Partout et toujours (Célestine)

cél

Je l'ai vu sur le Pont des Arts, il accrochait un cadenas au fade vent de la Seine.

Plus tard, je l'ai revu parmi les vignes blondes et rouges d'une plaine du Midi.

Il s'est glissé un jour sur une colline fauve, un soir de printemps ébloui de cyprès et de pins cembros.

Je l'ai revu plusieurs fois, encore, sur un boulevard bruissant de foule, un lendemain de fête, au fond d'une vieille abbaye, dans une arène noire écrasée de soleil.

J'espère le retrouver partout et toujours, j'ai hâte qu'il me surprenne et m'enveloppe de ses longs doigts fins, soulève ma robe comme une brise, emballe mon cœur dans de l'osier, qu'il tresse mes cheveux de fleurs jaunes.

A chaque fois, je le retrouve. Mon insolite et épantelante rencontre...

Il est toujours là quand je suis heureuse.

C'est un ange qui me suit partout.

Je lui souris.

 

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Le merle et la mulotte (Sable du temps)

Beau Merle, siffleur pas moqueur, et Souricette, œil vif pelage doux, se rencontraient chaque jour, sous la ramure.
Ils se connaissaient depuis longtemps.
Elle écoutait avec ravissement les sifflotements de ce célèbre virtuose de la gent ailée, enchanter l'alentour. - “ Siffle Beau Brun, ton plumage est-il semblable à ton ramage ?
“- ( Souricette taquinait ses classiques ! )
Il aimait l'entendre raconter des histoires fabuleuses, réciter les comptines rigolotes, qui faisaient la joie des familles de “ trotte menu “ et autres rats des campagnes alentour.
Ainsi passaient, sagement, les jours et les saisons.
Par un bel après-midi d'automne, la brise venue des collines avait, dans un souffle, chantonné : “ un petit poisson, un petit oiseau s'aimait d'amour tendre … “
Ce fut la révélation.
Tout était possible, Oh! l'heureux présage, l'invite au plaisir intense et complice, à l'instant mille fois rêvé, mille fois désiré.
Premiers regards, premiers émois.
Souricette, troublée, avait permis le frôlement soyeux.
 Beau Merle, conquérant timide, avait osé la caresse et murmuré : - “ Ah ! te prendre sous mon aile “.
Heure exquise, à l'indicible volupté, folle passion, douce fourrure et belles plumes, corps et âmes mêlés.
Puis, impatient, l'implacable sablier, avait bousculé le temps.
Beau Merle, siffleur pas moqueur, le cœur lourd mais les yeux plein d'étoiles, s'était envolé dans la lumière du jour finissant. et Souricette, œil vif pelage doux, s'en était allée se perdre dans les chemins creux, en rêvant que demain, oui demain, peut-être … à tire d'aile …


...

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Maison (par joye)

Ma maison est une de ces vieilles dames qui portait et qui porte encore et avec classe le souvenir de sa beauté disparue. Elle était grande, spacieuse, et, pour son époque, elle était vraiment superbe. Hélas, ce n’était plus le cas quand je l’ai vue pour la première fois. Elle était sale, négligée, abîmée. Elle avait des trous dans ses murs ; des abeilles vivaient dans ces murs et sortaient par ces trous à des moments inopportuns.

D’une grande pudeur, elle dissimulait discrètement la plupart de ses rides et ses cicatrices jusqu’à ce que je commence à lui enlever ses habits et ses fards pour lui faire des relooking. Quand il y eut enfin d’argent pour réaliser des rénovations, nous fîmes ses strip-teases de papier peint ensemble, peu à peu, été après été. 

Jake, le vieux voisin qui avait grandi dans cette maison approuvait mes travaux. Il passait souvent pour dire bonjour et me raconter une histoire sur la maison, comment il y avait grandi, et comment la maison avait généreusement reçu sa jeune femme, Anabel.  Son vrai prénom était Anabel, mais Jake l’appelait « Becky », comme l’amoureuse de Tom Sawyer. Les deux étaient inséparables. Même à leur grand âge, ils s’aimaient encore, férocement. Je les imaginais terriblement heureux ici.

Anabel se plaignait beaucoup de la famille qui avait vécu dans la ferme avant nous. Scandalisée, elle racontait comment les garçons sauvages de cette famille enfoncèrent de gros clous partout, dans les murs et dans la boiserie. Ce n’était pas faux. Ça me faisait de la peine aussi, car la maison dut être d’une beauté exceptionnelle, construite aux années vingt,  parfaite pour une famille de douze enfants, même si elle était au début sans WC et sans électricité, deux choses qui n’existaient pas à la campagne à cette époque-là, même pour les familles aisées.

Alors, ma belle demeure et moi, nous nous connûmes peu à peu, un peu à cause des histoires de Jake et son Anabel, et aussi dans les heures, les jours, les semaines, les mois où je la nettoyais, la soignais, et aussi en lui faisant des liftings pour assouvir ses rides et ses cicatrices. J’appris à l’aimer, et elle dut faire pareil, parce qu’en 2005, elle me fit enfin une confidence de copine.

Un jour, j’enlevais le papier peint dans l’escalier entre le rez-de-chaussée et le premier étage. Il était affreux, vieux et crade. D’un coup, je découvris un message écrit en crayon sur le plâtre du mur nu :

Jake + Sarah, le vrai amour pour toujours 

Ce même après-midi, Jake et son fils passèrent me faire le bonjour. Jake ne voyait plus, il fallait que son fils le conduise partout, il devenait de moins en moins rapide, on le voyait de moins en moins. Son Anabel avait disparu trois ans avant, et il était vraiment perdu sans elle. Ce jour-là, Jake ne put sortir du camion.

Alors, je m’approchai du véhicule et saluait Jake de son côté pendant que son fils bavardait avec mon mari. Il me fit signe de la main, mais je vis qu’il ne me reconnaissait pas.

-          Dis-moi, Jake, c’était qui, Sarah ?  Un autre sobriquet pour ton Anabel ?

Sans hésiter, Jake me répondit, une vague lueur dans ses yeux bleu fade.

-          Ah non, non, Sarah, c’était ma cousine. Elle était magnifique. Mon plus bel amour. Je l’adorais…

Un mois plus tard, Jake mourut et fut enterré à côté de sa petite Becky.

Quelques jours après les obsèques, j’étais enfin prête à peindre les murs dans l’escalier.

Je pris ma brosse, la trempai dans le blanc et puis j’enterrai pour toujours le secret entre Jake et la maison, celui d’un petit garçon et sa maison qui  avait fidèlement gardé le silence pour bientôt cent ans.

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Aux portes de la folie (Djoe L'Indien)

J'ai rencontré ce soir, entre deux réverbères,
Un renard à poil blanc et à la queue de chat
Mais ce que j'ai cru voir, près de ces lampadaires...
Ca n'existe pas ! Ca n'existe pas !

J'ai croisé dans le noir, et le bois de derrière,
Un vieux cerf bleu à ski déguisé en sherpa...
Un cerf à ski d'accord, mais bleu jusqu'au derrière,
Ca n'existe pas ! Ca n'existe pas !

L'autre jour a toqué par trois fois à ma porte,
Un cygne à dents de sabre et à la robe à pois.
Mais un cygne voyons, qui frappe de la sorte,
Ca n'existe pas ! Ca n'existe pas !

Par un matin d'été, musant dans la clairière,
J'ai vu un cheval d'or jouant des maracas ;
Mais un cheval en or comme une chevalière,
Ca n'existe pas ! Ca n'existe pas !

Un dimanche tout gris, longeant le cimetière,
J'ai vu un spectre saoul qui dansait la samba !
Un spectre pourquoi pas, mais buvant de la bière...
Ca n'existe pas ! Ca n'existe pas !

Pas plus tard qu'aujourd'hui j'ai vu par la fenêtre
Un homme à blouse blanche et faisant les cent pas,
Mais je suis au cinquième et je me dois d'admettre...
Qu'il est vraiment là ! Qu'il est vraiment là !

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Le corbeau et l’agneau (Sergio)

Bonjour maitre corbeau .Vous n’êtes plus perché

Sur le plancher des vaches vous faites donc le beau

Mais question odeur sans vouloir vous fâcher

Vous puez le fromage, pour tout dire le Lanquetot

A LIDL pour l’hiver, des provisions j’ai fait

Et sans réfléchir, stocke dans mon logis

Une promotion, une affaire, c’est moi qui suis refait.

Dix achetés, dix offerts, des camemberts pourris

Remarquez, cela nous sert. J’ai abusé Goupil

Tout gonflé de son égo, il pensait me jouer

Et me subtiliser par ruse un délicieux fromage.

Vantard et goulu, tout fier de sa leçon

L’imprudent engloutit amibes et asticots. Dommage !!

Le lendemain, son ramage vert de gris le vit

Plus tout à fait étanche, se vidant par le bas.

Un carnage. Une ligne jaune traversant les taillis.

Renard, un spot de PUB pour les dragées FUCA.

Mais je ne vois plus le loup vous faire des ennuis.

Apprenez Corbeau que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute.

Je connais, je connais, mon jeune ami.

Samedi arpentant le quartier dans son AUDI A4

Rayban, santiags et jeans Dolce & Gabana

Bien qu’au RSA Monsieur mène grand train

Il crut me faire confiance. Pour lui je suis sans teint

Avec ma gueule d’ange, frisé, capuche et Adidas

Flattant le vaniteux, le hâbleur, le bravache

Je gagnai sa confiance, vantant le fanfaron.

Plus il était vantard plus il était flemmard

L’indolent paresseux paradait tel un paon

Insidieusement mon air benêt me fit connaitre

Toutes ses cachettes, ses réseaux, son bizness

Mes arrières assurés, chantant « ni dieu, ni maitre »

En bon citoyen j’alertais les pandores

Il l’avait bien cherché. Ils ne m’épargnaient guère

Lui, ses dealers et la BAC.

Depuis et pour vingt ans, résident des Baumettes

Il ne peut plus gâcher mes indolentes siestes.

Moralité

Je n’en ai pas trouvé d’adaptée à cette fable .c’est un nouveau défi ..

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Rencontre féérique (KatyL)

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"Mue" (Électre)

Elle est partie seule d'un aéroport qu'elle ne connaissait que de l'extérieur, pour arriver dans une ville qu'elle connaissait peu de l'intérieur. Elle a pris un tram et deux métros pour arriver dans un café où l'attendait quelqu'un qu'elle connaissait. Elle a vu le flot incessant des gens dans les couloirs souterrains, a entendu le bruit strident de la fermeture des portes et le sifflement lancinant du frottement des rails contre les voitures. A regretté sa ville où l'on ne se déplace quasiment qu'à pieds. Elle a repris un métro, est sortie un arrêt trop tôt, a trouvé sa destination grâce à des gens qu'elle ne connaissait pas. A rencontré par hasard quelqu'un qu'elle connaissait. Des inconnus qu'elle serait amenée à revoir. Elle a cru qu'on pouvait à pied aller d'un point A à un point B en un temps raisonnable. Elle se trompait. A pris un bus, s'est arrêtée au terminus, n'a pas reconnu le quartier que pourtant elle connaissait. S'est fait guider par son smartphone, par téléphone, a accumulé les plans, métro, quartier, université. Elle a erré dans des couloirs aux portes numérotées. A découvert des escaliers insoupçonnés. A eu un choc en reconnaissant la cour d'où quelques années plus tôt elle avait téléphoné pour annoncer une bonne nouvelle. Le couloir où l'on avait affiché la liste des reçus. Les toilettes où elle troquait ses vêtements et sandales d'été contre une tenue de rigueur vite abandonnée dès les épreuves passées, rasant les murs pour ne pas croiser les examinateurs dans cette tenue si incongrue. Elle a payé, donné sa photographie, obtenu en échange un certificat de scolarité. Elle a reçu sur fond bleu et rouge sa photographie surmontée d'une inscription où figuraient en blanc les mots "Paris" et "Île de France" au milieu de divers numéros. Elle n'a pas reconnu la parisienne de la carte. Encadrée de ces titres insolites, malgré son sourire familier, il s'agissait de quelqu'un d'autre. Elle a contemplé du bus les lumières de la ville pour rentrer. La matinée butineuse de la ville quand elle y est retournée. Elle a croisé avec surprise un maire revenant d'électeurs fantômes, croyant d'abord que c'était une affiche oubliée, que ça ne pouvait pas être vrai. Mais ça l'était. Elle a visité l'exposition d'un peintre qu'elle ne connaissait pas et qu'elle a beaucoup apprécié. Vu des enfants qui avaient déjà bien poussé. Retrouvé des amis de son autre pays. Elle n'a pas trouvé les dinosaures qu'elle était venue chercher. Elle a rencontré le poisson lune, le pyrosome, le camphur, le marabout d'Afrique, le bec en sabot du Nil, la grue couronnée et le daman des rochers. Rencontré des espèces éteintes et d'autres qui risquent de l'être bientôt. Des espèces exotiques et des espèces presque familières. A rêvé devant le baudet à poils longs du Poitou et le koala. Les oryx sont restés impassibles à son passage. Un animal à cornes lui a fait un clin d’œil. Elle a pris le métro pendant un temps infini. Comme une litanie elle s'est répété les noms des stations, Raspail, Bastille, Bienvenue, Gaîté, Champs-Élysées. Impossible encore de les retenir dans l'ordre. Elle a observé. A longé des centres commerciaux et des parkings à perte de vue. Des entrepôts à ciel ouvert. N'a pas pris en photo un empilement de plots de chantier qui lui plaisait pourtant dans ce lieu désolé. Elle a repris l'avion dans un aéroport qu'elle connaissait, avec quelqu'un qu'elle connaissait. A encore regardé par la fenêtre sans reconnaître les montagnes qui pointaient au-dessus des nuages. A fait des hypothèses sur les villes et les vallées. A regretté de ne pas mieux connaître la géographie.

***

Elle s'est dit qu'elle y retournerait finalement volontiers. Qu'elle finirait par apprivoiser l'étrangère dont elle avait reçu la carte. À devenir un peu cette parisienne sans y perdre rien - et même en y gagnant sans doute autre chose.

Et qu'elle verrait enfin les dinosaures.

***

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Drôle de personnage ! (MAP)

Il se prenait pour une lumière

lumiere

mais n'éclairait pas plus qu'une lampe de chevet !

Lampe de chevet

 

 

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Vers onze heures (Walrus)

Ce lundi à bord du tram 51, Je l'ai rencontré.

D'abord, je ne l'avais pas reconnu. Visage noir soutenu (noir de noir diraient-ils chez Côte d'Or), joufflu, imberbe, peau luisante, yeux globuleux, nez épaté, le genre plutôt Zoulou quoi, rien de bien particulier donc, à Bruxelles. Côté vêtements, pas mieux : baskets bâillants, jean crade, pull flasque, doudoune usagée. La tenue classique de la majorité des usagers mâles de cette ligne de tram (et des autres, supputé-je)... Sauf qu'il y avait le couvre-chef. Une gadhâdha, cette coiffe entièrement blanche typique des chefs de tribu du Golfe, confectionnée d'un grand foulard frangé serré sur le front d'un bout de tissu blanc noué.

Une sorte de Cheikh en blanc, mais noir, si vous voyez ce que je veux dire...

D'abord, je ne soupçonnais rien, car la conversation qu'il avait avec un autre individu du même style mais sans la coiffe et donc parfaitement banal, tendait à prouver l'imminence de son expulsion du territoire, vu qu'il était arrivé ici bien après la fin de la guerre et qu'il ne pouvait donc revendiquer le statut de réfugié politique. Mais c'était là sans aucun doute la volonté de Dieu...

C'est là que la chose s'est brutalement révélée. Ce même Dieu, il l'avait, disait-il, rencontré et ce dernier l'avait investi d'une mission. Mission secrète apparemment car la conversation a brutalement pris une direction inattendue où il était question de chiens qui seraient des vivants-morts et à qui il ne fallait pas donner d'eau à boire (il n'a pas mentionné la bière), car ce serait blasphrémer (sic). À moins que cette mission n'ait été précisément de laisser les chiens, morts ou vivants et vice versa et/ou réciproquemnt, avec leur soif.

Son interlocuteur s'en étonnait un peu, soulevant l'indignation du saint homme, mais la fin de cette intéressante dispute casuistique a été reportée sine die, le contestataire étant arrivé à son arrêt et étant descendu l'air goguenard.

Je suis donc resté seul sous le regard de braise du Prophète, mais par bonheur je n'ai pas eu le temps de rôtir :  je devais moi aussi quitter le véhicule sacré à l'arrêt suivant.

N'empêche, tomber sur le Prophète dans le tram 51, quelle aventure !

 

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