DÉFIANT D'OMBRE DANS LA NUIT (par joye)

 DÉFIANT D’OMBRE DANS LA NUIT

J’entends marcher dehors, tout est clos. Il est tard ;
Sieur Walrus seul, il veille,
Pas de vent. Nul texte ne passe dans le noir
À pattes de retard ?

C'est un Défiant d'autrefois parti pour Lodelas
Comme on va à la chasse
Et qui revient parfois vérifier s’il a
Toujours ici sa place.

En silence il m'appelle, en l'ombre il résonne
Avec ses textes d’Ailleurs,
Puis je l’entends écrire sur son clavier de garde,
J' entends battre des coeurs.

Il tape doucement pour n'éveiller personne
Sauf Walrus aux portées du Défi du samedi
Qui le salue des poèmes qui sonnent
En l' air pur de minuit.

Ces commentaires dont l'absence nous blesse,
Est-ce toi ? est-ce toi ?
Boiras-tu cette nuit l'encre fraiche qu’on verse
Sur cette page si loin là-bas ?

Personne ne me répond. Le rond de la cuisse
Réintègre les noix.
Est-ce mon texte aussi qui tire sur la chasse,
Ô Défiant de Lodelas ?

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [40] - Permalien [#]
Tags :

Velours (trainmusical)

Je suis seul dans cette maison perché sur une colline, loin de tout. Seul un long chemin non bitumé me relie au village. La nature est belle, le silence est paradisiaque.

Cependant si un bruit se fait entendre, notamment la nuit tombée, je m’inquiète.

 Justement, cela fait des semaines que tard le soir, j’entends un bruit de pas, comme si quelqu’un marchait tout doucement, avec parfois quelques petits crépitements légers. J’aurais préféré un timbre plus net, plus décidé, car si doucement, ça amplifie mon angoisse. Au village, une rumeur court, que des habitations ont été cambriolées. Ce qui n’est pas fait pour me rassurer.

 Cette nuit, je panique, car ces sonorités sont plus fréquentes que d’habitude. Que faire, aviser la police? Et s’il en était rien, j’aurais l’air stupide. Sortir de la maison pour regarder? Nenni, je n’ai pas le courage, ne sait-on jamais.

 Subitement, ça grésille sur le pas de ma porte. C’est sérieux. Mon adrénaline monte, ce qui implique que je dois ouvrir à cet inconnu, tant pis, je n’ai plus rien à perdre, je tire la porte avec violence.

 Oh stupéfaction! Je découvre un petit être avançant tout doucement à quatre pattes. Il s’agit d’un petit chat, tout maigre, qui semble n’avoir pas mangé depuis des lustres. On devine même ses os à travers la fourrure. Je constate rapidement qu’il est presque aveugle, toutefois il rentre en étant guidé par la chaleur. Je le nourris avec ce que je trouve, il boit.

 Depuis ce jour-là, j’ai un nouveau compagnon, il s’appelle Velours, il ne me quitte plus d’une semelle, enfin d’une patte, je ne suis plus seul.

 Je t’aime fort Velours!

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [33] - Permalien [#]
Tags :

Les âges de la vie (Célestine)

Cé

 

Baby sitter

Allez, dodo, petit gouzi gouzi , papa et maman vont bientôt rentrer, enfin, s’ils se souviennent qu’ils m’ont payée pour supporter tes vagissements, changer tes couches dégoûtantes, et éponger ton vomi sur la lampe de chevet…parce que là, quand même, ils exagèrent,  je vais leur faire le tarif de nuit, non mais qu’est-ce qu’ils foutent ? Ah enfin, j’entends marcher, ça doit être eux !

***

Terreurs nocturnes

 

Maman !!! laisse la lumière allumée, j’ai peur. Maman, pourquoi t’es pas là ? Maman ? C’est toi qui marche dehors ? Maman, t’es sûre que t’as bien fermé la porte ? J'entends des bruits bizarres! Reviens maman, s’il te plaît…Mamaaaaan ! J’ai peuuuurrr !!

-(Bon sang, ce gosse regarde trop la télé)...Tais toi et dors!!!

***

Lendemain de teuf

 

Wow !!Chuis déchiré, grave ! Chais pas pourquoi j’ai bu  hier soir, oh la la j’ai un mal de crâne…Il est pas tard !à peine quatorze heures trente du mat ! J’vais dormir encore une heure ou deux…J’entends marcher dehors, ça c’est ma daronne, elle va encore me dire que j’ai le bac à la fin du mois, et que chuis un feignant…Grounf ! J’ai mal à la tête et cette lampe qui m’explose les yeux, il est où l’interrupteur , VDM !

***

Agence immobilière

Vous allez vous plaire, dans cette maison, monsieur, madame, c'est moi qui vous le dis !

-Oh, regarde chéri, ici, là, nous ferons le salon, nous mettrons le canapé, la petite lampe rose, on va être bien…-Oui, l’endroit est très calme, remarquablement bien placé! Vous n’entendrez pas un chat marcher dehors à partir de huit heures du soir. Il vous suffira de bien fermer les doubles vitrages !

 ***

Cinq à sept

-Alors, heureuse ?

-Oh oui, bien sûr, mais tu dois partir maintenant, mon amour. Il est tard…

-Attends, encore un peu, laisse-moi te regarder, tu es si belle à la lueur de la lampe…

-Ciel, tu n’entends rien ? Oh mon dieu, des pas dans le jardin…Vite, sauve-toi, c’est lui, j’aperçois son Audi derrière les volets clos, il a un revolver, méfie-toi !

 

***

Absence

J'entends marcher dehors. Tout est clos. Il est tard. Ma lampe seule veille... je ne sais pas si j’aurai la force de tendre le bras pour éteindre la lampe…de toutes façons, personne ne vient jamais  me voir…Tiens la porte s’ouvre. Bonjour Madame !

-Mais papa, c’est moi, Madeleine, ta fille…

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [43] - Permalien [#]
Tags :

"j'entends marcher" (titisoorts)

J'entends marcher dehors.Tout est clos.Ma lampe seule veille, sur moi.
Serait ce le pas du vent qui souffle sur nos peurs. La nuit les ranime.
Serait ce le pas de ma peur nėe, qui m'empêche de vivre ma vie, la confondre dans une timiditė asservie.
Serait ce le pas de la révolte, bonne enfant, ou les hommes s'inquiètent du temps, on s'aime là où d'autres récoltent.

Serait ce le pavillon qui bourdonnent, qui me lance. Un bruit qui m'abandonne dans mon silence.
Serait ce le pas de seuil pour ne plus les entendre de nos cercueils. Plus préoccupé par celui de nos maisons barricadées que par celui de pauvreté.
Serait ce le pas de la modernité, bien plus affolé du manque de réseau SFR que du réseau social humanitaire.
Serait ce le pas de la vieillesse, sur le chemin de la vie haletant, pour ne pas avoir semé de cailloux blancs, détermination de nos âmes de jeunesse.
Serait ce le pas de l'homme loi qui d'un grand pas pour l'humanité,  nous fait travailler d'arrache pied,  se fout pas mal des faims de moi.
Serait ce le pas du facteur de nuit qui vous livre des rêves,  bien sûr si vous êtes au lit avant minuit,  à moins qu'il ne soit en grève.
Serait ce le pas des monstres nourrissant ma peur, pour mieux retrouver mes rêves d'avant,  caché derrière mes lâchetés en contre vents, recroquevillé comme un enfant.
Serait ce le pas de la solitude,  celle qui nous tient compagnie.  Lorsque l'amour s'est enfuit, le corps s'habitue mais l'âme à lui une autre attitude.
Serait ce le pas de la libération,  emprisonnée au milieu de nos rêves,  des attentes de tout ce qu' on aurait pu faire,  allons,  avant que la mort ne nous fasse une trêve.
Serait ce le pas du temps qui me rattrape sûrement,  ouvrons la porte sans se presser, prenons le temps.
Serait ce le pas des enfants, déguisés pour des bonbons,  j'en sors de ma poche que je leur tends, seul moment où je ne risque plus la prison.
Serait ce le pas de la mort qui me fait ressurgir remords, tout petit devant cette entité,  fort, je t'ouvre ma porte et que le diable l'emporte.
Serait ce le pas de l'amour, qui s'ème au grès du jour, dans un halo de velours, me transpercer pour toujours.
Serait ce le pas de la justice,  un jour rendre des comptes,  plus d'histoires plus de contes, la dame est là pour toi pleines de vices.
Serait ce le pas du savoir, pour nous sortir de notre soi, l'évolution du toi, tant de façons de vivre que je ne pourrais entrevoir.

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [23] - Permalien [#]
Tags :


Au temps jadis (MCL)

MCL

J’entends marcher dehors. Tout est clos. Il est tard. Ma lampe seule veille. Une vieille lampe à pétrole qui jusque là trônait sur le buffet de la salle à manger parmi d'autres bibelots. Quand la tornade a tout dévasté et que l’électricité a été coupée, j’ai bien apprécié de l’avoir gardée pendant tout ce temps. Dehors, tout est chaos et désolation. Chacun se terre chez soi, avec le secret espoir qu’après une bonne nuit de sommeil toute cette histoire n’aura été qu’un cauchemar. Demain, tout sera rentré dans l’ordre. Moi aussi je me suis laissé aller à espérer. Tous les soirs. Et tous les matins, je découvre que rien n’a changé. J’entrouvre les volets et je passe la tête furtivement, juste le temps de réaliser qu’il fait toujours nuit noire, ou presque. L’air est chargé de particules de poussière, une poussière épaisse qui empêche les rayons du soleil d’atteindre le sol. Depuis plus de quinze jours, c'est comme si nous subissions les effets d’une éclipse permanente. En bas, dans le jardin, tout est gris. Impossible de distinguer le vert tendre du gazon. Quoiqu’il en soit, personne ne se risque à aller dehors. L’air est devenu irrespirable. D’ailleurs, je doute qu’une tornade ait pu provoquer un tel désastre, même si ce sont les derniers mots que j’ai entendus à la radio, quand elle émettait encore. A présent, elle s’est définitivement tue, après les dernières recommandations à la population : « Restez chez vous. Calfeutrez portes et fenêtres et attendez que l’on vienne vous secourir ». Tu parles, je n’ai pas vu âme qui vive, pas le moindre animal, même pas un insecte. Pourtant, je jurerais entendre des pas à l’extérieur.

N’y tenant plus, je monte à l’étage et ouvre le volet de la chambre, juste ce qu’il faut. Des ombres semblent flotter dans la rue, mais dans cette purée de pois je ne distingue rien. Je suis trop loin. Tant pis, au point où j’en suis, je dois m’armer de courage. Je redescends les escaliers en trombe et m’approche de la porte d’entrée. Avec mille précautions, je l’entrouvre. Le moindre bruit pourrait les alerter. Mais qui sont-ils ? Un groupe d’hommes vêtus de combinaisons noires, cagoulés, déposent un paquet devant chaque maison. Il est impossible de distinguer leur visage, caché par une sorte de masque à gaz. En baissant les yeux, j’aperçois un carton à mes pieds. Les hommes en noir sont déjà loin. Je saisis le paquet et referme vite la porte. L’air vicié brûle mes poumons et je tousse violemment pour essayer de l’expulser. Le carton. Mes mains arrachent le ruban adhésif avec frénésie. C’est de la nourriture. Je ne comprends pas. S’il y a de la nourriture ailleurs, pourquoi nous laisse-t-on ici ? Pourquoi nous maintenir en vie plutôt que nous sortir de ce guêpier ? Les idées se bousculent dans ma tête quand, soudain, un son strident me vrille les tympans. Trois coups brefs.

— Franchement, pourquoi vous vous acharnez avec cette machine ?

La jeune femme me regarde avec dédain, tout en soulevant le casque qui recouvre ma tête. Je m’assoie, un peu hébété.

— L’heure est écoulée. Alors, pourquoi vous obstinez-vous à vouloir démarrer la séance au début du XXème siècle ? Visiblement, ce n’est pas ce qui vous convient, puisqu'à chaque fois, vous vous arrangez pour vous retrouver dans le futur.

C’est un comble ! Je paie pour utiliser la machine à idées et voilà que je me fais engueuler par cette pimbêche. Pourtant le prospectus annonçait des résultats époustouflants. La machine à idées avait été inventée par Imagina Corp pour les écrivains en panne d’inspiration. Ce n’est pas ma faute si je ne parviens pas à entrer dans une scène historique, si je détourne le scenario pour revenir systématiquement dans le présent ou le futur proche.

— La prochaine fois, on oublie la lampe à pétrole. Essayez de me dégoter dans votre base de données une scène qui se passe à l’extérieur. Tiens, pourquoi pas à Chicago, à l'époque de la prohibition ?

— Très bien, c’est comme vous voulez. C’est vous le client.

Je n’ai pas plutôt le dos tourné qu’elle chuchote avec sa collègue.

— De toute façon, quand on est un écrivain raté, on le reste.

J’ai très bien entendu, mais je préfère me taire. Je lui prouverai qu’elle se trompe.

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags :

Réécrire "L'Automne" (Joe Krapov)


J’entends marcher dehors.
Tout est clos. Il est tard.
Ma lampe seule veille.

J’entends gueuler dehors.
Sans doute est-ce un fêtard
A la trogne vermeille,

Arsouillé au Cahors
Pour noyer son cafard,
Ayant bu deux bouteilles ?

Ou bien, jouant Milord
Allé au bobinard
Où son or appareille,

Jean-François à tribord
Hurle un hymne paillard
Aux charmes de Mireille ?

A Nantes, mill’ sabords,
Pourquoi tant de gueulards
Nous cassent les oreilles ?

Puis tout se tait dehors,
S’éloigne le braillard,
La ville s’ensommeille.

Moi je choisis mes ors,
Les dispose avec art
Sur ces musiques vieilles.

Tous ces oripeaux morts
Le soleil, ce roublard,
En fait lande à merveille.

Vivaldi en ressort,
Allume le brouillard
Prend saveur de groseille.

Puis je couche mon corps
Au lit, un peu plus tard,
Et Morphée appareille.

L’âme en paix on s’endort,
Exempt des traquenards,
Vers la nuit sans pareille.

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
Tags :

Obscure-moi (Stella No.)

J'entends marcher dehors. Tout est clos. Il est tard.Ma lampe seule veille le temps qui s’écoule inexorablement. La nuit est mon domaine. Tout y est perceptible. Les canalisations du voisin, le chien errant, l’adolescente babillant dans l’appartement du dessus. Je suis seule et j’ai conscience de tout ce qui m’entoure. Chaque murmure me parvient avec clarté.  Chaque battement de mon cœur martèle mes pensées. Des pensées sombres. Sombres comme la nuit. Sombres comme ma vie.

Un verre de JD à la main, plantée devant la fenêtre ouverte, le regard fixé sur la rue. J’observe le monde à ma manière. J’exhale un soupir de bien-être. L’invisible devient discernable. Je deviens le monde qui m’entoure. J’existe sans crainte et sans fureur. Je m’accomplis parmi les ténèbres. Les stimuli de la nuit m’emplissent et me rassérènent. Là où la lumière me détruit, l’obscurité me nourrit.

Pas besoin de se concentrer pour discriminer les sons. Tout est pur. Je peux isoler et définir chaque élément du monde. Je fais enfin partie de ce monde qui m’est hostile le jour.Pas besoin de se contraindre afin d’éviter des obstacles. Mon monde est solitaire. Je peux marcher dans la rue, je peux courir sans risquer de percuter un être humain trop égoïste pour s’écarter. Je suis le monde, je suis la plénitude.

 Et demain… demain m’effraie encore plus que la lumière. On me propose de quitter les ténèbres. Un médecin aurait la solution. Demain, il souhaite m’opérer. Demain, il a prévu de rendre la vue à l’aveugle que je suis. L’obscurité m’a accompagnée depuis tant d’années. On me demande de la trahir. Au nom de la famille, au nom de l’amitié, au nom de l’amour. Ils disent que ce sera mieux pour moi. Ils disent que je serai plus libre. Qu’en savent-ils, ceux du monde de la lumière ? Je ne sais pas ce que je suis, mais ce dont je suis sûre, c’est que je suis connectée à la nuit.  Alors demain… demain, je verrai bien.

 Ste

*Photo de Arif Ali (AFP/Getty Images) que j’ai légèrement retravaillée.

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [40] - Permalien [#]
Tags :

J’entends marcher dehors ! (Sergio)

J’entends marcher dehors. Tout est clos. Il est tard.ma lampe seule veille.

Je l’éteins par prudence car marcher n’est pas l’expression exacte.

Ce qui vient vers cette porte dérobée  de ce vieux cimetière anglican ou j’attends caché, avance plutôt en claudiquant, en trainant les pieds. Cette démarche asymétrique et lourde s’accompagne d’un crissement métallique alternatif qui dans le calme crépusculaire de cette vallée oubliée, dans ces brumes sinistres à peine transpercées par une lune blafarde écorcherait le flegme du plus calme des observateurs.

Je n’aurais pas dû venir. Mon vieil ami le professeur Howard-P-L m’avait mis en garde. Il m’avait fait jurer de ne pas m’y intéresser. Des évolutions cauchemardesques m’ont forcé à un parjure.

Quelques décennies auparavant il avait essayé de comprendre. Il n’en était pas revenu indemne. Il en était revenu fragile, ne sortait plus la nuit et évitait soigneusement les vieux quartiers de la ville basse où s’étaient  retranchés tous ces êtres bizarres, secrets, toujours chaudement couverts comme s’ils étaient transis de froid. Ils étaient arrivés, petit à petit, débarquant dans le secret par le port de cargo apatride. Peu de gens avaient vu leurs visages mais ce petit nombre décrivaient, horrifiés leurs faces simiesques couvertes d’une peau de batracien gluante. Ils s’étaient installés près des eaux noires et huileuses de l’ancien port désaffecté, dans les vieux entrepôts qui avaient vu  tant de commerce avec des colonies oubliées depuis.

Ma curiosité malsaine m’avait mené dans cette nécropole et ce que je vis apparaitre par la lourde porte grinçante me fit quasiment perdre connaissance. Je me recroquevillais derrière la grille rongée par la rouille  du vieux caveau dans lequel je m’étais caché. La, terrorisé, me mordant le poing jusqu’en saigner pour ne pas hurler, je vis passer devant moi un défilé démoniaque de créatures mi-humaines, mi-animales , leurs yeux globuleux, exorbités tournés vers la lune et psalmodiant dans une langue inconnue, assemblage de cliquetis insectoïde  et de raclements de gorge glaireux. Je m’aperçus alors que ce que j’avais pris pour le bruit métallique de godillots ferrés était en fait le raclement cauchemardesque de griffes acérées pointant de leurs trois orteils nus. Le sautillement trainé, leur démarche proprement amphibienne, la bizarre mélopée et les effluves envoutantes qui s’élevaient de leurs encensoirs réalisés dans ce qu’il me sembla être un crâne humain, eurent raison de moi.

A peine la dantesque parade évanouie dans la partie la plus ancienne, la plus dégradée où seules de très vieilles stèles de basalte revêtues d’inscriptions cunéiformes à demi-effacées, s’élèvent tordues et brisées , je m’enfuyais comme poursuivi par une légion  de démons. Je fuyais vers la montagne, suivant des sentes dans des landes rases aux rares arbustes distordus. Je fuyais ce cimetière et ces créatures sorties des enfers mais surtout je fuyais mes semblables.

La vision de ces hybrides mi-humains, mi-sauriens m’avait confirmé une chose terrible, inavouable.

La même mutation était en marche sur moi. Mes pieds avaient commencé à se transformer. Je n’avais comme eux, plus que trois orteils au bout de pieds squameux et palmés. Mes ongles devenaient  des griffes, de terribles griffes. Je me voûtais et la lumière du jour m’était devenue insupportable. J’étais irrésistiblement attiré vers l’eau, une attirance atavique.

Il fallait que je m’éloigne de la ville, de ses miasmes fétides qui véhiculent  l’infection. Pendant que ma conscience me  le permettait je devais me perdre dans les bois noirs du versant sombre de la montagne,  il fallait que je m’y oublie définitivement.

Mais il est déjà trop tard. Je les sens. Ils me suivent. Je suis déjà un des leurs.

J’entends marcher derrière. Le monde est clos et il est tard.

Ma lampe seule veille sur la lande.

 

ser01

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags :

Dans la brume de la nuit (MAP)

J’entends marcher dehors, tout est clos, il est tard.
Ma lampe seule veille ...

Seul moi aussi et pas très rassuré dans la maison de mon grand-père chez qui je viens passer le week-end

doucement, tout doucement je m'approche de la fenêtre

j'écarte imperceptiblement le lourd rideau

dans la brume de la nuit une forme étrange m'apparaît

un être à la tête curieusement pointue

enveloppé d'un long manteau

tenant en sa main un bâton en forme de colimaçon !!!

Il s'approche, son bâton frappant le pavé !

Il murmure des mots mais je n'en perçois pas le sens ...

Il arrive, il arrive,  droit vers la maison

Il sort une clé et ... entre !!!

Je crie ma PEUR sans pouvoir bouger !!!

...................................................

- "Allons Fiston !!! Tu ne me reconnais pas !!!"

L'homme retire son chapeau, enlève sa barbe,

pose sa crosse dorée, se défait de son long manteau  ..."

- Papy !!! Tu m'as fait une de ces peurs !!!"

- Oh j'aurais dû te prévenir que j'allais à une répétition pour le défilé de Saint Nicolas mais je pensais rentrer de bonne heure avant ton arrivée, c'est pourquoi je n'ai pas pris le temps de me changer ! Figure-toi que ma voiture est tombée en panne et que j'ai dû faire tout le chemin à pied pour rentrer !!!!

 

Grand Saint Nicolas

 

 

 

Posté par MAPNANCY à 00:01 - - Commentaires [29] - Permalien [#]
Tags :