Il repensa avec bonheur au Défi du samedi, au rythme qu’il impulsait sur ces semaines. Samedi matin découverte du défi puis après quelques pétrissages il mettait la pâte dans un coin de son cerveau pour qu’elle lève, tranquillement. Dès le lundi matin il avait une idée de ce qu’il allait cuisiner avec ces ingrédients et  jusqu’au mercredi après-midi il travaillait par petites touches, en  précuisaient certains puis  les réservaient,   assemblait sans précipitation, rectifiait l’assaisonnement, épiçait certains textes trop fades à son gout, réduisait en cocotte les bavardages   . Le vendredi il dressait l’assiette et envoyait en salle.  Et hop ! Un kebab revisité par Lafontaine pour la table 275.

Température extérieure = 250K

Dans ce silence absolu il devinait le ronflement binaire du groupe électrogène. Ce serait surement le dernier rythme de sa vie. Quand il arrêterait de produire de l’énergie ce serait la fin. Il décida donc de s’offrir un dernier repas digne de ce nom. Il descendit à la réserve et remonta un Chablis grand cru de chez E-Defaix .quel beau rythme que celui de la vigne. Il accompagna de trois tranches de pâté en croute pistaché, d’un saucisson entier et de 6 rigottes de chèvre. Il programma sur son PC relié à son installation HI-FI quelques disques qui l’avaient accompagné, qui avaient bercé ses nuits de doute et ses longues séances de travail ou, tout en fredonnant et battant le tempo avec son genou droit il réfléchissait.

  • Patricia Barber –companon
  • Miles Davis – so what
  • Stan Getz – Anniversary-concert à Copenhague

Cela agaçait sa mère. Un peintre en bâtiment peut siffler en travaillant, pour rythmer son ouvrage mais pas lui ???

Température extérieure = 245K

Ce Chablis, quel tempo et quelle résonnance. Normalement il ne digérait plus très bien et surveillait son cholestérol mais il avait jugé que cela n’aurait plus d’importance.

Température extérieure = 240K

En s’attaquant à la bouteille de Lagavulin 16 ans d’âge qui clôturait ce concert gastronomique il songea que l’hémisphère nord allait être lyophilisée par le froid  et l’hémisphère sud carbonisée par un soleil ardent qui ne se coucherai jamais.

Température extérieure = 235K

En bouche ce single malt, un pur bonheur, tombe d’abord dans des notes marines sur fond de réglisse puis un final, quasiment du Verdi marqué par des notes délicates & boisées .un opéra ……..

Température extérieure = 230K

Miles entamait SO WHAT .Il entamait la deuxième moitié de sa bouteille de whisky.43° dans les veines et presque autant en négatif dehors. Il aurait bien aimé observer ce qui se passerait à l’approche de 0.0000001 K, l’installation d’une certaine entropie, une totale immobilité des particules élémentaires, l’arrêt du rythme nucléaire. Il imaginait les neutrons arrêtant leur samba endiablée autour des demoiselles proton et neutron.

Température extérieure = 213K

Le martèlement sourd du groupe s’arrêta et s’installa un silence sidéral.

Il but le reste de la bouteille pour anesthésier le dernier rythme qui battait encore, son rythme cardiaque.

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Ce qui rythme ma vie (KatyL)

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Le rythme de la vie (Stella NO.)

Aujourd’hui, ça n’est pas une fiction que je vous propose. Je vais vous parler de mon travail, mon vrai travail, celui dont je parle très peu sur le net. Aujourd’hui, je vous confie ma plus grande passion.

Quel rapport avec le thème, me direz-vous ?

Hé bien, voilà : je travaille avec des gens dont le rythme s’est perdu. Ils vivent sans temps et sans espace. Ils ne savent plus quel jour nous sommes ni même l’année. Ils ne savent même plus qu’ils sont vieux alors ils ne comprennent pas les douleurs dues aux rhumatismes. Ils ne comprennent pas que celle qui se prétend leur fille puisse être si vieille alors qu’eux-mêmes se pensent avoir vingt ans.

Je travaille avec des gens dont la communication n’est plus efficiente. Ils ne savent plus ce qu’ils veulent dire et quand ils y parviennent, ce sont les mots qui leur manquent.

La nuit devient le jour, alors il faut s’habiller pour aller chercher les enfants à l’école ou pour aller travailler aux champs.

Les parents deviennent les enfants et leurs enfants deviennent des parents.

Les conjoints disparaissent pour laisser la place à des inconnus.

Ils ont perdu leur rythme de vie, ils ont perdu l’essence même de ce qu’ils étaient.

On les nomme « déments ». Un très vilain mot pour de très vilaines maladies.

Une partie de mon travail concerne ceux dont on vient d’apprendre l’effroyable. Il s’agit alors de les accompagner dans la lente et douloureuse évolution de la pathologie. J’assiste à l’inéluctable dérive des souvenirs en m’employant à tenter de sauvegarder ce qui peut l’être le plus longtemps possible. Parce que si eux perdent le rythme de la vie, moi je l’ai toujours en tête.

Une seconde partie de mon travail se fait auprès de gens dont on dit qu’ils ont des « troubles du comportement » très importants. Ils réagissent à l’angoisse par l’agressivité, la violence ou l’errance. Ils ne peuvent plus rester à leur domicile sans se mettre en danger.

C’est ainsi que quelques uns arrivent dans des services spécialisés fermés par des codes à toutes les portes. Des services en sigle. Le mien c’est « UHR » : Unité d’Hébergement Renforcé. C’est là qu’on met « les pires ». Ils sont tout à fait indépendants physiquement mais ne sont plus du tout autonomes mentalement. Ils ne communiquent plus beaucoup, voire pas du tout. Et quand ils communiquent, on ne comprend pas toujours ce qu’ils disent. Ils frappent, crient, mordent, crachent, déambulent, pleurent, appellent leur maman, nous demandent un taxi pour rentrer chez eux…

Leurs familles, soulagées d’avoir enfin trouvé une solution de répit et d’aide, se disent rassurées de ce que l’on accomplit auprès de leur parent. Elles viennent moins souvent mais profitent de moments privilégiés grâce à ce que nous parvenons à obtenir des malades.

 

Je fais partie de ceux qui pensent que même si il y a des choses qui partent, il y a encore des choses qui restent. Je milite pour la proximité, la tendresse et l’affection. Je forme les soignants à des méthodes qui portent des noms étrangers - comme pour valider le fait que ce soit « In ». Je diffuse et transmets les bonnes pratiques. J’ai l’esprit à l’envers par rapport à ce que disent les textes : je fais des bisous, j’accepte les câlins, je blague, je chante, je ris avec eux. C’est un travail de théâtre mais un théâtre sans artifice. Juste moi et eux.

 

Mardi, j’ai choisi de sortir avec trois de nos malades. Ils n’étaient pas sortis à l’extérieur depuis des mois. Il a fallu leur expliquer maintes fois, les rassurer, leur tenir la main. J’ai emmené avec moi et deux autres accompagnateurs ceux que l’on considère comme « très déambulant » et « agressifs ». Nous avons marché environ un kilomètre en observant l’environnement. J’ai tout nommé, j’ai tout expliqué, j’ai attiré leur attention sur le givre recouvrant une feuille d’hêtre échouée sur le sol et sur l’enfant qui riait en se balançant dans un parc voisin. Puis nous sommes arrivés à destination : une boulangerie qui fait salon de thé. Ils étaient un peu impressionnés, mes camarades déments. Il a encore fallu expliquer, rassurer, tenir la main. Et puis, il y a les convenances sociales qui sont revenus l’espace d’un moment : me remerciant de les inviter dans un si bel endroit, ils ont tenté de faire un choix parmi les pâtisseries proposées. Ils pensaient qu’on était le soir : « peu importe, leur ai-je dit. On profite maintenant et on verra au moment du repas ! ». Ils ont été d’accord avec moi. Mais le choix était compliqué : comment choisir lorsqu’on ne se rappelle plus des options précédentes. Après de longues tergiversations, ils se sont décidés. Ce sera 2 éclairs à la pistache, 1 à la vanille, un thé et 2 cafés bien corsés « parce que là-bas… ». Tiens ! Un souvenir ! Ancien ou récent ? Quelle importance, nous prendrons donc du café bien corsé.

« Quel régal », d’après eux. Oublions la fourchette et l’assiette, dégustons à pleine bouche. L’un suçote la crème comme un enfant. L’autre observe comment nous faisons afin de reproduire nos gestes. Et le troisième mange goulument en se tenant le ventre de l’autre main.

Après la pâtisserie, je leur rappelle qu’ils ont une boisson chaude. Ils avaient oublié, ils me remercient de cette attention. « Quel régal », répète l’un d’entre eux. « C’est pas comme là-bas », renchérit un autre. Tiens, encore ce souvenir. Et la dernière : « c’est la première fois que j’en bois, mes parents ne veulent pas ». Quel âge a-t-elle dans sa tête ?

Et puis, le moment de bien-être se pose. Rassasiés, bien au chaud, observant les gens dans la rue, ils commentent ce qu’ils voient. L’une d’elle nous narre son passé. Elle travaillait sur une péniche et marchait beaucoup. Elle déambulait sans arrêt sur le bateau, jamais elle ne pouvait se poser. Tiens, tiens… elle déambule sans cesse à l’UHR, le trouble du comportement s’explique maintenant.

Ces presque-non-communiquant nous narrent des choses cohérentes et censées. Nous passons un moment délicieux, puis il faut rentrer.

Ils sont contents, « ça fait du bien », disent-ils. Ils ont envie de raconter à leur camarade. Mais quand nous arrivons, ils oublient vite ce qu’ils ont envie de partager : c’est l’heure du goûter. Ils ont faim, ça fait longtemps qu’ils n’ont pas mangé.

 

 

Je les aime profondément, ces gens qui n’ont plus de rythme. Je les aime avec respect, bienveillance et chaleur. Je leur tiens la main quand ils sont angoissés. Je les écoute quand ils parlent et que personne ne les comprend. Je les accompagne lorsqu’ils déambulent sans savoir où ils vont. Je leur montre les gestes qu’ils ont oubliés. Je les rassure quand ils s’aperçoivent qu’ils ne trouvent plus le nom de leurs enfants.

Et même si je sais que ça n’ira pas mieux, même si je sais qu’ils vont partir, je continuerai jusqu’au bout. Car ça vaut vraiment le coup.

ste

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