14 septembre 2008

Eperdument. ( Kloelle)

 

Ils m’ont souvent demandé, avec cet air subtilement condescendant, si j’en rêvais aussi la nuit. Je levais les épaules en souriant gentiment…ça ou autre chose je leur répondais. A quoi bon tenter de leur expliquer : je n’en rêvais pas la nuit, elle était mes nuits.

C’est dans mes rêves d’enfant que je l’ai vue pour la première fois. Elle n’était ni aussi belle, ni aussi aboutie qu’elle l’est maintenant, mais elle avait déjà cette fragilité, cette façon de braver les équilibres naturels, comme suspendue entre terre et nuages.

Ce n’est que plusieurs années après, alors que nous prenions nos premières vacances à la mer, que je l’ai, à la chaleur moite du sable se courbant sous mes doigts, délivrée de son carcan chimérique. Du sable, elle avait bien sûr la beauté instable et passagère, mais elle prenait néanmoins corps avec une intensité étourdissante.

A cette époque, mon père déjà, se moquait des ébauches, des croquis et maquettes qui encombraient ma chambre. Or, je n’étais pas de ces adolescents qui s’affirment, j’étais de ceux qui emprisonnent leurs rêves et qui suivent le droit chemin pointé par leurs aînés sans autres discussions.

C’est devenu comptable chez maître Chifrellan, comme l’avait, en son temps, été mon géniteur, que l’irréfragable envie de poser la première pierre de ce rêve se dessina à nouveau. L’ennui de mes journées passées entre passifs et chiffres noirs ? La fadeur du mur de la cour qui constituait notre seule échappée vers l’extérieur ? Je ne sais ce qui m’y décida, mais je pris, dès lors, l’habitude de consacrer mes poses à l’élaboration des épures et dessins qui, le soir même, guidaient mes mains.

Je ne faisais guère attention aux rires nerveux de mes compagnons, aux gloussements et autres mimiques bouffonnes qui cimentaient leur misérable cohésion à me croire fou ou au mieux farfelu. Tout mon intérêt était dirigé à son endroit. J’élaborais la conception de mon ouvrage, j’organisais le déroulement de mes nuits, entre sommeil, déplacement de matières et érection.

Pourquoi la nuit ?

Mais…Ce qui se jouait en secret au fond de mes vergers, en lisière de bois, dépassait les limites de l’imagination dont mes concitoyens étaient capables. Et puis, je la voulais pour moi, pour moi seul.

Vous dire à quel point j’ai aimé reposer de tout mon long sur sa peau granuleuse, parcourir de mes mains abîmées ses ogives charnues, brûlantes du soleil de midi, bercer mon regard de l’ombre que faisait la lune sur ses courtines fuselées, les mots me manqueraient.

Je l’ai espérée comme on espère un amour unique, et, au soir de ma vie, si je vous écris à vous, qui un jour nous découvrirez, elle et moi, c’est pour que vous compreniez que nul ne doit jamais nous séparer.

Elle

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Sans titre (Poupoune)

On m’a souvent demandé ce que je voulais faire de ma vie.

Quelle drôle de question !

Que peut-on bien faire d’une vie ?

Donnez-moi un bâton, j’en ferai un pipeau.

Donnez-moi une brassée de fleurs, j’en ferai un collier.

Donnez-moi quelques chiffons, j’en ferai une poupée.

Donnez-moi de jolis mots, j’en ferai un poème.

Mais une vie ?

Que voudriez-vous que je fasse de ça ?


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13 septembre 2008

On m’a souvent demandé pourquoi je ne veux pas dormir (Tiphaine)


On me demande souvent si je suis insomniaque.

Un insomniaque est quelqu’un qui n’arrive pas à trouver le sommeil.

Il m’est très facile de trouver le sommeil. Il me suffit de m’allonger dans mon lit et de fermer les yeux.

Je ne suis pas insomniaque, c’est ce que je réponds.

On me demande souvent ensuite pourquoi je ne dors pas la nuit.

Je dors la nuit. Très peu. Mais je dors.

On me demande alors pourquoi je dors si peu.

Je dors peu parce que j’aime vivre.

On me demande si dormir ce n’est pas vivre aussi.

Je n’en suis pas sûre. C’est vivre, sans doute, mais de manière inconsciente. Et moi je veux croquer tous mes jours et toutes mes nuits à pleines dents, je veux les savourer tous et toutes jusqu’à l’épuisement.

On me demande ce que je fais de mes nuits.

Je fais de mes nuits ce que je ne peux faire de mes jours.

Je me retrouve.

On me demande si je suis capable de tenir le rythme toute ma vie, si je ne devrais pas plutôt me préserver, penser à ma santé, avoir un minimum d’hygiène de vie.

Je n’en sais rien.

Mais je sais que le jour ne me suffit pas.

Je préfère user ma vie en en profitant que regarder passer mes jours d’un œil morne.

On m’a souvent demandé ce que je veux dire.

Je ne veux rien dire.

Je dis.

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Vouloir - Janeczka

On me demande souvent pourquoi je ne veux pas d'enfants.
Cela fait deja huit ans que je me suis mariee. Je travaille dans une creche, a m'occuper de nourissons. Des enfants, j'en vois tout le temps.
Alors, pourquoi pas moi?

Peut-etre, justement, parce que j'en vois autant. Certaines choses perdent de leur attrait lorsqu'elles deviennent routinieres.

Ou peut-etre, tout simplement, que j'ai appris a ne pas vouloir ce que je ne peux pas avoir.

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Que veux-tu mon Petit n ? (Cartoonita)

On m’a trop souvent rien demandé
U
ne indifférence fatale
I wanna be the chef incontesté
A
dmirez-moi
E
t tremblez
Dictature for ever
V
ichy n’a pas suffit
I
l est où le temps des exécutions
G
uerres, famines,
désespérance ?
E
cco ego

En_vue

L'amie MAP vous envoie cette image, Cartoonita.

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Destination passion (Fabeli)


On m’a souvent demandé, de tous mes voyages, lequel j’ai préféré

.

De tous mes voyages, de tous mes sillages

Le seul qui ait compté est un voyage immobile, un voyage secret.

A l’appel du désir mon cœur s’en est allé

Sans apprêts, sans bagages, il a juste embarqué

.

Un geste, une parole, bouleversement des sens

Un rêve à tenir, une frontière à franchir

Un pas capital qui jusqu’à elle m’a conduit

.

Aux rives d’un amour interdit

J’ai mené la nef de mes envies.

Lumière inédite d’un regard sans limite

Géographie insolite sur une peau inscrite

.

Au pays de l’amour mon cœur s’en est allé

Sans regret, sans dommage, il a juste succombé
.

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TRADUTTORE TRADITORE (Joye)

On m’a souvent demandé des pages de textes

À traduire tous les jours, même les années bisextes.

En anglais, en français, et même en espagnol,

I write, et j’écris, escribo comme une folle.

.

« Voici trente pages, aurais-tu trois minutes ?

What ? Ça prendra trois jours ? Tu blagues ? Tu chahutes ?

Mais moi, je n’en passais qu’un mois à l’écrire !

Und du, sagst du nicht wie Mann sagt « jalon-mire » ??? »

.

Muzukashi ! j’exclame. Sumei masen ! Pardon !

Я не говорят по-русски, je t’assure, non non non !

« Si, tu parles swahili ! Tu m’as dit « Tiens, jambo ! »

Pssst ! Me faut des copies en Urdu et Sotho ! »

.

« Tu as suivi un cours de signe, m’a-t-on dit

Peux-tu interpréter lors d’une messe samedi ?!? »

On m’exige tout le temps une sorte de miracle

I protest, digo bom, et prépare la débâcle…

.

Inch’allah, je les rends, mes traducs, mes désastres

Sans qu’on m’offre des pesos, des roubles, ou piastres.

Je préfère les sympas qui me lancent un défi

Car écrire des poèmes is more my cup of tea.

.

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Qu'est ce qu'on mange? (Berthoise)

On m'a souvent demandé: «  Qu'est-ce qu'on mange ? »

Le soir , sur le coup de sept heures, quand sonne l'angélus, il est une antienne qui sonne à mes oreilles ; plusieurs voix pour la reprendre, plusieurs tons pour la chanter, mais toujours les même paroles.  « Qu'est-ce qu'on mange ? »

Quand je suis courageuse, ou prévoyante, ou affamée, j'énonce le menu d'une voix décidée. Je ne souffre aucun commentaire, aucune remarque, pas une suggestion. De la fermeté, de la détermination, c'est moi la maîtresse du logis.

Quand la fatigue me pèse, que je n'ai pas eu le temps ou pas le courage ou pas l'envie, je voudrais un petit mari : un comme ceux de la télé qui mitonnent des ratatouilles, un tablier noué sur les reins, une odeur de petit salé, un fumet de mitonné, enfin quelque chose de bon où je n'aurai pas mis les mains. Pas un dîner aux chandelles, non, un repas du soir dans la cuisine, sur la toile cirée, avec quand même une bonne bouteille, un de ces vins bien charpentés qui égaient l'humeur en peu de temps. Les volets seraient fermés, on aurait mis nos charentaises, il m'appellerait en bas de l'escalier et me dirait : « C'est prêt ! »

Je descendrais, le sourire aux lèvres, je m'assiérais, sortirais ma serviette roulée de son rond, et j'attendrais qu'il me serve. Les enfants seraient dans un bon jour, un jour de rires et de bons mots, ils auraient faim et seraient à l'heure.

Mon petit mari me dirait : «  Tu aimes ? »

Je serais polie, je dirais : «  Oui. »

Ce serait vrai.

 

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On m'a souvent demandé (Jaqlin)

On m’a souvent demandé

D’obéir, de travailler

On n’m’a jamais proposé

De jouer, de m’amuser.

On m’a souvent demandé

D’avancer, de progresser.

On n’m’a jamais proposé

De dormir, de rêvasser.

On m’a souvent demandé

D’écouter, de respecter

On n’m’a jamais proposé

D’oublier, de négliger.

On m’a souvent demandé

D’assister, de protéger.

On n’ m’a jamais proposé

De laisser, de paresser.

On m’a souvent demandé

D’affronter, de résister

On n’ m’a jamais proposé

De céder, d’abandonner.

Voilà, je suis arrivé

Ni blasé, ni malmené

S’il fallait recommencer

On m’a souvent demandé…

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Maudits mots dits (Caro Carito)

Maudis Les Mots Dits

Maudits je t'aime

Tu me demandes si je t’aime.

Dans la chaleur des draps froissés.

En voiture, quand j’ai l’œil rivé au rétroviseur.

Au cinéma, devant le mot fin en lettres blanches.

A l’encre liquide de tes sms.

Après tu éclates en sanglots, en te pendant à mon cou.

Je dénoue tes doigts qui s’agrippent.

Aimer, être aimé, c’est aussi avoir mal, répètes-tu.

Dans mes réponses, je mets toute me tranquille assurance,

Cette force que tu as peur d’user.

Tu t’excuses, tu ries, tu jures, tu t’enfuis.

Tu reviens.

A eux aussi,

Tu leur demandes si je t’aime.

Traquant les indices

Surveillant les regards furtifs.

Les lâchetés que je m’autorise.

Tu questionnes, tu interroges,

Tu incommodes, tu t’emportes.

Tu les prends à témoin, eux, moi,

L’univers entier et même après…

Alors tu t’effondres.

Je te ramène, exténuée, à bout de toi.

Tu t’endors dans le vieux sofa rouge.

J’entends encore tes lèvres murmurer

Ces mots dont il ne reste que la trame.

Je reste impuissant car, comment te dire, mon aimée,

Que tes doutes forgent mes certitudes.

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