Frisson d'Automne (Célestine)

Célestine

photo : Croukougnouche


Elle ne sait pas Il sait
Il sait l'automne et ses tristesses oranges amères
Pour elle les feuilles d'automne c'est l'or du ciel qui tombe en tourbillon
Elle n'entend pas la mélancolie
lourde du pas qui les écrase
Lui ne voit là que la marque infâme et appuyée de sa vieille ennemie intime celle qui s'invite en ses rêves
durant ses nuits de lassitude
Il connaît bien son masque sans courtoisie
Celui qui entre sans frapper
Il sait lui elle ne sait pas
Elle lui dit la vie est comme ce ballet jaune rouge marron orangé
A son frisson novembre a semblé lui sourire
Et elle sourit le cœur fondant de joie de vivre
Et lui sourit aussi mais le cœur en écharpe il sait que les feuilles sont mortes
et que leur splendeur rousse n'est que leur dernier chant
Il sait mais il ne lui dit pas
Il tait de la vie ses fulgurances cet abject feu de paille qui brûle en trois instants tout ce que l'on croyait à jamais
Il sait mais il se tait
Il regarde mourir les feuilles
Il regarde danser en elle
le regard des étoiles mauves et sourdre des étincelles au matin des possibles
Il se tait
Il aime trop garder sa main dedans la sienne
et son printemps rafraîchissant qui réchauffe son froid hiver
Ce craquant tapis de feuilles qui  recouvre insolent le fossé des générations
Et la danse des feuilles mortes a un instant le parfum de l'éternité


musique: Chanson d'automne, William Sheller

http://www.deezer.com/track/2277059

 

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Mille feuilles (Poupoune)

- Maman, regarde ! C’est quoi ?

- C’est une feuille morte.

Je la revois encore me montrer la belle grande feuille qu’elle venait de ramasser par terre. Et je revois son regard s’assombrir une seconde, avant qu’elle ne réponde fièrement, serrant sa feuille contre son cœur :

- Non, c’est une feuille sauvée.

Elle n’avait pas trois ans et j’avais trouvé ça adorable.

Pour la peine, je l’avais même laissée ramener sa feuille à la maison. Elle s’en était occupée comme elle l’aurait fait d’une poupée et avait évidemment voulu dormir avec.

- Oh ben non ma chérie, tu l’abîmerais !

Elle en avait convenu et ce n’est qu’une fois endormie que j’avais procédé à l’évacuation, via le vide-ordure, de la feuille morte. Je pensais qu’elle l’aurait évidemment oubliée le lendemain, mais pas du tout.

- MAMAN !!! Où elle est ma feuille ? Elle a disparu !

J’ai toujours mis un point d’honneur à dire la vérité à ma fille, alors je lui ai avoué que je l’avais jetée, lui expliquant au passage que le sort d’une feuille morte étant soit de pourrir (et de puer), soit de sécher et de tomber en poussière, il était préférable de s’en séparer avant qu’elle ne devienne un problème ménager.

Mon explication n’a aucunement convaincu ma fille qui a hurlé en se roulant par terre pendant environ trois quarts d’heure et qui m’a fait la gueule pendant pas moins de cinq heures – cinq heures sans me dire un mot ! – jusqu’à ce qu’elle trouve une nouvelle feuille à sauver. Dont je me suis une fois encore débarrassée, mais cette fois je n’ai pas joué la carte « on se dit tout » le lendemain matin :

- Elle a dû s’envoler et retourner sur un arbre quand j’ai ouvert la fenêtre.

Ça a failli marcher.

- T’as ouvert la fenêtre de ma chambre pendant la nuit ?

Et merde.

J’ai perdu toute crédibilité en bafouillant une mauvaise excuse pour la fenêtre. Hurlements, bouderie, drame et j’en passe, jusqu’au sauvetage de feuille suivant.

Je ne saurais dire combien de scènes du même genre on a eues. Ou combien d’excuses foireuses j’ai tenté de lui faire gober pour justifier la disparition de ses feuilles. Elle n’en a pas cru une seule. Et puis un jour, elle a eu l’air de se lasser. Victoire peu glorieuse, à l’usure, mais pendant plusieurs jours je n’ai pas entendu parler de la moindre satanée feuille, morte ou vive. Ce n’est qu’au bout de presque deux semaines que l’odeur m’a alertée : j’ai dû retourner sa chambre pour en trouver l’origine et j’ai fini par mettre la main sur un plein sac de feuilles. Les soins qu’elle leur dispensait comprenaient manifestement un arrosage généreux et l’ensemble était désormais une bouillie puante qui dégoulinait sur les vêtements posés dessous. J’ai réussi à prendre sur moi pour ne pas me laisser submerger par la colère et j’ai essayé de gérer l’incident calmement. Ce qui impliquait tout de même nécessairement de jeter le paquet de merde sans tarder. Et toutes mes tentatives d’apaisement ont été vaines : cris, coups de pieds et poings dans les murs et les portes et j’ai cru qu’elle ne cesserait jamais de me faire la gueule. Si bien que le jour où elle a cessé, j’ai supposé qu’elle avait trouvé une nouvelle ruse pour faire entrer frauduleusement ses putain de feuilles dans l’appartement et son silence buté a laissé place à ma suspicion.

C’est à peu près à ce moment-là que notre relation a commencé à se dégrader. Et c’est allé de mal en pis, parce que j’ai déjoué tout un tas de ses plans de sauvetage de feuilles, chacun m’interdisant un peu plus que le précédent de la voir autrement que comme une conspiratrice sournoise et elle a, quant à elle, fini par me voir comme l’ennemie de ses aspirations profondes. Elle s’est mise à me détester bien avant l’adolescence et n’a jamais cessé depuis.

A quoi ça tient, quand même.

 

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Et l'automne me prit. (Djoe l'Indien)



De l'arc-en-ciel j'ai pris le vert à la naissance
Parfois de rouge ai gratifié mes premiers pas,
Petit bourgeon, mais c'est en vert vert jusqu'au trépas
Que j'ai vécu flottant au vent avec aisance

J'ai côtoyé un papillon. Réjouissance,
Après avoir de sa chenille été l'appât !
Pas à son goût pour qu'elle en fit même un repas
J'ai pu muser tout un été. Reconnaissance.

Oui mais voilà l'automne est là et mon bel arbre
Veut me quitter, passer l'hiver en habit glabre...
J'ai beau tenter de le charmer, flambant grenat

Orange et or pour émailler l'aube naissante
Il ne me voit ! Le vent bientôt, assassinat,
M'arrache à lui, me fait danser. Eblouissante !

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Ronde des saisons ou saison des rondes ? (Joe Krapov)

1
Quand elles ont suivi régime
On peut parfois faire son deuil
De certaines dames accortes

A l’état de sac d’os réduites
Honorer ces côtes saillantes
Devient terrible sacerdoce

2
Quand l’automne a commis ses crimes
Il en est peu qui se recueillent
Devant toutes ces feuilles mortes

Quand vous étiez toutes petites
Vous ramassiez ces encombrantes
Et pensiez en faire négoce

3
Il est assez illégitime
De les fourrer en un cercueil
Ce serait trop d’émotions fortes

Certaines sont de vraies pépites
Leurs couleurs sont si éclatantes
Qu’on s’imaginerait à la noce

4
Pour son petit journal intime
L’adolescente émue en cueille
- Des marques pages en quelque sorte ! –

Dans ce feu tous les mots crépitent
Les confessions sont plus troublantes
Et la plume devient véloce

5
Ce que la saison froide abîme
Nous est un tel régal pour l’œil
Que sans cesse je prends la porte

Tant d’images que j’ingurgite
Loin du vieux confort des fauteuils
Avec un appétit féroce !

6
A la muse je paie ma dîme
Sous forme de photos charmantes
En espérant bien qu’il en sorte

Pour vos feuilles (*) un peu interdites
Des mélodies sérénisantes
Et des réminiscences gosses

7
Et pour vos yeux brillantissimes
Effarés des belles mourantes
Je souhaite que vous réconfortent

L’idée d’un printemps de redites
Et les chaleurs alanguissantes
D’un été toujours plus précoce !  

 

 (*) Feuilles signifie "oreilles" en argot. Beethoven avait tellement les feuilles mortes qu'il se prenait toujours des râteaux avec les filles alors que, tout le monde le sait, il suffit de leur fredonner l'air de la Sonate au clair de lune pour qu'on en arrive très vite au roulage de pelle. D'où l'expression bien connue : "les feuilles mortes se ramassent à la pelle". OK, je sors !

 

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Sur les ailes du temps (Lise)

J'ai perdu l'habitude du souvenir
C'est pourquoi la feuille à tout à me dire.
 
Sur l'histoire singulière que la vie a tissé
Dans les moindres détails où elle s'est posée.
 
Quand le pas se fait doux dans les allées
Où chantent les couleurs de ce qui va passer.
 
Du bout de sa branche, juste avant de tomber,
Elle retient l'élan qui la porte à mes pieds.
 
Son parfum se fait tendre et vient m'apprivoiser
Et doucement se froisse en tourbillons légers.
 
Il est de ces instants emplis d'éternité
Sur les ailes du temps, l'esprit est déployé.
 

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Défi automnal (Sebarjo)

 

Les Feuilles mortes :

La chanson de Prévert


Les allées, recouvertes à l'automne de feuilles mortes, sont de merveilleux terrains de jeux pour les enfants de 7 à 77 ans.
Et, langoureusement, ils résonnent jusque dans les haïkus de saison :

 

tobbogan_dans_les_feuilles

 

Descente sur feuilles

Les toboggans en folie

Les enfants ravis !

 

 

 

IMG_4743

 

Au repos les feuilles

étendues et allongées

Sur un banc public


 

 

escalier_de_feuilles_au_parc


Jour d'automne au parc

Tapis ocre déroulé

Escalier de feuilles


 

 

cachette_parc

 

Sous-bois miniature

ma cachette dans le parc

Antre d'Halloween !

 

 

Ensuite, l'âge de raison véritable choit et nous les écoutons, ces feuilles mortes, les oreilles grand ouvertes.
Puis nous chantons avec Serge Gainsbourg, La Chanson de Prévert :

 

alt : Noomiz

 

 Et pour plus de feuilles mortes, c'est ICI !

 

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La conscience de l’amour peut-elle naître de la chute d’un écureuil ? (Mamido)

Mamido

"Si Paris a changé??!!!" était en train de s’exclamer Paul, à l’adresse d’Ariane, alors qu’ils se promenaient tous les deux, en forêt. C’était l’automne et leurs pas se frayaient un chemin bruissant dans l’épais tapis de feuilles mortes. Ariane y était enfoncée jusqu’aux genoux et peinait à avancer comme l’été lorsqu’elle marchait dans la mer, le long du rivage, en luttant contre les vagues.

Soudain, levant la tête, ils aperçurent un écureuil. Celui-ci, surpris dans sa course par les deux promeneurs, rata la branche qu’il voulait atteindre, celle à laquelle il tentait de raccrocher se cassa dans un bruit sec et le petit animal dégringola sous leurs yeux effarés, jusqu’au sol. Un instant étourdi par sa chute, la bestiole s’empressa de détaler et disparut dans une grande envolée de feuilles mortes.
Soulagés de le voir indemne, ils éclatèrent de rire. Les larmes aux yeux, Paul ôta ses petites lunettes rondes, pour les essuyer: " La dernière tempête a rendu les branches cassantes, cet écureuil vient d’en faire les frais".

Ils reprirent leur marche en silence...
Ariane devint songeuse, alors qu’ils regagnaient lentement la maison. Le soir tombait et la forêt s’emplissait de bruits que le noir amplifiait...
Pourvu que Paul retrouve son chemin dans l’espace touffu de ces broussailles qui se ressemblent toute : la pénombre qui s’installait ne la rassurait pas.

Alors qu’avec prudence, elle mettait ses pas dans ceux de son compagnon, elle se remémorait avec amusement la chute de l’écureuil  et une intuition soudaine germa dans son esprit, comme une évidence: ce compagnon d’âme qu’elle cherchait depuis toujours et qui lui manquait tant, l’aurait-elle enfin trouvé?
Avec stupéfaction, elle regardait maintenant Paul qui avançait devant elle, le pas hésitant dans la lumière du jour qui déclinait rapidement. Brusquement, elle se demanda s’il pourrait être celui pour lequel elle sacrifierait sans l’ombre d’une hésitation sa liberté et son indépendance. Toutes ces interrogations faisaient naître un parfum dans sa bouche, un parfum acide qu’elle ne savait pas comment interpréter et qui se mêlait à l’odeur entêtante de l’humus et des feuilles pourrissantes.

Dans sa tête, les pensées se bousculaient, menaient une farandole incessante, au son de la musique assourdissante des idées contradictoires qui l’animaient et de son cœur qui battait la chamade.
Pour calmer le fleuve rugissant de ses sentiments, elle prit une longue inspiration qui fit se retourner Paul brusquement comme pour contrôler qu'elle parvenait bien à le suivre.
A ce moment, le vent mit en évidence sur sa joue une ombre mouvante qui rendit son expression étrangement familière et réconfortante.

Il prit la parole, et semblant vouloir lui faire partager les pensées qui l’occupaient, il  déclara : "Quand je viens ici l’hiver, les gens du village m’appelle l’homme au manteau de cuir fauve."
Avec un sourire carnassier il rajouta: "si bien que l’autre jour, quand j’ai salué la vieille Mme Tourette à l’épicerie, elle m’a d’abord regardé d’un sale œil, puis, elle m’a dit: "Ah, c’est donc vous, M’sieur Crémieux, j’vous avais point remis sans votre habit de renard!!!"

A l’instant où il prononçait ces paroles anodines, planté là dans le crépuscule, elle sut avec certitude qu’elle venait de trouver celui qu’elle cherchait depuis si longtemps et qu’elle passerait avec lui le reste de son âge.

Et, encore aujourd’hui, vingt ans après, marchant au bras de son aimé, elle se souvient avec acuité de la lumière du jour qui tombait, du bruit du vent dans les branches, de l’odeur des feuilles mortes et… de la chute de l’écureuil !

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Que j'aime çà‏ (titisoorts)

je souffle pour qu'elles s'envolent

je suis fils d'Eole
elles dansent et j'en raffole
dans une farandole
ne me réveillez pas
car j'aime çà
je souffle sur les feuilles
victime de mon orgueil
je marche tout en rêvant
je suis fils du vent
toi blottie tout contre moi
que j'aime çà
je souffle pour mon travail
je sens pourtant que je défaille
dans un vent de liberté
laissez moi dans mes pensées
tu m'entêtes encore une fois
et j'aime çà
Dans mes rêves je m'abandonne
face aux feuilles qui tourbillonnent
danse pour moi une fois encore
mes souvenirs d'autrefois
oui j'aime çà
Et tu danses danses pour moi
au milieu des feuilles là
il est temps que je t'abandonne
loin des feuilles qui tourbillonnent
las de ne penser qu' à toi
mais j'aime çà

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Feuilles (de personnes) mortes (Porphyre)

Feuilles mortes

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