11 mai 2013

Exercices de style... (Célestine)

Panégyrique

Oh mon dieu, je n'ai jamais vu un concert d'une telle émotion, extraordinaire le charisme de cette chanteuse, une voix de cristal, les spectateurs étaient en transe, je te jure, quand ils ont levé leurs briquets j'en ai eu la chair de poule ,je n'ai jamais rien entendu d'aussi beau, c'était formidable l'aura de cette fille, et elle a un corps, si tu avais vu ça ! De rêve, quand elle soulevait sa poitrine, ah mon vieux c'était fabuleux, plus personne ne respirait dans la salle, génial comme elle tient son public, c'est la meilleure, je suis vraiment un fan conquis et inconditionnel ! Comment ça tu l'aurais deviné ?


Jalouses

-Non mais regarde-moi cette pouf, comment elle se la pète !

-Si au moins elle chantait bien ! Mais franchement c'est une casserole !

-Et sa robe ! Non mais tu as vu ça ? Ça existe ça ? C'est au moins du Jean Paul Gaufré !

-Et tous ces types qui bavent en louchant sur son décolleté, tu me diras pas qu'ils viennent là pour sa voix ?

-C'est clair, et ils en redemandent, allez viens, on zappe !

-T'as raison !


Quatrain

Le roi Loth en son château

Donne un bal et grande ripaille

Jouvencelle et son flûtiau

A esbaudi les prétintailles

 

People

Hier soir sur les Champs, la chanteuse Lady Zinzin a créé l'événement en apparaissant pour un concert improvisé habillée simplement d'un extraordinaire maillot de bain en gratin dauphinois véritable. En quelques minutes, une foule compacte de fans s'était massée autour d'elle, créant un véritable embouteillage sur l'Avenue. Le buzz a été aussitôt été relayé sur les réseaux sociaux, et en quelques minutes la barre du million de twitts a été atteinte par ses followers. C'était Abigaelle de la Pignerie pour BMF TV.


Maréchaussée

Chef, nous avons apprrréhendé cette demoiselle qui semait le désorrrdrrre surrr la voie publique, nonobstant et subséquemment ! Elle s'adonnait à la prrratique d'un instrrrument de musique au lieu dit « la place de la Rrrépublique » et nous la soupçonnons d'avoirrr inconsidérrrément prrrovoqué du tapage nocturrrne en obligeant une centaine d'individus à aplaudirrr à tout rrromprrre jusqu'à une heurrre avancée de la nuit. Nous la coffrrrons, chef ?


Doute

Bon d'accord. Soit. Elle saluait. Mais qui me dit que c'était une jeune fille, d'abord, hein ? Vous avez vérifié ? Si ça se trouve c'était un jeune homme déguisé, ça s'est vu par le passé...Et le concert...qui vous dit qu'il était vraiment fini ? Vous savez, avec ces œuvres contemporaines...on ne sait jamais...Les auditeurs,je me demande s'ils ont vraiment applaudi, peut-être qu'il y avait tout simplement des mites ou des moustiques qui leur tournaient autour...non ? Ils refusaient de partir mais on les comprend...Pour aller où ? Et d'ailleurs, d'où venons-nous ? Et Dieu, dans tout ça ?

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Concert (Sable du temps)

 

 

"La jeune fille s'était levée pour saluer sous les bravos et les vivats.. Le concert était fini. Debout, les auditeurs applaudissaient à tout rompre, criaient "bis", "encore", et refusaient de partir ...

Standing ovation. Proche de l'extase, la salle en délire pleurait d'émotion et vibrait à l'unisson sous les applaudissements et les vivats délirants ...

... quand tout à coup une voix résonna dans la salle :

- " Coupez ! " -

Et quelques instants plus tard :

- " On la refait ! Tout le monde en place ! Silence ! Clap : -  le concert applaus treizième – Action ! " -

 La pianiste reprit sa place, sous les huées du public.

Dans un brouhaha indescriptible, nn spectateur du premier rang arracha le mégaphone des mains d'un grouillot de passage et prit la parole :

- " Ecoute-moi bien bonhomme, si tu tiens à ta santé !

Quatre heures que nous la refaisons ta bon sang de malheur de scène de concert de crotte !

À huit cents pèlerins dans une salle minable qui peut en contenir quatre cents à tout casser - sous couvert que l'Odéon est au-dessus de tes moyens -  engoncés dans ces vêtements ridicules de valet de cour et maquillés comme des sapins de Noël un soir de réveillon, on crève de chaud, de soif, de tout en fait, peut-être même de l'envie de t'arranger le portrait.

Rien bu, ni mangé, depuis midi, ras la perruque tu piges ?

Et sans oublier, cerise sur le gâteau, le mal aux mains à force d'applaudir l'autre nunuche, là et son crincrin.

Oh le boulet, le pompon ! bonjour la trouvaille ! les castings c'est plus vraiment le top, pas vrai ? C'est pas possible, l'a jamais vu un piano de sa vie, elle joue comme une patate ;  la surdité de Beethoven, c'est elle, c'est sûr ! P't'être lui dire que la lettre à Elise c'est pas une pub pour la Poste et que piano, d'accord, c'est aussi pour la cuisine mais ... pas que !

Alors ta treizième, Coco, c'est la fois d'trop.

Un conseil : tu la gardes ta scène à la noix, sinon t'auras en direct live, une autre idée d'un concert ... genre Jéricho après les trompettes, si tu vois c'que j'veux dire ! Tu vois ? Tant mieux !  tu commences à tilter ? ça roule, on progresse !

 Donc, voilà j't'explique le deal : on t'rend ces fringues minables de théâtre de boulevard, tu nous files le cacheton, vite fait bien fait, et pis c'est bonnard, ok ? " -

- " on ne refuse pas de partir, on s'casse ! et vive le cinéma ! " -

...

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L’important est de se faire plaisir. (trainmusical)

 

 

Avant d’aller travailler à la résidence pour personnes âgées, pour gagner un minimum vital, Laurie se met au piano afin de parfaire son doigté. Elle devra passer demain matin une audition dans l’espoir, une fois de plus depuis deux ans, de décrocher un poste professionnel de musique. La jeune femme lutte pour obtenir un moyen de lier sa passion musicale sans être obligé de besogner dans un autre domaine. Seulement, comme dans tout art artistique, la musique n’est pas la voie professionnelle la plus simple. Tout le monde n’est pas Rubinstein, Laurie en est très consciente, malgré ses longues études accomplies dans différents conservatoires.

 

À la résidence, une de ses pensionnaires, Henriette, fut autrefois professeur de piano dans une petite école de musique et aime raconter ses moments de joie avec de temps à autre l'honneur d'un petit concert. Même si son répertoire n’était pas toujours apprécié par la petite assistance, le principal était de se faire plaisir. Justement, Laurie ne cherche pas du tout à être une star, tout ce qu'elle veut c'est de ne vivre que de musique… pour son plaisir.

 

Le lendemain, le moment crucial de l'audition arrive.  Elle interprète des extraits du deuxième concerto pour piano de Sergei Rachmaninov. Cette œuvre est-elle vraiment celle qui lui convient pour un tel évènement? Difficile pour Laurie, car si elle joue du Brahms, le jury lui reproche que c’est trop romantique; si elle opte pour une sonate de Mozart, c’est semble-t-il trop facile et si elle choisit une Nocturne de Chopin c’est trop connu pour une pianiste. Quand à Rachmaninov, ça sort trop de l’ordinaire. Cependant, elle a appris une chose: quel que soit la critique, l’important est de toujours se faire plaisir, et l’expérience d’Henriette partagée la veille le confirme.

 

Le résultat de l’audition tombe avec le courrier deux jours plus tard, et une fois de plus c’est l’échec:

«Nous avons beaucoup apprécié votre participation, votre manière d’interprétation est brillante, toutefois nous avons trouvé un candidat qui répond mieux à nos besoins».

 

Elle ne se décourage pas, d’autres occasions se présentent, bien que les revers se suivent. La vieille Henriette l’incite de poursuivre la musique avant tout pour son plaisir.

Alors Laurie décide de persévérer avec ce deuxième concerto de Rachmaninov, une pièce qu’elle raffole. Il manque bien entendu l’orchestre, néanmoins elle se l’imagine, car elle est passionnée aussi d’orchestration.

 

Un jour, Henriette apprend par une amie, que le sympathique orchestre amateur local va donner dans une semaine le deuxième concerto de Rachmaninov et le signale à Laurie. Cette dernière se réjouit de l’aubaine, afin d’aller voir ce concert. Cependant Henriette rajoute:

- Il y a un gros problème, le pianiste est tombé malade et l’ensemble n’a trouvé aucun remplaçant, surtout que les moyens ne suffisent pas pour le cachet d’un soliste professionnel.

 

Laurie se met de suite à disposition, probablement l’unique occasion de sa vie d’exécuter ce concerto en public. Elle aurait même payé pour savourer un tel honneur.

Malgré la pression et l’habituel trac, tout se passe à merveille, depuis les rares répétitions jusqu’au concert.

C’est un succès. Elle ne peut dire si vraiment son interprétation est brillante, mais elle s’est fait plaisir et ne dédaigne pas ces chaleureux applaudissements qui sont un encouragement. Elle mesure que c’est également beau de faire plaisir aux autres.

 

Ce qu’elle ne savait pas, c’est que le hasard a voulu que dans le public, il y avait ce jour-là un des plus grands chefs d’orchestre du monde, un certain Georg !

 

***

 

L’interprétation de Laurie devait certainement être d’une grande virtuosité, car que ce fut difficile de gérer son agenda afin de pouvoir jouer aux obsèques d’Henriette. En effet, huit ans se sont écoulés et Laurie parcourt toutes les scènes musicaux du monde entier, lors de récitals seule ou avec les plus illustres orchestres, afin d’interpréter des compositeurs comme Mozart, Schuman, Chopin, Brahms, Mahler… Sans oublier Rachmaninov bien entendu.

 

Chaque fois elle joue pour le plaisir des autres et pour son plaisir… même en larmes lorsqu’elle rend hommage ce jour pour le repos éternel d’Henriette.

 

http://www.youtube.com/watch?v=uJRHht55E1M

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Souvenirs (MAP)

 

 

"La jeune fille s'était levée pour saluer sous les bravos et les vivats.

Le concert était fini. Debout, les auditeurs applaudissaient à tout rompre,

criaient "bis", "encore", et refusaient de partir.

 

Hélène C. toute souriante fit un pas en avant et salua le public la main droite posée sur le cœur puis retourna à son piano pour rejouer le dernier mouvement de la sonate qu'elle venait d'exécuter brillamment. Sous ses doigts agiles la musique s'envolait et remplissait l'air en ondes bienfaisantes.

Au premier rang une dame aux cheveux blancs fermaient les yeux pour mieux goûter cette mélodie.

Les souvenirs affluaient à sa mémoire : la plage, la danse de sa petite fille sur le sable, ce piano immergé dans l’océan l’entraînant à sa suite, sa main ensanglantée, ce pays inhospitalier, et cet homme qu’elle a aimé, si fort, si fort …..

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"Lettre à un jeune auteur-compositeur" (Pivoine)

"En lui, j'appréhendais ma secrète blessure.
 
Ainsi devenait-il mon frère. Ce qu'il nous montrait, de sa révolution intime, avec tant de simplicité, je l'avais mille fois souffert, sangloté, hurlé. Lui, il le disait mieux que moi. Il le chantait, comme une évidence.
Avec une économie de gestes, bouleversante.
 
L'art, c'était -je le savais- de transcender le drame intime. Celui de générations d'êtres vivants, depuis la nuit des temps. Et l'indiscret projecteur, braqué sur lui pouvait bien la livrer, cette fêlure, au monde entier. Et la mienne, demeurer secrète.
Nous avions cela, en commun. Les mots. Lui, la musique l'accompagnait. Jadis, la musique m'avait inspirée. A nouveau, comme au détour des paillettes et du décor, je la percevais, cadeau de l'imprévu !
 
En quel lieu de nous-même résidait le gouffre? Etait-il né avec nous, était-il plus ancien que nous? De quoi s'était-il alimenté? De notre trompeuse insignifiance? De notre pauvreté? De la difficulté d'être? D'être soi? Comment l'avions-nous abordé? Apprivoisé? Surmonté? J'avais passé des heures de ma vie à écrire. A lire. A peindre avec fureur et peine. Dans la solitude de ma maison. Et lui, il chantait. Partout. Mais nul ne le savait. Et pour moi, tout d'un coup, il a été tard, trop tard. Mais qu'importe? C'est ainsi. Ce fut ainsi. Je l'ai accepté.
Pour moi, mais pas pour lui.
 
Alors, quand je l'ai vu, et écouté, avec tout ce qui émane de lui - et que je sens tellement proche de moi, j'ai eu envie de dire merci. De dire combien il m'a émue. Et de répéter qu'il est heureux, et bon, que la jeunesse s'empare de ce flambeau-là pour le porter au-delà de nous.
Voilà, j'ai chaud au coeur. Depuis quelque temps, il offre -sans s'en douter- des plages d'émotion. Je sens la vibration, là, au creux, chaude et sensible. Et même si mes mains restent vides, désormais, vides de couleur, vides de mots, le monde, lui, continue et continuera de vivre par cette respiration, la sienne, et, par des millions d'autres, encore et encore! Dans le frémissement des violons, la succession des tempo, le fracas des cordes et les vives lumières de la scène.
 
Le monde! Mon univers, unique, sacré: celui de la passion faite art...
 
Faite voix."

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Jalousie (Prudence Petitpas)

86250151[1]"La jeune fille s'était levée pour saluer sous les bravos et les vivats.Le concert était fini. Debout, les auditeurs applaudissaient à tout rompre,criaient "bis", "encore", et refusaient de partir.

Stella se figea légèrement, elle n’avait pas prévu de jouer aussi longtemps. Des coulisses, son agent lui faisait signe de reprendre la sonate numéro 26 de Beethoven  qu’ils avaient répétée ensemble la semaine dernière, mais Stella n’y tenait pas vraiment et restait là, debout devant son public à saluer encore, à sourire béatement et dans sa tête un ouragan s’installait…

Il faut dire qu’elle savait ce qui l’attendait en rentrant chez elle, elle savait ce qu’elle devrait faire pour calmer l’amoureux qui lui ferait une scène terrible pour cette infidélité, pour ce moment de plaisir qu’elle avait pris à offrir cette prestation devant un public mélomane.  A chaque fois, c’était la même chose, elle rentrait fatiguée mais heureuse de ces concerts donnés et lorsque qu’en ouvrant la porte, elle  se retrouvait face à lui, elle sentait la colère de  celui qui depuis sa plus tendre enfance l’avait amené à ce succès. Elle lui avait accordé tant de temps pourtant, mais il en demandait encore, il la voulait tout à lui et ne supportait pas de se savoir trahit par un autre, plus grand, plus beau, plus luisant que lui. Et c’était là tout le drame de la vie de Stella. Elle devenait esclave de celui qui n’aurait du être que son  complice.  Elle s’asseyait alors devant lui, le frôlait de ses doigts, le caressait tendrement, l’effleurait simplement, attendant de lui qu’il lui rende sa tendresse, mais ces soirs là, rien ne se passait, il refusait carrément de  répondre à cette douceur et lui opposait un silence borné.

Patiemment elle lui parlait, lui racontait comment sa réussite venait de lui, comment elle lui devait toute sa vie, et que sans lui, elle n’aurait pas pu vivre cette passion dévorante qu’est la musique. Alors seulement, il acceptait de nouveau qu’elle l’effleure doucement, qu’elle le câline du bout de ses doigts, qu’elle laisse glisser ses mains affectueusement sur lui dans un adagio timide, qu’elle ferme les yeux pour mieux s’imprégner de leur fusion. Puis il lançait quelques notes en sourdine, s’enhardissait pour reprendre leur duo et enfin laissait s’envoler en crescendo leur passion mutuelle pour la musique.

Et dans un accord parfait, Stella et son cher piano composaient les plus belles symphonies jamais jouées !

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Participation de titisoorts

" La jeune fille s'était levée pour saluer sous les bravos et les vivats. Le concert était fini. Debout, les auditeurs applaudissaient à tout rompre, criaient "bis", "encore" et refusaient de partir..."
Une pluie de fleurs tombait devant ses pieds. Son répertoire était pourtant terminée, le rappel avait déjà eu lieu. Une forte émotion l'envahie, les larmes montèrent, emplissant ses yeux de passé, pour redescendre par tant de chemins parcourus, tant de chagrins, tant de sacrifices, qu'elle ne comprenait pas cette ovation. Pourtant elle faillit tressaillir, l'émotion la submergeait, l'auditorium se brouillait sous ses yeux embués, sa mémoire lui rappela. Elle s'installa au piano et recommença à jouer. Plus besoin de partition, plus besoin de support, cette musique, elle l'avait dans la peau, par coeur, elle l'à connaissait sur le bout de son coeur. C'était la musique que jouait sa maman, inlassablement. Elle se souvenait, elle, dans son parc, sa maman au piano, en train de jouer. Ses oreilles, ses yeux, son coeur, son corps s'en souviennent. Elle avait juste besoin de tant d'amour, seule dans son parc, l'amour qu'elle ne ressentait que par la musique qui partait des doigts de sa mère, pour arriver jusqu'à elle, jusqu'à l'envahir dans tout son corps. Brigitte, partit dans ses pensées, se concentra et revint sur ses notes.
Lorsqu'elle jouait, elle ressentait cet amour, la mélodie de son enfance, la mélodie de sa vie, puis, ses pensées impossibles de rester en places, se tournant vers ce passé. Elle, Brigitte, écoutant cette mélodie, elle arrivait à ressentir l'état émotionnel 
de sa maman, lorsque le morceaux déviait de sa douceur, elle la savait contrariée. Alors, seule, dans mon parc, je pleurais et réciproquement lorsque je l'a sentais heureuse, je riais, jusqu'à me calmer et m'endormir, lorsqu'elle rejouait sereinement. J'aurais tant voulu dans ces moments, me rapprocher pour me blottir tout contre elle, me consoler, me câliner, mais mes espoirs en sont restés vains, pas d'amour démonstratif. C'est elle qui bien plus tard, me faisait apprendre mes leçons de piano, c'était pour elle que je travaillais si durement. Le piano n'était qu'un instrument, j'en était moi même celui de ma mère. C'est bien pour elle, que j'ai joué ce soir.

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Participation d'Adrienne

"La jeune fille s'était levée pour saluer sous les bravos et les vivats.

Le concert était fini. Debout, les auditeurs applaudissaient à tout rompre, criaient "bis", "encore", et refusaient de partir."

Extrait du livre d'Elise Fischer : "Les alliances de cristal"

***

Dans les coulisses, chacun la repoussait chaque fois sur la scène : Va, va, retournes-y, salue !

Les organisateurs du concert étaient là aussi, pressants : Tu n’as rien prévu pour un bis ? une petite pièce ? un mouvement, un seul ? un de ceux que tu as joués ?

La jeune fille était vidée, épuisée, livide. Mais il n’y avait personne pour le remarquer. Ni dans la foule, qui exigeait son petit supplément de plaisir musical, ni derrière les coulisses.

Celui qui s’était arrogé le rôle d’impresario était le plus acharné : Va donc ! ne te fais pas prier ainsi !

Cette petite si prometteuse n’allait tout de même pas commencer à faire des caprices de star ? Il espérait beaucoup de cette soirée et voyait déjà deux ou trois articulets élogieux dans la presse. Il y avait des journalistes dans la salle, qu’il avait invités, et qui étaient restés jusqu’à la fin. Bon signe !

Le lendemain, en effet, on pouvait lire ceci :

« Jeune virtuose morte sur scène »

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Participation de Berthoise

J'ai cherché mon chapeau, enfilé mon  manteau que j'ai laissé ouvert. J'étais déçue. Vaguement déçue. Étonnée  d'en être si marrie. J'ai échangé quelques mots avec ma voisine, c'est  elle qui m'avait refilé la place en me demandant de l'accompagner.  C'était bien sympa de sa part. Une sortie, même en semaine, ça ne se  refuse pas. Mais j'étais déçue. Je lui ai dit que je trouvais le jeu  brillant. Oui,  ça je pouvais le dire. La nana, elle jouait vachement bien. Du reste,  le public ne s'y trompait pas, qui applaudissait encore. Pouvais-je  vraiment lui avouer que Tchaikovsky n'était pas ma tasse de thé, que  Chostakovitch me pompait un peu l'air ? Je n'ai rien dit, je suis polie,  je l'ai remerciée encore de cette bonne soirée, d'avoir pensé à moi. On  a quitté le théâtre où il faisait sacrément chaud. On a traversé le  parking. J'ai boutonné mon manteau et remonté le col. Il tombait une  neige mouillée qui s'écrasait sur le sol en laissant une boue sale. Dans  la voiture, on a parlé de choses et d'autres. De rien, de tout, du  boulot, des enfants, des maris. Elle m'a déposé devant la grille de la  maison. J'ai trottiné pour traverser la cour. Je suis rentrée, contente  d'être arrivée. C'est en ôtant mon manteau et mon chapeau que je me suis  aperçue que j'avais perdu mes gants.

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Comme Ludwig (Vegas sur sarthe)

La jeune fille s'était levée pour saluer sous les bravos et les vivats.
Le concert était fini. Debout, les auditeurs applaudissaient à tout rompre, criaient "bis", "encore", et refusaient de partir.
 
C'était l'instant qu'elle savourait le plus quand - l'épreuve finie - elle recevait de plein fouet l'hommage dont elle se sentait indigne.
Comment elle avait une fois de plus étrillé la Truite sauce Schubert puis expédié prestissimo cette Marche Turque comme s'il y avait le feu au balcon !
Ce soir l'apothéose avait été ce Vivaldi printanier agrémenté subrepticement d'un zeste de Cabrel au beau milieu de l'allegro, un p'tit coup d'sarbacane ni vu ni connu... “quand au son festif de la musette dansent les nymphes et les bergers”. J't'en foutrais des bergers, moi!
 
Du feu, ils n'y avaient vu qu'du feu!
Et ça continuait de crier... peut-être des “Bis” et des “Encore”.
La friponne en avait gardé sous la pédale et se jura d'en remettre une couche si les bravos ne cessaient pas.
S'ils n'avaient jamais entendu voler un bourdon, ils allaient pouvoir goûter du sien quitte à rester fâchés à vie avec Rimsky-Korsakov.
Elle n'aimait pas ce ruskov pas plus que Schubert ou Mozart. Elle n'aimait pas Beethoven non plus, ni Liszt, ni Chopin...
 
En fait elle n'aimait pas le piano, surtout ce râtelier de chicots noirs et blancs qu'on appelle clavier et qui lui rappelait trop l'oncle Hubert.
Un jour elle leur dira qu'elle hait le piano.
Peut-être même leur confiera-t-elle qu'elle est sourde de naissance... comme ce Ludwig.

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